« … Elle arrive. »
Gowen ferma les yeux et tendit l'oreille au bruit du combat. Quand il entendit les fourrés s'écarter, ses yeux s'ouvrirent brusquement.
« GURUuRUuOOOAa ! »
Ce qui apparut devant lui était un gobelin aussi grand qu'un orc. Il poussa un hurlement féroce en abattant sa grande épée. Un instant, Gowen ne put s'empêcher de demeurer bouche bée face au monstre. Mais ce ne fut qu'un instant, car il réagit immédiatement et roula au sol pour esquiver l'attaque. Sans son assiduité à l'entraînement, il n'aurait pas réagi aussi vite et n'aurait pas sorti son épée longue pour éviter de justesse ce coup.
La lame effleura son flanc, mais une telle blessure était bien loin d'être mortelle.
La paire d'yeux cramoisis du gobelin, plus rouges que le sang lui-même, se posa sur lui.
« C'est toi le chef des humains. » Dit le monstre.
Sa voix était lourde, comme portée par les vents de l'abîme, mais Gowen avait déjà retrouvé son calme.
« Je suppose que tu es le monstre qui sait réfléchir, alors. » Répondit Gowen.
Tout en se relevant, il brandit son épée longue.
« Rends-toi, et les tueries cesseront. » Dit le gobelin.
L'épée levée haut au-dessus de sa tête, le gobelin paraissait deux fois plus grand que lui, pourtant Gowen ne broncha pas. Il tint son épée pointe vers le bas, en posture défensive.
« Il en ira de même si tu meurs. »
La tâche de Gowen était d'empêcher ce gobelin — ou quoi qu'il fût — d'avancer plus loin. Gulland pouvait bien garder la sainte, rien ne garantissait qu'elle parviendrait à quitter la forêt saine et sauve.
En regardant le monstre face à lui, il se posa la question. Y en a-t-il d'autres, des monstres comme celui-là ?
Le gobelin devant lui était trop différent des autres. Le type le plus courant qu'ils avaient affronté était bien sûr le gobelin normal, suivi de la variante rare, au nombre de trois, puis de la variante noble, dont un seul spécimen était apparu jusqu'ici. C'était déjà une armée considérable pour une horde de gobelins dans ce coin de forêt.
Mais alors… compte tenu de l'apparition d'un gobelin tel que celui-ci… était-il vraiment raisonnable de supposer que c'était tout ce que les forces des gobelins avaient à offrir ?
« … C'était inattendu. »
Même s'ils n'avaient pas encore croisé le fer, si un gobelin comme celui-ci — une classe seigneur, peut-être — hantait ces parages de la forêt, alors développer la forêt davantage s'avérerait problématique.
La bonne marche à suivre serait de quitter la forêt au plus vite, en préservant un maximum de ses forces, puis de grignoter lentement les monstres de la forêt depuis ses marges. Mais pour ce faire —
« Qu'est-ce qui t'arrête ? Pourquoi ne viens-tu pas ? »
Il lui faudrait d'abord vaincre l'adversaire imposant qui se dressait devant lui.
◇◆◆
L'homme en face de moi a l'air d'être le chef des humains. Sa posture décontractée ne laisse aucune ouverture. Et bien que je tienne mon épée au-dessus de ma tête, aussi menaçant que possible, l'homme reste imperturbable, allant jusqu'à me répondre calmement.
Même s'il a des allures de majordome avec ses cheveux argentés plaqués en arrière et sa moustache, l'impression qu'il dégage est indubitablement celle d'un guerrier puissant.
« Si tu ne te rends pas, alors — »
S'il croit pouvoir arrêter mon coup, il se trompe lourdement. Viens ! Sens le poids de mon épée !
Mais tandis que je gorgais mes muscles de puissance en levant mon épée, impatient d'enfoncer ma lame dans l'homme devant moi, les cris derrière moi m'empêchèrent de passer à l'acte. Mes subordonnés sont probablement en train de s'y battre.
Je ne sais pas lesquels, mais c'est soit la horde de cavaliers que j'ai envoyée en avant sous la conduite de Gi Gi et Hal, soit les survivants du village. Les deux sont mauvais.
Que faire ?
Est-ce que j'essaie de tuer l'homme devant moi maintenant ? Ou est-ce que j'aide les autres d'abord ?
La horde de cavaliers compte peu de gobelins, tandis que les survivants du village ont forcément subi de lourdes pertes.
… J'ai décidé.
Mon but est de reprendre ce qui est mien. J'ai beaucoup à faire payer aux humains, mais je ne veux pas perdre davantage des miens.
Je suis probablement encore hors de portée de cet homme. De plus, il ne vient pas. Tant mieux.
Je fis immédiatement demi-tour et m'élançai, balayant les humains qui barraient ma route.
— S'il vous plaît, que j'arrive à temps. Je ne veux pas en perdre davantage !
Les humains ricanaient tandis que je fuyais.
