Peu de temps après son retour au bureau, Estelle apparut depuis la porte du fond, d'une démarche chancelante, sa tâche apparemment terminée.
Elle n'était pas au bout du rouleau, disons simplement qu'elle semblait fatiguée. Un peu de repos suffirait, et de toute façon, aucun travail excessif n'était prévu pour la fin de sa mission.
« Estelle, bienvenue. »
« Je suis de retour, haa… »
Voyant assis sur sa chaise, Estelle tenta naturellement de s'asseoir sur ses genoux. D'ordinaire, il l'aurait gronder en lui disant de faire ça à la maison, mais le rituel étant achevé, il jugea qu'un peu de gourmandise était permis et ne la réprimanda pas.
Il ne manqua toutefois pas de poser une limite : « Dix minutes, pas plus. » S'il ne le disait pas, elle resterait collée indéfiniment, il fallait donc fixer la règle d'avance.
Estelle sembla satisfaite même de ce court laps de temps et répondit d'un « Haa-ii » paresseux en posant la joue contre la poitrine de .
Celui-ci continua son travail. Elle était menue et légère, donc si cela le gênait un peu dans ses mouvements, ce n'était pas vraiment une entrave.
Tout en parcourant les documents, il percevait le doux parfum sucré propre à Estelle, mais au bout d'un moment, il remarqua qu'elle se raidissait inexplicablement.
Il baissa les yeux pour voir ce qui n'allait pas, et se heurta à un regard boudeur, tout aussi inexplicable.
Il ne la chatouillait pas, ne la serrait pas trop fort, et il avait veillé à l'occuper en lui prenant la main ou en lui caressant la tête de temps à autre. Impossible de comprendre ce qui avait gâché son humeur.
Même lorsqu'il lui demanda ce qui n'allait pas, elle se contenta de gonfler légèrement les joues sans répondre.
Ne comprenant pas, mais certain qu'elle boudait, il interrompit sa lecture et la serra dans ses bras.
Lorsqu'il plongea son regard dans le sien, Estelle renifla théâtralement et fit la moue.
« … Ça sent un parfum que je ne connais pas. Ce n'est pas celui de beau-père. »
C'est alors que comprit pourquoi Estelle était de mauvaise humeur, et un sourire amer lui vint naturellement aux lèvres.
Pour le dire clairement, elle était jalouse.
Il était impossible qu'un parfum féminin émane de . Autrement dit, ce n'était pas le sien. Elle en avait déduit qu'il avait laissé quelqu'un d'autre s'approcher assez près et assez longtemps pour que l'odeur s'imprègne.
« Ah, j'ai heurté une femme à un coin de rue aujourd'hui. Je l'ai soutenue, l'odeur a dû rester à ce moment-là. »
« … Hé-eh. »
« Tu doutes ? »
« Non, je ne doute pas du tout de ta fidélité ou de ce genre de choses… mais émotionnellement, j'aime pas qu'une odeur d'autrui te colle. »
Apparemment, elle ne soupçonnait pas de la tromper, elle détestait simplement qu'une odeur étrangère lui reste.
Devant cette attitude touchante, serra un peu plus fort le corps frêle d'Estelle, qui avait l'air un peu abattue.
« Alors, recouvre-la de ton parfum. Comme ça, elle disparaîtra, non ? »
« Oui ! »
« Mais c'est dix minutes, hein. »
« Radin »
Boudant, mais sans cacher son embarras, Estelle se colla à lui avec application et enfouit son visage dans sa poitrine en poussant un « Yaa » suavement.
« Tu as du travail. Il reste encore des documents à valider. »
« … Uu. »
« Une fois rentrés, tu pourras te coller autant que tu veux. »
« Vraiment ? Alors, quand on dormira aussi ? »
« À voir. »
« Mou ! »
« De toute façon, quoi que je dise, tu finiras par te coller. »
« … Ehe ? »
Estelle, souriante, inclina la tête de façon évidemment feinte, d'une mignonnerie telle qu'on en viendrait à vouloir la choyer, mais céder ne ferait qu'encourager son côté collant, donc il ne pouvait pas accepter.
