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Harapeko na Joushi no I wo Tsukamu Houhou

Chapitre 80

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Chapitre 80

Chapitre 80

Chapitre 80/11073%~7 min de lecture1 267 mots

« ! »

Ayant sollicité l'autorisation de vérifier l'état de Rosé suite à une vague massive de monstres, je venais de pénétrer dans la salle des rituels lorsqu'elle apparut brusquement pour me saisir le bras.

Devrais-je être surpris qu'elle soit arrivée avant même que j'aie pu ouvrir la bouche, ou plutôt par son air si précipité ?

La voir faire cette mine prête à pleurer avec l'apparence enfantine d'Estelle était vraiment mauvais pour mon cœur.

« Que se passe-t-il ? »

« …… M.-Ionias est… »

« M.-Ionias ? »

« Je suis frustrée de ne pas pouvoir lui adresser la parole. Ma voix risque seulement de l'accabler davantage. »

Elle me fixa un instant, les yeux humides, puis baissa la tête en serrant son manche. Ne sachant quoi faire, je me contentai de lui caresser doucement la tête.

Les paroles de Rose n'atteignaient pas Ionias. J'en avais parlé à , mais il semblait que, tout comme Estelle, ce dernier possédât une sensibilité trop fine, calibrée pour capter les cris de douleur plutôt que les mots. Il percevait vaguement sa présence par moments, mais c'était extrêmement rare.

La voix de Rose qui cherchait à l'arrêter n'était perçue que comme un simple bruit ou des hurlements.

Même si Rose s'inquiétait profondément et tentait de le stopper, il ne pouvait pas entendre ses intentions.

« Ma voix doit lui sembler accusatrice. Ce n'est pourtant pas vrai. Je ne souhaite que sa survie. »

« Lui semble accusatrice ? »

« …… Il est très dur avec lui-même. Son corps s'affaiblissant, il sent que sa magie ne circule plus aussi bien lors du rituel et cela nourrit son anxiété ainsi que son agacement. Même si je lui dis d'arrêter, il doit l'interpréter comme une réprimande. »

Ionias interprétait visiblement les choses à l'inverse totale des intentions de Rose, semblant acculé malgré lui.

Qu'il puisse encore parler de la sorte signifiait que ne lui avait probablement pas révélé la situation. Même s'il lui en parlait, l'attitude obstinée d'Ionias risquerait fort de lui fermer l'oreille.

Ni , son beau-père, ni Estelle, sa véritable sœur, ne parvenaient jamais à le faire accepter.

C'était probablement parce que son attitude manquait cruellement de considération envers lui-même qu'il donnait cette impression de ténacité inflexible.

À mes yeux, Ionias semblait ne point se raccrocher à la vie.

« …… J'essaierai quand même de lui glisser un mot, mais probablement… »

Je n'imaginais pas comment le convaincre de vouloir survivre.

Tout ce que je savais d'Ionias, c'était qu'il était le frère aîné d'Estelle, victime de l'événement survenu dix ans plus tôt, et qu'il avait exercé les fonctions de Mage en chef durant cette décennie, quoiqu'affaibli physiquement.

Lui transmettre des mots serait difficile, tant il demeurait presque un étranger à mes yeux.

Mais dire quelque chose restait préférable à rien. Espérant qu'il y prêtât un peu d'attention, je continuai de caresser la tête de Rose, qui gardait la tête basse.

Notre entrevue eut finalement lieu assez aisément.

s'était interposé pour nous frayer un chemin pendant un créneau où Ionias n'avait aucun rendez-vous.

« M.-Ionias. »

« …… Quelque chose ? Je ne pensais pas devoir t'accorder la moindre parole. »

Malgré ces mots froids et ce regard glacé dirigés vers moi dès mon entrée, je soutins son regard sans broncher.

Il ne portait pas son habituelle voilette ; son visage était entièrement visible.

Ionias possédait une beauté saisissante, celle qu'on imaginerait si l'on masculinisait Estelle et en accentuait les traits vifs. Pourtant, sa peau affichait une pâleur maladive bien plus prononcée que celle d'Estelle, révélant un corps squelettique aux chairs effacées.

Apparemment mal en point, il était assis paresseusement sur une chaise.

