« Moi aussi je le trouve inquiétant, mais pas autant que monsieur Leon. Et toi, Glis ? »
Toujours à la suite de Leon, Rafinha faisait la moue.
« Tu as raison, il l'est un peu. »
De fait, comme elle le disait, Rahal n'avait pas du tout grandi en gentilhomme.
« Je me demande si tous les Haut-Terriens sont comme ça. Si c'est le cas, je crois que j'aurai du mal à les apprécier. » « Eh bien, ça vient de quelqu'un qui en a vu un bon nombre, mais je crois que la plupart sont comme ça. Cela vaut aussi pour les Haut-Terriens nés dans les Hautes-Terres. »
Leon haussa les épaules.
« Du point de vue des si-grands Haut-Terriens, nous, les habitants des Terres Médianes, sommes des pauvres et des miséreux qui rampent dans la même boue où ils font leurs besoins. Et de fait, nous avons besoin des Artefacts qu'ils nous donnent pour protéger nos vies ici-bas. Forcément qu'ils nous prennent pour des minables. Peu importe ce que vous en pensez : tout ce que nous pouvons faire, c'est nous prosterner devant eux pour qu'ils nous donnent les Artefacts. »
Inglis était convaincue que la relation entre les Hautes-Terres et les Terres Médianes était exactement telle que Leon la décrivait. Cela dit, comme Ymir était pour l'essentiel une région rurale, elle n'attirait guère l'attention des Haut-Terriens.
« Notre survie est littéralement entre leurs mains. Voilà pourquoi, quoi que vous pensiez, gardez le sourire devant eux, compris ? Vous êtes deux mignonnes toutes les deux. Encore un an ou deux et vous serez de vraies jeunes filles. Alors si on vous humilie, si on vous tripote par-ci par-là, de haut en bas, il faudra le supporter. Même moi, ils m'ont traité comme un moins que rien. Je leur lécherais les bottes s'il le fallait ! »
Est-ce vraiment le genre de chose dont on rit ? Quel insouciant, songea Inglis.
« Aahahaha ! Elle est bonne ! Monsieur Leon, je ne savais pas que vous saviez plaisanter ! »
Rafinha s'amusait beaucoup, tout sourire.
« Bien sûr. Après tout, mon physique ne peut pas rivaliser une seconde avec celui de mon collègue Raphael. Alors je fais marcher ma jolie langue pour attirer les demoiselles comme vous deux… Oh, la voilà ! Par ici, mesdemoiselles ! »
Dit Leon en les menant vers un arbre planté dans la cour, juste à l'extérieur de la salle de réception. Une silhouette solitaire s'y tenait, un verre de vin à la main.
Elle avait l'apparence d'une jeune fille à la fin de l'adolescence, avec des cheveux blonds d'un lustre irréel. Ses yeux d'un bleu profond donnaient l'impression de pouvoir vous aspirer. Hormis elle-même et Rafinha, Inglis n'avait jamais vu de fille plus belle que celle qui se tenait devant elle. Bien qu'on fût à une soirée mondaine, elle portait une armure de chevalier plutôt qu'une robe de soirée. Une paire d'épées jumelles pendait à ses hanches. À la voir s'isoler ainsi, loin de l'agitation, avec la superbe d'un félin vivant en solitaire, Inglis comprit qu'il ne serait pas facile de l'approcher. En même temps, elle sentait que cette fille devait être bien seule.
Face à une demoiselle aussi délicate, Leon l'aborda avec sa désinvolture habituelle.
« Hé, Eris ! Ne t'isole pas dans un coin pareil, viens t'amuser à l'intérieur. La nourriture est plutôt bonne, tu sais ? »
La fille qu'il avait appelée Eris soupira. L'expression avec laquelle elle fixa Leon rappelait celle d'un chat qui en veut à celui qui lui a ébouriffé le poil sans son consentement. Mais ce qui surprit vraiment Inglis, c'est qu'elle ne pouvait voir en elle qu'une petite fille revêche, quel que fût l'angle sous lequel elle la regardait.
Une fille pareille, une Hyrule Menace ? Et on prétendait qu'elle pouvait se transformer en Artefact Ultime ? Tant qu'Inglis ne l'aurait pas vu de ses propres yeux, elle n'arriverait pas vraiment à y croire.
« C'est précisément parce que je n'en ai pas envie que je reste ici. Ne m'importune pas. » « Allons, ne sois pas comme ça. Tu as de la visite. Ces demoiselles veulent te rencontrer. » « Hein ? Moi ? » « Nulle autre. Voici Rafinha, la petite sœur de Raphael, et sa cousine Inglis ! »
À peine Leon eut-il présenté Inglis et Rafinha qu'Eris, la Hyrule Menace, écarquilla les yeux et explosa soudain de colère.
« Espèce d'imbécile ! Arrête ça ! »
C'était un cri lancé à l'adresse de Leon. Le cri ne suffit apparemment pas : sa main trouva également le chemin de la joue de Leon.
« Aaaïe ! Un peu moins de violence, ces demoiselles se réjouissaient de te rencontrer, tu sais ? »
Cette attitude menaçante fut perçue par Inglis comme par Rafinha.
« E-euh… qu'est-ce qui… ? »
Face à la question de Rafinha, surprise, Eris évita son regard.
« J-je suis désolée… ! »
Ne laissant que ces mots, elle quitta les lieux comme si elle cherchait à fuir.
« E-euh… monsieur Leon, on a fait quelque chose de mal… ? » « Ah, peut-être devrions-nous lui présenter nos excuses… ? » « Non, ce n'est rien. Ce n'est pas votre faute. C'est moi qui n'ai pas su lire l'atmosphère. Désolé de vous avoir surprises toutes les deux. Alors, si nous rentrions manger un morceau pendant que je vous raconte les derniers exploits de Raphael ? Vous n'avez pas envie d'entendre ça ? » « Ouiii ! Grand frère Rafa va bien ? » « Oh, il va très bien. C'est un garçon plutôt compétent, après tout ; il enchaîne les hauts faits. Je vais tout vous raconter petit à petit. » « Oui, s'il vous plaît ♪ »
Inglis plissa les yeux en regardant Rafinha, tout excitée. Le vœu de Rafinha concernait le bien-être de Raphael, et elle allait pouvoir en avoir des nouvelles par Leon. À première vue, cela pouvait signifier que son propre vœu se réaliserait peut-être aussi.
C'est alors que…
« « « GYaaah ! » » »
Des hurlements retentirent depuis l'intérieur de la salle.