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Goblin Kingdom

Chapitre 189

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Chapitre 189

Chapitre 189

Chapitre 189/21787%~13 min de lecture2 528 mots

Parmi les chevaliers saints du royaume de Germion, ceux qui veillaient sur le sud étaient le Chevalier Éventreur, Sivara, et le Chevalier Perçant, Jize. Ils œuvraient de concert pour éviter les croyants de Kushain tout en accueillant les réfugiés.

« Nous avons enfin mis les réfugiés en sécurité. Qu'allons-nous faire de tous ces documents ? Jize, j'ai mal au ventre, alors… » dit Sivara.

« Ne t'inquiète pas. Je sais pertinemment que, malgré ce que ta bouche raconte, tu es en réalité un homme remarquable qui sait mener les choses à bien », répondit Jize.

« Euh, d'accord, mais tu pourrais pas dire ça sans pointer ton épée sur ma gorge ? Qu'est-ce qui arrive si je meurs ? » demanda Sivara.

« Je t'en prie, seigneur Sivara, une attaque de ce niveau ne pourrait pas t'atteindre. Regarde donc ! » dit Jize en portant une estocade au cou de Sivara.

L'estoc fuse, mais Sivara l'esquiva réflexivement d'un cheveu.

Sivara, une sueur froide au front, demanda : « … y a-t-il quelque chose qui te contrarie ? »

« Ne t'inquiète pas, j'ai pour principe de ne pas laisser mes émotions interférer avec mon travail. Il se trouve que, pendant que j'étais occupé à traiter les paperasses des réfugiés, j'ai entendu les soldats faire tout un plat d'une fête de la victoire. Par-dessus le marché, l'un des guerriers subordonnés que j'avais repéré m'a été raflé, et quand j'ai cru que j'aurais enfin l'occasion de faire un duel, mon partenaire a été emporté. Sans compter que la fleuriste, mademoiselle Chen, que j'appréciais tant, parlait avec tendresse de quelqu'un d'autre… Mais ne t'inquiète pas ! Parce que rien de tout ça ne me dérange le moins du monde ! » déclara Jize.

Les yeux de Sivara se mirent à larmoyer en entendant les malheurs du pauvre Jize.

« Allons, seigneur Sivara », dit Jize en pointant son épée sur Sivara.

Une lourde pression émana de sa lame nue.

Jize était un homme dans la trentaine avancée. Il débordait de vitalité et, fidèle à son nom, l'un de ses yeux était caché par un cache-orné d'un crâne.

Il n'était pas un vétéran aussi âgé que Gowen, mais il n'en restait pas moins un vétéran, et bien de ses exploits avaient laissé leur marque dans l'histoire.

Cet homme-là affichait un sourire comme s'il n'aurait pu être plus heureux.

Jize pratiquait l'escrime au sabre courbé oriental et dépassait d'une tête les autres soldats. Le sourire qu'il arborait, qui lui donnait l'air d'un bon oncle, n'était tenu que par le travail de ses muscles.

L'homme à qui il souriait était le seul général du sud, Sivara. C'était un jeune chevalier qui aurait vingt-neuf ans cette année. Bien que non comparable à Gene, il était né lui aussi dans une petite famille noble et s'était engagé dans l'armée pour se nourrir. Il avait un beau visage et des cheveux blonds qui ne manquaient pas d'attirer l'attention.

Sa personnalité sereine faisait fureur auprès des femmes, au point qu'à la capitale même, il se battait pour la première ou la deuxième place en notoriété.

Du coup, dans les villes où il avait été nommé initialement, il en était venu à être connu comme l'ennemi juré des pères de filles, le « Chevalier Éventreur, le Briseur de Mariages. »

« J'ai compris ! J'ai compris, bon sang ! Je vais bosser, alors range cette chose dangereuse. Et puis je n'ai pas mis la main sur Noa, donc je suis innocent ! »

« C'est ce que tu dis, alors que je ne l'ai jamais appelée par son nom ! »

Des flammes furieuses dansaient au fond des yeux de Jize.

