« Ton tour de passe-passe est magnifique. »
lança Juleslant.
Il s'agissait ici du pavillon d'hôtes que Bard et ses compagnons occupaient.
Heureusement, il sembla que seul le comte et une poignée de complices avaient ourdi la rébellion, et ils n'eurent pas à subir d'autre attaque après cet épisode.
Même s'il eût mieux valu rentrer au palais sans tarder,
« Deux gardes du corps de confiance et expérimentés nous ont trahis.
Agir précipitément serait trop dangereux.
On pourrait nous attaquer pendant le déplacement.
Après notre départ, les preuves ou les témoins risquent d'être éliminés.
J'enverrai un messager au palais.
Il faudra qu'ils viennent nous chercher et mènent ici une enquête.
Vieux.
Pour l'instant, conduis-moi dans ta chambre.
Il y a quelque chose que je souhaiterais te demander. »
déclara Juleslant, qui se fit ensuite accompagner dans la chambre de Bard.
En réalité, Bard ignorait le chemin, mais Julchaga se chargea de l'accompagner.
Cet homme ne semblait jamais se perdre, que ce soit dans la forêt ou à l'intérieur de la demeure.
Tandis qu'ils traversaient la maison, Bard réfléchissait à plusieurs points.
Le premier concernait le moment où le combat avait éclaté.
Cela pouvait passer pour une illusion auditive, mais il lui semblait avoir entendu murmurer ceci :
< Pleure, Van Fleur. >
C'était la voix de Carz.
Pourtant, c'était étrange de la part de Carz de prononcer de telles paroles.
La violence extrême du combat qu'il avait ensuite observé aurait-elle fait naître cette impression ?
Le second point tournait autour des prouesses de Carz au combat.
On n'insistera jamais assez sur sa vitesse et son savoir-faire, mais c'était surtout cette acuité du tranchant ainsi que la traînée de lumière écarlate qui frappaient.
Cette technique...
N'avait-elle pas quelque ressemblance avec la lueur phosphorescente bleu-vert dégagée par l'épée maudite de Bard, Stavros ?
Elle y ressemblait bel et bien.
Une lame produisant une lueur phosphorescente et déployant une puissance surhumaine.
La similitude était frappante.
Que signifiait donc cela ?
Quant à cette précision du tranchant, capable de déchirer une armure lourde, dure et épaisse comme du papier !
L'anomalie dépassait l'entendable.
Et même avec cela, il n'avait pu venir à bout du Général de l'Avarice ?
Dans ce cas, quelle puissance véritable dissimulait le Général de l'Avarice ?
Un troisième sujet attirait son attention : la maniabilité de l'arbalète.
Il ignorait qu'on pouvait aligner neuf tireurs dans un espace aussi exigu.
De plus, l'arc long ne pouvait maintenir une posture prête à tirer très longtemps.
En revanche, une arbalète permettrait d'attendre de longues minutes, arme bandée et prête au tir.
Autrement dit, l'arbalète pourrait s'avérer redoutable pour la défense de positions retranchées ou les tirs en embuscade.
Des frappes provenant de positions ou d'angles inexploitables avec un arc classique.
Attendre l'apparition imprévisible d'un ennemi ou son bref arrêt lors d'une progression rapide, puis décocher une flèche aussitôt.
Même un novice commettait moins de fausses alertes et ajustait facilement sa ligne de mire, ce qui offrait des applications concrètes en combat rapproché.
Pourquoi ne pas utiliser des flèches courtes, lourdes et rigides pour lancer un feu de salve massif ?
Cela ne pourrait-il pas propulser à terre un chevalier bardé d'une armure lourde ?
D'autant plus s'il s'agissait d'une arbalète à haute puissance conçue par Aurora.
Cependant, pour en tirer pleinement parti, il faudrait un commandant de grande valeur.
Le niveau individuel des tireurs n'avait pas besoin d'être exceptionnel, mais leurs réflexes face aux ordres devaient être parfaitement affinés.
