Cela faisait un certain temps qu'Inglis et ses amies répétaient pour la Troupe Weissmall. Le grand jour approchait. En attendant, la troupe leur préparait les repas, ce pour quoi elles ne sauraient être assez reconnaissantes. Et, enfin…
« E-, enfin, ce jour est arrivé, Glis ! » « Ouais. Ça a été long, Rani ! »
Inglis et Rafinha avaient toutes les deux les yeux humides.
« On a vraiment persévéré, hein ! » « Ouais. J'ai même envie de me féliciter moi-même pour toutes ces épreuves ! »
Elles s'enlacèrent fort, louant leur courageuse lutte, repensant à leurs jours d'endurance désormais révolus. Le bâtiment neuf, reconstruit, de l'Académie des Chevaliers se dressait devant elles. S'il restait encore de nombreux secteurs en chantier, c'était la réouverture de la cantine aujourd'hui. Elles ne tenaient pas en place et attendaient là depuis avant même l'ouverture effective.
Bientôt……bientôt l'heure qu'on attend va sonner !
« Non, mais c'est ça qui vous fait pleurer ?! » « Déjà, vous n'avez pas mangé plein de pots-de-vin de la troupe pendant que la cantine était fermée ? »
Leone et Liselotte étaient un brin exaspérées par la réaction des deux filles.
« Y a pas beaucoup de variété, alors on a dû subir ! » « On a aussi dû manger beaucoup moins pour pas dévorer la ration de toute la troupe ! » « « M-, moins…… ? » »
Les cuisiniers de la troupe se grattait la tête, se demandant si avoir Inglis et Rafinha dans la pièce serait rentable. Cela dit, le comte Weissmall ne semblait pas s'en formaliser outre mesure, tant qu'elles lui offraient une excellente performance.
La porte de la cantine s'ouvrit avec un léger claquement.
« Ma foi ? Vous attendiez ensemble ici ? Désolée pour l'attente ! La cantine rouvre ! »
La dame de la cantine, qu'Inglis et Rafinha connaissaient bien, les accueillit avec un sourire.
« Kyaah ! Youpi ! Les Pâtes Super Épicées Garniture Maxi Double M'attendent ! » « Moi aussi ! Je me demande combien j'vais pouvoir en avaler…… ?! » « Non……On a une autre répétition juste après, non ? » « Si vous mangez trop, vous pourrez pas bouger comme faut. » « « On peut pas faire la guerre le ventre vide…… !! » »
Inglis et Rafinha parlèrent d'une même voix. On aurait dit qu'elles ne pensaient qu'à la bouffe. Mais alors…
« Aah, je savais que vous deux seriez là, Mademoiselle Inglis, Mademoiselle Rafinha ! » « Ah, Directrice ! » « C'est pas le moment de glander ici toutes les deux ! » « Hein ? Qu'est-ce qui se passe ? » « Il devrait rester du temps avant la répétition avec la troupe… » « C'est pas ça ! Vous avez des invités importants ! » « Hein ? »
Ils étaient si importants que ça, plus que les Pâtes Super Épicées Garniture Maxi Double ? Ce serait pas encore une tragédie si elles rataient encore le festin parce qu'on les convoquait au château pour leur refiler un poste pénible qui les intéressait pas ? Honnêtement, Inglis n'avait pas envie de gérer ça.
« Ils peuvent pas attendre qu'on ait fini de manger ? »
Rafinha semblait du même avis.
« C'est pas bien ! Faire attendre vos invités, c'est impoli ! » « Hum, y a pas d'autre moyen alors…… » « On fait un bref salut et on revient en courant, Rani. » « Ouais. Faisons ça. » « Elles attendent dans mon bureau, alors allons-y tout de suite. »
Inglis et Rafinha décidèrent de laisser la cantine derrière elles et se dirigèrent vers le bureau de la Directrice.
« Pfiou~ Heureuse de les avoir choppées avant qu'elles mangent à la cantine, notre budget est serré à cause de la reconstruction, alors faut économiser où on peut…… »
Marmonna la Directrice Miliera entre ses dents. Et, quand elles atteignirent le bureau de la Directrice…
« Inglis ! » « Rafinha ! »
Ce qui les y attendait étaient deux belles femmes adultes, mûres…
« Maman ! » « Maman ! »
C'était Selena, la mère d'Inglis, et Irina, sa tante.
« Maman ! T'es venue ! Je suis trop contente de te voir ! » « Fufufu… T'es toujours une gâtée, Rafinha. »
Rafinha se jeta sur tante Irina et l'enlaça fort.
