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Death March kara Hajimaru Isekai Kyousoukyoku

Chapitre 101 : La fin du tumulte (2e partie)

Death March kara Hajimaru Isekai KyousoukyokuDeath March kara Hajimaru Isekai Kyousoukyoku
Chapitre 101

Chapitre 101 : La fin du tumulte (2e partie)

Chapitre 101/10299%~13 min de lecture2 511 mots

Je m'appelle Satou. Quand j'étais enfant, le mot « promise » débordait de toutes les histoires. On ne le voit plus, il s'est usé sans qu'on s'en aperçoive ; mais quand la chose vous tombe dessus pour de vrai, je m'aperçois que ce n'est pas si amusant que ça.

***

« C'est toi, le maître de la cheffe ? »

« Enchanté. Je suis Satou, marchand. »

Le jeune chevalier qui m'a adressé la parole porte trois balafres à la joue. C'est le capitaine du dix-septième escadron de chevaliers du duc, celui qui est arrivé avec Liza. Il ne se cache pas de son rang : il se présente comme chevalier du duc et me présente son lieutenant. Tous les deux sont roturiers. C'est sans doute pour ça qu'ils font plus mercenaires que chevaliers. Je croyais qu'un chevalier avait forcément rang de chevalier, mais visiblement, ce n'est pas toujours le cas.

Le lieutenant, à côté, a le visage caché par son heaume, mais il appartiendrait au peuple à tête de léopard, une espèce rare. Évidemment, je me garde bien d'aller y mettre le nez.

« Tiens, tu n'es pas noble, tu escortes un marchand attitré, alors ? N'empêche, engager une pointure capable de manier la lame magique, chapeau. Tu dois être l'héritier d'une sacrée maison de commerce. »

« Pas du tout, je suis colporteur, je n'ai même pas de boutique. Cette fois-ci, le hasard a fait que j'avais rendez-vous avec monsieur le baron. »

« Excuse-le, le capitaine dit toujours tout ce qui lui passe par la tête. »

La fin de la phrase du capitaine était adressée à son lieutenant, mais on l'a très bien entendue. Le lieutenant essaie de rattraper le coup, sauf que ça ne rattrape rien du tout.

Nous avons bavardé tout en gagnant le château fort, guidés par la servante de tout à l'heure.

***

« Ah ! Vous m'avez joliment embrouillée, tout à l'heure ! »

Une voix perçante a retenti au moment où nous mettions pied à terre dans l'enceinte du château fort. C'est la cadette du baron.

« La voilà, la demoiselle à poitrine. »

« C'est l'ennemie. »

Arisa et Mia lancent leurs perfidies à voix basse. Le crime de lèse-majesté existe, alors continuez à chuchoter, d'accord ?

Dans un sifflement d'air fendu, le poing de la demoiselle traverse l'endroit où se trouvait mon visage une seconde plus tôt.

Tiens donc ? On passe directement au combat ? Est-ce que je lui ai donné une raison de me sauter dessus comme ça ?

J'esquive tout en lui demandant pourquoi.

« Pourquoi… »

J'évite un direct.

« … est-ce que je me fais… »

Je dévie un crochet de la main.

« … attaquer, au juste ? »

Je pare les coups de la demoiselle, qui enchaîne comme un personnage de jeu de combat.

Les deux monts qui tressautent à chaque attaque me captent l'attention, alors je m'applique à esquiver de manière à avoir l'air en difficulté. Mais dites-moi, ça ne fait pas mal, de remuer autant ?

Du coin de l'œil, j'aperçois Liza et Pochi prêtes à bondir. Les trois autres les ont retenues avant qu'elles ne se lancent, apparemment. Nos regards se croisent, alors je leur fais signe de la main.

« Et cette assurance, c'est quoi ? »

Je passe par-dessus un balayage retardé d'un petit saut.

Zut, j'avais oublié qu'on était en plein combat.

« Insolent. »

« C'est que j'ai des dispositions pour l'esquive. »

D'ailleurs, à force de ne regarder que sa poitrine, je ne l'avais pas remarqué : elle ne porte pas une robe mais un pantalon, une sorte de tenue d'équitation. Ses cheveux sont tressés, et si on ne regardait que ça, on la prendrait pour une demoiselle passant élégamment son jour de congé au club hippique.

« Assez gigoté ! Si vous êtes le héros, battez-vous comme il se doit ! »

« Le héros, il est là-bas. À côté de dame Solna, si vous voulez savoir. »

À force de parler en esquivant, je vais finir par me mordre la langue.

Sa sœur aînée, mademoiselle Solna, vient vers nous avec le faux héros. Au lieu de porter la main à sa bouche d'un air surpris, elle ferait mieux d'arrêter cette pouliche.

