« Hahaha ! »
Le vieil esprit rit aux éclats en regardant le jeune homme qui se tenait devant lui.
« Tu as bien réussi. J’aime beaucoup ce petit mal qui sommeille en toi, enfant. »
Le jeune homme resta silencieux.
Ses longs cheveux noirs, plus sombres que la nuit elle-même, retombaient dans son dos.
Ses yeux dorés semblaient étrangement vides, pourtant ils brillaient d’un éclat troublant, comme s’ils voulaient dévorer tout ce qu’ils reflétaient.
Son visage était d’une beauté si parfaite qu’il semblait moins né naturellement que taillé patiemment à même la pierre par les dieux eux-mêmes.
Pourtant, ce qui attirait vraiment le regard n’était pas son apparence.
C’était l’aura qui l’enveloppait.
Il restait là, calme, mais l’espace même semblait reconnaître sa présence.
Une légère arrogance draconique, mêlée à une fortune écrasante, émanait naturellement de lui, lui conférant l’air d’un être chéri du ciel.
Après un court silence, le jeune homme prit enfin la parole.
« N’avez-vous pas prévu de me transmettre votre héritage ? »
Sa voix restait d’une sérénité parfaite, presque dénuée d’émotion.
Le vieil esprit se caressa la barbe imaginaire.
« Avant cela, pourquoi ne reprends-tu pas ton apparence initiale ? »
Son sourire s’élargit.
« Je suis aussi assez curieux : comment as-tu exactement dupé mon autre fragment ? »
Le jeune homme le fixa sans bouger le moindre muscle du visage.
« Je refuse. Vous avez déjà obtenu assez de coopération de ma part. »
Le vieil esprit claqua la langue.
« Tch, tch. Les jeunes d’aujourd’hui ne respectent vraiment plus leurs aînés. »
Le jeune homme ignora simplement cette plainte.
Tandis que le vieil esprit l’observait tranquillement.
Un Dragon. Un Démon. Et désormais un Ourainan.
Les yeux du vieil esprit trahissaient une anticipation grandissante.
Trois races extraordinaires.
Trois soutiens impossibles.
Jusqu’où monterait cet enfant ?
Ou peut-être...
Jusqu’où monterait-elle ?
Cette pensée l’amusa.
Après une longue pause, le vieil esprit ricana.
« Au départ, je songeais à te laisser affronter une bête immortelle, mais j’y renonce. »
Les sourcils du jeune homme se haussèrent imperceptiblement.
« Que veux-tu dire ? »
Le vieil esprit sourit de manière énigmatique.
« Cela signifie que ton épreuve a changé et que tu ne la termineras pas seul. Un autre participant te rejoindra. Quant à savoir qui, »
Il secoua la tête.
« Je ne gâcherai pas la surprise. »
Le jeune homme plissa les yeux.
Quelqu’un près d’ici avait dû arriver.
C’était la seule explication logique.
Cela ne le concernait guère.
Une fois hors d’ici, il ne lui resterait plus qu’à mobiliser ses forces et enquêter sur tous ceux qui peuplaient l’île.
Repérer l’autre participant ne serait pas difficile.
Qu’il s’agisse de les enrôler, de les menacer ou de les éliminer.
Cette décision pourrait attendre.
Le vieil esprit observa d’innombrables pensées traverser le regard du jeune homme avant de lui adresser un sourire entendu.
« Attends-tu encore, vieillard ? »
Le vieil esprit faillit éclater de rire.
Les enfants... Ils réalisent toujours aussi peu à quel point une simple rencontre peut bouleverser le cours de leur vie.
Plongé dans cette réflexion, il leva doucement la main.
Et le jeune homme s’effondra, inconscient.
« Ha… »
J’ouvris lentement les paupières, gagnant une fraîcheur particulière.
Pour une raison obscure, la première pensée qui afflua à mon esprit ne portait pas sur le petit-déjeuner.
À la place…
« Putain, pourquoi les décors viennent-ils soudain de devenir orientaux ? »
Je regardai autour de moi, complètement perplexe.
« … »
Quelque chose clochait nettement.
Je m’appelais Evren Sorin.
En tout cas, j’en étais plutôt persuadé.
Un nom assez étrange pour quelqu’un vivant ici.
Concernant ma localisation actuelle, j’étais dans un petit village du comté de Fu.
Pour une raison inexpliquée, le nom de famille Fu éveilla en moi un sentiment de familiarité, comme si j’avais déjà croisé une personne importante portant ce patronyme.
Mais malgré mes efforts.