Cependant, la repousser la rendrait triste, alors se contenta d'un « Bon, bon… » soupiré pour brouiller la piste.
« Puisque Vil me pardonne. »
« C'est de la mauvaise foi, tu sais que je suis faible face à toi et tu en profites. »
« Tu détestes la moi de mauvaise foi ? »
« … Je t'aime, bon sang. Il n'y a pas moyen que je te déteste. »
« Ehehe »
Elle sait pertinemment qu'il est impossible qu'il la déteste, et elle demande quand même.
C'est une question née d'une confiance et d'un amour totaux, à laquelle on ne peut pas gronder.
C'est injuste, songea-t-il, mais c'est aussi la preuve qu'elle lui fait une confiance absolue et l'aime. répondit à cette confiance en déposant un léger baiser sur sa joue.
(… Vraiment, la faiblesse de l'amoureux, ou quelque chose comme ça.)
Il a l'impression d'être faible face à Estelle jusqu'au bout.
Ces derniers temps, c'est souvent lui qui la mène par le bout du nez ou la gâte, mais d'une manière ou d'une autre, tout finit toujours par aller dans le sens souhaité par Estelle, et n'en est pas mécontent non plus.
Puisqu'il est amoureux, c'est inévitable.
« Allez, le temps est écoulé, retour au travail. »
« Haa-ii »
Apparemment satisfaite par ce léger baiser, Estelle se détacha avec une docilité suspecte. Il cligna des yeux, et elle lui répondit d'un sourire radieux : « Je me rattraperai à fond quand on rentrera, donc considère ça comme l'avant-goût ! »
Il ne put refuser, parce qu'il était amoureux, et parce qu'il le désirait lui aussi. se contenta de répondre « C'est 어쩔 수 없네요 » en esquissant lui aussi un fin sourire.
« Au fait, Estelle, tu as laissé une marque ici. Je ne te dis pas de ne pas en mettre, mais fais-le à un endroit invisible. »
Une fois rentrés, Estelle fut collante comme elle l'avait annoncé, tenant parole.
Elle s'accrocha à lui au point qu'Ionia en fut exaspéré et ne put s'empêcher de sourire amèrement, si bien que n'avait qu'une envie : qu'elle réserve ça pour leurs moments à deux.
Après le repas et la toilette, alors qu'ils se calmaient enfin, , assis à côté d'Estelle qui s'appuyait sur lui, lui fit une légère remarque.
Estelle acquiesça docilement — ce qui était bien — mais cette fois, elle attrapa la chemise de .
Puisqu'ils étaient sur le lit, il aurait préféré qu'elle évite les gestes inconsidérés, mais elle ne dégageait pas cette atmosphère-là, elle devait avoir une idée derrière la tête. Enfin, Estelle ne semblait de toute façon pas comprendre ce qu'étaient les choses de l'alcôve, il y avait forcément une autre intention.
« … Qu'est-ce que tu t'apprêtes à faire ? »
« Je grave dans Vil qu'il est à moi. J'ai entendu dire que cette marque est la preuve de l'exclusivité, une marque de possession ! »
« Bein, c'est vrai, mais… »
« Donc, je dois bien la mettre sur Vil. »
Estelle bombait le torse en disant « Vil est à moi, » le sourire aux lèvres, mais son expression s'assombrit légèrement l'instant d'après et elle posa sa joue contre la poitrine de .
« Pour que le Vil qui porte l'odeur d'une inconnue sans s'en rendre compte ait un repère bien visible. »
Elle lui fait confiance, mais elle est anxieuse, alors elle veut graver une marque. Ce sentiment parvint à , qui ne put plus la repousser et caressa la tête d'Estelle, les yeux légèrement baissés.
