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Henkyou no Roukishi

Chapitre 86

Henkyou no RoukishiHenkyou no Roukishi
Chapitre 86

Chapitre 86

Chapitre 86/18048%~13 min de lecture2 427 mots

On le distinguait à présent.

C'était, pour l'appeler un fort, d'une taille quelque peu excessive.

Au nord du fort s'élevait une grande montagne, mais au-delà se trouvait jadis une ville.

Cette ville était hostile au royaume de Palzam et attaquait souvent les Misras et les caravanes.

Le roi de Palzam, excédé, fit bâtir ce fort.

L'ennemi étant fort et nombreux, le fort devint naturellement grand et solide.

La ville finit par voir son eau s'épuiser, sa population se dispersa et elle devint une ruine.

Désormais, ce fort servait de halte aux caravanes et aux chevaliers des confins, et l'on disait qu'il n'y était gardé que par une poignée de soldats.

En approchant, on eut un frisson d'effroi.

Ce n'était pas possible, et pourtant.

Des cadavres de chevaux et de soldats gisaient, abandonnés.

Dans un état lamentable, comme dévorés par des bêtes sauvages.

Plus près encore, lances et flèches gisaient au sol, sans que personne les ait récupérées.

De plus, elles semblaient ceindre le fort tout autour et continuer vers le nord.

On fit un large détour pour déboucher au nord du fort.

Un spectacle incroyable s'offrait à nous.

Dans les plaines centrales, le bon bois est rare, et flèches et lances sont précieuses, dit-on.

Ces flèches précieuses couvraient le sol comme un tapis, plantées dans la terre et jetées là.

Il en allait de même pour les lances.

Et, mêlés à elles, plusieurs chevaliers, servants et chevaux exposaient leurs restes misérables.

Des cadavres de bêtes gisaient aussi parmi eux.

On s'approcha pour examiner.

C'étaient des singes-à-poche.

Le corps tailladé en lambeaux, de nombreuses flèches y étaient fichées.

On ramassa une lance tombée là pour la planter.

Elle ne pénétrait pas facilement.

Cette résistance, c'était sans conteste celle d'une bête magique.

Un cadavre de panthère bleue gisait également.

Bête magique, elle aussi.

« Q-Qui est là ? »

Enfin, une voix nous interpella depuis le fort.

« Voici le seigneur Baldr Loen, nommé cette fois général en chef de l'armée centrale, et le seigneur Chantelion Agoraid, nommé vice-général. Ils viennent pour une inspection. Ouvrez la porte ! »

cria un chevalier de la suite, mais la réponse fut plus que médiocre.

Ce fort possède une grande porte au nord et une au sud, et une petite porte à l'est et à l'ouest.

Baldr et les siens se tenaient maintenant devant la porte nord, mais on l'avait visiblement laissée tomber dans la précipitation.

Un servant chevalier s'était retrouvé sous la porte et était mort écrasé par un gros rondin pointu.

Que c'était pitoyable.

Et vu l'état des lieux, cela datait de dix jours au moins.

Après quelques échanges, la porte fut enfin enroulée.

Extrêmement lentement.

Attendre qu'elle monte à une hauteur suffisante demandait de la patience.

Puisque le général entrait pour la première fois dans ce fort, il devait absolument y passer à cheval.

La porte s'élevant, le spectacle qui apparut fit douter de ses yeux.

Çà et là, des soldats gisaient.

Certains étaient morts, d'autres mourants.

Ceux qui vivaient encore avaient le regard vide.

Pourtant, c'était l'entrée du général, et presque personne ne se levait pour l'accueillir.

Une odeur épouvantable.

En y regardant de plus près, des cadavres qui semblaient être des bêtes magiques gisaient aussi.

Baldr fit avancer Yuitan et pénétra dans le fort.

On demanda quel était le chevalier le plus haut gradé : il était grièvement blessé et en danger de mort.

On demanda le second : il s'était enfermé dans sa chambre et n'en sortait pas.

Baldr ordonna à l'un des chevaliers de la suite de Chantelion d'amener le second.