Je ne parvenais pas à faire remonter le moindre souvenir au-delà de cette impression floue.
« Laisse tomber. »
Je m’étirai paresseusement quand une autre pensée explosa soudain dans mon crâne.
« Allez se faire foutre ces nobles et leurs lois stupides ! Je vais monter mon harem coûte que coûte ! »
Je déclarai ainsi ma noble ambition à qui que ce fût.
Heureusement, mon logement était une modeste cabane isolée perchée en bordure du village.
Très peu de gens passent par là.
Sinon, l’un d’eux aurait probablement signalé ma tentative d’hégémonie sentimentale aux autorités pour haute trahison.
La cause de ma révolte était simple.
Ce monde affichait une loi particulièrement absurde.
Plus exactement, une règle imposée par toutes les familles nobles.
Seuls les nobles avaient le droit de posséder un harem.
Le commun des mortels ne pouvait épouser qu’une seule femme.
« Absurde ! L’hypocrisie a aussi ses limites ! »
Je serrai les poings.
« Bien que ma stature d’homme me rende noble en soi, je dois d’une manière ou d’une autre obtenir ce statut ! »
Cela me paraissait totalement logique.
Après m’être lancé un hochement de tête encourageant, je sortis.
Le village s’était déjà réveillé.
La fumée s’échappait des cheminées.
Les paysans préparaient leurs outils.
Les femmes bavardaient en faisant leur lessive au bord de la rivière.
Les enfants se poursuyaient sur les chemins de terre.
Tout semblait paisible.
Mais comme toujours, la paix ne dure jamais bien longtemps.
« Le voilà ! »
« Notre petit séducteur de village sort enfin de sa retraite ! »
« Hahahaha ! »
Quelques enfants éclatèrent de rire.
Je tournai la tête vers eux.
Les voici.
Les quatre casse-pieds du village.
Lin Fan.
Ye Chen.
Long Aotian.
Jiang Chen.
« … »
Pour une raison obscure, dès que j’y pensai.
Mes poings se mirent à démanger.
Sans prévenir.
VROUSH !
J’bondis en avant.
« HEIN– ?!»
BOUM !
Mon pied heurta directement les fesses de Lin Fan, qui dévala la pente en roulant sur le sol.
« LIN FAN ! »
Les trois autres foncèrent aussitôt sur moi.
« Sale type ! »
Au moins partageaient-ils une camaraderie fraternelle.
Mais je ne pris pas le temps de réfléchir.
S’ensuivit une bagarre acharnée faite de coups de poing, de bottes, de roulés-boulés dans la poussière, de morsures, de cris et d’un assaut particulièrement louche impliquant une paire de sandales.
Plusieurs minutes plus tard.
Les quatre voyous prirent la fuite, les yeux embués de larmes.
« Attends un peu ! »
« On va se venger ! »
Je fis tomber la poussière de mes vêtements avant de pointer leurs silhouettes fuyantes avec un geste théâtral.
« Imbéciles ! La prochaine fois qu’on se croise, je vous broierai la troisième jambe ! »
Ma déclaration résonna majestueusement dans tout le village.
Ça devrait les tenir éloignés un bon moment.
Un vieux fermier qui passait par là modifia discrètement sa trajectoire.
Cela n’avait strictement rien à voir avec moi.
« Hum. » Je m’éloignai la poitrine gonflée de fierté.
Même si, au fond, je ne savais pas pourquoi ces noms me causaient une telle aversion.
C’était juste… naturel.
Finalement, je me retrouvai sous un grand olivier perché sur une petite colline surplombant le village.
L’ombre fraîche était agréable.
Je m’assis et levai les yeux vers le soleil levant.
Peut-être qu’en méditant sur l’existence, je comprendrais ma mission.
Cinq minutes s’écoulèrent sans aucun résultat.
« C’est ennuyeux. »
J’abandonnai aussitôt la philosophie.
À la place, je me mis machinalement à effectuer des exercices de Kegel.
« Un ! Deux ! Un ! Deux ! »
Un homme doit toujours rester prêt pour toute éventualité.
Surtout pour les combats ou les autres activités importantes de la vie !
Malheureusement, le destin semblait décidé à prendre parti contre moi aujourd’hui.
Avant même que je puisse achever une série, des hurlements paniqués fusèrent soudain à travers le village.
« Au secours ! »
« Quelqu’un nous sauve ! »
« Il y a des bandits ! »
Je bondis sur mes pieds.
« Enfin ! Mon heure de gloire a sonné ! »