Le roi gobelin menait une armée forte d’environ deux mille hommes. Ils n’avaient perdu un brin de leur élan initial ni après avoir fait la jonction avec les avant-gardes de Gi Gi Orudo le dompteur de bêtes, ni après celles de Gi Ji Arsil et sa peloton d’assassins, ni encore après celles de Gi Zu Ruo et ses sbires.
En tête de la horde avançaient les gobelins Paradua, tandis que Gi Ji et ses assassins continuèrent de glaner des renseignements dans les alentours, et que Gi Zu le Lion Fou rejoignit les échelons les plus bas des guerriers pour approcher les terres des petits seigneurs féodaux ; il chassa les bêtes rencontrées au passage, tout en veillant à ne les rejeter nullement vers les zones frontalières.
Malgré cela, l’armée gobeline avançait toujours rapidement. À tel point qu’une vue humaine aurait pris cette progression pour une marche forcée.
Après s’être joints aux autres, les forces du roi gobelin atteignaient maintenant quelque vingt-trois cents hommes. L’élan dévastateur de l’armée gobeline, qui suivait en masse un gobelin géant, était si grand qu’on pouvait aisément confondre ces créatures avec une armée démoniaque. Ça terrifiait.
Même les petits seigneurs féodaux, rassemblés à Sanktfall, commencèrent à nourrir des doutes en voyant ce gobelin géant. Soudain, ils eurent l’impression d’avoir peut-être été trop téméraires.
Mais lorsqu’ils repensèrent aux paroles du sous-chef du Clan Cœur-de-Lion, Zaurosh, ils se calmèrent.
« Nos informations indiquent que les forces gobelines vont bientôt se diriger vers le sud. Si nous savons tirer parti de ça… »
Ils savaient qu’une grande armée avait quitté Cultidian quelques jours plus tôt pour filer vers l’ouest. Ils le savaient parce qu’ils étaient chargés d’y acheminer les vivres nécessaires à son expediition. Les petits seigneurs frontaliers en étaient profondément consternés, mais les mots de Zaurosh firent renaître un souffle d’espoir.
Le plan consistait à laisser l’armée gobeline et les fanatiques de la foi Kushain s’entre-tuer, pour mieux profiter de leur malheur. Si les monstres s’affaiblissaient, ils affronteraient alors le Clan Cœur-de-Lion et acheveraient leurs adversaires. Si les croyants kushains perdaient, ils pourraient quant à eux cesser d’envoyer des ravitaillements militaires en prétextant être débordés par les gobelins.
Ils n’avaient d’autre choix que d’accepter la proposition de Zaurosh.
Ils avaient bien réussi à survivre malgré leurs finances exsangues, mais devoir fournir en plus des vivres à l’armée revenait à les accabler au-delà de toute mesure. C’était exactement comme leur ordonner de mourir.
En apprenant que les forces gobelines approchaient de l’armée des croyants kushains, ils approfondirent les douves et claquèrent les portes, espérant simplement que les gobelins passent leur chemin.
C’est aussi à Shirak que les petits seigneurs féodaux s’étaient réunis. Tout cela grâce à la proposition de Zaurosh.
« Veuillez vous rassurer, nos élites sont là aussi. Et puis, vous n’avez pas besoin de voir les forces gobelines une bonne fois pour toutes ? »
Il existait pourtant un degré de menace. La folie des orcs, les éruptions monstrueuses, les invasions venues d’autres pays… Il y avait toutes sortes de dangers, il fallait donc comprendre l’ampleur de chacun. Et déterminer cet ampleur relevait de la responsabilité des seigneurs féodaux.
Pour cette raison, les petits seigneurs féodaux restèrent entre les murailles de Shirak et observèrent les plaines à distance, où l’on voyait s’avancer une immense nuée de poussière à travers les prairies balayées par le vent.
Alors que l’armée gobeline filait vers le sud, une portion de celle-ci se détacha du gros des troupes et s’approcha de Shirak.
En la voyant, les seigneurs féodaux sortirent instinctivement leurs armes et se préparèrent à la guerre.
Mais les gobelins s’arrêtèrent à environ cent mètres, avant de décocher une seule flèche vers le ciel. Celle-ci siffla en traçant une parabole, avant de venir se planter droit devant eux. Les seigneurs féodaux sursautèrent, mais leurs yeux se fixèrent sur la lettre attachée au trait.
