Le reste se déroula presque exactement comme on aurait pu s'y attendre.
Une quinzaine voir une vingtaine de bandits firent irruption dans le village, encerclant les habitants avant que quiconque n'ait le temps de réagir.
Les hommes furent regroupés d'un côté, liés entre eux.
Les femmes furent rassemblées de l'autre.
Les bandits riaient entre eux, faisant des blagues vulgaires qui ne suscitaient que des regards effrayés parmi les villageois.
Heureusement, je n'étais pas du nombre de ceux qui avaient été capturés.
« Apparemment, j'ai la chance avec moi aujourd'hui. »
Je me dissimulai silencieusement derrière une botte de foin en observant la scène.
Y foncer tout seul était suicidaire.
Ils étaient trop nombreux et la plupart brandissaient des massues ou des épées de fer rudimentaires.
Heureusement, je n’étais pas le seul à m’être échappé.
Cachés derrière une autre maison se trouvaient les quatre voyous.
Lin Fan.
Ye Chen.
Long Aotian.
Jiang Chen.
« … »
Dès que nos regards se croisèrent, personne ne prononça le moindre mot.
Malgré toutes les insultes que nous échangeions quotidiennement, ce n’était pas le moment de régler nos comptes personnels.
D’ailleurs, ces quatre idiots se révélaient étonnamment utiles.
Je leur fis signe de s’approcher.
« Que fait-on ? » murmura Ye Chen.
« On les bat. »
« Ils sont vingt ! »
« Et alors ? »
Je ramassai une pierre grosse comme un poing.
« Ça devrait leur éclater le crâne. »
« … »
Aucun d’eux ne savait quoi répondre.
Quelques instants plus tard, notre stratégie militaire hautement sophistiquée débuta officiellement.
BOUM !
Le premier bandit s’effondra après qu’un caillou eut heurté l’arrière de sa tête.
Avant que quiconque ne réalise ce qui venait de se produire, nous avions déjà disparu.
« Qui a fait ça ?! »
Les bandits se ruèrent vers les buissons.
Personne n’y était.
Quelques instants plus tard.
BOUM !
Un second bandit hurla avant de s’écrouler face contre terre.
« Merde ! »
« Ils se cachent ! »
Le chef des bandits rugit avec rage.
« Répartissez-vous ! »
« Trouvez ces saloperies ! »
C’était exactement ce dont je rêvais.
Dès lors qu’ils se séparèrent, leur avantage numérique s’évanouit.
Un par un, nous tendîmes des embuscades aux bandits isolés avec des pierres, des bâtons, des outils agricoles et tout ce qui traînait à proximité.
Notre stratégie était d’une simplicité déconcertante.
Attaquer. Fuir. Se cacher. Recommencer.
Face aux villageois, les bandits faisaient peur.
Contre cinq adolescents sans gêne refusant de combattre loyalement, ils se révélèrent pourtant étonnamment impuissants.
L’un après l’autre, ils tombèrent. Et quand la poussière retomba, seul le chef des bandits demeurait debout.
Il regarda autour de lui, incrédule.
Son groupe entier avait fini par disparaître.
Malheureusement pour lui, les villageois étaient déjà libérés.
Saisissant leur opportunité, chaque homme et femme se rasa sur lui, le visage empreint de haine meurtrière.
Le vieux chef du village marchait en tête, armé d’un épais bâton de bois.
« Assez causé de dégâts ! »
CRAC !
Le bâton atterrit plein sur le crâne du chef des bandits.
« Aïe ! »
Le bandit chancela.
Puis, au granddam de tous, il sourit.
« Hahaha ! Plus fort ! Frappe-moi encore plus fort ! »
« … »
Même les villageois cessèrent leur assaut.
« De quel malade mental s’agit-il ? » marmonnai-je.
Le chef fronça les sourcils avant de lui porter un nouveau coup.
CRAC !
Le bandit frissonna de plaisir.
« OUI ! C’est ici ! »
« … »
Tout le village fit mécaniquement un pas en arrière.
Je levai précipitamment les deux mains.
