« La traite des êtres humains ?! Non, mais c'est interdit ça ! Une chose si cruelle ! » « En effet, à Ymir. Le marquis s'est beaucoup battu pour que ce soit le cas. »
Devant les membres de sa famille, et particulièrement sa fille, le marquis donnait l'image d'un homme simple et affable, mais en réalité, il s'agissait d'un seigneur intègre, supérieur à ses pairs. S'il avait vécu à l'époque de sa précédente vie, pendant qu'il régnait sous le nom d'Inglis, celle-ci lui aurait accordé une immense confiance avec une multitude de territoires. Le marquis Wilford était un homme qui valait cela.
« Mais, selon la Loi de l'État ! » « La Loi de l'État s'applique sous la juridiction directe du Roi, cela ne signifie pas qu'elle soit pratiquée au sein des domaines privés de la noblesse, tu vois ? » « Nous sommes dans la Capitale Royale, justement sous la juridiction directe du Roi ! » « Cependant, si la transaction a lieu ailleurs avant qu'ils n'y soient amenés, personne ne pourra faire la différence, non ? » « Ils n'ont pas le droit ! Nous devons mener une enquête approfondie et arrêter tous les complices ! » « Même dans ce cas, je ne pense pas qu'ils puissent être arrêtés, tu vois ? » « POURQUOI?! » « Les Highlanders enlèvent constamment des gens du Midland quand ils en ont envie, n'est-ce pas ? Si nous réprimons sévèrement ces transactions, cela signifiera que nous devrons aussi réguler les Highlanders. C'est fondamentalement chercher querelle au Highland tout entier, non ? Si nous voulons éviter cela, nous n'avons guère d'autre choix que d'assouplir les règlements pour les gens du Midland également. Dans le cas contraire, ils considéreraient cela comme un traitement différencié et pourraient même commencer une rébellion. »
Même si la violation se produisait clairement dans cette zone de juridiction, ils parvenaient toujours à enfouir la vérité sous le prétexte que l'infraction avait eu lieu sur le territoire d'un aristocrate ailleurs, et non ici.
Au fond, le fait qu'une clause interdisant la traite des êtres humains existe dans la Loi de l'État ne pouvait être vu que comme une contradiction avec ce que l'État faisait réellement.
Si l'on devait écarter toute forme de conscience et de bon sens, ne pas avoir une telle clause dans la Loi aurait été une bien meilleure option, car elle empêcherait des personnes guidées par un cœur vertueux, comme Rafinha, d'avoir un motif valable pour agir.
Ce pays ne respecte pas ses propres lois ! Si un tel point était soulevé, le gouvernement ne pourrait rien répondre.
Les humains, lorsqu'ils étaient persuadés d'être sur le chemin de la justice, avaient tendance à recourir à des mesures extrêmes. Inglis et Rafinha avaient toutes deux vu quelqu'un franchir ce pas ; Leon. Il existait effectivement des circonstances au sein de ce royaume qui avaient poussé même un Chevalier Sacré du calibre de Leon à déserter.
Cela dit, l'État ne pouvait en aucun cas supprimer la clause interdisant la traite des êtres humains pour se conformer à la situation actuelle. Si une telle clause humanitaire devait être retirée, le monarque actuel serait étiqueté comme un tyran cruel et sans âme. Il perdrait tout son soutien d'un coup.
Le roi Charleas n'était en aucun cas un idiot. Il connaissait la contradiction née de la situation actuelle, et il n'avait d'autre choix que de multiplier les subterfuges pour la couvrir.
« L'envoyé spécial Théodore ne ferait jamais une chose pareille ! » « Lui-même a dit que les gens comme lui étaient minoritaires. »
Malgré cela, Inglis avait appris que cette clause avait été établie il y a plusieurs décennies, ce qui signifiait que le royaume était dans un état suffisamment sûr pour la promulguer à l'époque. En d'autres termes, les injustices commises par les Highlanders envers les habitants du Midland n'étaient pas aussi graves qu'aujourd'hui, on pouvait supposer que les deux parties étaient alors dans un état de quasi-conciliation.
Alors, quelle était la cause de ce changement soudain d'attitude des Highlanders ? Y avait-il quelque chose de plus profond ? Concernant les événements au Highland, Inglis pourrait peut-être en apprendre davantage auprès de l'envoyé spécial Théodore, mais…
« Alors, il suffit de dénoncer et de tabasser tous ceux qui ne suivent pas l'envoyé spécial Théodore ! » « ……On rejoint donc la Brigade des Chaînes de Sang-de-Fer ? »
Le dos d'Inglis reçut un coup sec.
« Aïe?! » « ……Du coup, tu veux que je fasse quoi?! »
Elle venait peut-être un peu trop pousser Rafinha dans ses retranchements.
« C'est à toi de choisir, Rani. Je veux voir quels choix tu feras. Nos possibilités futures seront ainsi bien plus variées, mais une chose est sûre : je serai toujours avec toi, d'accord ? » « ……Et si je disais que je rejoindrais la Brigade des Chaînes de Sang-de-Fer ? » « ……Cela veut dire que je devrai m'excuser auprès des hommes du Masque Noir et de mademoiselle Cystia. Pardonnent-ils, j'aimerais savoir ? » « Sérieusement, tu me refiles toujours tout, Glis. » « En échange, je deviendrai l'être le plus puissant du monde pour toi. Sers-toi de moi comme tu le désires, d'accord ? » « Oui, oui… Désolée, Alina. Nous avons fait preuve d'insensibilité et d'ignorance face à ce que tu as traversé ! Je suis vraiment, vraiment désolée ! »
Rafinha s'inclina profondément, tandis qu'Alina paraissait interdite. Il était probablement inhabituel de rencontrer des filles plus âgées qui faisaient autant d'efforts pour de petites enfants.
« N-, c'est pas grave……Vous vous inquiétez tant pour moi, mais vraiment, ça va. Le village dont je viens a été attaqué par des Bêtes de Pierre Magiques après mon départ, et il est maintenant disparu. Mon père et ma mère, tous les deux étaient… c'est pour ça que j'ai décidé de voir les choses comme eux m'ayant laissé partir pour me sauver. » « Alina… » « Bien joué, tu es très forte. »
Rafinha serra Alina contre elle tandis qu'Inglis lui tapotait la tête.
« N-, tu exagères… L'endroit où je travaille n'est pas si mal, non plus ! »
Comme si elle se sentait un peu gênée, Alina esquissa un sourire.
« Merci, vous deux ! C'était vraiment amusant ! Mais, je dois rentrer vite, sinon… »
Lorsqu'elles s'en rendirent compte, la nuit était complètement tombée. C'était déjà trop tard pour que des enfants errent dehors.
« Tu as raison. Alors, on te raccompagne ! Glis, s'il te plaît. » « D'accord. On y va. »
L'unité Star Princess quitta les rives du lac Vault un peu plus lentement qu'à son arrivée.