Puis, en un rien de temps, grâce à mes muscles renforcés, j'atteignis le champ de bataille où mes subordonnés se battaient.
« Roi ! » Gi Gi accourut vers moi dès qu'il me vit.
Se battre contre ces fantassins en nombre a dû être rude.
Gi Gi était teint de rouge et une épaisse vapeur s'élevait de tout son corps tandis qu'il s'approchait. Il avait l'air fiable.
« Ça va !? Et Hal !? » Demandai-je urgemment.
« Il est parti devant pour récupérer le trésor du roi. » Répondit Gi Gi.
Sans le vouloir, je grincai des dents en entendant ces mots.
« Où !? » Demandai-je.
« Devant… Laisse cet endroit à nous, Roi. » Dit Gi Gi.
« Je vous le laisse, alors ! »
Nous savons tous les deux que c'est dangereux, mais quand même… Reshia est proche ! Si je tends un peu plus la main, je peux l'atteindre !
Désolé… Tenez bon, gobelins. Je la sauverai et je reviendrai vers vous au plus vite !
« Comme vous voudrez. » Dit Gi Gi.
« Vous devez tenir cette zone, Guerriers de Paradua ! Endurez encore un peu ! Rassemblez votre courage et battez-vous ! » Hurla-t-je aux guerriers avant de partir.
Puis je courus… Je courus si vite qu'il semblait que tous mes mouvements précédents n'aient été qu'une plaisanterie.
« RESHIAAaAa !! »
Je courus sur la route maculée de sang en appelant son nom.
Est-ce que cela l'atteindra ?
Attends-moi, Reshia. Attends-moi encore un peu.
Peu m'importe que ce soit le destin ou la fatalité ! Quoi que ce soit, je le déchirerai !
◆◆◇
« Argh… Quel désastre. »
Hal serra sa lance en regardant les trois gobelins de Paradua gisant sans vie au sol. Son mauvais jugement leur avait coûté la vie.
Mais il n'avait pas le temps de regretter. Il poursuivait déjà cette chose à quatre pattes qui traînait la calèche. Peu importait que l'attaque précédente ait été aussi forte que celle de Rashka, il fallait arrêter cette calèche, et il n'y avait pas d'autre moyen que de la pourchasser.
« La première lance de Paradua s'engage ! » Annonça Hal pour se donner du courage en passant près des chevaux.
Il était juste au cul de la cible. Cette attaque précédente était puissante, mais Hal estimait qu'une attaque pareille ne pouvait pas être utilisée juste à côté de la calèche. Les humains ne risqueraient pas de se prendre leur propre attaque.
Hal fut conforté dans son hypothèse lorsqu'aucune attaque ne vint à son approche de la calèche.
« Je vais — Quoi !? »
Mais juste au moment où il s'apprêtait à abattre les chevaux, une dague courte vola vers lui, s'enfonçant dans son épaule. Quand il leva les yeux vers le siège du cocher, il vit un petit humain brandissant une drogue, autour de laquelle étaient attachées les rênes des chevaux.
« Désolé. » Dit l'humain.
« NUuuAAaa ! » Hurla Hal.
Dague après dague s'enfoncèrent dans Hal et sa bien-aimée monture, Miou, les forçant à quitter la piste des humains.
Hal était un chef, pourtant, et dès qu'il comprit que sa lance n'atteindrait pas les chevaux, il la lança. Il n'avait pas le luxe de prendre le temps de viser, mais sa lance réussit tout de même à effleurer la patte d'un cheval avant de s'enfoncer dans le sol, ralentissant la calèche.
« Tch… Merdre. »
Mill reprit les rênes après s'être assurée que la voie était libre.
« Le cheval est blessé ! » Criait-elle à Gulland, « il faut changer de cheval ou il va mourir ! »
« … N'arrête pas ! Continue ! » Répondit Gulland.
Il était assis sur le toit de la calèche, ce qui lui permettait de voir bien plus que Mill. Les lèvres de Gulland se tordirent en un sourire féroce.
« De la cavalerie devant. Ils sont venus nous accueillir. » Dit Gulland.
Mill poussa un soupir de soulagement en voyant la cavalerie lourdement armée approcher.
— Nous sommes sauvés.
Mais alors pourquoi ne s'arrêtaient-ils pas ?
Il y en avait au moins trente dans la cavalerie qui approchait. Ce n'était pas encore la force principale, mais c'était l'une des forces les plus puissantes du fief occidental.
Mais pendant qu'elle s'interrogeait, Gulland éclata soudain de rire. « Il est là ! Ha ha ha ! Le gros est là ! »
Dans les yeux de Gulland se reflétait le roi des gobelins qui les poursuivait.
◇◆◆
La calèche est devant.
— Je l'ai rattrapée ! !
Iron Second bouillonnait d'éther tandis que je scrutais la cavalerie dépasser la calèche.
« Deviens une lame ! Enchant »
La cavalerie humaine souleva des nuages de poussière en fonçant sur moi.
