L'endroit où résidait Estelle se trouvait dans un quartier spécial du château. Apparemment réservé aux mages d'exception, Estelle y avait également obtenu une chambre. Probablement pour la surveiller et l'empêcher de s'enfuir.
Je frappai à la porte de la chambre d'Estelle, dans ce quartier que j'avais déjà visité plusieurs fois.
En entendant le son lourd qui me parvint en retour, je m'inquiétais : Estelle était-elle réveillée ? Ne souffrait-elle pas ? J'attendis qu'elle ouvre, sans me présenter. Car même moi, Wilfried, n'avais plus de nouvelles.
Bien qu'elle n'ait pas répondu par magie de transmission, il semblait qu'elle ne fasse pas semblant d'être absente quand on se présentait en personne. De l'autre côté de la porte, j'entendis des pas un peu traînants.
La serrure se déverrouilla lentement, et la poignée tourna avec hésitation. Peut-être y avait-il de la réticence, car la porte s'ouvrit à une vitesse bien lente.
« Qui est là ? »
Estelle montra son visage en demandant, sans même laisser le temps de dire qui que ce soit.
Elle était probablement restée au lit tout ce temps, toujours en tenue de nuit, sans même un voile, encore moins son fard habituel. Je me retins de relever son imprudence à montrer son visage ainsi, et m'efforçai d'appeler son nom sur un ton doux.
Estelle se figea en apercevant ma silhouette.
Ses yeux demandaient : « Pourquoi es-tu ici ? » De mon côté, j'avais envie de lui rétorquer que c'était bien normal de s'inquiéter quand on coupe les contacts. Vérifier qu'elle va bien, c'est la base. Et vouloir l'aider si quelque chose ne va pas, c'est tout naturel.
« Wil... » « Estelle, ça te dit qu'on passe la nuit ensemble ? »
« Hein, heu ? »
À ma proposition d'emblée, Estelle afficha une perplexité évidente.
Son teint n'était pas bon, mais ce n'était pas la maladie qui la dominait à cet instant, c'était la surprise.
Pour elle, la proposition devait sembler saugrenue. Pour moi, c'était au contraire une idée très sérieuse et parfaitement logique.
Si elle est angoissée et se sent seule, mieux vaut avoir quelqu'un à ses côtés. J'avais conscience d'être son stabilisateur mental, et moi non plus je ne voulais pas la laisser seule.
« Ce n'est pas chez moi, mais ici. Je reste à tes côtés. »
« Heu, ah, euh... »
« C'était désagréable ? »
« N-non, pas "désagréable" ou quoi que ce soit, mais... c'est impossible. »
« Tu en mourais d'envie tout à l'heure, non ? »
« C-c'est vrai, mais ! ... C-c'est juste que, a-aujourd'hui, je veux être seule... »
« Je ne te le permettrai pas. »
En relevant un peu le ton pour refuser net, je vis les yeux d'Estelle trembler d'une confusion accrue.
Elle n'avait sans doute pas imaginé que je ne respecterais pas sa volonté.
Moi non plus, si Estelle le refusait vraiment, je me retirerais immédiatement.
Mais ce n'est pas de refus qu'il s'agit. Pour le dire clairement, c'est de la fierté mal placée. Elle veut faire semblant que tout va bien pour ne pas inquiéter, elle veut tout supporter toute seule. Je ne suis ni assez obtus ni assez insensible pour prendre cela au pied de la lettre et me rassurer.
« Si tu veux être seule, je le ferai. Mais ce n'est pas vraiment ce que tu veux, n'est-ce pas ? Pourquoi fais-tu semblant d'être forte à moitié au lieu de t'appuyer sur moi ? »
« Wil, »
« Je te dis qu'il faut t'appuyer sur moi. »
D'ordinaire, je lui rabâche de ne pas faire n'importe quoi toute seule, et voilà qu'au moment crucial, ma bien-aimée tente de tout porter sur ses épaules. C'en est presque inquiétant de se demander si je suis si peu fiable que ça.
Bien sûr, je comprends aussi les sentiments d'Estelle : ne pas vouloir être un fardeau, vouloir se débrouiller seule, ne vouloir montrer que son sourire.
C'est précisément pour cela que je veux être à ses côtés maintenant.
J'ai juré de la soutenir. Il est évident que c'est maintenant qu'il faut le faire.
