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Henkyou no Roukishi

Chapitre 66

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Chapitre 66

Chapitre 66

Chapitre 66/18037%~10 min de lecture1 944 mots

« Empire de Goriola, Doriatessa Fafaren !

Royaume de Palzam, Chantilion Graybuster ! »

Leurs noms furent proclamés avec force, et tous deux s'avancèrent dans l'arène.

Qu'un duel de maîtres de l'épée fine décide de la finale du tournoi toutes catégories, voilà qui était anormal.

En pareille circonstance, on attise d'ordinaire son ardeur guerrière, on porte son corps et son esprit à l'incandescence.

Pourtant, l'attitude des deux combattants était, pour le dire ainsi, d'un calme remarquable.

Ce qui constituait, en soi, une nouvelle anomalie.

Doriatessa était grande pour une femme, mais côte à côte, Chantilion la dépassait légèrement.

Ils avaient choisi des lames de même longueur.

La portée des bras semblait également favoriser Chantilion, ne serait-ce que d'un rien.

Cette infime différence d'allonge et d'enjambée prenait, dans un duel d'épées fines, une importance considérable.

Soudain, le vent se leva.

Un vent du nord soufflant vers le sud.

Les cheveux châtains coupés court de Doriatessa flottèrent dans la bourrasque.

La chemise blanche de Chantilion claqua au vent.

Une cloche tubulaire retentit.

Chantilion porta son épée avec fluidité, la dirigeant lentement vers Doriatessa.

Doriatessa, elle, maintenait son arme pendante le long du corps.

Ses yeux ne plongeaient pas dans ceux de son adversaire.

Au contraire, son regard se portait sur le bas du corps, cherchant à appréhender l'ensemble de la silhouette avec souplesse.

Une rafale plus violente encore s'abattit.

Chantilion combla la distance d'un trait, tranchant horizontalement de gauche à droite.

Doriatessa s'abaissa pour l'esquiver.

Sans cela, sa tête aurait été tranchée net.

Un frisson glacial parcourut l'échine de Baldo.

Cet homme, il veut vraiment tuer.

Et qui plus est, il vise le visage d'une femme en plein.

Chantilion abattit son épée de haut en bas.

Doriatessa se décalait sur la droite.

Pas une simple esquive.

Elle recula d'un demi-pas tout en se rapprochant.

À présent, Doriatessa se trouvait en avant-gauche de Chantilion.

À peine un demi-pas les séparait.

Leurs visages étaient à portée de voix, mais là où Chantilion la dévisageait avec une intensité farouche, la présence de Doriatessa restait diffuse, floue.

Depuis sa position, Baldo ne distinguait pas nettement, mais il lui sembla qu'elle ne fixait pas les yeux de son adversaire.

L'épée de Chantilion rasa la cheville gauche de Doriatessa.

Du moins en eut-on l'impression, tant le tranchant fut bas et rapide, mais Doriatessa recula vivement pour l'éviter.

Après avoir repris son souffle, Chantilion accéléra encore la cadence et lança une attaque en chaîne.

Le premier coup fut une estocade, le second une taille.

Et il comptait sans doute porter sa taille décisive en troisième temps.

Doriatessa évita le premier en pivotant du buste, et juste avant que le second n'arrive, elle fit voler son épée devant son épaule.

Un instant, elle parut faire office de bouclier.

Chantilion interrompit son offensive et recula d'un demi-pas.

Doriatessa se tenait dans une posture souple.

Le coude droit naturellement fléchi, la pointe de son épéelevée à hauteur de poitrine.

Chantilion respira trois fois pour calmer son souffle, inspira plus amplement encore, et déclencha sa prochaine attaque.

Vite, vite, vite.

L'épée de Chantilion passa de l'estocade à la taille, puis s'inversa pour harceler Doriatessa.

Doriatessa l'esquivait, l'esquivait, l'esquivait.

Comme si Juruchaga l'avait possédée, elle continuait à se faufiler sous les lames blanches.

Au terme d'une dizaine d'assauts, l'estocade qui vint menacer sa poitrine fut repoussée par sa propre lame.

Au moment où Chantilion reculait d'un pas pour reprendre sa respiration.

Doriatessa fit preuve d'une vélocité foudroyante : après un pas d'appel puissant, elle lança une taille tranchante, pointe en avant, droit au visage de Chantilion.

On crut voir l'épée de Doriatessa fendre le crâne de Chantilion.

Ce n'était qu'une illusion : Chantilion l'évita d'un cheveu grâce à une lecture parfaite, et riposta immédiatement par une taille au visage de Doriatessa.

