L'automne s'approfondissait, et les températures ne cessaient de chuter tandis que les jours raccourcissaient jour après jour. Les arbres de la forêt avaient presque tous perdu leur vert, paraissant d'un jaune terne vus de loin, comme une photographie séculaire.
Dans le même temps, les feuilles se mirent à tomber en grand nombre, recouvrant le sol de la forêt et créant une route dorée d'une beauté à couper le souffle, envoûtante.
Pandora s'asseyait ou se tenait souvent sur une petite colline, fixant la forêt d'un air impassible pendant de longs moments, perdue dans ses pensées.
Richard ne s'y perdait pas comme Pandora. Il était bien conscient que toutes ces scènes apparemment belles n'étaient que de simples changements physiologiques de base. Par exemple, les variations de température et de lumière inhibaient la synthèse de chlorophylle dans les feuilles, réduisant le taux de chlorophylle tout en augmentant ceux de xanthophylle et de carotène, ce qui les faisait jaunir. De plus, une augmentation des hormones végétales que sont l'acide abscissique et l'éthylène entraînait la chute des feuilles.
La même logique échappait aux animaux de la forêt, mais eux non plus n'étaient pas fascinés par les couleurs de l'automne. Pour eux, le paysage automnal n'avait aucun attrait esthétique ; leurs préoccupations portaient davantage sur la raréfaction de la nourriture due à la baisse des températures, qui menaçait leur survie.
L'automne était là, l'hiver serait-il loin derrière ?
L'hiver représentait un grand test de survie pour toutes les créatures de la forêt. Dans ces conditions, qu'il s'agisse d'herbivores ou de carnivores, tous commençaient à s'agiter…
Ainsi, la date de la Marée des Bêtes arriva une fois de plus.
La pleine lune pendait haut dans le ciel, projetant une lumière argentée grisâtre qui semblait poser un voile fin sur la terre.
En y regardant de près, on distinguait sous ce voile des grappes denses d'ombres noires : c'étaient des animaux frénétiques qui s'attaquaient furieusement les uns les autres, se mordant et s'entaillant mutuellement.
Non loin de la petite colline où se dressait le Château Noir, une montagne géante de plus de cent mètres de haut se profilait avec des parois abruptes et un sommet plat, ressemblant un peu à une tombe noire à moitié enfouie dans le sol. Les bêtes qui s'y battaient étaient les plus frénétiques, les plus rouges de regard, se déchirant sans peur ni raison, sans même lâcher le corps de leur adversaire une fois mortes.
Soudain, depuis l'intérieur de cette montagne, des vagues de pouvoir spirituel invisible se propagèrent rapidement, balayant la moitié de la forêt.
Les animaux déjà frénétiques devinrent soudain plus enragés, plus féroces, plus assoiffés de sang, perdant complètement la raison pour devenir des Pantins de Chair et de Sang dominés par les ondes spirituelles. Sous une certaine guidance, ils commencèrent à déferler vers l'extérieur depuis la montagne, prêts à tout aplatir autour d'eux, éliminant tous les obstacles.
Cette guidance était si forte qu'elle embarquait des dizaines, des centaines, des milliers, voire des dizaines de milliers d'animaux, se transformant en une armée frénétique de bêtes rugissant tandis qu'elles marchaient dans toutes les directions.
Le silence de la petite colline où se tenait le Château Noir ne dura pas longtemps, car des bruissements se firent bientôt entendre au pied de la montagne.
Dans la clairière devant le château, Pandora jeta un coup d'œil à Gregory.
Sous sa forme humaine, Gregory dit avec assurance : « Ne t'inquiète pas, je vais leur montrer qui est le patron. » Sur ces mots, son corps grossit rapidement, et en un clin d'œil il passa d'un homme d'âge moyen à un dragon géant de plus de dix mètres de long, déployant ses ailes et s'envolant avec un rugissement.