Personne ne bougea néanmoins, la peur paralysant les seigneurs féodaux.
Zaurosh ouvrit distraitement le parchemin et le lut à haute voix.
« Ils veulent parler », annonça-t-il en jetant un regard inquiet aux seigneurs féodaux.
« …Faisons-le. »
L’un des seigneurs possédait une compétence lui permettant de discerner les choses de loin. L’auteur du tir était un elfe. Un elfe serait bien plus simple à négocier qu’un gobelin quelconque ; ils décochèrent donc une flèche en retour pour accepter leur demande.
L’elfe qui fit son apparition devant eux était un commandement sylphe entièrement équipé en srilana. Il s’agissait de Felbi.
« Merci de daigner m’accorder cette audience », déclara-t-il en foudroyant Zaurosh et les seigneurs féodaux d’un regard acéré.
Son port de maître de guerre causa aux seigneurs féodaux un léger mouvement de recul.
« Je porte la parole du roi gobelin. Capitulez immédiatement et vous serez épargnés. Je peux vous affranchir du joug de ces fanatiques qui vous broient ainsi. »
Comme une lame tirée, Felbi attendait une réponse.
« Que répondons-nous ? » murmura un seigneur féodal, indécis.
« Nous acceptons, mais uniquement après qu’il nous ait libérés », rétorqua hardiment Zaurosh.
Les seigneurs féodaux s’interloquèrent, mais avant qu’ils n’osent approcher Zaurosh, les prochains mots de Felbi les arrêtèrent net.
« Une décision sage. Si vous aviez refusé, les gobelins auraient probablement brûlé cette bourgade. Nous nous reverrons une fois l’ennemi oriental éliminé. »
Felbi fit demi-tour et disparut en direction de la force gobeline.
À cet instant, les seigneurs féodaux s’approchèrent de Zaurosh.
« N’était-ce pas un peu précipité ? » demanda un seigneur féodal.
Zaurosh secoua la tête. « Vous avez entendu l’elfe. L’objectif des gobelins n’a pas changé. Si l’on veut avancer une telle armée, il faut jeter de l’appât. Et puis, je doute qu’ils aient compris quoi que ce soit si nous avions proposé de leur livrer des provisions à la place. »
On entendit clairement un gosier travailler parmi les seigneurs féodaux.
« Mais si on se repliait et qu’on combattait… »
« Dans ce cas, nous resterions coincés ici. De toute façon, notre plan est de laisser les gobelins et les fanatiques s’entre-tuer. N’oublions pas ça dès maintenant. »
Les seigneurs féodaux n’eurent d’autre choix que d’acquiescer en regardant les gobelins s’éloigner.
Lorsque l’armée gobeline et l’armée de la foi Kushain se croisèrent, ce fut aux abords d’une cité satellite de Cultidian. Ses terres avaient autrefois été des prairies, mais après d’innombrables efforts au fil des ans, elles avaient été métamorphosées avec succès en champs cultivés.
Les croyants kushains arrivèrent en premier sur les lieux. Ils formèrent une ligne militaire tandis que leur patriarche, Benem Nemush, prenait la tête, et les seigneurs féodaux ainsi que les anciens soldats occupaient le centre.
Ils comptaient approximativement dix mille hommes, et parmi les croyants kushains se trouvaient même des soldats capables de prendre position en un instant. La lettre envoyée par les gobelins précisait qu’ils viendraient les soutenir à nouveau.
Le patriarche souhaitait exploiter ce soutien pour montrer à ces croyants que même les monstres s’inclineraient volontiers devant lui. S’ils assistaient à une telle scène, ils s’inclineraient naturellement devant la gloire de la Foi Kushain et élèveraient l’événement au rang de miracle patriarcal.
Ensuite, il pourrait envoyer les gobelins vers le royaume septentrional de Germion, ou les lancer contre les régions sud des villes libres qui résistaient encore. De toute manière, il réduirait ainsi la puissance de ses ennemis.
Gowen Ranid avait perdu la région occidentale face à ces monstres.
S’il y dépêchait les croyants kushains, il pourrait résoudre les problèmes de cette zone.
