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Henkyou no Roukishi

Chapitre 106

Henkyou no RoukishiHenkyou no Roukishi
Chapitre 106

Chapitre 106

Chapitre 106/18657%~9 min de lecture1 740 mots

Des arbres aux formes étranges s'entrelacent et couvrent le ciel.

Au plus profond de la forêt-marine, l'obscurité est si dense qu'on dirait le fond de la terre, une lueur blafarde et inquiétante.

Les cris d'oiseaux et de bêtes, tous d'espèces inconnues, résonnent avec une lugubre mélancolie.

Avec si peu de soleil, la végétation basse devrait peiner à pousser, pourtant une multitude d'herbes s'enroulent autour des pieds.

On devine sans qu'on ait besoin de le dire que l'endroit est proche.

Mêlés aux bruits d'eau — *jabu jabu, chapu chapu* —, d'innombrables gémissements parviennent aux oreilles.

La douce odeur de pourriture et la présence maléfique s'intensifient à chaque pas.

Soudain.

Les arbres qui dressaient leurs troncs en fouillis jusqu'à boucher la vue s'interrompent, et un espace béant s'ouvre devant les yeux.

Un lac d'un bleu trouble.

Contrairement aux étangs croisés jusqu'ici, qui n'étaient que des boues visqueuses, ce lac possède une beauté anormale.

Toutefois, ce n'est pas une eau limpide : sa couleur évoque un colorant vif dissous dans l'eau.

Et sur la rive opposée se dresse un arbre gigantesque, au point que le terme « géant » semble dérisoire, son tronc évidé en son centre.

Non.

Non, ce n'est pas ça.

En le regardant, on s'en rend compte.

Cet arbre immense.

Ce n'est pas un arbre hôte pour l'oiseau mythique, le Yambagaru.

C'est ce lac lui-même, c'est cette forêt tout entière.

La cavité formée à la base du Yambagaru, large comme un petit village.

L'eau qui s'y est accumulée est précisément ce lac.

Et la surface des racines que l'arbre géant étend dans toutes les directions, pourrie et décomposée, constitue justement ce sol au toucher étrange, entre boue et humus, que Bardo et les autres ont foulé ces derniers jours, ainsi que la mousse, l'herbe et les arbres qui y ont poussé.

On ne peut pas croire que la forêt-marine entière soit constituée de ce vieux Yambagaru, mais il est certain que depuis plusieurs jours, ils marchaient sur le corps de cet arbre géant.

Dans cette eau profonde, d'un bleu sombre teinté de rouge et de vert, claire pourtant stagnante, des centaines, des milliers de Manūno émergent le buste hors de l'eau.

Elles regardent toutes dans la même direction.

Une seule et unique direction.

Elles fixent le centre de la cavité du Yambagaru, leur père et leur matrice.

Là se tient une unique Manūno colossale.

Ce doit être la « Reine ».

Les cheveux qui s'élancent de la tête de chacune s'étirent vers la « Reine », comme des lianes qui s'accrochent à l'arbre géant.

« Vite. »

« Vite. »

« Auprès de la Reine. »

Des voix résonnent dans les oreilles.

« Humain. »

« Dépêche-toi. »

« La Reine. »

« Le temps où on peut l'arrêter. »

« Ne reste plus que très peu. »

Les voix pressent Bardo.

Mais comment rejoindre la Reine ?

S'il met le pied dans ce lac, son corps coulera tout simplement.

Mais, « tant pis », se dit Bardo, et il fait un pas en avant.

Alors, quelque chose affleure à la surface de l'eau trouble et bleutée.

Quelque chose couvert d'écailles, visqueux.

Quelque chose d'une longueur effrayante, qui ondule et s'entrelace en remontant à la surface.

Des Manūno.

Ces horribles serpents-démons se serrent les uns contre les autres pour former un pont flottant.

Bardo pose le pied sur ce pont difforme.

Son corps est soutenu, sans s'enfoncer dans l'eau.

Sous ses yeux.

Les torses des serpents-démons se tordent, *uzouro uzouro*, et façonnent un chemin sur l'eau.

Sur ce ponton à l'aspect répugnant, Bardo avance en éclaboussant l'eau, *chapari chapari*.

À chaque pas, un frisson glacial lui parcourt l'échine face à la répugnance du contact.

Se retournant pour voir Kâz, il constate que les deux chevaux et lui sont réduits au rôle de spectateurs, immobiles au bord de l'eau, refusant d'y tremper un sabot.

Vers le milieu du parcours, tension oblige, il a l'impression que ses chevilles s'engourdissent.

Pourtant, Bardo continue d'avancer.

Il n'est pas venu jusqu'ici pour faire demi-tour lâchement au milieu du chemin.

Se le répétant, il poursuit sa marche vers l'avant.

À mesure qu'il approche, la silhouette de la Reine se précise.

C'est une géante aux cheveux d'argent, d'une beauté saisissante.

Ce n'est plus une simple « apparence de femme ».

Elle surpasse en beauté toutes les femmes qu'il a jamais vues, une ideale beauté, belle et lascive.

Sa peau, toutefois, a la blancheur d'un cadavre, une texture froide comme de la cire.

Ses yeux ronds sont transparents comme des œufs de grenouille.

Ses longs et abondants cheveux d'argent ruissellent derrière son corps.

Ses seins généreux, aux aréoles d'un violet pâle, exhibent une perfection sculpturale qui ferait soupirer les peintres.

Les ailes d'eau déployées de part et d'autre de son corps s'harmonisent étrangement avec sa silhouette et en rehaussent la beauté.

Ses sourcils, sa bouche et son menton bien dessiné tremblent de colère.