Quand nos distances s'annulèrent et que nos chemins se croisèrent —
« Dégagez ! »
Le premier choc fut avec l'avant-garde. L'humain lança sa lance, mais elle ne fit que frôler le côté de mon visage, tandis que je ripostais à mon tour. Avec ma grande épée revêtue d'éther, je tailladai l'humain comme une feuille de papier.
— N'arrête pas !
Une deuxième puis une troisième lance arrivèrent droit derrière la première. En réponse, j'invoquai mon éther.
« Mon corps est comme un nuage de poussière ! Accel »
Utilisant ma grande épée comme bouclier, j'invoquai Accel pour traverser la cavalerie d'un trait, écartant les chevaux que je touchais avant de m'arrêter net devant le chevalier face à moi.
« GURUuuoOOOO ! »
Ignorant le recul, j'abattis ma grande épée de bas en haut pour emporter cheval et cavalier avant d'invoquer Accel à nouveau.
« Faites demi-tour ! N laissez pas cet être atteindre la calèche ! Protégez la sainte sur votre honneur ! » Dit l'un des chevaliers.
Et de cela, je sus.
Reshia est ici !
J'extirpai chaque once de force qui me restait en frappant le sol et en gorgeant mes jambes d'éther.
Cette sensation explosive me propulsa dans ce qui ressemblait à un mur d'air.
Mais même tandis que ce mur me repoussait, je canalisai Accel encore plus fort.
Il était difficile de respirer sous la pression de ce mur, mais en un rien de temps, je parvins à réduire la distance jusqu'à la calèche.
Mais toujours… J'entends les sabots des chevaux frapper le sol en se rapprochant de moi. Percer avec les accélérations temporaires d'Accel n'était décidément pas une mince affaire.
Plus ce combat avec ces chevaux à mes trousses dure, plus ma situation empire.
Ils approchent ! On dirait qu'ils ont sorti leurs meilleurs éléments !
« MeureEez ! »
J'abattis mon épée derrière moi dans une tentative désespérée de me défendre.
« Roi ! »
« Gi Ga !? »
Mais Gi Ja surgit de nulle part, monté sur le dos d'une bête de monte, pour empêcher les chevaliers de s'approcher davantage.
« Tuez les ennemis du roi ! Ne laissez pas un seul passer ! » Dit Gi Ga.
D'autres gobelins apparurent sur ces mots. Aucun n'était indemne, mais ils serrèrent les dents et barrèrent la route aux chevaliers qui approchaient.
« Percée !! » Hurla l'un des chevaliers. « Tuez le gros ! »
Je… Je… Je fonce !! Gi Ga !
« Couvrez-moi ! »
Ne meurs pas… Je me surpris à vouloir le dire, mais j'empêchai les mots de sortir.
Après avoir vu la mort de Gi Da, je sais que c'est exactement en mettant sa vie en jeu qu'on peut se battre durement.
Mais quand même… J'espère qu'ils survivront.
Perdre des serviteurs loyaux est une grande perte pour moi.
Garder ses guerriers en vie est nécessaire à un roi pour réaliser le chemin de la conquête.
C'est pourquoi je ne poursuivrai cette calèche qu'à la lisière du territoire humain. Après cela, je n'aurai d'autre choix que de battre en retraite. Je ne peux pas rester les bras croisés pendant que mes subordonnés meurent les uns après les autres dans la forêt.
Sauver Reshia n'est rien d'autre que mon égoïsme.
Mais malgré cela, mes subordonnés sont prêts à risquer leur vie.
En pensant cela, je gorgeai mes jambes d'éther.
« NUUuuOOOAOaAAa ! »
Je les en remplis tellement que j'eus l'impression qu'elles allaient exploser.
J'ai perdu mon bras lors du combat contre le seigneur ogre en essayant de faire deux choses à la fois avec mon éther, mais après mon évolution, je devrais pouvoir le faire maintenant.
Des fissures apparurent sur le sol plat. Tout mon corps était soutenu par ma jambe gauche tandis que ma droite se levait. L'éther explosa derrière ma jambe droite, me propulsant en avant.
Un mur d'air m'accueillit à nouveau, tandis que je levais ma jambe gauche et que ma droite descendait pour me soutenir.
Avec Accel et mes muscles renforcés par l'éther travaillant de concert, je me déplaçai à une vitesse inconnue des cavaliers. Et en un clin d'œil, je fus plus près que jamais.
— Juste un peu plus !
Courant aussi vite que mon souffle s'arrêtait, je me retrouvai enfin juste derrière la calèche. Il me fallait juste un tout petit peu plus et mes mains l'atteindraient.
Mais le ciel fut cruel, et c'est à un tel moment qu'un homme apparut pour invoquer la tempête.
« Maître du Vent et de la Foudre ! Astaroth »
Soudain, le vent et la foudre emplirent ma vision
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Le niveau a augmenté.
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