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Death March kara Hajimaru Isekai Kyousoukyoku

Chapitre 103 : Interlude 2, le passé du domaine de Mûno

Death March kara Hajimaru Isekai KyousoukyokuDeath March kara Hajimaru Isekai Kyousoukyoku
Chapitre 103

Chapitre 103 : Interlude 2, le passé du domaine de Mûno

Chapitre 103/10697%~13 min de lecture2 502 mots

Nous sommes dans un salon situé dans une aile du palais royal. D'épais rideaux masquent la lumière du dehors pour qu'il y fasse sombre même en plein jour, et des objets magiques éclairent faiblement le sol. Des tentures suspendues au plafond et des cloisons de plantes vertes, qui donnent aux ensembles de canapés des airs de tonnelles, sont disposées de manière à gêner la vue.

Il en résulte qu'on ne sait pas qui se trouve dans la pièce — du moins, c'est ce dont on convient.

De plus, les canapés sont largement espacés, et des objets magiques placés entre eux avalent les voix pour les convertir en musique, si bien que l'on n'entend pour ainsi dire pas ses voisins.

C'est ici que se rassemblent les rumeurs du royaume de Shiga.

Un lieu de collecte d'informations capital pour les nobles, où l'on échange non seulement des scandales, mais aussi les dernières nouvelles de la défense du royaume, transmises par magie de communication.

***

« En avez-vous entendu parler ? »

Un gentilhomme prend place en glissant sa question sur le ton du secret.

Officiellement, on ne sait pas qui est qui ; en réalité, tous ceux qui prennent place autour de cet ensemble de canapés savent parfaitement qui il est. Ils font seulement semblant de l'ignorer.

« Le marquis de Mûno, je suppose ? »

« Tiens donc, vous avez l'oreille rapide. »

« Nous en parlions justement tous ensemble. Il paraît que des morts-vivants ont attaqué la ville de Mûno. »

« Voilà une demi-journée que ce premier rapport est parvenu à la salle de communication d'urgence du palais, et depuis, aucune information supplémentaire : nous nous rongeons les sangs. »

« Je ne vois pas les troupes d'élite du marquis se laisser dépasser par de simples cadavres. Ils les auront repoussés depuis longtemps ; mais selon les dégâts, ce sera une belle occasion de se glisser dans les privilèges du domaine marquisal. »

« Allons, messieurs, du calme. Laissons-le nous donner ses dernières informations. »

Un vieillard de forte carrure remet en douceur sur la voie ces personnes de très haut rang qui parlent toutes à la fois.

Tous devaient être affamés de nouveauté, car le brouhaha est retombé aussitôt.

« Le domaine du marquis de Mûno semble avoir été vaincu par la légion des morts. »

À ces mots, le brouhaha des gens qui s'étaient tus renaît.

« C'est insensé. »

« Il y avait là-bas des unités de golems, et même un corps de mages. »

« Et récemment encore, on y avait acheté aux hommes-belettes une grande quantité d'esclaves hommes-tigres pour constituer un corps important. »

« Ils comptaient parmi les cinq premières forces du royaume. »

« Que s'est-il passé ? »

Leur stupeur est bien compréhensible. La maison marquisale de Mûno possède un territoire immense et quantité de mines d'or, de mines d'argent, et même les plus importantes mines du royaume pour le mithril et le minerai magique. Forte de cette puissance financière, elle déployait un luxe digne d'un roi et entretenait des forces d'une qualité et d'une quantité telles qu'elles pouvaient affronter l'armée nationale.

« Pour savoir ce qui s'est passé, il faudra attendre la suite ; mais le corps de renseignement hommes-oiseaux lancé par le duc d'Ôyugock a fait parvenir une dépêche qui disait seulement : la capitale marquisale est tombée. »

Un silence a régné un moment sur les lieux, puis le plus âgé des gentilshommes a ouvert le feu, canne à la main.

