Le garde traîna aussitôt devant eux une servante du palais, bâillonnée et ligotée.
En reconnaissant ce visage familier, le cœur de la manqua un battement, mais son expression n'en devint que plus perplexe. « , que signifie tout ceci ? »
retira le mouchoir de la bouche de Xiulan.
« Votre Altesse, sauvez-moi ! » Les larmes ruisselaient sur son visage, où les marques de gifles étaient parfaitement visibles. Xiulan supplia : « Cette servante n'a fait qu'obéir aux ordres de Votre Altesse. C'est vous qui lui avez ordonné de mettre du laurier-rose dans la crème de beauté de la … »
« Misérable créature ! » la coupa sèchement la . « Ce Palais ne t'a jamais vue. Tout le monde ici peut en témoigner. Qui t'envoie me calomnier ? »
Elle se tourna vers , le visage empreint de ce qu'il fallait exactement d'indignation et d'affliction.
« , ne croyez pas les paroles de cette misérable. J'ai toujours respecté la , ma sœur. Comment pourrais-je lui vouloir du mal ? Cette gueuse s'est laissé acheter par quelqu'un d'autre et me calomnie délibérément. »
« Calomnie ou non, Sa Majesté en jugera. » fit un signe au garde. Celui-ci rebâillonna Xiulan et l'emmena.
Un sourire froid aux lèvres, s'inclina légèrement devant la . « Sa Majesté a ordonné à ce serviteur d'aider l' à emménager dans le palais arrière. Désormais, que l' recopie avec diligence les sûtras bouddhiques et honore le Bouddha dans la chapelle du palais arrière, en priant pour Sa Majesté et pour l'Impératrice douairière. »
« L' ? » En entendant ce titre, eut l'impression d'être frappée par la foudre, le visage partagé entre la stupeur et l'incrédulité.
Non seulement son rang était abaissé, mais elle n'avait même plus de titre honorifique ?
Elle vacilla et s'affaissa contre sa première suivante, sur le point de défaillir.
eut un ricanement glacé. « Prenez garde, . Si vous vous blessez ou tombez malade, comment prierez-vous à l'avenir pour Sa Majesté et l'Impératrice douairière ? »
Après ces mots, n'osa plus s'évanouir.
Qui sait ce que ce maudit eunuque irait raconter à Sa Majesté si elle perdait vraiment connaissance ?
Et s'il prétendait qu'elle était mécontente de Sa Majesté ? Ne serait-elle pas jetée sans autre forme de procès au Palais Froid — ou pire, n'y laisserait-elle pas la vie ?
Le pour et le contre pesés, se redressa.
Elle sourit à . « Le vent de midi m'a un peu étourdie. Je vous prie de m'en excuser, . Un déménagement est une affaire si menue : pourquoi vous en donner la peine vous-même ? Contentez-vous de superviser, , et laissez les gens de mon palais porter les affaires. »
Elle fit un signe à Chunlian, sa première suivante, qui s'avança aussitôt et tendit une bourse à . « Merci de vous être déplacé, eunuque. Il fait froid dehors. Offrez-vous une tasse de thé bien chaud. »
ne l'accepta pas, mais il ne chercha pas non plus à faire davantage de difficultés à et la laissa employer ses propres gens.
Elle les raccompagna avec un sourire de façade. Ce n'est qu'une fois qu'ils eurent disparu de sa vue que regagna le palais arrière et jeta rageusement plusieurs objets à terre.
Chunlian et les autres s'agenouillèrent, sans oser souffler mot.
« , sale garce ! » fracassa un vase et, fixant les tessons éparpillés, siffla avec haine : « Nous verrons bien ! »
« Chunlian ! »
Chunlian se releva aussitôt, aida à s'asseoir sur le divan et la réconforta à voix basse : « Maîtresse, apaisez-vous, ne vous rendez pas malade. Monsieur votre père aura bientôt la nouvelle et intercédera certainement pour vous auprès de Sa Majesté. »
eut un léger reniflement, sa colère retombant un peu.
Elle dit avec rancœur : « Cette garce de Dou sait flatter Sa Majesté. Elle l'aura embobiné pour qu'il ne me laisse même pas une chance de m'expliquer ! »
« Sa Majesté est en colère pour l'instant. Quand il se sera calmé, il se souviendra sûrement de vos bontés, maîtresse. »
Chunlian versa une tasse de thé chaud et la lui offrit à deux mains. « Maîtresse, patientez. L'Impératrice douairière vous a toujours tenue en haute estime. Pourquoi ne pas recopier deux ou trois sûtras et les lui faire porter ? D'abord, cela montrera que vous avez pris à cœur les paroles de Sa Majesté ; ensuite, cela permettra à Sa Majesté de voir votre piété filiale envers l'Impératrice douairière. »
trouva le raisonnement judicieux et ordonna sur-le-champ qu'on nettoie le désordre de la salle et qu'on déroule papier et encre ; elle passa la nuit entière à recopier des sûtras.