« Mais, moi... »
« Estelle. »
J'attrapai ses frêles épaules pour la fixer droit dans les yeux.
« Compte sur moi. »
C'était un ton impératif que j'utilisais presque jamais. Les yeux d'Estelle, d'un violet vif, se troublerent comme dissous.
Elle ne répondit pas, mais tira ma manche avec hésitation, pourtant clairement pour me demander quelque chose.
Comprenant qu'elle m'invitait à entrer, je pris sa main tremblante et pénétrai dans sa chambre, guidé par elle.
Le quartier d'Estelle comptait plusieurs pièces, mais c'est dans la chambre à coucher, la plus au fond, qu'on me conduisit — pas dans le salon.
Quand je m'assis sur le bord du lit à baldaquin somptueux, non sans une certaine hésitation d'un autre ordre, Estelle s'assit à côté de moi, ou plutôt monta sur le lit.
Et vint se lover contre moi. On pourrait dire qu'elle s'accrochait à moi.
Je la serrai dans mes bras, montant à mon tour sur le lit avec plus de retenue qu'avant, et la pressai fermement contre moi.
La chaleur que je percevais à travers la fine étoffe de sa tenue de nuit me sembla, pour une raison quelconque, plus froide que d'habitude.
« Estelle. »
« ... Wil, encore. »
Comprenant immédiatement ce que ce « encore » signifiait, je resserrai mon étreinte sur ce corps menu.
Estelle, qui réclamait qu'on la touche, devait avoir faim de contact humain. Qu'elle veuille mon contact, c'est parce que l'inquiétude la submerge. Elle avait tendance à chercher la proximité quand elle allait mal, mais jamais de manière aussi marquée.
Estelle, qui collait son corps au mien sans laisser le moindre espace, comme pour me ressentir de tout son être, m'embrassa.
Moins par amour que par détresse.
Face à Estelle qui cherchait à combler son anxiété en m'imposant ses lèvres, je m'écartai volontairement du visage.
Pour la rassurer, je lui souris doucement, et l'embrassai à mon tour, avec une infinie tendresse.
Si elle est anxieuse, il suffit de la faire fondre.
Doucement, sucré, avec une patience sans borne.
Comme pour défaire un cœur raidit et tremblant, comme pour réchauffer un corps glacé de l'intérieur avec le mien, je choyais l'instable Estelle en la touchant avec une minutie obsessionnelle.
Un regard qui semblait réclamer « encore » me fixait.
Devant des yeux débordants d'anxiété, prêts à déborder, je choisis moi aussi de la gâter sans réserve.
« Tu te dégoûtes ? De me voir encore me lamenter alors que tu croyais que j'allais mieux ? »
Un peu calmée, peut-être, l'orage de baisers s'apaisa, tout en restant collée à moi.
Même si ce n'étaient que des effleurements, si le cœur d'Estelle avait trouvé un peu de repos, alors ça en valait la peine. Tout en remettant en place sa tenue de nuit légèrement défaite à force de s'embrasser et de se toucher, je secouai la tête.
« Pas du tout. Je sais depuis le début que tu es quelqu'un de sensible... et tu es gentille. »
« Je ne suis pas gentille. »
« Tu t'en fais au point de ruminer sans cesse pour les autres, non ? »
Au fond, elle rumine à cause de l'affaire parce qu'elle culpabilise envers les enfants entraînés dans l'affaire.
À la base, Estelle est une victime, elle n'a aucune responsabilité. Pourtant, elle souffre pour ces enfants qui ont été consumés pour elle.
Pourtant, Estelle secoua doucement la tête, comme pour nier mes mots.
« ... Ce n'est pas vrai. Moi, je pense des choses affreuses. »
« Affreuses ? »
Quand je lui caressai le dos pour lui demander ce qui la poussait à ce point, Estelle afficha un sourire à mi-chemin entre les larmes et le rire.
« ... Comme frère, je me dis parfois : pourquoi ai-je dû subir ça ? Pourquoi faut-il que je fasse une chose pareille ? »
C'est, d'une certaine manière, une pensée tout à fait naturelle.
Moi-même, j'ai pensé la même chose autrefois. Pourquoi ai-je failli être tué ? J'ai grogné face à l'injustice après l'affaire.
Au final, l'affaire a porté ses fruits, mais sur le coup, j'ai éprouvé de la colère envers le coupable.
