Et bien, pour commencer...
« Yoko-sama, pourquoi travaillez-vous ici ? »
« C'est simple.
La nourriture est délicieuse.
L'alcool aussi est de qualité.
Je n'en ai pas servi avant les excuses, mais je le ferai lors du banquet. »
Vous vous êtes laissé appâter par la nourriture ?
« Ce n'est pas la seule raison.
Le village compte de nombreux individus qui ne me craignent pas.
Il y en a même de plus forts que moi. »
Impossible, il y a plus fort que Yoko-sama ?
« J'ai la charge de maire par intérim.
Le maire est forcément au-dessus. »
...
« Je travaille ici pour être utile au maire.
Retenez-le bien. »
C-c'est compris.
« Ah, ça va sans dire, mais si tu portes la main au maire, je ne te pardonnerai pas.
Pas de comportement suspect. »
Bien sûr.
Il ne faut pas se mettre Yoko-sama à dos.
Mais...
« Quoi ? »
Est-ce qu'il y aurait un problème si nous désirons servir ce maire ?
« Hein ?
Pourquoi ?
Vous disiez qu'on vous emploie, mais qu'on ne se soumet pas, non ? »
La situation ne nous laisse plus ce choix.
« C'est devenu si grave ? »
Comparé à l'époque que Yoko-sama connaissait, inévitablement.
Les demandes de travail ont chuté brutalement ces dernières années.
« Et vous venez vers le maire pour ça ? »
Yoko-sama fait mine de réfléchir un instant.
Je le sais.
Que la réponse ne sera pas favorable.
Nous sommes le clan des Renards argentés.
Nous traînons une sale réputation.
Si notre clan entier se met à votre service, le maire en portera la responsabilité.
Pour le dire simplement, on pourrait accuser le maire de manipuler le clan des Renards argentés.
Pourtant, si nous ne formulons même pas la demande, notre clan n'aura d'autre issue que la disparition.
« Kon.
Le maire n'a aucun intérêt à vous prendre à son service.
Au contraire, il en subirait le contrecoup.
Ce n'est pas une conversation pour ses oreilles. »
...
« Cependant, je suis le Kon précédent... non, l'avant-précédent.
Il m'a beaucoup aidé.
J'ai une dette impossible à rembourser.
C'est pourquoi je ne peux refuser la supplique qui engage la survie de ton clan. »
Alors...
« C'est le maire qui décide.
Je ne dirai rien.
Ça te va ? »
Oui.
Merci beaucoup.
Il ne nous reste plus qu'à faire nos preuves.
Au fait, Seiten-sama ?
Depuis la fin du repas, vous vous bouchez les deux oreilles en permanence. Pourquoi ?
Une mesure pour ne pas être mêlé à des informations dangereuses ?
C'est la fameuse posture du singe « n'entendre rien » ?
C'est instructif.
Peu après, Yoko-sama est allée chercher le maire.
Pendant ce temps, je décide de la disposition des gardes.
...
Dans la pièce, nous deux suffiront, Seiten-sama et moi.
Les autres gardes attendront dans la pièce que Yoko-sama a préparée.
Mais comme ça, ils ne servent à rien en tant que gardes.
Trois suffiront pour attendre dans la pièce prévue.
Bien sûr, je me fâcherai s'ils glandent.
Veille permanente.
Prêts à bouger à tout instant.
Préparez-vous aux attaques surprises.
Trois à l'intérieur du manoir.
L'emplacement est libre, mais n'entrez pas dans la pièce.
Oui, restez tapis dans le couloir.
Cinq à l'extérieur du manoir.
Pour assurer la retraite.
Si m'il m'arrive quelque chose, Kitsu prend le commandement.
Bien, bonne réponse.
Hein ?
Je pensais avoir un peu plus de marge, mais Yoko-sama est déjà de retour.
Le maire était-il à proximité ?
...
L'impression que donne le maire... c'est un homme ordinaire.
Difficile de croire qu'il soit au-dessus de Yoko-sama.
Pourtant, l'attitude de Yoko-sama envers le maire est celle d'un serviteur modèle.
Ça suffit à comprendre qu'il n'est pas n'importe qui.
Un type sage, peut-être ?
Nous saluons ensemble, et j'obtiens les excuses de Seiten-sama.
Le maire ne semble pas vouloir envenimer les choses.
Peut-être Yoko-sama a-t-elle intercédé.
C'est une chance.
Les excuses de Seiten-sama sont terminées.
Seiten-sama se rendrait maintenant à la boutique de Nize-sama.
Les trois qui attendaient dans la pièce préparée, plus les cinq dehors, feront la garde de Seiten-sama.
Dorénavant, jusqu'aux retrouvailles, le commandement de ce groupe revient à Buchi.
« Kon-sama.
Ne vaudrait-il pas mieux que j'y aille ? »
Kitsu me le suggère.
C'est vrai, si on divise la garde, l'autre groupe devrait être confié à Kitsu.
Mais la discussion à venir avec le maire décidera du sort de notre clan.
Si je ne montre pas ma détermination, nous ne pourrons pas nous mettre à son service.
Au pire, je porterai la mauvaise réputation du clan des Renards argentés et je mourrai.
Peut-être Yoko-sama fera-t-elle alors preuve de clémence.
Ensuite, pour rallier les survivants et négocier avec Yoko-sama, Kitsu est le plus indiqué.
Je compte sur toi.
Alors, pour parler au maire...
Il est sur ses gardes.
Inutile d'entrer dans le vif du sujet d'emblée.
Je dévie un peu la conversation.
« Avant de vous exposer notre demande, puis-je vous poser une question ? »
« Hein ?
