Elias inclina la tête, les yeux se rétrécissant d'intérêt.
« Tu cogites assez pour faire disjoncter les plombs. Lâche le morceau, chérie. »
Kai hésita, puis décida que l'approche détournée échouait déjà.
« Vous deux, vous donnez à cette table des airs de champ de bataille. C'est épuisant. »
Les oreilles de Lucien se teintèrent légèrement. Elias ne montra pas la moindre once de contrition.
« C'est lui qui a commencé, moi j'ai juste suivi le mouvement. » dit Elias.
« Pas vrai, Crétin. » répliqua Lucien.
« Exactement, Elias, tu ne peux pas lui rejeter la faute alors que tu sais que tu y es pour quelque chose aussi. » lâcha Kai pour soutenir Elias, car il avait bien agi sur la tension avant que Lucien n'enchaîne.
Le silence s'étira, Elias fronça les sourcils et se leva d'un coup, surprenant Kai.
« Très bien ! Si tu veux prendre parti, je vous laisse tous les deux. »
Lucien rit fort.
« Ça m'arrange. » Mais Kai paniqua, il n'avait pas intentionnellement pris le parti de Lucien.
« Non, attends Elias, attends, tu peux te rasseoir ?! »
Lucien le fixa. « Laisse partir l'idiot, il est en train de gâcher la journée de quelqu'un. » Mais Kai n'enregistra pas la remarque de Lucien, il voulait juste que Elias reste.
Au bout de plusieurs minutes de signes insistants, Elias se rassit avec un sourire aux lèvres et un froncement sur le visage de Lucien, tandis que Kai restait ignorant d'avoir juste servi de marqueur dans leur jeu, Lucien mettant tout en œuvre pour ne pas en rajouter.
Kai exhalra.
« Il y a de meilleures façons de régler ça que de se fusiller du regard au-dessus des pâtisseries. »
La bouche d'Elias s'incurva.
« J'écoute. »
Lucien resta plus silencieux, mais son attention était rivée sur Kai à présent.
Kai sentit la troisième voie du Système peser dans le fond de son esprit. Il sentit aussi la tension qui montait depuis la salle de la Guilde, la façon dont les deux hommes l'avaient regardé, la façon dont aucun des deux ne semblait prêt à céder du terrain.
Il posa sa tasse.
« Vous pourriez vous battre. Ou prendre une mission ensemble. Ou... » Il croisa tour à tour le regard des deux hommes. « Vous pourriez arrêter de faire semblant que ça ne concerne que l'enquête. »
Le sourire d'Elias devint acéré, intéressé.
La respiration de Lucien se bloqua, presque imperceptiblement.
« Ou, » continua Kai, la voix plus basse, « vous pourriez tous les deux arrêter de rivaliser une minute et partager. »
L'air autour de la table changea.
Elias se pencha en avant.
« Partager. »
« Oui. »
La voix de Lucien était plus basse.
« Tu es sérieux. »
Kai soutint son regard.
« J'en ai marre des non-dits. Et je pense que ça réglerait les choses plus vite qu'une heure de plus de ça. »
Elias ricana, sombre et satisfait.
« Regarde-toi. Faire des propositions comme ça sans ciller. »
Lucien étudia Kai longuement, puis jeta un œil à Elias. Quelque chose de non-dit passa entre les deux hommes. La rivalité ne disparut pas. Elle changea simplement de forme.
« Si on fait ça, » dit Lucien prudemment, « ce n'est pas un concours pour savoir qui a le droit de te garder. »
Les yeux d'Elias brillèrent.
« Parle pour toi. J'ai pleinement l'intention de prouver que je le baise mieux. »
L'expression de Lucien ne changea pas, mais sa voix tomba d'un ton.
« Tu es le bienvenu pour essayer. »
Le visage de Kai brûla, ils avaient compris sans qu'il n'ait beaucoup à dire. Le Système sonna à nouveau, presque serviable.