Dans ce cas, les consignes devraient être uniformisées et simplifiées.
Un dernier élément troublait son esprit : l'attaque de cette nuit.
C'était bizarre.
Rien ne collait vraiment.
Tout paraissait discordant.
Pour un crime aussi abominable que le régicide sur le prince héritier, la méthode manquait cruellement de raffinement.
De plus, le comte en question n'était pas le genre d'homme capable d'y réfléchir.
Il n'avait d'ailleurs laissé transpirer aucune intention de ce genre.
Ses idées n'étaient pas encore toutes claires, mais la conduite des gardes du corps trahis présentait elle aussi une certaine étrangeté.
Alors qu'il laissait divaguer ses pensées, ils arrivèrent enfin devant la porte.
Après avoir assigné quatre chevaliers à la garde extérieure, Juleslant s'affala lourdement sur le canapé.
Sur l'invitation de Juleslant, Bard, Carz et même Julchaga prirent place sur des chaises.
Se plaignant d'avoir la gorge sèche, Juleslant demanda à Julchaga d'en goûter avant de savourer son vin.
Puis, après s'être fait resservir, il lança : « Ton tour de main est magnifique. »
Ce commentaire visait certes la dextérité dont Julchaga avait fait preuve en soutirant un poignard des vêtements du comte peu avant, mais il ne s'arrêtait pas là.
Autrefois, Juleslant avait lui-même vu subtiliser depuis sa poche une lettre destinée à Bard et écrite par sa mère.
Aux mains précisément de ce Julchaga.
Il formulait donc clairement une remarque ironique.
Ainsi, flatteusement loué pour son art du vol,
Julchaga répondit avec un sourire gêné : « Ah oui ?
Hé hé, je ne sais pas moi.
Quand on me complimente autant, tu vas voir, ça me met mal à l'aise. »
Bard observa sa mine amusée avec une expression chargée de sentiments contradictoires.
Changant brusquement de ton, Juleslant ordonna :
« Fais-moi voir ce poignard. »
« Oui.
Il est enduit de poison, fais gaffe. »
Juleslant contempla l'arme un instant avant de la glisser dans ses propres vêtements.
« Je vais le garder pour le moment.
Toi, tu es indemne, n'est-ce pas ? »
Il cherchait à savoir si les empoisonnements par flèches n'avaient pas atteint Bard.
« Oui.
Je l'ai déjà vérifié dès tout à l'heure.
Les projectiles n'étaient pas empoisonnés. »
« Je vois.
Ce n'est peut-être pas à moi de dire ça, mais cette attaque manquait terriblement de préparation.
Pourtant, je ne m'étais nullement attendu à une trahison venant des gardes du corps.
On m'avait pourtant affirmé qu'ils étaient des chevaliers d'une loyauté et d'une fiabilité exceptionnelles.
Bien heureux que Carz ait eu son épée sous la main. »
Bard expliqua que cela tenait entirely aux conseils de Julchaga.
Lors de l'arrivée du chariot, Julchaga avait lancé :
« Carz-kun.
À mon avis, ce sera bon pour toi de ne pas lâcher ton épée aujourd'hui.
Juste... instinctivement. »
Julchaga possédait une intuition rare pour esquiver les dangers.
Quand il employait l'expression « juste instinctivement », cela résultait toujours d'une analyse intuitive de l'information qu'il convenait de ne pas négliger.
C'est pourquoi Bard avait insisté auprès de Carz pour qu'il reste bardé de son épée, quitte à le forcer un peu.
Apprenant cette histoire, Juleslant sourit et dit :
« Comprends.
Julchaga.
Merci. »
Puis il ajouta :
« Mais j'ai terriblement faim.
Depuis ce matin, entre la cérémonie d'intronisation et autres formalités, je n'ai arrêté de bouger.
N'aurais-tu rien à grignoter ? »
Julchaga indiqua qu'il restait des provisions achetées à un étal de midi. Sur ordre de porter cela, Julchaga effectua les tests habituels avant que Bard ne se mette à manger avidement.