Qu'Estelle le ressente est tout à fait normal.
Elle a souffert pendant l'affaire, et en plus, on a décidé de sa vie à sa place.
« Pourquoi nous a-t-on choisis ? Pourquoi devons-nous tout subir de force ? Pourquoi devons-nous endurer la souffrance ? ... La réponse est simple : il n'y avait là que des pions commodes. »
« Estelle... »
« Je choisis de servir le pays pour expier, mais... sans ça, je pense que j'aurais fui. Que le poids du pays repose sur une seule personne, je déteste ça. Souffrir, je déteste. Même si je sais qu'en fuyant je reporterais le fardeau sur quelqu'un d'autre, j'ai envie de fuir. C'est horrible, non ? »
Elle a l'air de vouloir qu'on la gronde, et en même temps de ne pas vouloir qu'on la gronde. Qu'on la réprimande. Qu'on ne la réprimande pas.
Face à des mots porteurs de sentiments aussi contradictoires, je décidai de ne pas donner de réponse facile.
Je comprends les deux. Estelle veut qu'on l'arrête, elle s'autoflagelle pour se freiner. Mais elle ne veut pas être rejetée.
C'est pourquoi, je n'affirme ni ne nie.
« ... Permettez-moi, moi aussi, de dire quelque chose d'affreux. »
Simplement, si Estelle dit qu'elle est affreuse, alors moi aussi je suis un homme affreux.
« Je trouve que le système même de ce pays est faux. Moi qui ai profité de ses avantages, je ne suis pas très bien placé pour le dire, mais... moi, tant que tu es heureuse, ça me suffit. Si la personne que j'aime peut sourire, ça me suffit. ... Si je dois mettre dans la balance d'autres gens qui deviendraient malheureux et toi, je te choisis, toi. C'est un homme affreux, non ? »
Je souhaite sincèrement être du côté du bien, et je ne veux pas devenir du mal de mon propre chef. Si je peux aider, je veux tendre la main à tout ce qui est à ma portée.
Mais si je dois choisir entre ma bien-aimée et quelqu'un d'autre, je choisirai Estelle sans hésiter. Même si on me traite de méchant pour ça, Estelle est ce que j'ai de plus cher, ma priorité absolue.
C'est peut-être pour ça qu'Ionias me traite d'hypocrite.
Au fond, je ne fais que tendre la main par égoïsme, et quand on y regarde de près, je ne suis qu'un petit homme qui ne choisit qu'une seule femme.
Pourtant, je ne regretterai pas d'avoir choisi Estelle. Mieux vaut protéger ce qui compte au lieu d'essayer de sauver les deux et de les laisser glisser entre mes doigts.
Même si quelqu'un doit en être la victime, je l'accepterai comme un mal nécessaire. J'aurai la conscience de l'avoir sacrifié, mais je ne le regretterai pas.
« ... Moi non plus, je ne suis pas en position de te le reprocher. »
« Moi non plus, je ne peux pas te le reprocher. ... En réalité, on sait tous les deux qu'on n'y arrivera pas. On est trop tendres pour sacrifier complètement les autres. »
En réalité, tant qu'on n'est pas acculé à un choix binaire, on ne sacrifie pas complètement les autres.
Je ne veux pas abandonner Ionias, ni offrir qui que ce soit en sacrifice. Si possible, je veux tendre la main, assumer mes responsabilités.
Estelle doit penser pareil. C'est pour ça qu'elle souffre autant.
« C'est pour ça que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te rendre heureuse, et te protéger de la souffrance. Je veux être l'endroit où tu peux te reposer. »
« Wil... »
« Montre-moi ton vrai visage, à moi seul. Si tu as mal, dis que tu as mal. Si c'est dur, dis que c'est dur. ... Tu n'as pas à t'endurer. »
Si on choisit le statu quo, ce qu'on peut faire est limité.
Si on porte Estelle au poste de mage en chef, je ne peux que la soutenir. Je veux au moins laisser son cœur s'évader, elle qui ne s'enfuit pas. Qu'elle crache tout sans s'endurer.
Pour que, du moins, mon côté soit un lieu de repos et de bonheur pour elle.
Je l'enveloppai à nouveau avec douceur, lui caressant le dos. Estelle secoua fortement le corps et laissa échapper un faible soupir.
