Lafrieze et moi avions débarqué dans le temple souterrain du roi saint.
Comme on y fabriquait des armes Arc-Divin, je les avais détruites.
Face au roi saint hébété, je haussai les épaules d'un air comique.
« — Oh, j'ai fait quelque chose ? »
« … Gh… gnn ?! »
Ces mots parurent le ramener à lui.
Une veine saillit à sa tempe et il me fusilla du regard.
« — V-vous… misérables ! »
« Quoi, moi aussi ?! »
« Avez-vous conscience de ce que vous venez de faire… ! Savez-vous combien de temps il faut pour fabriquer ces armes Arc-Divin… ! »
« Quarante jours. »
« … C-c'est exact. »
Les informations de Melmo étaient donc justes.
« Hmpf… quelle déception. Je vous croyais plus intelligente… »
Le roi saint cracha ces mots avec dépit.
« Songer à me trahir, sainte Lafrieze… ! »
« Quoi, c'est à moi que vous parlez ?! »
« Croyiez-vous pouvoir faire une chose pareille impunément ?! »
« Euh… non, enfin… ce n'est pas moi qui suis à l'origine… j'ai plutôt tenté de l'en empêcher… j'aimerais qu'on établisse clairement les responsabilités, en fait… »
« En clair : “on peut très bien s'en tirer impunément”, dit-elle. »
« Quoi ?! »
« Voilà qui est bien dit, petite insolente… ! »
« Je n'ai rien dit de tel ! »
« Mais… vous êtes naïfs. Vous imaginiez que je stockerais les armes Arc-Divin achevées à l'intérieur de la cité sainte ? Détruire celles en cours de fabrication ne change rien : les armes Arc-Divin sont déjà déployées un peu par… »
« Je sais. »
« … A-ah bon. Justement pour prévenir ce genre de risque, elles sont réparties entre les différentes forteresses autour de la ci… »
« Je sais. »
« … »
« … »
« — Sainte Lafriiiiiiize ! »
« Pourquoi ça retombe sur moi ?! »
« Me tourner ainsi en ridicule… ! Vous avez bien servi jusqu'ici en tant qu'outil, mais c'en est trop ! »
« Vous ne passeriez pas vos nerfs sur moi, par hasard ?! »
Le roi saint tira une clochette de sa poche et l'agita.
Alors, des ténèbres du temple souterrain, des silhouettes émergèrent dans un crissement de métal.
Des chevaliers bardés d'une armure intégrale d'un blanc immaculé.
« L-les Douze Chevaliers du Château sacré ?! »
« … C'est cela. Prévoyant l'éventualité, j'avais gardé auprès de moi l'élite de l'élite des chevaliers du Château sacré, déjà réputés les plus puissants. Il est dommage que le sire Heiderik soit absent… mais pour s'occuper d'un imposteur, voilà des acteurs plus que suffisants. »
Le roi saint écarta grand les bras, comme s'il haranguait une foule.
« — Allons, recevez mon jugement ! “Quiconque se rebelle contre le roi saint doit tomber en enfer” ! »
À l'instant où il prononça ces mots…
« … “Quiconque se rebelle contre le roi saint doit tomber en enfer.” » « … “Quiconque se rebelle contre le roi saint doit tomber en enfer.” » « … “Quiconque se rebelle contre le roi saint doit tomber en enfer.” » « … “Quiconque se rebelle contre le roi saint doit tomber en enfer.” » « … “Quiconque se rebelle contre le roi saint doit tomber en enfer.” »
Les chevaliers du Château sacré se ruèrent tous ensemble en répétant la “rumeur”.
Eux aussi devaient avoir été gavés de rumeurs.
Avec une coordination mécanique et parfaite, ils m'encerclèrent en un instant.
Apparemment, c'était moi qu'ils visaient en premier.
Sans laisser la moindre brèche par où fuir, les chevaliers pointèrent d'un même mouvement leurs grandes épées et leurs hallebardes.
« Matty ?! »
Lafrieze poussa un cri, mais.
Me croire vaincu par des figurants de ce niveau… quelle offense.