À l'un des chevaliers qui s'était levé pour les accueillir, Baldr demanda ce qui s'était passé.

Une vingtaine de jours plus tôt, une horde de bêtes sauvages était venue du côté de la montagne au nord.

Dix panthères bleues et dix singes-à-poche.

Aucune de ces bêtes n'était connue dans la région.

Le commandant avait ordonné de fermer les portes, mais un servant chevalier s'était élancé à cheval.

Il s'était sans doute lassé de cette mission monotone.

Il voulait sans doute aussi la prime qu'on touche pour avoir abattu des bêtes sauvages.

Entraîné par lui, deux autres servants chevaliers s'étaient élancés à pied.

Ici, « servant chevalier » désigne ceux qui ont reçu l'entraînement de chevalier mais ne peuvent être adoubés faute de moyens pour s'équiper.

À l'origine, il y avait peu de chevaliers dans ce fort, et beaucoup de servants chevaliers attirés par la solde, dit-on.

Le seigneur leur prête un cheval, et s'ils exterminent des bêtes sauvages ou des bandits, ils touchent un revenu supplémentaire, donc la solde est basse mais ce n'est pas un si mauvais travail.

Quoi qu'il en soit des singes-à-poche, dix panthères bleues sont un adversaire un peu coriace pour trois hommes, mais ils comptaient probablement sur des renforts.

En fait, d'autres étaient sur le point de s'élancer.

Ceux qui les poussaient en criant fermèrent bien vite la bouche.

Même tailladées, les bêtes n'en avaient cure, et le premier servant chevalier fut tué en un instant.

« Ce sont des bêtes magiques ! » hurla quelqu'un.

Un second servant chevalier fut tué.

Le dernier fit demi-tour et s'enfuit.

À ce moment, un soldat qui avait reçu l'ordre de fermer les portes se souvint de sa tâche et trancha la corde de retenue du treuil.

Le pauvre servant chevalier reçut la porte en plein visage et mourut.

Le commandant envoya un messager à Misra réclamer des renforts et fit fermer toutes les portes.

Les bêtes magiques se retirèrent ce jour-là, mais revinrent le lendemain.

Et ce qui était terrifiant, c'est que les singes-à-poche commencèrent à grimper aux murs.

On tira des flèches à la volée, et on parvint tant bien que mal à les stopper.

De loin, les panthères bleues ressemblent à des chats, mais de près, elles ne sont pas petites et sont d'une férocité extrême.

Les singes-à-poche, eux, sont rapides et les flèches y pénètrent mal.

Même transpercées, elles ne fléchissent pas et continuent d'attaquer.

Les soldats sombrèrent dans le désespoir.

Le quatrième jour, une compagnie de chevaliers arriva.

Mais le capitaine sous-estimait les bêtes magiques.

Il ne rentra pas dans le fort et les affronta telle quelle.

Pourtant, avec les effectifs de ce moment, ils auraient dû pouvoir se battre, mais face à la horde de bêtes magiques qui fonçaient malgré les coups d'estoc et de taille, les chevaliers perdirent leur sang-froid.

Le capitaine ordonna la retraite vers le fort.

Le commandant du fort ne voulait pas ouvrir les portes, mais on le força à ouvrir les portes est et ouest.

Naturellement, les bêtes magiques entrèrent dans le fort avec la compagnie de chevaliers.

Ce qui causa d'effroyables pertes.

Ils en abattirent quelques-unes, mais les blessés et les morts s'accumulèrent.

Le commandant du fort mourut à ce moment.

Quand les bêtes magiques se retirèrent le soir, il ne restait plus personne ayant la volonté de se battre.

Le capitaine de la compagnie était grièvement blessé et alité.

Le second chevalier avait envoyé un messager réclamer des renforts à Misra, puis s'était enfermé dans sa chambre.

Les deux jours suivants, il n'y eut pas d'attaque, mais personne ne quitta le fort.

Le lendemain, les renforts tant attendus arrivèrent.

Les chevaliers entrèrent dans le fort et attendirent les bêtes magiques.