Un soupçon d'irritation transpirait de ses traits androgynes. C'était compréhensible : bien que j'eusse pris rendez-vous, notre visite relevait presque de l'ingérence.

« Je vous présente mes excuses pour cette visite imprévue. Je tiens absolument à vous entretenir de quelque chose. »

« Je n'ai pas le temps de te consacrer. Mais bon, parle donc. »

Il semblait toutefois décidé à ne pas me renvoyer sans m'écouter ; ses yeux violets croisèrent les miens dans un geste encourageant.

« M.-Ionias. S'il vous plaît, prenez soin de votre santé. Dans cet état… »

« Il ne résisterait pas plusieurs années. »

Me couvrant la bouche avant que je ne pusse achever ma phrase, il demeurait totalement impassible.

C'était peut-être précisément en tant que tel qu'il comprenait parfaitement à quel point son propre corps hurlait sous l'usure.

Et même conscient de cela, il refusait catégoriquement de démissionner de son poste de Mage en chef.

« Si telle est votre décision… »

« Eh bien ? Que me demandes-tu exactement ? De vivre ? Souhaites-tu que je prolonge ma souffrance ? »

Face à ce ton railleur, je m'interdis de répondre instinctivement et scellai mes lèvres.

« Tu n'y verras peut-être rien car tu es en bonne santé, mais je fournis déjà un effort considérable juste pour rester en vie, et ça me fait mal. Peut-on réellement appeler bonheur une existence prolongée dans ce corps fragile et incurable ? »

La question d'Ionias restait sans réponse possible pour moi.

Ayant toujours joui d'une parfaite santé sans connaître les maladies graves, je ne pouvais véritablement saisir son ressenti. Même si je feignais la compréhension, ses paroles ne toucheraient sûrement pas Ionias.

Démissionner pourrait légèrement améliorer sa situation, mais il ne deviendrait pas pour autant sain, étant à l'origine déjà fragile. Comme il le disait, changer de perspective ne ferait que retarder sa mort, allongeant artificiellement sa douleur.

« Te maintenir en vie ne te rapportera rien. Au contraire, ma disparition rapide te permettrait d'occuper le poste envié. Ah oui, félicitations pour ta promotion en classe spéciale, c'est parfait. »

Mon cœur se serra face à son sourire cynique prononçant ces félicitations hypocrites.

Ses mots ne me blessaient pas personnellement ; c'était le fait qu'il partît du principe de sa propre mort qui m'oppressait.

« Si je meurs, tu pourras atteindre un rang prestigieux parmi les mages et servir de près ma sœur. Qu'est-ce qui ne va pas là-dedans ? »

« Je ne souhaite nullement votre mort. »

« Il faut que je te dise explicitement que je désire mourir ? C'est bien moi, en personne, qui le veux. Vouloir nous sauver sans tenir compte de notre volonté réelle relève d'un orgueil insolent. On pourrait presque qualifier ça d'égoïsme. »

« …… Néanmoins… »

« Je te l'ai déjà dit, tu es un hypocrate. Tu fais cela par bonté d'âme, j'imagine, mais c'est insupportable pour moi… Penses-tu avoir le droit de décider pour moi ce qui constituera mon bonheur ? »

Sans doute avait-il raison.

Chaque individu possède sa propre définition du bonheur et nul n'a le droit de l'imposer. Je ne pouvais empêcher Ionias de trouver sa sérénité dans la mort.

── Pourtant, cette sérénité convenait-elle réellement à celui-ci ?

C'était une conception du bonheur née de l'accablement. S'il n'avait porté aucune chaîne et joui d'une santé robuste, une telle conclusion ne se serait jamais imposée à lui.

Même conscient du futile de mes arguments et incapable de les formuler clairement, je ne pouvais m'empêcher de penser ainsi.

« Nous ne partagerons jamais la même vision des choses. …… Tout ceci arrive trop tard. »

Souhaitant clore la conversation, Ionias fit un geste de la main pour écarter mon interlocution et me lança un regard las.

Loin d'être un proche et ne possédant aucun talent rhétorique, je ne pus ajouter un mot. Je me contentai d'adresser une révérence et quittai le bureau du Mage en chef.

***

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