« Pardonnez-moi, il est bientôt l'heure de voir mon médecin. Je prends congé. »

« Vraiment ? Mon petit-fils vient me rendre visite, il est l'heure aussi. »

« Ma vieille douleur me reprend… »

Le vieux gentilhomme ouvrant la marche, tous se lèvent l'un après l'autre, et il ne reste plus que le jeune gentilhomme qui a apporté la dépêche et un gentilhomme d'âge mûr. Tous deux savent évidemment que les paroles des partants n'étaient que des prétextes.

« Ils ont tous le nez fin pour le profit. »

« L'armée nationale marchera sans doute contre les morts-vivants. Une expédition de grande ampleur ouvre d'innombrables manières de s'enrichir : c'est inévitable. »

« Et vous, cela vous laisse indifférent ? »

« Non, j'ai déjà donné mes ordres aux gens de ma maison. »

« On reconnaît bien là la dague de poche de Sa Majesté. »

« Monseigneur, ici on ne cherche pas l'identité des gens. »

« C'est vrai, pardonnez-moi. Vous, ou plutôt un certain haut fonctionnaire, souhaitiez la liste des nobles sans héritier direct : je me la suis procurée. Voudriez-vous la lui faire porter ? »

« Voilà qui est excellent. Le bonheur d'autrui fait le mien. Je serai avec joie votre livreur. »

Et deux mois après qu'il eut apporté cette nouvelle, l'armée royale marchait sur le domaine du marquis de Mûno, dans la plus grande formation jamais rassemblée.

***

« Ainsi, tous les parents du marquis de Mûno seraient morts de mort suspecte ? »

« Il n'y a pas que cela. Même la sœur du marquis, mariée au comte Bobino, et ses enfants, tous auraient péri dans des accidents en rivière. »

« Est-ce bien vrai ? J'avais entendu dire qu'un malheur était survenu chez le comte Muzkî ? »

L'expédition contre le domaine de Mûno s'était achevée par la victoire de l'armée royale, mais toute la famille du marquis était morte de mort suspecte : il ne restait plus personne, ni en ligne directe ni en ligne collatérale.

La chambre des nobles avait donc sondé ceux qui s'étaient mariés dans d'autres maisons afin de reprendre la succession marquisale, mais les rapports parvenaient l'un après l'autre à la capitale : tous étaient morts d'accident ou d'une maladie inexpliquée.

C'est de quelques-unes de ces affaires qu'ils s'entretenaient.

« Dans ce cas, le marquis d'Ashinen ou le comte Fudai, qui n'ont pas de terres, pourraient devenir des candidats. »

« Non, le domaine de Mûno est bien trop vaste. On le divisera peut-être en quatre ou cinq territoires. »

« Ma foi, il doit y avoir en ce moment quantité de nobles courant après l'argent pour graisser des pattes. »

« Voilà pourquoi j'ai tant de demandes de prêt depuis le début du mois. »

Et dans les six mois qui suivirent ce jour, toute la parenté du marquis de Mûno jusqu'au septième degré s'éteignit. Les gens répétaient avec conviction que c'était la malédiction du roi des morts-vivants.

***

« Pff, après le marquis d'Ashinen, voilà le comte Fudai mort de mort suspecte. »

« Passe encore pour le comte Fudai, noyé dans le bassin de son propre jardin, mais le marquis d'Ashinen, tué d'un coup de lance dans les bas quartiers, ce n'est pas une mort suspecte, si ? »

« Sauf qu'il aurait été enlevé en un instant, sans que son escorte s'en aperçoive : ne serait-ce pas la main du roi des morts-vivants ? »

« Allons, allons, il est fâcheux qu'un noble colporte des rumeurs irresponsables comme le petit peuple. »

« Bon, laissons les rumeurs de côté : il n'en reste pas moins que cinq nobles influents ayant voulu reprendre le nom et les terres de Mûno sont morts de mort suspecte à la suite. »

« Combien reste-t-il de candidats ? »

« Aucun. Tous se sont désistés. »

Cela, tout le monde semblait le savoir, y compris celui qui avait posé la question. On ne voit pas les visages, mais une atmosphère de sourire amer règne sur les lieux.

