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Death March kara Hajimaru Isekai Kyousoukyoku

Chapitre 102 : Interlude 1, Lulu

Death March kara Hajimaru Isekai KyousoukyokuDeath March kara Hajimaru Isekai Kyousoukyoku
Chapitre 102

Chapitre 102 : Interlude 1, Lulu

Chapitre 102/102100%~12 min de lecture2 360 mots

Depuis toute petite, j'étais l'enfant dont personne ne voulait.

Ma mère était servante au château, alors quand j'étais petite, c'est mon oncle et ma tante, en ville basse, qui s'occupaient de moi. Je n'ai pas de père. J'ai posé la question quand j'étais plus petite encore, mais on m'a habilement détournée du sujet.

« Ce que tu es laide, vraiment. Au lieu de faire cette tête, va donc chercher de l'eau. »

Ma tante n'aimait pas mon visage : elle me trouvait sans cesse des courses pour m'envoyer dehors.

Mon oncle et ma tante avaient deux garçons à peu près de mon âge et une fille. Jido, Bado et Kuku.

Jido, quand je tirais l'eau du puits, me donnait toujours un coup de pied aux fesses juste au moment où j'allais y arriver.

Bado, lui, me faisait un croche-pied pendant que je portais le seau.

D'habitude je me méfiais, mais aujourd'hui je ne l'avais pas vu et je me suis fait avoir.

Trempée d'eau et tombée sur la terre battue, j'étais couverte de boue.

« Ohé, Lulu-la-Boue ! »

« Héhé, avec du maquillage à la boue, elle a meilleure figure que d'habitude ! »

Ce n'est pas d'être couverte de boue qui m'a fait pleurer, mais le dépit de n'avoir rien à répondre. Et c'est un fait : quand j'étais couverte de boue et qu'on ne voyait pas mon visage, les gens étaient plus gentils avec moi que quand j'étais seulement trempée.

Pendant que je lavais mes vêtements et mon corps près du puits, c'est Kuku qui est arrivée. Avec ses amies désagréables habituelles.

« Tiens ? Quel gâchis, effacer un si beau maquillage. »

« C'est vrai. Tant qu'à faire, elle ferait mieux de porter un masque, non ? »

« Excellente idée ! Kuku, tu es un génie ! »

Elles ne me frappaient pas comme Jido et Bado, mais leurs mots me blessaient tout autant. Dans un moment pareil, comment Arisa aurait-elle riposté ? Et Tama, elle leur aurait sans doute fait le même maquillage avec des boulettes de boue.

Mon enfance ressemblait à peu près à ça.

***

À neuf ans, ma mère m'a emmenée au château. Et pour tenir compagnie à la princesse, encore. La fille de la quatrième reine, très maladive, paraît-il. Et d'un caractère si difficile qu'aucune demoiselle noble ne tenait plus de trois jours : c'est pour ça que le tour m'est revenu.

En principe, une roturière comme moi aurait dû recevoir un an de leçons de savoir-vivre avant d'approcher une princesse, mais comme on pensait que je craquerais en deux ou trois jours, on a apparemment sauté cette étape.

« Cette fois c'est la fille de Lili ? Enfin, je n'ai pas besoin de compagnie de mon âge ; tant qu'à faire, donnez-moi un savant ou un fonctionnaire. »

De l'autre côté de la porte me parvenaient des mots d'une hauteur digne d'une grande personne, qui juraient avec cette voix d'enfant. Là non plus, visiblement, je n'étais pas la bienvenue.

La princesse que j'ai rencontrée ce jour-là était une très belle petite fille aux cheveux et aux yeux d'un violet mystérieux. Et son regard avait le calme d'une adulte.

Poussée par ma mère, je l'ai saluée avec maladresse ; elle m'a jeté un coup d'œil, s'est approchée à petits pas et, avant que j'aie compris, m'a relevé la frange. D'habitude, je cachais mon vilain visage derrière.

Je me suis raidie en attendant les injures qu'elle allait me jeter. Mais ce n'est pas du tout ce que j'ai reçu.

« Tss, quelle tête de riajuu. Les gagnants ont tout d'avance, depuis la naissance. »

« Dame Arisa, on ne peut pas dire que cette enfant soit belle, mais elle est posée et gentille pour son âge. Ne la prenez pas en grippe, je vous en prie. »

Une tête de riajuu ? C'est un mot que je n'avais jamais entendu.

Dame Arisa a penché la tête aux paroles de ma mère et a murmuré : « Pas belle ? » C'était la gentillesse de ma mère. Elle ne pouvait tout de même pas dire de sa propre fille qu'elle était laide.

« Qu'est-ce que tu racontes, Lili ? Si avec un visage aussi joli on n'est pas belle, alors il n'y a pas une seule jolie femme dans ce pays. »

Sur le moment, j'ai pris ces mots d'Arisa pour une méchanceté détournée, mais on m'a appris plus tard qu'elle le pensait vraiment.

C'est ainsi que je suis devenue la suivante de la princesse.