« Au fait, Julchaga.
Tu avais repéré un passage secret pareil sous la main. »
En entendant Juleslant formuler cette remarque, Julchaga répondit :
« Eh ben oui.
Les lapins vérifient minutieusement les alentours de leur terrier.
Même s'il ne s'agit que d'un refuge temporaire où l'on loge à titre précaire. »
Il apparut donc que cet homme avait découvert par lui-même le couloir caché.
Bard estimait qu'une voie d'évitement au sein d'un domaine noble n'était absolument pas du genre à se laisser trouver facilement à la seule force de la persévérance.
Certes, le résultat fut brillant, mais se cacher dans un passage secret menant à la chambre du prince héritier relevait d'un geste qui, s'il venait à être découvert, entraînerait de lourdes conséquences.
Toutefois, étant donné la personne, il ne risquait guère d'être pris sur le fait.
Alors que Bard nourrissait ce raisonnement, il se souvint d'une dernière interrogation insolvable.
« Carz, tu t'es rué vers Jules, tua les rebelles, puis projetas Jules par terre d'un coup de pied.
Tes mouvements donnaient l'impression que tu connaissais parfaitement l'existence du passage secret. »
Questionna-t-il alors.
Face à cette interpellation, Carz livra sa réponse :
« J'ai perçu la présence de Julchaga de l'autre côté du mur, ce qui m'a indiqué l'existence d'une cavité cachée ou similaire.
Dès que je me suis avancé, il s'est chargé d'écarter la tapisserie, me permettant d'appliquer mon coup de pied correctement. »
À vrai dire, il avait bel et bien projeté le prince héritier par terre.
Pourtant, Carz n'offrit aucun mot d'excuse.
Bard finit par se dire que ce n'était pas bien grave.
Julchaga utilisait un ton familier qui, chez tout autre, aurait pu valoir un coup fatal pour manque de respect, mais Juleslant semblait n'y attacher aucune importance.
Cette pièce représentait dorénavant un havre de détente strictement réservé aux proches.
4
Du bruit montait de l'extérieur.
Il sembla que des escadrons de chevaliers venus du palais royal fussent arrivés.
Juleslant confia au chevalier entré dans la salle une série d'ordres précis : renforcer la surveillance pendant le temps qu'ils séjourneraient ici, sceller l'ensemble de la demeure, prodiguer les premiers soins aux blessés, transporter les criminels au palais afin d'y recevoir une assistance médicale immédiate et d'amorcer les interrogatoires, dissimuler au maximum les détails de l'attaque, et enfin faire conduire ici le haut-clerc Bari Toad.
Le clerc Bari Toad était parvenu sur les lieux après l'incident ; après avoir prodigué aux domestiques quelques directives minimales pour apaiser la panique, il s'était retiré dans ses appartements pour y observer une forme de retrait.
Le comte, principal suspect derrière l'assaut, étant son propre frère cadet, et le clerc tenant le rang d'aîné légitime au sein de cette famille, sa position exigeait qu'il attende les verdicts judiciaires.
Lorsque Bari Toad franchit le seuil, il tenta naturellement d'adopter une posture suppliant.
Juleslant lui en interdit l'accès et lui ordonna de prendre place sur une chaise.
« Conseil de Sa Majesté Bari Toad.
Je ne pourrais tolérer que tu disparusses de nouveau maintenant.
Tu as conscience de la gravité des événements présents, j'en suis sûr.
Je t'interdis formellement toute retraite volontaire ou demande de démission.
Compte sur moi pour veiller à la réussite de la cérémonie d'intronisation de demain et de sa suite.
Moi-même quitterai les lieux conformément au calendrier prévu.
Une équipe privée de tes services susciterait des inquiétudes majeures durant mon absence.
D'ailleurs, une dernière question brûle mes lèvres.
Le comte ignorait-t-il réellement l'existence du passage secret dissimulé derrière la tapisserie ? »
Effectivement.