« ... En vrai, moi... je ne veux pas devenir mage en chef. Souffrir, c'est non. ... Même si je sais que je dois expier, être enfermée, c'est non. Qu'on décide de ma vie à ma place, c'est non. »
Les mots qui s'échappèrent de ses lèvres pâles et tremblantes étaient une franchise crue, le genre de vrai sentiments qu'on n'entend jamais d'ordinaire de la bouche d'Estelle.
« Je ne voulais pas qu'on me confie le destin du pays. Je ne veux pas porter ça. Pourquoi moi ? Je veux fuir. Si je pouvais juste vivre normalement, ça m'aurait suffi. »
« ... Oui. »
« Mais je veux aider frère, c'est aussi un vrai sentiment sans mensonge. Frère aussi, cet enfant aussi, je veux les sauver. C'est pour ça que je dois le faire. Souffrir, c'est non... mais, je dois m'accrocher. »
Sans la responsabilité, Estelle pourrait fuir facilement. Officiellement, elle n'est pas encore connue comme prochaine mage en chef, on la traite juste comme une mage parmi d'autres.
Mais parce qu'il y a des gens qu'elle veut sauver, elle a décidé d'assumer la lourde charge. Quelle que soit sa répulsion, elle finit par accepter par culpabilité et sens du devoir. C'est la gentillesse d'Estelle, et sa naïveté.
Moi, je suis prêt à disparaître avec elle si elle le souhaite.
« ... Si seulement je pouvais tout jeter, ce serait si facile. Le pays, frère, les enfants sacrifiés pour moi, si je pouvais faire semblant de ne rien savoir de rien, à quel point ce serait facile. Mais je ne peux pas faire une chose pareille. Je sais qu'en attendant on n'est pas sauvé, alors je n'ai d'autre choix que d'agir. ... Je me dégoûte d'avoir de telles pensées. Frère, lui, s'accroche depuis tout ce temps... et moi, je ne pense qu'à fuir. »
Face à Estelle qui s'autoflagellait en étalant son conflit, je me contentai de lui caresser le dos en l'accueillant avec douceur.
Comme Ionias, Estelle a passé dix ans comme pièce de rechange, surveillée, enfermée. Qu'elle ait envie de tout lâcher est inévitable. Et je la trouve aimable de tout cœur, elle qui essaie de ne pas lâcher prise.
« ... Moi, j'aime la toi qui laisse échapper sa faiblesse. »
« ... Oui. »
« C'est bon, je ne te détesterai pas pour ça. Ah, par contre, si tu t'endures toute seule et que tu forces trop, là je risque de te détester. »
En riant pour dédramatiser, Estelle fut entraînée et rit à son tour.
« ... La prochaine fois, je le dirai avant que ça n'explose. »
« C'est bien. »
Confirmant qu'elle avait retrouvé son sourire habituel, je lui caressai la tête. Estelle leva soudain les yeux vers moi, fixement.
Ses yeux mouillés s'étaient asséchés, mais elle me scrutait comme pour vérifier quelque chose, et je ressentis une légère gêne.
« Qu'y a-t-il ? »
« ... Je me disais juste que j'avais bien fait de tomber amoureuse de Wil. »
« C'est un honneur. »
Cela veut dire que je suis son pilier mental, et c'est une joie. Il ne reste plus qu'à la renforcer, dehors comme dedans, pour qu'elle ne se brise pas.
La protéger de tout mal, de l'extérieur comme de l'intérieur. Pour ça, je dois acquérir pouvoir et force. Pour la protéger de n'importe quelle menace.
Il faut que je devienne fort vite, décidai-je en silence, tout en penchant le visage vers le sien, maintenant calme.
Elle était redevenue l'Estelle de toujours.
« Est-ce que tu risques encore de faire un cauchemar ? »
J'avais l'intention de rester cette nuit, mais je sondais sa réaction pour savoir ce qu'elle en pensait. Elle cligna des yeux, puis son visage se détendit en une expression molle.
« Si Wil dort avec moi, je ne ferai pas de cauchemar. Au contraire, ne me laissez pas dormir. »
« ... Je te raconterai des histoires tant que tu voudras. »
C'était une réplique à malentendu garanti, j'aurais voulu la reprendre, mais ce n'était sûrement pas dans ce sens, alors je la regardai avec un regard tiède.
Estelle crut qu'on se moquait d'elle, apparemment, car son sourire se transforma en boude. Même ça m'était adorable, et je ne pus que constater à quel point ses expressions étaient encore enfantines.