***

La princesse que j'allais servir était une personne un peu étrange.

Elle faisait creuser un potager dans le jardin du palais par les serviteurs, elle entrait dans la bibliothèque royale et dans la salle des trésors pour dévorer des livres difficiles. Elle cousait elle-même des vêtements bizarres, mais elle était mauvaise en broderie et en tricot : une personne déséquilibrée en bien des points. Et la danse de salon et la déclamation poétique n'étaient pas son fort non plus.

« Tu as vu la nouvelle suivante de la princesse maudite ? »

« Oui, oui. Quel laideron. »

« Chut, le laideron va se fâcher. »

Voilà les commérages qui venaient de l'antichambre des suivantes. La princesse maudite, c'était ainsi qu'on appelait la princesse Arisa. Cette couleur mystérieuse de ses cheveux et de ses yeux passe pour funeste.

Je n'ai rien rapporté, mais le lendemain elles avaient disparu. La princesse m'a dit : « Héhé, les commérages ne résistent pas à mes oreilles absolues. » Il existe un objet magique appelé tube acoustique, qui permet d'entendre les voix lointaines.

Le jour suivant, la princesse Arisa m'a raconté un conte intitulé « Le Vilain Petit Canard ».

La princesse Arisa m'a raconté beaucoup d'histoires, mais celle-là est ma préférée.

Je ne suis pas assez naïve pour croire qu'on puisse vraiment devenir un cygne, mais rêver un peu, je crois qu'on a le droit.

***

Ensuite, les jours se sont bousculés.

Ce qui m'a le plus stupéfiée, c'est d'apprendre que j'étais la demi-sœur aînée de la princesse Arisa. Je l'ai entendu par ce fameux tube acoustique, en écoutant les autres suivantes. C'était visiblement un secret, mais la princesse Arisa, elle, le savait déjà.

« Ça nous fait douze frères et sœurs. Si on cherchait en ville basse, il y en aurait peut-être encore. Vraiment, la campagne sans distractions, quelle plaie. Ah, au fait, Lulu. »

« Oui, dame Arisa ? »

« Interdiction de dire “dame”. »

« Pardon ? »

« Je-te-dis-que quand nous sommes toutes les deux, tu m'appelles par mon nom, tout court. Nous sommes sœurs, alors le “dame” est interdit. »

La princesse Arisa a un peu détourné la tête — non, Arisa avait le profil tout rouge.

Ce jour-là, nous sommes devenues des sœurs, non, de très bonnes amies.

***

La réforme agraire d'Arisa devait enrichir le pays.

Mais je m'inquiétais. Le fils du ministre soutenait la réforme d'Arisa, mais à en croire les bavardages des suivantes, c'était un homme peu digne de confiance.

« Ce n'est pas grave. Comme homme, il ne vaut rien, mais ce genre de type se révèle étonnamment utile quand on lui laisse un intérêt. Et puis, dans ce pays, une femme n'est qu'un outil à faire des enfants. Sans une marionnette comme lui, je ne peux pas toucher à la politique. »

Mais c'est à partir de ce jour que nos rouages se sont déréglés, peu à peu.

Les montagnes se sont desséchées, des monstres ont pullulé dans les engrais, et les récoltes se sont effondrées.

Pour moi, cependant, l'épuisement d'Arisa comptait plus que les malheurs du royaume. Naguère encore on l'appelait la sage princesse qui sauverait le royaume, et voilà que, du jour au lendemain, on disait la sorcière qui perdrait le royaume, ou la princesse folle.

Et pour finir, le roi l'a assignée à résidence dans l'une des tours du château. Comme j'y étais enfermée avec elle en qualité de servante, je ne connais pas le détail, mais notre pays a été occupé par le royaume voisin.

Le roi et les siens ont été exécutés, et nous avons été réduites en esclavage.

Arisa avait le regard vide, inerte comme une poupée. Cela ne ressemblait pas à l'Arisa vaillante que je connaissais, mais c'était encore une fillette de dix ans. Rien d'étonnant.

La force est revenue dans ses yeux un an plus tard, peu après qu'on nous eut sorties du cachot pour nous installer dans un palais annexe. Une nuit de pleine lune, la capitale a sombré dans les flammes. Nous avons fui vers la montagne, main dans la main. Nous avons survécu en tremblant au cri des loups, en trompant la faim avec des fruits sauvages, en buvant l'eau de pluie retenue par les feuilles.

À bout de forces sur une route de montagne, nous avons été capturées par un marchand d'esclaves qui passait par là. Si nous n'avions pas été prises à ce moment-là, nous serions sans doute mortes de faim ou sous les crocs des loups.

***

« Hé hé hé hé… »

Ce rire inquiétant venu d'Arisa m'a glacé le dos.

Ah ! Même la vaillante Arisa avait fini par atteindre sa limite.

Laide et ratée, je n'en suis pas moins l'aînée.

J'ignore quel genre de personne deviendra notre maître, mais Arisa, je la protégerai jusqu'au bout.