Benem Nemuch nourrissait ce genre de pensées en acceptant la proposition des gobelins. Il n’avait pas gravi l’échelon de son pouvoir actuel par la seule ferveur religieuse.
Il avait reçu des informations des seigneurs féodaux frontaliers au sujet des gobelins. Sachant qu’ils n’étaient que deux mille dans leurs rangs, il avait immédiatement organisé une force d’environ dix mille hommes pour faire face. Si les gobelins arrivaient avec de mauvaises intentions, cette armée de dix mille servirait d’avertissement muet.
Bien sûr, Benem Nemush ne mentionna jamais ce genre de choses à ses fidèles.
Il expliqua tout simplement cela comme étant la volonté divine. C’était plus mystérieux de cette façon, et il jugea le moment idéal pour ouvrir les yeux de ses futurs fidèles.
Les généraux et seigneurs féodaux participant depuis divers cités-états n’étaient toutefois pas entièrement convaincus. À leur avis, étayé par l’expérience, il était impossible que les monstres s’inclinent simplement devant le patriarche. Ces derniers venaient à peine de conquérir la région occidentale ; il n’était donc que logique qu’ils viennent ici attaquer.
Malheureusement, l’élan actuel des croyants kushains était tout simplement trop puissant et ils connaissaient trop bien l’horreur de la « sainte guerre » ; aussi, malgré leurs doutes, baissèrent-ils humblement la tête avec le reste des adhérents.
Sur un plan positif, grâce à l’influence de l’Église, le recrutement des aumônes se fit sans encombre ; ils purent ainsi installer tranquillement leur campement aux abords de Kruzel.
Quand le corps du dieu du feu pencha vers l’ouest et teinta le ciel de rouge, ils apparurent enfin. Il restait encore du temps avant l’heure du dieu de la nuit : un gobelin géant menait son armée de monstres, une immense épée à la main. Derrière lui défilait un rang de lanciers brandissant leur arme vers les cieux.
Il y avait aussi d’autres gobelins. Des gobelins montés sur des bêtes monstrueuses, des blessés, des gobelins géants, des archers gobelins ; il était donc naturel qu’une atmosphère diabolique emplit l’air, et que ceux qui ne croyaient pas au patriarche commencent à s’inquiéter.
Mais le patriarche, Benem Nemush, resta vaillamment en première ligne, insouciant et sûr de lui, les bras grands ouverts pour accueillir les monstres.
Les croyants kushains frémirent.
« C’est trop dangereux, Patriarche ! »
« Retirez-vous s’il vous plaît ! »
Mais le patriarche se contenta de rire face à ces cris.
« Je suis protégé par Dieu. Croyez en Dieu ! »
Aux paroles du patriarche, les fidèles pieux s’agenouillèrent et prièrent. Les seigneurs féodaux et les généraux n’évidemment pas ravis, mais ils n’eurent d’autre choix que de se retirer.
Dès que les gobelins furent à portée de tir, le gobelin géant en tête leva soudain sa grande épée et lança un ordre.
« Toutes les troupes, haltè ! »
Comme si cet élan initial n’avait été qu’un mensonge, l’armée gobeline s’immobilisa brusquement et le gobelin géant marcha vers le patriarche. Les croyants kushains écarquillèrent les yeux à la vue de la scène et le remous s’amplifia encore.
Muscles saillants à chaque contour, une taille frôlant les deux mètres, une unique corne pointée vers les cieux comme pour défier le monde, accompagnée de deux cornes recourbées semblables à celles d’un taureau, une paire de crocs terrifiants jaillissant de sa gueule rendant celle d’un alligator charmante, une toison parcourant son corps de la tête à la queue comme une crête de coq, une cuirasse de cuir privilégiant la mobilité, un manteau confectionné dans la peau d’un ours brun tacheté d’écarlate, et une grande épée reposant à sa hanche.
Avec une telle allure capable d’étouffer quiconque du seul regard, ce gobelin géant portait véritablement bien son titre de roi gobelin.
« Ça fait longtemps, gobelin », dit le patriarche.
« En effet », répliqua le roi gobelin d’une voix grave qui suscita une vive anxiété chez les fidèles placés derrière lui.
Entre-temps, Benem Nemuch lui-même se demandait si c’était vraiment le même gobelin qui lui avait autrefois fait ces offrandes. Soudain, il ne fut plus si certain que cette idée fut une bonne.