Le propriétaire de la demeure, le comte en personne, s'était montré totalement ignorant quant à ce dédale.
S'il en avait eu connaissance, parler d'une infiltration depuis un lieu précis eût paru complètement absurde.
De toute manière, dans un complot d'une telle ampleur, était-il logique de négliger systématiquement l'installation de sentinelles gardant les issues secrètes ?
La réponse apportée par Bari Toad à cette interrogation fut simple : il ne l'avait jamais informé.
Ayant été lui-même désigné autrefois comme l'héritier naturel de ce domaine, Bari Toad maîtrisait parfaitement l'existence de ces galeries clandestines.
Il admit toutefois avoir omis accidentellement de divulguer cette information au comte.
Profitant de cet oubli, il avait décidé consciemment de conserver le silence, dans l'espoir de réserver un effacement total.
Une explication qui arracha à Bard un souffle de soulagement involontaire.
5
« Écoute-moi attentivement, vieux.
Je serai direct et irai droit au but.
Je te nomme général en chef de l'armée centrale.
Chantilion assumera le poste de lieutenant adjoint.
La cérémonie d'investiture aura lieu demain matin ; je te prie de venir au palais. »
Le poids exact de ces phrases demeurait encore opaque pour Bard.
Général en chef de l'armée centrale.
Il savait pertinemment ce que ce titre impliquait.
De multiples conversations avaient éclairci ce concept durant le long voyage depuis le château de Rodvan.
Les souverains de Palzame entreprirent progressivement une profonde restructuration militaire depuis plusieurs générations.
Au cœur de cette transformation résidait le renforcement et l'expansion constante des forces directement supervisées par la couronne.
Historiquement, les conflits armés exigeaient une patience extrême.
Lorsqu'un roi décidait d'attaquer une cité ou un royaume ennemi,
il sollicitait initialement l'engagement de ses vassaux les plus puissants.
Les chevaliers acceptant l'appel réunissaient alors leurs propres parents et les guerriers placés sous leur autorité.
Le contingent mobilisé à ce stade incarnait précisément la richesse militaire de chaque seigneur.
Tant le nombre d'hommes amenés que la qualité de leur armement dépendaient entièrement de la capacité financière et politique de ces grands nobles.
Moreover, even if victorious, the aftermath remained outside royal control.
Warlords would demand territorial rights or taxation privileges commensurate with their achievements.
Hosts were permitted brief periods of pillage across conquered lands.
Captured enemies triggered independent ransom negotiations orchestrated by individual lords.
Pursuing immediate campaigns against neighboring territories became pure fantasy under such constraints.
Previously, kings personally visited regional magnates before major offensives to negotiate participation terms and draft binding agreements.
Preparing dozens of these contracts required months of diplomatic groundwork.
Even defensive alliances demanded prior contract drafting before allied knights could deploy effectively.
To escape this logistical paralysis, successive Palzame monarchs established standing military pacts with regional elites well in advance.
Gradually replacing troop levies with monetary contributions enabled systematic royal army development.
This structural shift proved viable due to declining monster populations allowing wildlife stabilization, fostering agricultural growth and safer trade routes.
Demographic expansion fueled by abundant green-flame stones from the Moldus mountain range provided additional economic leverage.
The royal military organization divides into upper, central, and lower formations, each commanded by dedicated generals and deputy commanders controlling half their respective divisions.
Consequently, the Palzame crown directly oversees six permanent field armies.
Exceptions exist for specialized border units assigned to specific missions or remote stations.
Rank precedence follows upper-general first, followed sequentially through all division leaders before reaching equivalent deputy positions.
By longstanding tradition, the upper-command generalship remains reserved exclusively for royalty.
Currently, Juleslant holds this supreme upper-tier commander role.
Therefore, the central-general position represents near-apex authority within professional military structures, lacking any superior except the sovereign himself.
Such extraordinary responsibility normally requires proven battlefield experience and established political connections.
Granting it to a foreign national possessing zero combat credentials regarding native warfare traditions defies conventional wisdom entirely.