Pandora, impassible, émettit un son : « Frayeur ! »
Frayeur ? Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Gregory réfléchit — il avait remarqué que récemment Pandora aimait particulièrement utiliser cette syllabe pour exprimer un sens, mais il était très difficile de comprendre ce qu'elle voulait dire précisément. La plupart du temps, il fallait s'appuyer sur le contexte, l'humeur de Pandora et une touche de mysticisme pour le deviner.
Après avoir longuement réfléchi, Gregory ne parvint toujours pas à deviner si Pandora exprimait de la satisfaction ou de l'insatisfaction. Perplexe, il s'envola dans les airs et aperçut distinctement une masse d'animaux frénétiques déferler depuis le bas de la colline.
« Tant pis, j'arrête de réfléchir. Je vais juste régler l'affaire en cours. La fois dernière j'ai failli tout rater, et si je ne m'en sors pas bien cette fois, je risque de me faire corriger pour de bon. Soupir ! » songea Gregory avec lassitude, et l'instant d'après il ouvrait la bouche pour cracher une gerbe de flammes.
Avec un souffle, des flammes quasi matérialisées s'abattirent comme un immense sabre rouge, tranchant sans pitié la marée noire d'animaux frénétiques au pied de la colline. Partout où elles passaient, des cris continus s'élevaient suivis d'une annihilation immédiate.
Quand la puissance devient une oppression absolue, même le nombre perd son sens.
Gregory entama son massacre, son massacre froid, impitoyable, puis… son massacre ennuyeux, soupirant en tuant, rêvassant en tuant.
« Frou ! Frou ! Frou ! »
Les flammes se déversaient sans cesse, éliminant groupe après groupe d'animaux frénétiques, mais il y en avait toujours d'autres pour prendre leur place, se ruant sans fin.
« On dirait que ce sera une nuit bien remplie. » Gregory bâilla, incapable de s'en empêcher, et une nouvelle bouffée de flammes jaillit : « Frou ! »
« Soupir, pourquoi ai-je choisi de vivre ici au départ ? Ne vaudrait-il pas mieux déménager ailleurs ? Frou ! »
« Et où se sont planqués tous les autres dragons ? Je n'ai pas vu l'ombre d'un autre dragon depuis si longtemps. Sinon, en appeler quelques-uns pour m'aider, discuter en crachant du feu, ce serait moins ennuyeux. Frou ! »
« D'après Pandora, ce type appelé Richard a dit qu'il pouvait utiliser cette Marée des Bêtes pour en découvrir l'origine et la résoudre une bonne fois pour toutes. Je me demande si c'est vrai ou pas. Frou ! »
Dans le Château Noir, dans une pièce du premier étage.
Richard était assis en tailleur sur un lit en bois, plongé en méditation profonde. Son corps tremblait, et sa conscience s'extirpa rapidement de son enveloppe charnelle.
La conscience s'éleva, traversant le sommet du château pour atteindre les airs, où Richard vit Gregory marmonner tout en crachant du feu.
Dans la cour du château, Pandora se tenait d'un air glacial, surveillant tout autour. Repérant quelques bêtes qui avaient réussi à gagner le sommet de la colline, elle bondit immédiatement et les pulvérisa d'un coup de poing. Puis,levant les yeux, elle hurla sa dissatisfaction à Gregory, lui reprochant d'avoir encore fait une erreur.
Gregory grommela et se mit à intensifier le massacre.
Observant un instant, Richard secoua la tête, n'oubliant pas sa tâche principale. Il guida sa conscience pour qu'elle vole vers la grande montagne voisine. Pendant le vol, il enveloppa délibérément son pouvoir spirituel autour de lui pour l'empêcher d'être érodé par les étranges fluctuations de pouvoir spirituel à l'intérieur de la montagne.
Bientôt, la conscience de Richard atteignit la surface de la montagne, découvrant une scène baignée de sang ; le sol semblait avoir été détrempé de sang frais, on ne pouvait qu'imaginer combien d'animaux s'y étaient battus et avaient saigné auparavant.
Jettant un œil sur les cadavres d'animaux éparpillés partout, Richard contrôla sa conscience pour qu'elle commence à s'enfoncer, fusionnant progressivement avec le sol en dessous.