« Oooo. »

« Oooo. »

« Exécrable. »

« Exécrable. »

« Pour quelle raison. »

« Pour quelle raison. »

« Moi, on m'inflige. »

« Un châtiment pareil. »

Ce « châtiment », ce sont sans doute les cheveux des Manūno plantés dans tout son corps.

Non, ce ne sont pas des cheveux.

Ce sont probablement des aiguillons qui s'enfoncent dans la proie pour y injecter un venin paralysant.

Ces longs aiguillons noirs deviennent transparents près de la Reine.

D'innombrables cheveux partis de partout dans le lac s'enfoncent profondément dans le corps de la Reine.

Visage, cou, seins, et jusqu'au bas du corps recouvert d'écailles, en dessous du nombril.

Sur chaque recoin de son corps gigantesque, ils sont fichés.

Pourtant, à bien regarder, les Manūno qui ligotent la Reine souffrent.

Elles se tordent, endurent désespérément, mais il est évident qu'elles ne pourront pas tenir longtemps cet état.

Bardo tire l'épée antique.

La dernière fois qu'il a libéré le pouvoir de cette lame, il est resté inconscient pendant deux mois.

Ce danger persiste.

Mais il n'a d'autre choix que d'essayer.

Bardo inspire profondément l'air vicié.

L'air inspiré lui brûle la gorge et les poumons, enveloppant tout son corps d'un malaise.

Sans s'en soucier, il brandit l'épée antique vers l'avant et hurle.

Stabros !

Alors, comme la fois précédente, une lumière éblouissante enveloppe l'épée magique ancienne.

Un instant plus tard, une balle de lumière ondulante est libérée, frappe le corps de la Reine et s'effondre en cascade lumineuse.

Bardo sent sa conscience s'éloigner, mais il s'accroche désespérément.

Heureusement, cette fois il ne s'effondre pas évanoui, il parvient à se maîtriser.

Mais la faiblesse qui l'envahit est hors du commun.

Lorsqu'il revient à lui, la Reine est là, à portée de main, à moins de dix pas.

Ses yeux sont devenus d'un noir calme.

Ses cheveux aussi ont noirci.

Sa peau a repris des couleurs, comme si le sang y circulait à nouveau.

La couleur du sang des Manūno n'est sans doute pas la même que celle des humains, mais peu importe.

Bardo soutient le regard de la géante qui le toise, droit dans les yeux.

« Je n'aurais jamais cru être sauvé par un humain. »

Cette chose qui ressemble à une voix résonne avec force dans la tête de Bardo.

Une puissance telle qu'elle en devient douloureuse.

« Ce lézard pourri, il faudra bien un jour lui faire payer le prix fort. »

« Mais avant ça, je dois me reposer. »

« Humain, quel est ton nom ? »

Bardo donne son nom à voix haute.

« Hum. »

« L'humain Bardo Roen. »

« Maintenant, pars. »

« Un jour, je te rendrai grâce. »

« Si tu restes, je finirai par te tuer. »

Avant ça, dis-moi, dit Bardo.

Les Manūno vont-elles continuer d'attaquer les humains ?

À cette question, la Reine affiche une expression amère et répond.

« Cette fois, c'est sur mon ordre que cela a été fait. »

« Mais ce n'était pas ma volonté. »

« Je n'attaquerai plus jamais les humains. »

« Toutefois, tout humain qui foulera ma terre sera tué. »

Dans ce cas, « moi » signifie probablement « les Manūno ».

Bardo enchaîne.

Il semble qu'il y ait des humains manipulés par quelqu'un en ce moment, est-ce l'œuvre des Manūno ?

« Ce n'est pas mon fait. »

« Je peux pétrifier les humains de froid. »

« Mais je n'ai pas le pouvoir de les manipuler à ma guise. »

Bardo demande encore : les bêtes magiques existent-elles encore ? D'où venaient ces innombrables bêtes magiques ?

« Par *majuu*, tu entends les bêtes habitées par des esprits de haine ? »

« Elles ne sont plus. »

« En réunir un tel nombre a pris un temps considérable. »

« J'ai commencé à les créer il y a deux nuits, selon le calendrier de Patarapoza. »

« En tout cas, le Lézard a emporté la Pierre. »

« Je ne les créerai plus. »

« Pars ! Humain Bardo Roen. »

Le visage de la Reine se transforme.

Sa bouche s'ouvre hideusement, *kuwa*, dévoilant de longues crocs.

Des écailles apparaissent sur ses joues.

Ses yeux se teintent d'un rouge vif.

Des veines gonflent sur son visage et sa poitrine.

Une vague de colère jaillit de tout son corps.

Bardo recule d'un pas malgré lui.

Et là, la sensation sous ses pieds change.

Le pont fait de corps de femmes-serpents commence à couler dans l'eau.

Bardo se retourne et court.

Devant lui, le pont se défait de plus en plus.

Comme des serpents qui se dispersent dans l'eau.

En courant, Bardo voit.

Le bas du corps des Manūno est couvert d'écailles, mais plus loin il se divise en d'innombrables filaments semblables à des fouets.

Tantôt ils s'entrelacent, tantôt ils se séparent et ondoient.

Sous les yeux de Bardo, le pont tissé par les bas-corps de centaines de Manūno se défait, se sépare, et flotte dans l'eau comme des algues.

Il court, court, et quand il atteint enfin la rive, l'eau lui monte déjà aux genoux.

Se retournant, il voit que les cheveux des Manūno sont à nouveau plantés dans le corps de la Reine.

La Reine, sa colère à nu, tente de les arracher.

Tout en les arrachant, peu à peu, son corps s'enfonce dans l'eau.

Bardo remarque que son corps va très mal.

La vue lui trouble, la sueur jaillit, des frissons le saisissent.

Son corps est lourd, ses membres engourdis refusent d'obéir.

Là, la conscience de Bardo s'interrompt.

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