« Ouah, ouah !? » hurla Sivara en esquivant les estocades de Jize.

« Nu… Il semble que mon manque de sommeil a émoussé mes mouvements », dit Jize.

« Ç-ça en a l'air. On dit bien que le manque de sommeil est l'ennemi juré d'un maître d'épée », dit Sivara.

Sivara, qui avait dormi comme un loir la nuit précédente, frissonna en voyant Jize lui sourire.

« Dans ce cas, je vais me reposer pour les trois prochains jours. Je suppose que tu pourras accomplir ton devoir sans faille, n'est-ce pas, seigneur Sivara ? » demanda Jize.

« Bien sûr », répondit Sivara.

« Bien que je ne le croie pas possible, mais dans l'éventualité d'une chance sur un million où, en me réveillant, je découvrirais que tu n'as pas fait ton travail, alors… »

Avant que Sivara ne s'en rende compte, le sabre courbe de Jize était déjà rentré au fourreau. Jize le tira lentement une fois de plus, faisant rebondir la lumière du jour sur la lame qui illumina son visage.

L'image qui en résulta fut celle d'un démon souriant.

Après que Jize eut disparu de la pièce comme un fantôme, Sivara soupira.

« Bon sang, ce type est trop sérieux », se plaignit-il.

Cela dit, il fallait bien faire quelque chose de la pile de documents devant lui.

« Je suis vraiment pas veinard », dit Sivara d'un air las.

Il rangea un document, puis un autre. Quand il atteignit le cinquième, le visage de Sivara pâlit soudain.

« Une demande de renforts… De la part de seigneur Gowen ? »

En en lisant le contenu, Sivara fut saisi de stupeur.

« On est quel jour !? »

Frappant la table, Sivara bondit sur ses pieds et lança dans le couloir d'une voix calme, inhabituelle chez lui :

« Réveillez seigneur Jize et rassemblez illico les commandants de peloton ! Faites préparer leurs affaires aux soldats qui ne sont pas en patrouille, et ordonnez-leur d'attendre à la caserne ! »

Sivara claqua de la langue en regardant son subalterne courir dans le couloir, puis reporta son regard sur le bureau.

« Pour aller vers l'ouest d'ici… Le chemin serait… Il faudra envoyer un avis. Et la défense ? » marmonna Sivara pour lui-même.

« Seigneur Sivara… » appela Jize.

« Seigneur Jize, regarde ça ! » dit Sivara en tendant la lettre.

Jize avait la tête d'un démon tout droit sorti de l'enfer, mais en voyant le visage paniqué de Sivara, même lui ne put s'empêcher de prendre la lettre à contrecœur.

« Une demande de renforts de seigneur Gowen… Mais cette date… » dit Jize.

« Elle a dû se perdre dans le tumulte des attaques ennemies », dit Sivara.

« Quel désastre ! » s'écria Jize.

Toute cette somnolence s'envola en un instant, et Sivara et Jize durent discuter de la marche à suivre.

Trois jours plus tard, Sivara mena quatre cents soldats du sud vers l'ouest.

« Merdre ! Dépêchez-vous, dépêchez-vous ! »

Au cœur de la Forêt des Ténèbres, une horde de gobelins courait désespérément.

« Pépé, cette allure est trop rapide ! »

« Idiot ! Idiot ! J'en reviens pas d'avoir vraiment raté le roi ! »

Le gobelin en tête faisait tournoyer sa lance en courant, écartant les branches pour guider son horde.

Il courait si vite que même les gobelins Paradua en auraient été stupéfaits s'ils l'avaient vu.

Les gobelins qui le suivaient peinaient à le suivre, et leurs armes portaient toutes les marques d'un long usage.

Le gobelin qui l'avait appelé « pépé », plus grand que lui d'une taille, utilisait sa hache pour repousser les fourrés.

« Hé, vous autres ! Qu'est-ce que vous fichez à traîner comme ça !? Dépêchez-vous de suivre pépé ! »

Quand ce grand gobelin se retourna, il engueula les gobelins rares plus lents et les gobelins normaux encore plus lents.