L’aura émanant de ce gobelin était bien trop différente de celle qu’il connaissait.
Ses yeux rouges s’embrasèrent d’un éclat aveuglant, tels ceux d’un prédateur fixant sa proie.
Lorsque la gorge du patriarche se mit à le faire souffrir par sa sécheresse, il se rappela enfin où il se trouvait et s’efforça tant bien que mal d’enchaîner ses mots, malgré une prononciation légèrement trop rapide.
« Et, les… les offrandes ? Dépêche-toi, apporte-les. »
Ses paroles sortirent autoritaires, mais c’était uniquement par crainte envers ce monstre dressé devant lui.
« Offrandes, oui… »
Soudain, cette grande épée que le gobelin géant arbore quotidiennement dégagea une lueur gris sombre, tandis qu’un sourire vicelard naissait sur son visage. Ses yeux se plissèrent, il inspira profondément en faisant bomber sa poitrine, puis d’un coup de taille, la lame dévala : Benem Nemuch fut coupé en deux nette.
Avant même que les croyants kushains n’aient eu le temps de comprendre ce qui venait de se passer, une voix puissante proclama le début d’une guerre.
« Je vous apporte la mort !! Toutes les troupes, attaque ! À moi ! »
Sur l’ordre du roi, les gobelins lancèrent leur charge.
« Attaquez ! En avant ! »
Le violent Rashka de Gaidga prit la tête et bondit dans les rangs ennemis pendant que les gobelins tribaux hurlaient pour suivre leurs propres chefs.
« Installez la pagaille dans leurs arrières. Archers, tirez ! »
Sur l’ordre de Gilmi Fishiga le Gadieta, Premier Archer de Ganra, les archers gobelins relâchèrent leurs traits et la pluie de mort s’abattit du haut des cieux sur les croyants kushains.
« Ne perdez pas face aux tribus ! »
« Suivez les chefs ! »
Gi Zu Ruo du groupe des voyous déversa toute sa frustration accumulée de n’avoir pu participer aux récents combats sur les humains. Zu Ved guida sa fraction en suivant son exemple.
« Allez avec les autres pelotons et vainquez l’ennemi ! Avançons ! »
Les pelotons de Gi Jii Yubu alignèrent leurs lances et vinrent pulvériser des formations ennemies déjà en train de s’effondrer.
Suite à la charge de Rashka, les humains n’étaient déjà plus qu’une foule terrorisée.
Face à ce retournement soudain et à la mort violente de leur pilier émotionnel, le patriarche, la situation semblait irréelle.
« Qu-quoi… quoi qui vient de… »
Mais alors qu’ils peinait à accepter la réalité, les lances des Paradua surgissaient à leurs pieds.
La charge massive des gobelins plongea dans le désordre total les humains serrés les uns contre les autres.
La mort du patriarche fut si brutale que les fidèles prirent aussitôt la fuite.
Ceux de l’arrière ignoraient ce qui se tramait, tandis que les généraux tentaient d’étouffer le chaos.
Mais vite, la panique se répandit jusqu’aux rangs des leaders humains.
Et pour attiser les flammes du chaos, les druides de Gi Za Zakuend et les elfes de Felbi assénèrent aux humains une grêle de flèches et de sorts.
« On est encore au fond. Que ce soit impeccable ! »
Le nombre et la précision des traits elfiques correspondaient à leur réputation. Moins nombreuses que celles des gobelins, elles portaient pourtant beaucoup plus loin.
Dès que les flèches tombèrent du ciel à l’improviste sur les pelotons humains tentant d’avancer, ceux-ci sombrèrent dans une panique supplémentaire.
Les alliés fuyant l’avant-file se faufilèrent entre les interstices de leurs boucliers – levés en protection contre les traits – provoquant l’effondrement des lignes humaines.
« Hé, arrêtez ça ! »
« G-Gobelins ! Les gobelins attaquent !! »
Tandis que les railleries et les cris résonnaient sur tout le champ de bataille, les gobelins rugirent.
« Attaquez ! Attaquez ! »
En un clin d’œil, l’armée d’une dizaine de milliers d’humains fut piétinée par les gobelins, et juste quand on pensa avoir enfin arrêté la charge du clan Gaidga, une nouvelle pluie de flèches s’abattit.