« Ils ont dépensé en pots-de-vin, pardon, en frais de représentation, de quoi ruiner leur maison, et les voilà qui se désistent par peur d'une rumeur ? »

« Non : sur les cinq morts de mort suspecte, il y en avait deux qui, dans leur jeunesse, s'étaient illustrés comme explorateurs de labyrinthe. Se désister était peut-être une décision sage. »

Certains ont ensuite excité des nobles honoraires de rang inférieur, avides et ambitieux, comptant tirer un bénéfice réel de la position de tuteur ; mais lorsque non seulement les nobles de rang inférieur exposés en première ligne, mais aussi les nobles qui les parrainaient sont morts de mort suspecte, les candidatures ont totalement disparu.

Puis, en récompense de l'extermination des morts-vivants, des mines furent accordées aux seigneurs limitrophes du domaine de Mûno, à commencer par le duc d'Ôyugock.

Des voix mécontentes s'élevèrent parmi les seigneurs et les chevaliers qui s'étaient distingués à la guerre, mais on y mit fin en obligeant les seigneurs devenus maîtres de ces mines à verser au trésor, pendant dix ans, deux dixièmes de leur production, dont la moitié du total serait redistribuée en récompenses.

La valeur du domaine de Mûno s'en trouva révisée à la baisse d'un seul coup.

Vidé de tout intérêt et ne présentant plus que des risques, le domaine de Mûno allait rester cinq années durant sans qu'aucun nouveau seigneur soit désigné.

***

« Messieurs, savez-vous qu'un seigneur a enfin été désigné pour la cité des morts ? »

« Allons, mon cher, cessez donc de l'appeler la cité des morts. »

« C'est vrai, il doit encore y vivre vingt à trente mille personnes. »

« Oh, toutes mes excuses. »

Le jeune noble reçoit du vin des mains d'une servante et s'en humecte les lèvres.

« C'est donc bien l'un des deux, le cinquième prince ou le comte honoraire Toldora ? »

« Il serait fâcheux que le malheur atteigne la famille royale : ce doit être le comte honoraire Toldora, non ? »

Le jeune noble en question se contente d'écouter les pronostics avec amusement, sans ouvrir la bouche.

Impatienté, un noble d'un certain âge le presse au nom de tous. Mais le nom que lâche le jeune noble, personne ne l'avait prévu.

« Messieurs, connaissez-vous le baronnet Donano ? »

« Voyons, ce nom ne me dit rien. »

« Non, attendez, il me semble l'avoir entendu quelque part. »

« Si je ne m'abuse, c'est une branche cadette du duc d'Ôyugock. »

« Ah, ce petit homme si aimable. Pour les sept ans de ma petite-fille, il lui a offert un livre sur les héros qu'il aurait compilé lui-même. »

« Ah, cet homme réputé pour sa passion des héros. »

« Mais autant que je m'en souvienne, il n'avait pas la trempe de risquer sa vie pour devenir seigneur ? »

En effet, celui dont ils se souviennent est un incapable à qui l'expression « lanterne en plein jour » allait comme un gant. Un homme dont on ne les croit pas capables d'imaginer qu'il ait l'ambition de s'élever par sa propre volonté.

Un homme sans double fond, parfaitement inoffensif — telle est leur conviction commune.