Ce qui vint, ce furent dix bêtes magiques cerfs-blancs et dix bêtes magiques loups-aux-grandes-oreilles.

La taille des cerfs-blancs variait, mais les plus grands avaient la taille d'un cheval.

La porte, sans cesse frappée par leurs cornes en forme de marteau, grinçait sinistrement.

On fit pleuvoir des flèches comme de la pluie, mais l'effet était quasi nul.

On ne pouvait pas laisser la porte céder, alors on fit sortir des chevaliers par les portes est et ouest.

À cheval, ils auraient dû pouvoir tourner en ridicule les cerfs-blancs, mais les loups-aux-grandes-oreilles bondissaient pour les gêner.

Ce genre de combat dura plusieurs jours, et les chevaliers s'épuisèrent complètement.

De plus, le fourrage pour les chevaux manqua, et la nourriture des humains devint rare.

Les panthères bleues n'avaient pas disparu pour autant.

Quand on tenta d'envoyer un nouveau messager, il fut tué par une panthère bleue.

Ceux qui tentèrent de fuir subirent le même sort.

Les bêtes magiques comptaient tous les exterminer, comprirent les soldats.

Et l'apathie et le désespoir finirent par régner sur le fort.

Rien ne lui plaisait.

Absolument rien.

Qu'elles agissent en groupe, qu'elles cessent leurs attaques la nuit pour se retirer, cette histoire absurde ne lui plaisait pas.

Qu'elles aient interrompu leurs attaques plusieurs jours non plus.

Que des bêtes de la même espèce deviennent simultanément magiques ne lui plaisait pas.

C'était impossible.

Mais ce qui lui déplut par-dessus tout, ce fut l'incompétence des chevaliers d'ici.

Traquer et abattre des bêtes magiques au fond d'une forêt dense est extrêmement difficile.

En revanche, sur une plaine où l'on peut user de chevaux et d'armes d'hast, combattre des bêtes magiques n'est pas difficile.

D'autant plus quand on attend derrière des remparts aussi solides qu'abattre celles qui s'élancent à l'assaut, il n'y a rien de plus simple.

On voit de belles armures.

Épées, lances, boucliers, arcs, et des montagnes de flèches.

Avec tant d'avantages, comment en est-on arrivé là ?

Est-ce encore des chevaliers ?

Du fond de ses entrailles, une colère violente jaillit.

Le chevalier en face de lui, une fois son explication terminée, le fixa d'un air suppliant : « Quand les renforts de la capitale arriveront-ils ? »

Le second chevalier fut amené, mais il n'était même pas en état de saluer correctement.

Baldr demanda combien de poison il leur restait.

« Aucun », répondit le second.

« Et le zumorbas, où est-il ? » demanda-t-il.

« On n'en cultive pas », répondit le second.

Devant l'abasourdissement de Baldr, le second ajouta : « Nous n'utilisons pas de poison. »

« Bien sûr », pensa Baldr.

« Qui parle d'en utiliser contre des humains ? »

Un chevalier qui utiliserait du poison contre des hommes a déjà cessé d'être chevalier.

Mais inversement.

Comment combattre des bêtes magiques sans poison ?

Il n'y a que trois poisons efficaces sur les bêtes magiques.

Le jabo, le wolmegie et le zumorbas.

Le poisson chevalier ne se pêche que dans le fleuve Ova, et le poison tiré de ses viscères a une rapidité d'action exceptionnelle, il peut être la clé face à une puissante bête magique.

Le serpent pourri est difficile à trouver, mais le poison qui suinte de ses crocs montre une grande efficacité rien qu'en touchant la peau de la bête, il est donc utile contre celles dont la carapace est anormalement dure.

Et le poison obtenu en faisant bouillir la racine du zumorbas, bien que son action soit un peu plus lente, a l'avantage de pouvoir être cultivé à volonté.

C'est pourquoi, dans les confins, même le plus petit fort cultive obligatoirement du zumorbas.

Dans les pays riches du centre du continent, ce bon sens s'est-il donc perdu ?

Non.

Non plus.