« M-mme, ne me traitez pas comme une enfant ! »
« Alors, que désires-tu ? »
« Là, tu pourrais quand même me susurrer des mots d'amour. »
Puisqu'on dort ensemble en amoureux, c'est le minimum, voulait-elle dire.
C'était une réclamation d'une innocente mignonnerie, mais le sens qu'Estelle donnait à « mots d'amour » et le mien étaient aux antipodes.
« Je peux te les susurrer... mais... es-tu vraiment sûre ? »
Je souris à Estelle.
D'un air qui disait implicitement : « Quoi qu'il arrive, je ne réponds de rien. » Elle perçut ce qui se cachait derrière, apparemment, car elle parut légèrement intimidée, décontenancée.
« ... N-non, ton sourire fait un peu peur, alors j'y renonce. »
On m'insulta fort poliment, mais puisqu'elle reculait d'elle-même, je n'avais rien à dire.
J'y avais pensé si elle le désirait, mais elle n'en avait pas du tout conscience, et semblait même ne pas comprendre. Impossible de l'y forcer.
« Oui, oui. À la place, je ferai un somme à tes côtés. »
« Hahaï. »
« Tu es mignonne, Estelle. »
« V-vraiment, j'ai l'impression qu'on se moque de moi. »
Je n'avais pas l'intention de me moquer, mais Estelle perçoit manifestement ça comme du traitement enfantin.
D'ailleurs, vu qu'on peut soupçonner qu'Estelle a une conception de la pudeur restée enfantile, je n'ai d'autre choix que de la traiter comme une enfant, mais elle ne peut pas le savoir.
« C'est parce que tu comptes. Je t'aime bien plus que tu ne le penses, et j'ai envie de te chérir. »
« ... Mmh. »
Parce qu'elle compte, je la gâte ainsi avec douceur, et j'attends sa maturité.
Je n'aurais jamais cru m'investir à ce point, mais peut-être est-ce parce que je n'avais jamais éprouvé d'amitié-plus envers personne jusqu'ici que tout se déverse sur elle.
Je veux la chérir, la rendre heureuse. Je veux la voir sourire.
Une émotion et un désir qui me brûlent la poitrine me sussurent de la traiter avec importance. Quoi qu'il arrive, elle doit être ma priorité.
« C'est pourquoi... »
« Heu ? »
« Si tu en viens vraiment à vouloir fuir, je te prendrai la main et on s'enfuira où tu voudras. »
Si Estelle doit se briser à force d'endurer, je sacrifierai n'importe quoi pour l'emmener loin de ce pays.
D'ailleurs, le pays lui-même est défectueux. Si la disparition d'une seule personne peut l'ébranler, c'est que sa structure est fondamentalement fausse. Je ne sais pas pourquoi ce pays seul a un tel système, mais le système actuel ne repose pas sur le dévouement d'un seul pour prospérer, il ne fait que retarder la ruine par le sacrifice d'un seul.
Mieux vaut abandonner le pays que de laisser la vie d'Estelle être gaspillée inutilement. Même si cela signifie le déclin lent du pays.
« Tiens, par exemple, une ville côtière dans l'un des pays du sud, il y a une ville blanche célèbre. Ce serait une fuite à l'étranger, mais on pourrait s'enfuir par là-bas ? »
Je l'ai dit sur le ton de la plaisanterie, mais si Estelle le souhaite, je passerai à l'exécution.
Vivre tous les deux, quelque part où personne ne nous connaît.
Sans être exploités, sans être contraints, sans user nos corps et nos esprits, juste vivre en paix et en bonheur. Quel bonheur ce serait.
Pourtant, Estelle secoua lentement la tête.
Son sourire était serein.
« ... Non, ça va. Si Wil est à mes côtés, ça me suffit pour être heureuse. »
Éconduisant la douce tentation, Estelle prit ma main comme pour jurer qu'elle ne fuirait pas, et la serra contre elle.
Devant Estelle qui m'attirait contre sa poitrine et fermait les yeux, je laissai flotter un doux sourire.
« Tant mieux. ... Moi, moi seul, quoi qu'il arrive, je serai ton allié. »
« ... Oui. »
Aux mots où j'avais mis ma résolution, Estelle hocha la tête comme pour les graver, et serra ma main contre elle.