« Tout le monde, calma ! Arrêtez de le battre, s’il vous plaît. »
Plusieurs villageois me dévisagèrent, perplexes.
« Pourquoi ? »
« Parce que je crois bien qu’on ne le punit plus. »
Le chef observa en contreplongée le bandit toujours souriant.
Son visage s’assombrit.
Il lança immédiatement son bâton.
« Attachez ce déviant. »
Les villageois obéirent en silence.
Le chef du village se rendit en personne à l’administration locale la plus proche pour porter plainte.
Peu après, plusieurs gendarmes arrivèrent et les bandits furent menottés puis emmenés.
Pour ma part, accompagné des quatre autres voyous, je fus convié à rencontrer le capitaine de gendarmerie.
Après avoir écouté le récit des villageois, il nous observa avec une évidente approbation.
« Vous cinq faites preuve de courage et l’État recherche toujours des jeunes gens valeureux. »
Il sourit.
« Si cela vous intéresse, je peux recommander chacun d’entre vous. »
J’acquiesçai aussitôt.
Aucune raison de décliner.
Hélas, les quatre autres refusèrent.
Ou plutôt, ils ne pouvaient pas accepter.
Le capitaine cligna des yeux.
« Et pourquoi donc ? »
Long Aotian leva timidement la main.
« J-j’ai la diarrhée. »
Le gendame acquiesça avec compassion avant de passer au suivant.
Ye Chen toussa.
« Je souffre actuellement d’hémorroïdes. »
« … »
Le gendame tourna lentement la tête vers Lin Fan.
Lin Fan baissa les yeux.
« Mon unique joyau familial… a été brisé. J’ai besoin de temps pour reconstruire psychologiquement. »
Il parla d’une voix vide.
« … »
L’expression du gendame devint de plus en plus étrange.
Enfin, il se tourna vers Jiang Chen.
« Et toi, quelle est ton excuse ? »
Jiang Chen soupira avec théâtralité.
« Ma promise d’enfance pleure toutes les nuits, je dois la réconforter. »
« … Toutes les nuits ? »
« Toutes les nuits. »
Le capitaine se massait lentement les tempes avant de se tourner vers moi.
« Jeune homme, tes camarades ont… des circonstances assez atypiques, bien que toujours les bienvenus. »
Il s’éclaircit la voix.
« Souhaiteriez-vous venir en ville avec nous ? »
« J’accepte avec plaisir. »
La ville signifiait l’opportunité.
L’opportunité signifiait le rang.
Le rang signifiait la noblesse.
Et la noblesse signifiait que je pouvais légalement constituer un harém.
Mon avenir n’avait jamais paru aussi radieux.
Après avoir pris congé des villageois, je grimpai dans le carrosse et partis aux côtés des gendames.
Tandis que le village s’effaçait progressivement derrière nous, je portai mon regard vers la ville lointaine à l’horizon.
Peu m’importait, je ne savais pas encore que la ville réservait d’innombrables surprises.
Pour commencer, que penser d'une attaque menée par une sorcière démoniaque ?
Dès mon entrée dans la ville, je réalisai que quelque chose tournait terriblement mal.
Les rues étaient dans le chaos total.
Les bâtiments embrasaient violemment, emplissant le ciel d’une fumée noire.
Les gens couraient dans tous les sens en hurlant, pendant que des soldats tentaient désespérément d’évacuer les civils.
Le plus étrange fut l’absence totale de gardes à la porte de la ville.
Tous avaient été dépêchés ailleurs.
À peine avais-je fait un pas que des officiers militaires me glissèrent une lance dans les mains.
« Toi ! Tu es en état de combattre ! »
Avant que je ne puisse objecter, on me boutonna à force un haubert rapiécé sur le torse.
Sans préavis, je venais d’être enrôlé de force dans la milice urbaine.
« Je n’ai même pas encore vidé mes bagages. »
Personne n’écouta.
Bientôt, je me retrouvai à courir vers le champ de bataille aux côtés de dizaines de recrues terrifiées.
Puis, je la vis.
La femme plantée au milieu de la rue dévastée.
Une énergie démoniaque bouillonnait autour d’elle telle une tempête noire.