« Levez vos boucliers ! Les flèches tombent ! »
Quand le soldat, hurlant à tue-tête, leva les yeux, le ciel s’était assombri sous le nombre imposant de traits qui pleuvaient, puis, quelques secondes plus tard, la lance de Gi Zu frappa.
« T’es con ou quoi ?! Tu oses attaquer en plein bordel ?! »
« T’es le con. Comment ose-t-on se prétendre guerrier si on a peur de deux flèches !? »
Felbi et le reste des elfes affichèrent un sourire narquois en regardant Gi Zu charger sans réfléchir.
« Sans nous, t’serais déjà mort, figure-toi… Bon, disons que tu nous fais confiance à ce point. Préparez le tir groupé ! »
Sur l’ordre de Felbi, les elfes tirèrent avec une précision inégalée.
Devant la charge imprudente de Gi Zu et la grêle de traits, les formations humaines qui s’effondraient déjà furent réduites à néant.
Gi Jii le Démon de la Bataille continua d’avancer avec ses légions [1] en imitant les tactiques humaines. Les gobelins brandissaient de grands boucliers et progressaient en formation hérissée, écrasant les lignes ennemies jusqu’à leur effondrement.
Ils enfoncèrent leurs lances dans les fantassins humains, puis, assoiffés de sang comme des bêtes rampantes, avancèrent d’une seule traite pour refouler les humains sans relâche.
« Monseigneur, la voie est libre », marmonna Gi Jii.
Il n’y avait aucune raison pour que le roi gobelin entende ce murmure, mais même sans l’ouïr, il saisit parfaitement l’intention des gobelins.
Faisant confiance à son instinct, le roi gobelin secoua les chunks de chair et les lambeaux de fer provenant des casques hors de sa lame, puis d’une voix forte, lança.
« En avant ! »
Placé à la tête, Zweihänder en main, le roi gobelin dégageait une aura terrifiante qui poussa les hommes à prendre la fuite.
D’un seul coup de sa large épée, le roi gobelin pulvérisa les casques des soldats kushains, projeta leurs boucliers à la volée et brisa leurs armes, envoyant en même temps les soldats eux-mêmes dans l’oubli.
Enveloppant la lame elle-même circulaient des flammes noires octroyées par Altesia, la Déesse des Enfers, qui dévoraient les vies humaines telles des feux folles guidant les âmes vers l’Enfer.
L’armée gobeline était telle une faux moissonnant le grain, piétinant de manière unilatérale les forces humaines.
Devant l’armée gobeline, les croyants kushains n’avaient d’autre issue que la mort.
« R-Retraite ! Dégagez le passage ! »
On ignorait si quelqu’un avait réellement donné l’ordre ou s’il s’agissait d’un simple vœu pieux, mais quoiqu’il en soit, à son audition, tous les hommes prirent la fuite. Ils larguèrent leurs armes, abandonnèrent même leurs armures, puis tous firent volte-face pour courir.
« À leurs trousses ! »
En voyant les humains fuir, le roi gobelin ordonna à l’armée de les poursuivre.
« Libérez les bêtes ! Allez-y ! »
Sur l’ordre de Gi Gi, l’armée de monstres lâcha les plus rapides d’entre eux pour harceler les fuyards. Les bêtes du dompteur ancestral Gi Gi évitaient les gobelins et fonçaient droit sur les humains en déroute.
« Ne laissez pas les humains reprendre haleine, ni un seul instant. »
Les assassins de Gi Ji Arsil se mêlèrent aux bêtes pour traquer les humains en fuite. Plus tard, ils devraient découvrir où ces hommes cherchent refuge.
Ce ne fut qu’après que les ailes du dieu de la nuit eurent enveloppé le monde de leurs ombres que le roi gobelin rallia le gros des troupes et fit demi-tour.
Profitant de l’élan issu de la victoire écrasante infligée aux forces humaines, il regagna la direction des petits seigneurs féodaux.
Pour les yeux gobelins, qui ne souffraient nullement de l’obscurité nocturne, l’état macabre du champ de bataille était aussi limpide qu’en pleine journée.
« Ô Roi ! Notre grand Roi ! »
Le cri des gobelins résonna sur tout le périmètre des abords de Kruzel.