De leur côté, et — qui ignoraient que la avait porté le chapeau à leur place — attendirent un moment devant la porte du Département des Châtiments, jusqu'à voir , du palais Huaqing, en sortir avec .
avait le teint blafard et paraissait très faible, soutenue par deux servantes.
En apercevant et qui l'attendaient à la porte, un sourire éclaira son visage. « , , vous êtes venus. »
et se précipitèrent et prirent des mains des deux servantes.
« Tu es blessée quelque part ? »
secoua la tête et pressa doucement la main de .
Le cœur de se serra : dans son inquiétude, elle avait parlé sans réfléchir.
C'était de trop se soucier d'elle. Pourquoi poser pareille question devant les gens du palais Huaqing ?
« Seriez-vous mademoiselle , celle qui sert le thé auprès de Sa Majesté ? » sourit et prit l'initiative de saluer .
« Mes respects, Mama. » lui fit la révérence.
y répondit d'une demi-révérence, ses yeux perçants détaillant .
Ses manières étaient irréprochables, mais son visage… bien inférieur à celui de leur maîtresse. Comment aurait-elle pu attirer l'œil de Sa Majesté ?
On lui avait rapporté que Sa Majesté traitait celle-ci avec une certaine faveur, mais ce n'était visiblement qu'une rumeur.
Rassurée, elle prit un air plus affable et soupira doucement en regardant .
« Cette misérable servante est fourbe, et voilà qui en a pâti. Son Altesse elle-même s'est laissé abuser par cette gueuse. Dès qu'elle a su la vérité, elle a ordonné à cette vieille servante d'aller chercher mademoiselle, de crainte qu'elle ne souffre là-dedans. »
, souffrante, fit une légère révérence et dit doucement : « La est pleine de bonté. Cette servante lui en est reconnaissante. »
— , fille du ministre de la Guerre, avait reçu le titre honorifique de « Rong » lors de son élévation au rang de Noble Épouse impériale, l'an dernier.
【La victime est priée de remercier son bourreau. Ce fichu pouvoir impérial !】
jura intérieurement, mais un léger sourire jouait sur ses lèvres lorsqu'elle répondit : « Tout le palais sait que la est la personne la plus bienveillante qui soit et qu'elle se montre toujours compatissante envers nous autres servantes. Elle n'aurait certainement pas laissé souffrir pour rien. »
renchérit : « C'est vrai, j'entends souvent les médecins impériaux le dire aussi. »
Le sourire de se figea. C'était elle-même qui avait prononcé ces mots. Pourquoi sonnaient-ils si faux dans la bouche de ces deux-là ?
Cherchaient-ils à lui soutirer quelque chose ?
jeta un coup d'œil à . Elle savait grimper les échelons, mais se laissait bien facilement retourner. Si on parvenait à la tenir en main, ne pourrait-elle pas servir d'informatrice à leur maîtresse auprès de Sa Majesté ?
Tout bien pesé, décida d'en référer d'abord à sa maîtresse avant de rien décider.
Elle prit la main de et la tapota affectueusement. « Son Altesse est navrée de ce que vous avez enduré, aussi vous fait-elle porter de quoi vous rétablir. J'étais pressée tout à l'heure et j'ai oublié de les prendre. J'enverrai quelqu'un vous les remettre plus tard. »
« Si vous ne vous sentez pas bien, faites venir le médecin impérial Liu de l'Institut médical impérial. Le palais Huaqing paiera les remèdes. Prenez bien soin de vous et ne laissez aucun mal s'installer. »
【Tss, tss, de belles paroles — histoire de tailler une bonne réputation à la , oui ! Quelques coups de bâton, puis une datte sucrée : il ne faudrait surtout retenir que la bonté de la ? Ha ! Comme si ce n'était pas sur son ordre qu'on avait jeté au Département des Châtiments !】
dit docilement : « Dès que j'irai mieux, j'irai sans faute au palais Huaqing remercier la . »
Voyant que la petite servante avait du bon sens, fut satisfaite ; elle ajouta encore quelques mots de sollicitude avant de repartir avec sa suite.
cracha discrètement dans son dos, puis aida à ramener à ses quartiers.
« , rentre le premier, je m'occupe d'elle. »
avait lui aussi à faire à l'apothicairerie ; il tira de l'eau chaude et s'en alla.
travaillait à l'apothicairerie de l'Institut médical impérial et logeait dans une chambre de six.
Comparée à la chambre de deux de , cette chambre de six était bien plus exiguë.