Si les bêtes magiques n'ont pas paru depuis cent ans, les connaissances et l'expérience pour les combattre ont pu se perdre.

Mais.

Mais.

Un chevalier peut-il oublier le cœur de chevalier ?

Ne pas se lever alors qu'on le peut.

Ne pas se battre alors qu'on le peut.

Ne pas envoyer de messager pour signaler la crise.

Se terrer dans le fort à trembler de peur.

Et si les bêtes magiques tournaient leurs crocs vers Misra, qu'aurait-il été ?

C'est parce que presque tous les chevaliers ont été envoyés ici que Misra se trouve maintenant dans une situation critique.

Si ces bêtes magiques déferlaient sur la ville et massacraient le peuple, avec quoi ces lâches paieraient-ils ?

Le visage d'une jeune fille traversa l'esprit de Baldr.

Une partie partie de Gantz, aux confins.

Elle avait dit qu'elle irait à l'école à Misra.

Si cette fille se faisait dévorer sous ses yeux, Baldr Loen, pourrais-tu rester tranquille ?

Non, non.

Avant que cela n'arrive, faire tout ce qui est possible.

C'est ce qu'est un chevalier.

Baldr, porté par sa colère montante, inspira profondément et lança un rugissement qui fit trembler les alentours.

« Écoutez-moi, vous tous !

Je m'appelle Baldr Loen.

Je suis celui qui tient le sceau de l'épée de l'armée royale !

Je suis venu sur ordre de Son Altesse le Prince héritier.

Je vais vous apprendre comment combattre les bêtes magiques ! »

Le second chevalier, écrasé par l'aura terrifiante que dégageait Baldr, s'effondra sur les fesses.

Les chevaliers et servants aux yeux de morts relevèrent la tête, regardèrent Baldr et se mirent à chuchoter entre eux.

(Le général Baldr Loen ?)

(Connaissez-vous ?)

(Non, je ne sais pas)

(Baldr Loen. N'est-ce pas le « Chevalier du Peuple » ?)

(Le Chevalier du Peuple ? Qu'est-ce que c'est ?)

(Dans les confins, c'est un grand héros que personne ne connaît pas)

(J'ai entendu dire qu'il peut affronter cent hommes seul)

(Oh ! J'ai entendu parler de lui. C'est ce chevalier de Pakura qui envoie des peaux de bêtes magiques, non ?)

(Apparemment, il a déjà tué une bête magique à coups de dents)

(Il ne mange que des bêtes magiques, dit-on)

(Non. J'ai entendu qu'il a dévoré cent échoppes à Rints)

(Ça explique cette carrure imposante et solide)

Après avoir fusillé du regard l'assistance et s'être assuré qu'il avait capté l'attention de tous, Baldr poursuivit.

Misra est encore en paix, mais pendant qu'on reste là les bras croisés, les bêtes magiques pourraient tourner leurs pointes vers Misra.

Voulez-vous vraiment le laisser faire et le regretter ?

Maintenant, on peut encore se battre.

Vous en avez la force et les armes.

Je vais vous enseigner la méthode.

Allons, levez-vous, hommes de la garde.

Maintenant, vous avez quelque chose à faire.

Debout, debout, répétait Baldr en les exhortant.

Poussés par la force de ses mots, tous commencèrent à bouger lentement.

Une fois en mouvement, on s'aperçut qu'un nombre surprenant d'entre eux pouvaient encore agir.

Baldr leur donna des instructions : à certains de récupérer les flèches, à d'autres de rassembler les corps en un seul endroit, à d'autres d'aller vérifier la nourriture et les médicaments.

En réalité, Baldr n'avait pas l'autorité pour les commander directement.

Ce fort appartient au roi, mais les soldats qui le gardent sont les vassaux et mercenaires du vicomte de Misra, à qui le roi en a confié la garde.

Mais ce n'était pas le moment de chipoter.

On ne savait pas quand les bêtes magiques réapparaîtraient.

Et ce moment vint immédiatement.

« M-Ma... les bêtes magiques apparaissent — — — — ! »

Un guetteur poussa un cri qui tenait de l'hurlement.

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