Alors que je prenais cette résolution tragique…

Arisa venait tout simplement de repérer un homme à son goût et n'avait pas pu retenir son rire ! Ah, cette Arisa, vraiment !

Cet homme est devenu notre maître un peu plus tard.

La première impression qu'il m'a faite, c'est : il me ressemble.

Il n'est pas laid comme moi, mais son visage est du même genre que le mien. Des traits peu marqués, une peau pas très claire, et les mêmes cheveux noirs et les mêmes yeux noirs que moi.

Pourtant, je ne le trouve pas aussi beau qu'Arisa le prétend en s'extasiant. Qu'est-ce qui lui plaît autant ?

***

« Il est coriace. »

« De quoi parles-tu ? »

Ce qu'Arisa m'a raconté m'a stupéfiée. Cette Arisa ! Elle s'est glissée nue dans le lit de Maître pour gagner ses faveurs. C'est beaucoup trop audacieux !

Mais Maître ne l'a pas touchée. Il ne doit y avoir que deux ou trois ans d'écart entre Maître et Arisa, et ne pas céder quand une aussi jolie fille se jette sur vous, c'est étrange.

Est-ce que Maître préférerait les hommes ?

***

Aujourd'hui, j'ai beaucoup parlé d'Arisa avec Maître.

En cours de route je me suis rendu compte que je parlais trop, mais tout près d'un homme je suis si tendue que je n'arrive plus à m'arrêter.

Et pourtant, Maître n'a pas fait la moindre grimace : il m'a écoutée jusqu'au bout.

Et en plus !

Et en plus !

Même en voyant mon visage, il ne laisse paraître aucun dégoût.

C'est peut-être la première fois, après Arisa.

Je me fais peut-être des idées, mais j'ai l'impression qu'il pose sur moi un regard tendre, presque affectueux. Tant pis si je me fais des idées.

Comme Liza était la seule à savoir cuisiner, j'ai donné un coup de main. Alors il y a des choses que je sais faire, moi aussi. Je veux qu'on ait besoin de moi pour moi-même, et pas comme du supplément d'Arisa.

Héhéhé.

Maître m'a complimentée : « Le thé que prépare Lulu est délicieux. »

C'est peut-être bien la première fois qu'on me complimente.

***

« Voilà. Écoute bien le son. »

C'est impossible. Impossible, Maître !

N-ne me chuchotez pas à l'oreille comme ça.

Ah ! Je suis si heureuse que je vais saigner du nez. Pour une jeune fille, ce serait la fin de tout. Je tiens bon par pure volonté.

Mais on ne me murmure pas des mots d'amour. Hier, le steak que Maître m'a préparé était si délicieux que je l'ai supplié de m'en donner le secret.

Sauf que, quand on vous enlace par-derrière et qu'on pose sa main sur la vôtre pour tenir la poêle, on n'est plus en état d'écouter l'huile crépiter.

J'ai quand même réussi à en cuire un.

La viande que j'ai goûtée était loin, très loin de celle que Maître avait cuisinée, mais elle était bien meilleure que tout ce que j'avais cuit jusqu'à hier !

Et que je ne me fasse pas d'idées, l'assiette vidée en un clin d'œil en est la preuve.

***

Arisa a deviné.

Comment a-t-elle su que Maître m'attirait ? C'est un mystère.

Mais Maître a beaucoup de succès.

Il n'y a pas qu'Arisa, il y a aussi Pochi et les autres.

Et voilà que maintenant s'ajoute une princesse elfe !

« M-moi aussi, je vais faire mon possible pour obtenir vos faveurs. »

« Mais oui, mais oui. Tu es mignonne, Lulu. Pour les faveurs, on en reparlera quand tu auras fait cinq ans de plus. »

Mignonne !

Il vient bien de dire mignonne, n'est-ce pas ?

Ah, je peux mourir.

Qu'un jour vienne où on me le dirait aussi naturellement, je n'aurais pas eu l'audace d'y penser, même dans mes rêves les plus fous.

Les rivales se multiplient, mais on me laisse dormir contre lui, on me fait le « aaah » des amoureux : je suis comblée.

Épouse ou concubine, c'est viser beaucoup trop haut, mais si par erreur il me prenait dans ses bras, j'aimerais porter l'enfant de Maître.

Quand j'ai dit ça à Arisa…

« Ne t'en fais pas, Lulu ! Quand je serai la première épouse, je ferai absolument de toi la seconde ! »

Arisa est vraiment un roc.

Mais je ne dois pas me reposer entièrement sur elle.

Mon visage, je n'y peux rien ; alors au moins la silhouette, pour qu'elle plaise à Maître, j'y travaille tous les jours. Je continue encore la gymnastique « poitrine-plus » qu'Arisa et Mia ont abandonnée au bout de trois jours.

Et la cuisine ! Je perfectionnerai mon art jusqu'à pouvoir me tenir à côté de Maître.

Et alors, il me dira encore une fois : « Lulu, tu es mignonne. »

C'est une ambition démesurée, mais je la réaliserai, c'est certain.

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