Doriatessa tordit le corps pour l'éviter, mais l'attaque atteignit son épaule droite.

Pourtant protégée par une spallière métallique, elle encaissa un choc violent et s'effondra au sol.

Chantilion se précipita et pointa son épée à la gorge de Doriatessa.

« Ippon !

Chantilion Graybuster-dono ! »

Sans temps mort, le verdict du juge principal tomba.

Doriatessa restait accroupie, la main sur l'épaule droite, incapable de se relever pendant un moment.

Manifestement, Chantilion possédait bien la technique qui consiste à frapper par-dessus une armure métallique pour blesser l'homme à l'intérieur.

Le juge principal s'approcha de Doriatessa et lui adressa la parole.

Doriatessa releva la tête, secoua la sienne, et se redressa.

La cloche tubulaire sonna, le second round débuta.

Tous deux se firent face, lames croisées, sans bouger.

Le vent redoubla de force.

La poussière s'éleva.

Pourtant, nul ne bougeait.

Doriatessa, de base, privilégiait une tactique défensive.

L'énigme, c'était Chantilion.

Lui qui avait fait preuve d'une telle agressivité, pourquoi refusait-il désormais d'engager ?

La réponse ne tarda pas.

Un filet de sang coula le long du front de Chantilion.

Il n'avait pas totalement esquivé le coup de Doriatessa tout à l'heure.

La « lecture », c'est une anticipation intuitive.

Au niveau supérieur, on voit distinctement à quel moment et comment la lame adverse va s'allonger, sa trajectoire devient limpide.

Chantilion avait affronté Doriatessa hier.

Il avait dû graver dans sa rétine sa vitesse de lame, son jeu de jambes, ses habitudes de frappe.

La trajectoire et la puissance de cette estocade portée sur un pas d'appel puissant, il les avait dûment enregistrées.

Il avait sans doute aussi observé le second et le cinquième match d'aujourd'hui.

Ces souvenirs devaient se superposer aux mouvements de l'ennemie devant lui, rendant la lecture de Chantilion plus fiable encore.

Mais la lecture de Chantilion trahit Chantilion.

Inversement, l'épée de Doriatessa surpassa tout ce qu'elle avait montré jusqu'alors.

On aurait dit que la lame s'allongeait, accélérait brutalement : telle dut être l'impression de Chantilion.

Un être en pleine croissance peut, parfois, accomplir de tels miracles.

La capacité de progression de Doriatessa avait déréglé la lecture de Chantilion.

Une blessure à la tête qui saigne : sa vision doit encore trembler.

Les maux de tête peuvent troubler son jugement.

À cet instant, on peut dire que Doriatessa mettait Chantilion au pied du mur.

Sa chance de victoire poindait tout juste.

Doriatessa commença à tourner à droite.

Elle courait, courait, à une vitesse prodigieuse.

Chantilion pivotait pour lui faire face.

Tourbillonnant, Doriatessa fit le tour de Chantilion.

Puis, sur un pas d'appel puissant, elle lança une taille d'estoc droit au visage de Chantilion.

Au moment où Doriatessa passait à l'attaque, Chantilion retira son épée sur la gauche.

Il vient !

L'atout maître de Chantilion.

Chantilion lança son premier coup en synchronisation avec la taille de Doriatessa.

Même avec l'élan de la charge, la vitesse de sa lame surpassait celle de Doriatessa.

Dans sa posture offensive, Doriatessa ne pouvait pas esquiver l'épée de Chantilion.

C'eût été le cas, mais l'épée de Chantilion fut stoppée par celle de Doriatessa.

Feindre la taille pour, dès le départ, se consacrer à la parade.

L'épée de Chantilion fut immédiatement retirée, puis réengagée sur la trajectoire exacte, mais depuis une position avancée d'un demi-pas.

Doriatessa baissa la tête pour éviter le second coup.

Un mouvement impossible sans l'avoir prémédité.

Désormais, la pointe de l'épée de Doriatessa touchait presque la poitrine de Chantilion.

Mais cela signifiait aussi que Doriatessa se trouvait à l'intérieur de la garde de Chantilion.

À cette distance, impossible d'esquiver le troisième coup qui fondait à une vitesse terrifiante.

Effectivement, le troisième coup s'abattit sur Doriatessa.

Doriatessa ne chercha pas à l'esquiver.

Au contraire, elle pivota le buste à droite tout en rentrant l'épaule, et s'engagea elle-même dans la lame blanche qui la menaçait.

L'épée de Chantilion heurta la spallière de Doriatessa, produisant un claquement métallique sec, avant de glisser jusqu'à la base du cou.

Baldo eut l'impression qu'un démon lui serrait le cœur.