« Art du marteau niveau 7 — [Grand Séisme]. »
J'abattis de toutes mes forces le socle de l'épée sacrée sur le sol.
Le dallage explosa, et le souffle envoya valser les chevaliers du Château sacré.
Le [Grand Séisme] est une attaque à recul généralisé, assortie d'un effet d'étourdissement.
Les chevaliers percutèrent les colonnes voisines et glissèrent lentement au sol.
Tous avaient perdu connaissance.
— Fin du combat.
« A-ah… ? »
« … Qu… quoi… ? »
Lafrieze et le roi saint restèrent hébétés.
« I-impossible… que s'est-il passé… les Douze Chevaliers du Château sacré, vaincus… ? »
Tandis qu'ils demeuraient là, sans réaction.
Je haussai de nouveau les épaules d'un air comique.
« — Oh, j'ai encore fait quelque chose ? »
« Gh… gnnnn… ! Gnnooooh… ! »
Le visage du roi saint se froissa tout entier et il se mit à trembler de rage.
Il rongeait son frein de manière spectaculaire.
Voilà. C'était ce visage que je voulais voir.
Cela dit.
Le roi saint ne passait toujours pas à l'action suivante.
« Hm… ne me dis pas que la bataille est finie ? Je pensais qu'il s'agissait du combat de boss du climax, il devrait y avoir plus… non ? Trois transformations en réserve, par exemple… »
« … Q-que racontez-vous, à la fin ? »
Fini si vite, il n'y a aucun frisson.
Le point culminant de l'arc du royaume saint va se réduire à la grimace du roi saint.
« Mais… ne croyez pas que ce soit terminé ! »
« … ! Ne me dis pas, tu passes à ta seconde forme… »
« Navré, mais… me tuer ne mettra pas fin au futur des batailles ! »
« … Ah. »
« Mon armée du roi saint a déjà envahi l'Empire Noah ! Et ce, avec un stock considérable d'armes Arc-Divin… ! »
« C-ce n'est pas vrai… ! »
Le visage de Lafrieze se décomposa.
D'ailleurs, j'avais oublié de le lui dire.
Tant pis. Le roi saint le lui a soigneusement expliqué.
« Écoutez et tremblez ! Le général en chef de cette armée n'est autre que… le sire Heiderik, premier au classement des chevaliers du Château sacré. Celui qu'on désignait comme le prochain héros n'est pas de la même dimension que les Douze Chevaliers ici présents ! »
« … ?! … A-arrivés jusqu'ici, nous ne pourrons donc pas changer le futur… ! »
« — Kakakakakaka ! “Que je meure ici ou non, le royaume saint deviendra le maître du monde” ! “Et ce jour-là, je serai transmis à la postérité comme un mythe” ! “Désormais, plus personne ne peut arrêter ce mythe” ! »
Le roi saint hurlait, ivre de lui-même.
Lafrieze, sous le choc.
Les fidèles en prière répétant en marmonnant les paroles du roi saint.
Dans cette atmosphère détraquée…
« Kukuku… quel élément prometteur. »
Je ne pus retenir un rire.
« … C'est bien, ne connais pas ta place. Enfle-toi davantage. Grise-toi, prends la grosse tête. Plus ton nez sera haut perché, plus il sera jouissif de te le briser. »
« … Misérable, que dites-vous… »
Tout à l'heure, la bataille s'était achevée si vite que j'en avais perdu l'entrain…
… mais ce roi saint peut encore me servir de jouet.
Sans même compter le reste, il m'a longtemps exaspéré.
Ce serait du gâchis de le casser maintenant.
Il faut absolument que je l'invite au “dénouement idéal” que je vais créer.
« Ce mythe est inarrêtable, disais-tu ? Alors je vais l'arrêter. »
« … Comment ? »
« J'arrêterai l'offensive de ton armée. J'arrêterai les armes Arc-Divin. J'arrêterai la totalité de tes ambitions. Ton rang, ton honneur, tes rêves, tes espoirs, tes prières… je te prendrai tout, et de mes propres mains je t'offrirai le plus beau des désespoirs. »
Puis je prononçai ma sentence.
« — Allez, que la partie commence. »