Vas-y. »
Le maire est bien le supérieur de Yoko-sama ?
« Je suis le maire du Cinquième Village, et Yoko est maire par intérim.
Sur le plan professionnel, c'est ça. »
C'est ce que je pensais.
Merci.
J'aimerais encore deux ou trois questions pour mettre le maire à l'aise, mais...
Le maire s'est absenté du village.
Il a peut-être des affaires après ça.
Trop perdre du temps serait une mauvaise manœuvre.
J'ai déjà raccourci la distance d'un pas, contentons-nous de ça.
Y allons-nous.
Euh, je suis venu aujourd'hui pour vous demander une faveur, Hiraku-sama.
En réalité, la demande n'a pu être faite qu'après mon arrivée, donc c'est légèrement inexact.
Mais c'est mieux que de dire « j'ai eu l'idée tout à coup ».
« Une faveur ?
Laquelle ? »
C'est le moment décisif.
Je fais un pas de plus en avant.
Oui.
Le clan des Renards argentés compte quatre-vingt-douze personnes, moi compris.
Parmi eux, vingt-trois peuvent travailler pleinement sous forme humaine, mais si vous fermez les yeux sur quelques désagréments, quatre-vingt-quatre sont aptes au travail.
Ne pourriez-vous employer notre clan au complet ?
« Vous voulez que je vous embauche ? »
Oui.
« Pas que je vous fasse immigrer au Cinquième Village ? »
Le clan des Renards argentés n'est pas doué pour vivre mélangé à d'autres races.
« Pourtant, vous pouvez travailler ?
Quel genre de travail avez-vous en tête ? »
Nous sommes des Renards argentés, la réponse est toute trouvée.
L'assassinat.
...
Ma voix était trop basse ?
L'assassinat.
« Non, ce n'est pas que je n'ai pas entendu. »
Ah, bon.
Hein ?
Yoko-sama se tient la tête.
Ai-je fait une erreur ?
Ah, le maire ouvre la bouche.
Il va répondre.
« Euh... rentrez chez vous. »
Au moment où j'entends cette réponse.
Je libère mon intention de tuer vers le maire et je bouge.
Je libère mon intention de tuer, mais je ne tue pas.
Cela n'aurait aucun sens de le faire, et je me mettrais Yoko-sama à dos.
Je ne fais que démontrer ma valeur.
Puis, je m'excuse en mourant.
Et Kitsu reformulera la demande.
Oui, du chantage au prix de ma vie.
Mais nous aussi, la survie de notre clan est en jeu.
Nous n'avons pas le choix des moyens.
Ah, mais si moi, le garde, j'attaque, cela causera des ennuis à Seiten-sama, mon employeur.
Disons que Seiten-sama n'y est pour rien avant que je meure.
Si on peut obtenir sa clémence comme ça...
Mon mouvement a été perçu par Yoko-sama, mais je suis plus rapide.
...
Hé ?
Je ne suis pas à l'endroit que j'avais visé.
Le paysage que je vois n'a pas changé.
C'est-à-dire que je n'ai pas bougé ?
Hein ?
Je suis transpercé par quelque chose ?
La lance du maire ?
Depuis quand a-t-il une lance ?
Il était mains nues quand il est entré dans la pièce ?
Pendant que je suis confus, la main de Yoko-sama saisit mon cou.
Je ne peux plus bouger, quoi que je fasse.
La zone transpercée par la lance semble gravement blessée.
... Kitsu, pardon.
C'est le pire scénario.
Je n'ai même pas pu montrer ma valeur, je vais juste mourir...
Fuis et protège le clan.
Ensuite, ceux qui ont trempé dans des travaux d'assassinat doivent mourir.
Ainsi, les survivants pourront implorer la clémence de Yoko-sama.
Yoko-sama est sévère, mais elle protège les siens.
C'est pathétique, mais comptons sur elle.
Entre Renards argentés, on peut converser par la pensée si on est assez proches.
Je l'ai donc prévenue ainsi, mais...
La réponse n'est pas celle que j'espérais.
« ... E-excusez-moi.
Je me suis fait prendre.
C'est une araignée. »
Une araignée ?
Je tourne lentement le visage vers le haut et regarde le plafond de la pièce.
Ah, de grosses araignées, il y en a plein.
Je ne les avais pas remarquées.
En plus, ce ne sont pas de simples araignées.
Ce sont des araignées de la lignée des Demon Spiders.
Là, il n'y a vraiment rien à faire.
Les autres aussi, hormis Kitsu, se font attraper les uns après les autres par les araignées.
Ceux qui étaient affectés à la garde de Seiten-sama aussi ?
C'est minutieux.
C'est mérité, dirait-on.
« Kon.
Je t'ai dit que je ne te pardonnerais pas si tu portais la main au maire. »
Euh, je n'ai rien fait, non ?
Je n'ai pas bougé.
« Tu as été stoppé net avant de pouvoir agir.
Si tu continues tes balivernes, j'anéantis ton clan. »
... Compris.
Mais moi non plus, je ne peux pas reculer.
Même si je vous supplie ?
« Je sais.
Maire, pardon.
Laisse-moi t'expliquer un peu. »
Le pire du pire a été évité, peut-être.
Pourtant, je ne m'attendais pas à ce que le maire soit si fort.
Il semble se soucier de mon corps, c'est peut-être une personne bienveillante.
« C'est bon.
À ce niveau, ce gaillard ne meurt pas. »
Ah, à propos de ça, Yoko-sama.
« Quoi ? »
En fait, j'ai subi des dégâts assez sévères... je suis à ma limite.
Je crache du sang et m'effondre.
Je ne peux même plus maintenir ma forme humaine.
C'est... peut-être la fin.