[Consentement de l'hôte enregistré. Modulation temporaire de la douleur et assistance à la récupération disponibles sur demande.]
[Les deux Candidats présentent de forts schémas comportementaux dominants. L'hôte sera la partie principalement réceptive.]
Ils quittèrent la pâtisserie sans finir leurs boissons.
De retour dans la suite présidentielle, l'atmosphère était assez épaisse pour être goûtée. Elias était déjà en train de se débarrasser de son manteau. Lucien bougea avec une précision plus discrète, posa sa sacoche et observa Kai avec une intensité qui différait de la faim d'Elias, mais n'en était pas moins focalisée.
Ce qui suivit ne fut pas doux.
Ce fut compétitif dès le premier baiser. Elias s'empara de la bouche de Kai avec la même assurance crue qu'à son habitude, tandis que les mains de Lucien cartographiaient son corps avec un soin délibéré, exercé. Quand les vêtements tombèrent au sol, les différences devinrent évidentes. Lucien était plus épais, plus long, son poids fit hoqueter le souffle de Kai quand il le vit enfin. Elias le remarqua. Bien sûr qu'il le remarqua.
« Frimeur, » marmonna Elias.
La bouche de Lucien s'incurva faiblement.
« Je suis simplement proportionné. »
Ils se disputèrent, brièvement et sèchement, au sujet des positions. Elias voulait le contrôle. Lucien refusa de le céder. À un moment, Elias proposa de les prendre tous les deux l'un après l'autre. Lucien rétorqua qu'Elias était le bienvenu pour regarder. La tension remonta encore jusqu'à ce que Kai, déjà rougi et dur entre eux, prenne la parole.
« Ou vous pourriez tous les deux me bouffer le cul et arrêter de vous disputer. »
La suggestion fit mouche. Ils se regardèrent, puis le regardèrent, et quelque chose comme un accord passa entre eux.
Ce qui suivit se brouilla en chaleur, en pression et en la conscience constante de deux hommes très différents concentrés entièrement sur lui. La bouche de Lucien était minutieuse, d'une habileté dévastatrice. Elias était plus brouillon, plus agressif, et vocal sur chaque réaction qu'il arrachait à Kai. Quand ils le prirent enfin, ce fut avec l'assistance silencieuse du Système qui émoussait l'étirement juste assez pour l'empêcher de basculer dans la vraie douleur.
Ils le traitèrent bel et bien comme une compétition. Elias parla pendant presque chaque coup de reins, des obscénités possessives. Lucien était plus silencieux mais plus précis, trouvant des angles qui faisaient blanchir la vision de Kai et le maintenait là. À un moment, ils échangèrent. À un autre, ils le travaillèrent à deux jusqu'à ce qu'il ne puisse plus que s'agripper aux draps et essayer de se rappeler comment respirer.
La fin vint par étapes. Kai le premier, tremblant et hypersensible. Elias ensuite, avec une basse malédiction contre son épaule. Lucien en dernier. Et quand Lucien se retira enfin pour jouir, ce fut sur le visage d'Elias, en une marque délibérée et salissante qui laissa l'assassin cligner des yeux, surpris, puis rire, bas et sombre.
« Putain de bâtard. »
Lucien ne parut que légèrement satisfait.
« Tu étais dans le chemin. »
Kai gisait entre eux après, totalement usé et reprenant encore son souffle, tandis que le Système enregistrait tranquillement les changements d'affinité en arrière-plan.
[Affinité du Candidat 002 : augmentation significative.]
[Affinitité du Candidat 004 : augmentation significative.]
[Marqueurs de tension réduits. Stabilité du lien améliorée.]
Dehors, la ville verte de Veyrhold poursuivait sa soirée. Dedans, la rivalité entre l'assassin et l'alchimiste n'avait fait que changer de forme.
Et Kai, pris au milieu, n'était plus sûr que ça arrangeait les choses ou les rendait significativement plus compliquées.