Depuis sa place, Doriatessa était à droite, Chantilion à gauche.

La pointe plantée dans le cou droit de Doriatessa se trouvait juste dans l'angle mort, invisible.

On aurait dit que la tête de Doriatessa allait être arrachée.

Mais il n'en fut rien.

Ce qui s'était passé, le choc métallique l'apprit.

Un gorgerin.

La spallière de Doriatessa était équipée d'un gorgerin.

Doriatessa avait attiré l'épée de Chantilion vers sa gorge pour la réceptionner sur son gorgerin.

En acceptant de s'engager pour recevoir la lame, la pointe de Doriatessa était parvenue au ras de la poitrine de Chantilion.

Cependant, ayant profondément engagé son pied droit, on aurait cru qu'elle devait retirer épée et pied pour repartir à l'assaut avec puissance.

Pourtant, Doriatessa, sans changer de posture, fit pivoter ses hanches et propulsa sa pointe vers l'avant.

Cette technique !

Celle que Kars avait montrée hier.

Doriatessa venait de la reproduire à la perfection.

L'enfonçait profondément dans le plastron de cuir de Chantilion.

Les deux corps s'immobilisèrent.

L'arène se figea dans le silence.

***

Chantilion fixait, avec des yeux qui refusaient de croire, l'épée plantée dans sa propre poitrine.

La folie du combat l'avait déjà quitté.

Si cette épée n'avait pas été une arme d'entraînement à bout émoussé, qu'aurait-il été ?

Inutile de le dire.

La pointe aurait percé les viscères, et la vie se serait éteinte.

Chantilion l'avait compris avec une clarté absolue.

Qu'il avait perdu.

Il n'avait jamais imaginé laisser l'adversaire toucher son corps.

Pour parer à toute éventualité, il portait un plastron de haute qualité.

Mais la pointe émoussée avait transpercé le cuir, et l'épée de Doriatessa avait atteint le corps de Chantilion.

Il devait goûter un vertige pareil au renversement du ciel et de la terre.

Chantilion releva la tête et regarda Doriatessa.

Doriatessa scrutait son adversaire en silence.

En observant ce profil, Baldo songea : belle.

Ni arrogance, ni servilité, ni haine, ni férocité.

Seul y était le visage de celle qui s'apprête à donner la pleine mesure de son art.

Les joues rougies, le souffle rauque, ce visage débordait de la joie d'avoir tout donné.

Le juge principal s'adressa à Chantilion.

Chantilion acquiesça.

L'équipe de secours fut appelée, et l'épée plantée dans Chantilion fut retirée avec précaution.

Chantilion ne montra aucune douleur, et regarda Doriatessa avec une expression hébétée.

Une fois Chantilion emporté sur une civière, la proclamation du juge principal retentit.

« Victoire !

Doriatessa Fafaren-dono »

Une acclamation s'éleva du camp de Goriola, qui devint vite une immense ovation.

Doriatessa Fafaren venait de remporter le tournoi toutes catégories à l'épée fine, un exploit sans précédent.

Un haut fait inédit, digne d'être transmis dans l'histoire du Tournoi Martial.

Doriatessa posa un genou à terre et offrit une prière de remerciement.

Aux dieux, et à quelqu'un.

Puis, une fois ses salutations faites, alors qu'elle regagnait son camp, ses compagnons, impatients, enjambèrent la muraille pour l'accueillir.

Ils lui tapèrent dans le dos, l'entourèrent, l'acclamèrent, célébrant la déesse qui avait apporté à leur pays l'honneur de la victoire toutes catégories.

Sois fière, sois fière.

Aie toute la fierté du monde.

En vérité, c'était Baldo lui-même qui se sentait gonflé d'orgueil.

Comme si sa propre fille avait accompli un exploit majeur.

Mais en jetant un œil au camp de Palzam, Baldo eut l'impression de recevoir une douche d'eau glacée.

Les chevaliers de Palzam étaient muets.

Les nobles de haut rang doivent servir de modèle aux chevaliers.

Les chevaliers de haut rang, de même.

Chantilion était issu de l'une des plus grandes familles du pays.

Simultanément, il occupait le poste de capitaine de la garde rapprochée, une charge exigeant une autorité martiale exceptionnelle.

Que cet homme ait été devancé par une étrangère, qui plus est une femme, constituait, pour tous les chevaliers de Palzam, une honte absolue, c'est ce qu'ils devaient ressentir.

Tant qu'ils gardent le silence, c'est encore supportable.

Mais si ce qui succédera à ce silence n'est pas une félicitation sincère, que se passera-t-il ?

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