En réponse, les gobelins crièrent « Gya » « Gya » en poursuivant leur pépé.

« Nu !? »

« Pépé, y a une bête devant ! Y en a trois ! »

Le gobelin de tête et celui derrière lui la remarquèrent presque en même temps.

« Tuez-les en courant ! Aucune pitié pour ceux qui entravent le chemin de Gi Zu Ruo ! Suivez-moi, Ved ! »

Les singes à quatre bras s'approchaient, mais ils ne ralentirent pas d'un iota. Avec leurs quatre bras pour semer la destruction, le bataillon de singes à quatre bras était un groupe de bêtes redoutable.

Gi Zu fonça sans hésiter dans les intervalles entre les singes à quatre bras, puis, ramenant la lance qu'il utilisait pour écarter les branches gênantes, il plongea au cœur du bataillon.

Deux des singes à quatre bras sautèrent dans l'arbre, tandis que l'un restait en arrière pour recevoir l'attaque de Gi Zu.

Si Gi Zu essayait d'attaquer les deux singes dans l'arbre, il ne pourrait pas esquiver l'attaque de celui d'en bas, mais s'il les ignorait pour sauter, ils l'attaqueraient.

Les singes du haut saisirent des branches grossièrement épointées pour armes, tandis que celui d'en bas se mit à lancer des pierres sur Gi Zu.

Gi Zu ne tourna que le cou pour éviter ces projectiles tout en fonçant sur ce singe-là.

« GIGIyaaAAa ! » Le singe à quatre bras hurla en attaquant Gi Zu de son bras.

Un vent violent jaillit de ce coup, soufflant les branches voisines, mais il ne put même pas effleurer Gi Zu, car dès qu'il vit l'attaque venir, Gi Zu sauta sur le singe et, s'en servant de tremplin, se propulsa encore plus loin.

Quand les singes au sommet des arbres le virent sauter, ils plongèrent à leur tour, armes à la main.

Mais Gi Zu les attendait.

« GURUUuOOAaAA ! »

Gi Zu porta un coup de sa lance de fer, heurtant la branche épointée du singe. La branche ne fit pas le poids face à la lance de Gi Zu, qui transperça aisément le corps de la bête.

Gi Zu ne s'arrêta pas là. Sa lance toujours plantée dans le corps du singe, il rassembla ses forces et projeta l'animal sur l'autre singe qui descendait.

« J'ai pas le temps de jouer avec des singes ! »

Gi Zu récupéra sa lance et, sans même se retourner, se remit à courir.

« Dégagez, les singes ! »

Juste derrière Gi Zu arriva Zu Ved.

Le singe sur lequel Gi Zu avait sauté était encore sonné, mais il n'eut hélas pour lui aucune chance de réaliser ce qui se passait, car une hache s'abattit prestement sur son crâne, suivie d'un coup tranchant.

Ainsi Zu Ved emboîta le pas à Gi Zu.

Après Zu Ved vint le reste de l'horde, les uns après les autres, chacun assénant un coup de plus aux singes sans défense.

Quand toute l'horde de Gi Zu eut passé, il ne restait des singes qu'un tas de cadavres qui ressemblaient à de vieilles loques.

Yuan, chargé de protéger la ville coloniale, s'inquiétait de l'attaque des gobelins. Heureusement, ceux-ci ne pouvaient pas escalader aisément les remparts.

Mais vint la tombée de la nuit.

Pour les humains qui ne voyaient pas dans l'obscurité, la nuit était un grand désavantage. Après tout, même leurs balistes fières ne servaient à rien si elles ne pouvaient pas toucher.

Les gobelins avaient tenté de combler les douves derrière le mur d'enceinte plus tôt, donc Yuan avait fait installer des feux de veille pendant l'après-midi. Ainsi, ils pourraient les allumer plus tard dans la nuit pour y voir clair. Il vit les gobelins essayer de les éteindre, mais ils étaient prêts, donc ceux-ci eurent peu de succès.

Mis à part la vue, les hurlements des bêtes pendant la nuit posaient aussi problème.