« Ma petite Inglis ! Tu vas bien ? Ta maman s'inquiète ! » « Je vais bien, maman. Y a pas de souci. Je suis contente de te voir. »
Inglis ne se comporta pas aussi enfantinement, mais elle ne repoussa pas l'étreinte de Selena non plus. Cette chaleur nostalgique était indéniablement réconfortante. Pour un enfant, sa mère restera toujours sa mère, peu importe l'âge qu'on a. Pour Inglis, qui avait été orpheline dans sa vie précédente, la valeur et la gratitude d'avoir quelqu'un à appeler maman, elle les ressentait plus profondément que quiconque.
« Pas de souci, hein ? Non, mais, bon… »
La Directrice grogna.
« Pardonnez-moi, ma fille vous cause-t-elle le moindre ennui ? » « Ah, non, non……pas du tout ! Elles sont toutes les deux d'excellentes élèves et m'ont beaucoup aidée. » « C'est vrai ? Ça me rassure. »
Maman Selena sourit.
« Ceci dit, pourquoi es-tu venue, maman ? » « Tu sais que le Marquis paye l'impôt à Sa Majesté le Roi, non ? À partir de cette année, euh, ces bateaux volants… » « Les Flygears et les Porte-Aéronefs. » « Oui, c'est ça. Un officiel de la Capitale viendra dessus et nous aidera à transporter les redevances. » « C'est super. C'est plus sûr que de les transporter par terre comme ça. »
Jusqu'ici, marchandises et impôts devaient être transportés par voie terrestre jusqu'à la Capitale Royale. Non seulement c'était un long voyage depuis la ville reculée d'Ymir, mais il y avait aussi toujours la menace des Bêtes de Pierre Magique en chemin.
Ce serait plus sûr et plus rapide si la Capitale Royale envoyait des Flygears récupérer l'impôt. Non seulement ils seraient à l'abri des assauts des Bêtes de Pierre Magique terrestres, mais il y avait aussi de grandes chances qu'ils puissent semer les Bêtes de Pierre Magique volantes.
Normalement, c'était le rôle du seigneur d'arranger le transport et le personnel, mais les Flygears étaient des armes de pointe. Ils n'étaient pas très utilisés dans une zone rurale comme Ymir. C'était donc la Capitale qui assurait l'envoi. C'était une réponse flexible à une avancée technologique. Comme c'est attentionné.
« Oui. Et donc, puisque le Marquis montait sur le Flygear qui retournait à la Capitale pour saluer Sa Majesté, il nous a emmenées avec lui. On voulait voir vos mines, après tout. Bien que ce soit regrettable que votre papa doive rester. » « C'est vrai. C'était dommage, je voulais voir Papa aussi. » « Wah ! Donc Papa est là aussi ! Youpi ! » « Rafinha. T'emballes pas trop, tu m'entends ? Sois prévenante comme Glis. »
Tante Irina réprimanda Rafinha.
« Je m'en fiche. Je suis contente de voir le Marquis aussi. » « Vraiment ? T'es bien fiable et mature, ma petite Glis. J'ai pas de souci à me faire tant que Rafinha a toi à ses côtés. » « C'est pas vrai, j'ai encore du chemin à faire. Dites donc à Rani de pas courir après des relations illicites et de se concentrer uniquement sur son entraînement de candidate Chevalière. »
Peut-être parce qu'Inglis était mentalement un homme, elle ne pouvait pas empêcher Rafinha de dire des trucs comme quel mec avait une belle gueule ou sur qui elle craquait, ou comme l'Envoyé Spécial Theodore était merveilleux, etc.
Elle aurait aimé qu'Irina, la propre mère de Rafinha, soit celle qui lui rentre ces trucs dans le crâne, mais…
« Eeh?! Quoi, Rafinha, t'as un copain ? C'est pas génial ça ! Il est comment, il est comment ? Tu me le présentes puisque je suis là ? »
Les yeux d'Irina brillaient. À ce moment-là, ses yeux étaient exactement comme ceux de Rafinha.
« TATA !! C'est pas ça, c'est pas ce que j'veux dire ! Rani doit se concentrer sur ce qui est nécessaire pour elle ! » « Ma foi ? Tomber amoureuse jeune, c'est aussi une leçon importante, tu sais ? Alors, comment c'est, Rafinha ? » « Eeh. J'ai pas de copain. Je veux dire, bien sûr que j'en veux un, mais… » « Alors, y a quelqu'un dans ton cœur ? » « Eeh? Ehehe… »
Qu'est-ce que tu veux dire « Ehehe » ?!