« Ce doit donc être une recommandation du duc d'Ôyugock. »

« Mais les nobles qui ont parrainé sont morts de mort suspecte, il me semble. Le duc d'Ôyugock, si prudent, ferait-il une chose pareille ? »

« En effet. Les mines de valeur ont été réparties entre les seigneurs voisins, et le domaine de Mûno n'est plus qu'une terre pauvre, immense mais sans population ni industrie. Il n'y a plus rien qui puisse tenter Son Excellence le duc. »

Leur perplexité est bien naturelle. Le domaine ducal est, si l'on excepte les terres directement rattachées à la Couronne, le plus vaste du royaume. Et il n'est pas seulement vaste : il produit du riz, du sel, et compte parmi les premiers du royaume pour les articles transformés comme les soieries et la verrerie. De plus, il a intégré à son territoire les mines cédées par le domaine de Mûno, ainsi que le territoire autonome des nains, repris avec ces mines. On ne voit pas ce qu'il trouverait aujourd'hui à une terre qui n'a pour elle que son étendue.

« En vérité, ce baronnet Donano administre le domaine de Mûno comme intendant depuis cinq ans. »

« Comment ? Ne disait-on pas qu'à la ville de Mûno, même un noble de rang inférieur, un simple chevalier honoraire, mourait de mort suspecte ? »

« C'est exact : les seuls nobles présents aujourd'hui à Mûno sont le baronnet et sa famille. »

« Il a eu du cran d'emmener sa famille dans un endroit pareil. »

« Il semble surtout mal informé des choses du monde. »

« Hum. C'est son incompétence, ou plutôt son insensibilité, qui l'a sauvé. »

« Son épouse était une roturière, à ce qu'on dit ; le peu de sang noble est peut-être une cause indirecte de leur bonne santé. »

C'est ainsi que, l'année suivante, le baronnet Donano reprit le nom de Mûno et fut investi seigneur de ces terres avec le titre de baron.

***

Changement de décor : le bâtiment principal de la maison baronniale, dans le château de la ville de Mûno. Dix ans se sont écoulés depuis son investiture, et grâce au soutien de la maison souche du duc d'Ôyugock, la demeure a enfin pu être achevée.

« Ainsi, le parti proposé pour mademoiselle… »

« Oui. Comme on repoussait la cérémonie de mois en mois, je m'y attendais, mais ils ont envoyé un messager officiel pour rompre. »

« C'est absolument déplorable. Si l'on rompt, encore faudrait-il que le fiancé ait la trempe de venir le dire lui-même… »

Le baron apaise Jî, son majordome et intendant, qui se met en colère à sa place. Quand on se fâche avant vous, la colère perd curieusement son objet.

« Que veux-tu, Solna n'était pas enthousiaste, et il y avait dix ans d'écart. »

« Mais si cela continue, l'âge de se marier sera passé. »

Devant cette franchise que seules autorisent de longues années de service, le baron sourit avec amertume.

« Même un homme du peuple, si Solna en tombe amoureuse, cela me conviendra. »

« Il n'en est pas question. Puisque vous avez reçu un domaine, il vous faut former des vassaux héréditaires au service de Monsieur. Et les alliances avec les seigneurs voisins sont un point capital. On ne saurait les négliger. »

Tout en acquiesçant à ces paroles habituelles de Jî, le baron se résignait à demi sur le mariage de ses filles. Entre le moment où il a été investi et aujourd'hui, plus de cent nobles ont perdu la vie en cherchant à devenir seigneur de cette terre. Et pas seulement eux : dans les pires cas, ce ne sont pas seulement les pères et les fils, mais les petits-enfants qui ont péri.

Ce n'est pas parce qu'eux-mêmes échappent au malheur qu'il est garanti qu'épouser la fille de ce domaine maudit n'attirera pas la catastrophe. Beaucoup de nobles raisonnent ainsi.

Celui qui vient de rompre était d'ailleurs resté fiancé uniquement parce que la promesse datait d'avant l'investiture. De fait, la cadette, mademoiselle Karina, sera majeure l'an prochain et n'a toujours pas de fiancé.

Pour que mademoiselle Solna rencontre un nouveau fiancé, il faudra attendre cinq ans encore, jusqu'à un an avant que la catastrophe ne s'abatte sur le domaine baronnial de Mûno.

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