Ces hurlements troublaient profondément le bétail, au point qu'on signalait qu'il devenait extrêmement nerveux.

Le bétail était vital pour la ville coloniale. Ce serait terrible de le perdre.

À ce moment-là, Yuan avait déjà été forcé d'inverser son rythme de sommeil. Ses yeux étaient injectés de sang et un sillon profond creusait son front.

« Commandant ! L'huile est prête ! » rapporta un soldat.

« Bien. Donnons une leçon à ces gobelins », dit Yuan.

Puisqu'ils ne voyaient pas bien dans le noir, ils allaient chasser cette obscurité. Si profond que fût le sein du dieu de la nuit, le pouvoir du dieu du feu était plus grand.

Yuan choisit le bon moment, puis fit préparer les arcs à ses hommes. Pendant que ses soldats prenaient position au sommet des remparts, Yuan put apercevoir faiblement les gobelins malgré leur cachette sous les ailes de Werdna (Déesse des Ténèbres).

« Huile ! » ordonna Yuan.

Immédiatement, ses hommes trempèrent leurs pointes de flèches dans l'huile. Les pointes étaient fixées à un morceau de bois aisément inflammable.

« Flammes ! » ordonna Yuan.

Immédiatement, un soldat portant un feu de veille courut devant les archers, allumant les pointes de flèches dirigées vers le sol.

« Visez… Tirez ! »

Les flèches partirent dans le noir de la nuit, traçant une courbe dans les airs avant de retomber. Quand elles frappèrent le sol, le bois attaché à la pointe s'enflamma, illuminant les alentours.

Yuan avait astucieusement transformé ses flèches en torches. En voyant les gobelins et les orcs éclairés, il rit.

Quand son peloton d'archers eut confirmé que les flèches incendiaires avaient atterri, ils passèrent aux flèches normales et tirèrent sur l'ennemi maintenant visible.

« Préparez les balistes ! »

« Feu ! »

Les cordes tendues à l'extrême, les balistes lâchèrent de puissantes flèches qui percèrent les boucliers des orcs.

Des cris résonnèrent sur tout le champ de bataille tandis que les gobelins étaient repoussés.

Yuan observait, satisfait, les bras croisés.

« On ne peut pas perdre ! Il faut tenir jusqu'à l'arrivée de seigneur Gowen ! »

Les soldats acclamèrent en réponse.

« Bien joué ! Ce soir, la victoire est à nous ! »

La ville était en liesse.

Ra Gilmi Fishiga avait les bras croisés tandis qu'il levait les yeux vers les deux lunes voilées par les nuages. Le plan qu'ils utilisaient jusqu'ici s'était enfin soldé par un échec.

« Ils ont enfin compris », dit le roi orc, Bui.

Gilmi hocha la tête. « Les humains sont vraiment rusés. Je me demande s'ils ont la moindre limite. »

Des feux de veille illuminaient le sommet des remparts. Ce petit là-bas était probablement le commandant ennemi.

Pendant que Gilmi observait cette silhouette, Bui parla : « il nous reste encore une carte à jouer. »

« Le roi ne le voudrait pas, cela dit. Notre tâche est juste de détourner leur attention », dit Gilmi.

« C'est vrai, mais… » dit Bui.

« Tu supportes pas de perdre sans te venger ? » demanda Gilmi.

Quand le gobelin pointa si brutalement ce qu'il ressentait, Bui ne put s'empêcher de plisser les yeux.

« Les douves devraient être presque comblées maintenant », dit Gilmi.

« Oui, mais… » dit Bui.

Les douves les plus proches de la forêt étaient déjà praticables depuis hier. Les humains en avaient retiré une partie du remblai, mais ils avaient trop peur que les gobelins n'attaquent pour en enlever beaucoup.

La marche n'en serait pas confortable, mais les douves étaient définitivement praticables.

« Rassemblez les chefs », dit Gilmi, puis il regarda Bui.

« On va détruire ce mur d'enceinte d'abord », dit Gilmi.

La résolution brûlait dans les yeux de Gilmi tandis qu'il frappait l'épaule de Bui et disparaissait dans la forêt.

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