Une longue chevelure noire, plus douce que la soie, ondoyait dans le vent brûlant.
Ses yeux dorés brillaient plus intensément que le soleil de midi.
Pourtant, malgré cette aura démoniaque écrasante, elle possédait une noblesse indescriptible.
Comme si elle était née pour dominer le commun des mortels.
« … »
Quelque chose dans ces yeux me perturbait.
« Putain, pourquoi ses yeux sont comme ça ? »
Ils étaient magnifiques, étincelants. Parfaitement vides.
Aucune trace d’émotion ne s’y dessinait.
On aurait dit qu’aucun événement en ce bas monde ne pouvait véritablement l’atteindre.
Ensuite, pour des raisons que j’ignorais, une pensée ridicule fit surface dans mon esprit.
« Merde ! Seul le pouvoir de l’amour peut résoudre ça ! »
Je clignai des yeux.
D’où sortait une idée pareille ?
Est-ce parce que ce monde obéissait à certaines règles immanquables ?
Peut-être.
Mais les clichés avaient cette fâcheuse habitude de fonctionner.
Nonobstant, mes jambes tremblaient.
La peur de la mort pesait sur mon cœur comme une montagne.
‘Putain, je suis réellement apeuré.’
Je regardai la sorcière saisir négligemment un soldat en charge par la gorge.
D’un simple geste.
CRAC !
Son cou céda.
Elle abandonna le cadavre sans même y prêter attention.
« … »
Plus question de fuir désormais.
Si je devais mourir aujourd’hui, autant mourir sans remords.
Je pris une profonde inspiration.
Puis criai de toutes mes forces.
« Sorcière ! »
Ses gestes se figèrent.
Ces yeux dorés et creux se tournèrent lentement vers moi.
Je retirai mon casque.
Au moins, si je m’apprêtais à sortir une bêtise, je voulais le faire correctement.
La brise fraîche parcourut mes cheveux sombres.
Plusieurs soldats me dévisagèrent, incrédules.
‘Qu’est-ce que cet idiot fabrique ?’
Je les ignorai.
Même si mon visage était réputé beau, être face à cette femme me fit réaliser qu’elle était incroyablement belle.
Néanmoins, la beauté n’était pas tout.
Je pointai ma lance directement sur elle.
« Sorcière ! Certes, tu détiens une force écrasante, mais il existe un domaine… un domaine où tu vas t’incliner misérablement face à ma personne ! »
Le champ de bataille entier retomba dans le silence.
Même les soldats me regardaient comme si je venais enfin de perdre la raison.
Mais intérieurement, je priais désespérément.
‘S’il te plaît, marche. S’il te plaît, fais-lui mal à l’orgueil.’
Pendant un battement de cœur, il ne se passa rien.
Puis elle disparut.
Mes pupilles se contractèrent.
À l’instant d’après, elle se tenait déjà droit devant moi.
Je n’avais même pas vu bouger.
Ses yeux dorés et froids plongeaient dans les miens.
« Qu’est-ce qui vous donne l’audace de défier la mort ? » demanda-t-elle calmement.
‘La voilà ! La réplique légendaire !’
Malgré mon rythme cardiaque effréné, je forçai un sourire.
« Ma confiance ? »
Je soutins son regard sans broncher.
« Toi. »
Elle haussa un sourcil.
« J’ai déjà gagné. »
Une légère ondulation traversa ces yeux dorés et vides.
Je fusmes un sourire encore plus grand.
« Toi qui n’as jamais goûté aux joies du sexe, comment pourrais-tu espérer triompher de ma personne en la matière ?!! »
« … »
Elle me dévisagea, incrédule, comme si mon cerveau était brisé.
« Des choses aussi dégradantes… » souffla la sorcière avec un reniflement glacial.
‘Hein ? Pourquoi ça ne fonctionne pas ?!!’ pensai-je dans la panique.
Et alors que sa main s’apprêtait à saisir ma gorge, je hurlai.
« L’amour ! Sorcière, as-tu éprouvé l'amour ? »
Cette fois, elle s’arrêta réellement.