« Waaah ! Tout le monde te regarde, ! »
se délectait de l'attention portée à , alors qu' elle-même n'appréciait guère ce surcroît d'examen.
Elle supportait encore les regards que lui lançaient les femmes, même s'ils pouvaient l'embarrasser un peu.
On pouvait les considérer comme ceux que l'on pose sur une belle œuvre d'art ; ils la dérangeaient donc moins.
En revanche, les œillades auxquelles la soumettaient les hommes étaient tout autre chose, et bien moins agréables. D'autant que c'était la première fois qu'elle recevait ce genre d'attention.
avait beau n'avoir que 12 ans, son profil mature aurait pu la faire passer pour une jeune fille de 15 ans épanouie. Et à cette époque, une jeune femme de 15 ans était considérée comme adulte et pouvait être courtisée par la gent masculine.
Le visage d', ses cheveux, ses jambes fines et surtout son décolleté visible par l'échancrure de sa robe étaient lorgnés par des hommes concupiscents.
Dans sa vie antérieure d'homme, elle avait elle aussi été coupable de ce genre de comportement. Quand une belle femme apparaissait à une soirée comme celle-ci, n'aurait pas pu s'empêcher d'apprécier sa beauté.
Ce n'était qu'un léger intérêt de sa part en tant qu'homme, mais maintenant qu'elle était de l'autre côté de ces mêmes regards, elle réalisait enfin à quel point il était inconfortable d'être exposée à ces yeux scrutateurs et lorgneurs.
Ce n'est que maintenant qu'elle se demandait ce qu'avaient ressenti les femmes de sa vie antérieure quand elles étaient à sa place.
Et même si elle savait qu'il était trop tard, se dit qu'elle devait y réfléchir, car c'était tout simplement impoli.
« R-… ! Prête-moi ta main ! »
Malgré elle, se réfugia derrière le dos de .
« Qu'est-ce qui te prend, ? Tu ne devrais pas te cacher, tout le monde te regarde.
— C-c'est exactement pour ça… ! On me regarde bizarrement !
— Tu as l'air si adulte, après tout, . N'est-ce pas une bonne chose, tu as du succès, tu sais ? Je t'envie.
— N-ne dis pas de bêtises… ! »
songea que ce genre d'attention serait peut-être moins désagréable pour une vraie femme, de l'intérieur comme de l'extérieur.
Mais bien sûr, ce n'était pas son cas : même si elle était renée femme, sa mentalité était restée celle d'un homme. Ainsi, sa situation actuelle revenait à être désirée par des personnes du même sexe.
Elle ne pouvait qu'exprimer du dégoût pour ce genre d'attention.
« Hou… Bref, allons voir le seigneur Marquis, et vite !
— J-j'ai compris, . »
Elle quitterait les lieux à la seconde même où elles auraient salué l'émissaire.
la suivant de près, balaya la salle du regard à la recherche de son père.
Quand elles atteignirent le fond de la salle, elles le repérèrent en train de converser tranquillement avec des invités.
« Père !
— Seigneur ! »
Ayant reconnu les deux jeunes filles, le Marquis afficha un sourire joyeux.
« Ooh, mais ce sont et ! Vous êtes magnifiques dans vos robes. Exactement les fleurs qu'il fallait pour faire éclore ce banquet ! Vous avez tellement grandi sans que je m'en aperçoive. »
Après quoi il les présenta aux personnes autour de lui.
« Permettez-moi de vous présenter. Voici ma fille et ma nièce .
— Je suis . Enchantée.
— Je m'appelle . Merci de m'accueillir ce soir. »
En vraies demoiselles, et firent une révérence polie.
« Ooh. Ce sont donc vous deux, les jeunes filles dont me parle. Mes hommages ! »
C'était un homme d'une petite trentaine d'années, en tenue de Chevalier, qui dit cela avec un sourire.
« Waouh ! Vous connaissez grand frère ?!
— Oui, eh bien…
— Monsieur Leon est un Chevalier Saint qui travaille aux côtés de dans la capitale.
— Chevalier Saint !!! »
C'était le rang accordé aux Chevaliers autorisés par le Roi à manier les Artefacts ultimes. Autrement dit, les Chevaliers Saints détenaient tous une Rune de Grade Spécial.
Et de fait, la Rune posée sur la main de Leon était une Rune aux couleurs de l'arc-en-ciel, ce qui indiquait bien un Grade Spécial.
« Je m'excuse d'être ici à la place de . Cette mission devait lui être confiée afin qu'il puisse rendre visite à sa famille, mais il croule sous les responsabilités ces derniers temps. »
Leon sourit d'un air gêné en se grattant l'arrière de la tête. Pour un Chevalier Saint, il ne semblait pas si rigide sur le règlement, ce que trahissaient aussi ses vêtements plus décontractés et sa barbe clairsemée.
« Ce monsieur est Sire Shioni, l'inspecteur.
— Charmantes demoiselles. Ravi de faire votre connaissance. »
Un homme d'une quarantaine d'années à la moustache reconnaissable les salua.
« Et l'émissaire envoyé par les Hautes Terres est celui-là, là-bas. »
Un jeune homme, au bout de la ligne du regard du Marquis Wilford, tourna la tête vers elles.
Si les yeux d' ne lui jouaient pas de tour, son visage lui était familier.
« Ra-, monsieur … !? »
C'était , le fils de , qui dirigeait un groupe de colporteurs armés.
« Salut ! Ça fait un bail, non, ? »
sourit largement. L'impression qui se dégageait de son visage n'était guère différente de celle qu'il avait enfant.
avait donc bien vu.
Mais comment diable avait-il fini par venir ici avec le statut d'habitant des Hautes Terres ?