« … À un endroit invisible, d'accord ? »
« C'est noté. »
D'un air entendu, Estelle se mit à déboutonner la chemise de avec empressement.
Certes, ils étaient sur le lit dans la chambre de , donc bien des pensées lui traversaient l'esprit, mais il savait pertinemment qu'aucun acte inconvenant n'en découlerait.
Des doigts blancs firent sauter les boutons avec une certaine maladresse, ouvrant 점차 le pan de la chemise.
Son corps entraîné fut exposé à l'air, et Estelle rougit légèrement de pudeur, mais sans hésiter, elle se blottit contre .
Elle porta ses lèvres près de la base du cou, invisible sous la chemise d'uniforme, et y colla sa bouche en aspirant l'air avec un bruit de succion.
Il était résistant à la douleur, et de toute façon, ce n'était pas douloureux, donc il n'y avait pas de problème. Mais la vue d'Estelle affairée à graver sa marque était amusante, et il ne put s'empêcher de secouer les épaules en riant.
Remarquant qu'il riait, Estelle releva la tête, boudeuse, et fit la moue. Il lui vola un rapide baiser sur les lèvres, ce qui la fit se détendre en un « funya », avant qu'elle n'enfouisse à nouveau son visage dans son cou.
Cette fois, ce ne fut pas une succion, juste le contact de lèvres douces.
« … Vil attire les gens sans s'en rendre compte, il n'en a pas conscience. Si on le laisse faire, Vil se retrouvera entouré. »
« Je n'ai pas cette intention, et je ne pense pas que ça arrive… mais si tu t'inquiètes, on peut mettre un collier ? »
« Je ne ferai pas ça. Mais… relie-moi solidement à un endroit invisible. Même si je sais que Vil ne partira pas… je veux graver que je suis à toi. »
« Autant que tu veux, à satiété. »
S'il peut apaiser l'anxiété d'Estelle, qu'elle en mette autant qu'elle le souhaite.
Tandis qu'il caressait le dos d'Estelle qui posait ses marques avec retenue, elle releva à nouveau la tête et inclina soudain le cou sur le côté.
« … Vil, tu n'en mets pas, toi ? »
« Toi aussi, tu peux m'en mettre, tu sais », dit-elle en faisant glisser l'étole qu'elle avait sur les épaules pour révéler un négligé laissant entrevoir son décolleté.
Une peau d'un blanc laiteux, lisse et translucide, différente de la sienne, et des ombres profondes apparurent, mais secoua lentement la tête.
« Nn… comment dire, j'ai peur de ne plus savoir m'arrêter, alors je m'abstiens. Et puis… »
« Et puis ? »
« Parce qu'ici, il y a déjà une marque qui ne s'effacera pas. »
Il pointa du doigt l'anneau d'argent à son annulaire, qu'il retirait pour le travail mais ne manquait jamais de porter au manoir, et déposa un baiser sur le front d'Estelle.
Puisqu'il y a déjà cet anneau qui les relie, pour , c'est amplement suffisant.
D'ailleurs, même sans lien, Estelle reviendra assurément vers lui.
Estelle, dont on venait de toucher l'anneau, cligna des grands yeux, puis comprit avec un temps de retard et détourna le regard, les lèvres étirées dans un sourire gêné.
« C'est vrai… Mais, on ne peut pas encore le porter à l'Institut de Magie, n'est-ce pas ? »
« Oui, c'est encore secret. Donc, pas de problème pour les marques que tu me laisses. De toute façon, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de gens qui s'approchent de moi. »
« Y en a ! Y en a plein ! Vil est super dragué ! »
« C'est quel monde, ton Vil ? »
« C'est le Vil de ce monde, celui qui est devant mes yeux ! »
Alors qu'elle lui mordillait les lèvres en lui reprochant son manque de conscience, songea que c'était parce qu'il ne regardait qu'Estelle, mais ne le dit pas, et accueillit avec un sourire l'initiative inhabituelle d'Estelle qui venait l'embrasser.