« Non ! C'est vous qui avez anéanti ce démoniaque ! »

Il s'en est fallu de peu : sans la compétence « Visage impassible », ça se serait lu sur ma figure.

Même si on m'a vu abattre le démoniaque, il devait y avoir plusieurs kilomètres ; une créature magique dotée de la compétence « Perçage » n'a pas pu voir ça, quand même.

Cela dit, vu la façon dont elle réagissait avec Arisa tout à l'heure, elle sait peut-être distinguer le vrai du faux. Attention à ne pas me faire prendre au mot.

« Il me semblait qu'un simple humain ne pouvait pas venir à bout d'un démoniaque supérieur ? »

« Exactement, et c'est bien pour ça que vous êtes le héros. Si vous prétendez le contraire, niez-le donc. »

Je vérifie les titres de mon statut. Bien, le titre de héros est retiré. Et le champ des titres de l'onglet Échanges du Menu est en ordre lui aussi. À cet instant, je ne suis pas un héros.

« Je le nie. »

À ma réponse, le diadème sur le front de mademoiselle Karina se met à clignoter. Ah, mais c'est vrai : le diadème et les autres ornements d'argent qu'elle porte sont le corps même de la créature magique. Une sorte d'exosquelette, en somme.

« Raka ? »

« Vrai. »

« … Ce n'est pas possible. »

La voix sortie du diadème laisse la demoiselle sans voix.

« Aucun doute, dame Karina : il n'est pas le héros. »

« Alors où est passé le vrai héros, celui qui portait cette épée sainte dorée ! »

Je m'écarte de la cadette qui fait son caprice.

Elle a été très mal élevée. Connaissant le baron, il a dû la gâter jusqu'à l'excès.

« Karina, l'homme au masque d'argent avec l'épée dorée dont tu parles, il paraît qu'il est apparu au dernier étage du manoir avant de disparaître en ville. »

« C'est vrai, grande sœur ? »

« C'est vrai, dame Karina, je l'ai vu moi aussi. »

« Je ne vous ai rien demandé. »

Les paroles de sa sœur, elle les croit sans discuter, en revanche. Le faux héros se fait envoyer promener sans ménagement. Courage à lui.

Mademoiselle Karina n'a pas l'air décidée à poursuivre la chose jusqu'en ville.

Il a fallu que sa sœur la sermonne, mais elle a fini par s'excuser de m'avoir attaqué par erreur. Le geste était si posé et si distingué qu'on croirait avoir halluciné la furie de tout à l'heure.

Comme j'ai eu droit de tout près à de magnifiques oscillations en tous sens, et que la galerie a dû en profiter aussi, j'accepte ses excuses sans la moindre réserve.

***

Mademoiselle Solna nous conduit jusqu'à la salle d'audience du château fort. Pour une raison quelconque, mademoiselle Karina nous suit, la mine boudeuse. Le capitaine des chevaliers du duc est avec nous, bien sûr.

Qu'ils nous suivent, d'accord, mais…

« Même le chevalier Zotor n'a pas pu en bloquer la moitié, et lui esquive même une attaque surprise, c'est impossible. »

« Reste qu'il n'est certainement pas le héros. »

« Mais ces mouvements ne sont pas ceux d'un amateur. »

« C'est vrai que c'était impressionnant. J'aimerais bien recevoir une leçon, un jour. »

« Vous ne tiendriez pas un seul échange. Restez à votre place. »

« Karina ! »

« Mais enfin, grande sœur Solna… »

Non contente de ronchonner, la demoiselle a entraîné le faux héros lui-même à me réclamer des leçons. Autant faire la conversation au faux héros, ça évitera que la demoiselle se retourne contre moi.

« Je suis seulement doué pour esquiver. Au fait, votre visage, que vous est-il arrivé ? »

« Ha ! Arrête avec le héros. Le démoniaque m'a flatté, on m'a hissé sur un piédestal et j'y ai cru, mais je n'ai pas l'étoffe. Cette marque sur ma figure en est la preuve. Dans la foule qui s'est ruée sur la porte de la ville, il y avait des hommes de main payés par l'intendant, non, par le démoniaque. J'ai voulu protéger monsieur le baron et j'ai pris un coup. »

« Une blessure honorable, en somme. »

« Oui. Si je voulais devenir un héros, c'était pour protéger quelqu'un. Le démoniaque s'est servi de ce sentiment et de mon impatience, mais l'envie de protéger, elle, n'a pas changé. »

Faux héros, qu'est-ce que tu nous racontes ?

« Je veux devenir le chevalier de dame Solna. »

« Oh, mais c'est magnifique. C'est mon petit frère qui héritera du titre, alors je peux me marier hors du rang quand je veux, vous savez ? »

« Dame Solna, je vous jure que je deviendrai chevalier en titre ! »

Comme tous les deux s'échauffent sans se soucier de l'endroit, je les laisse là. C'est la servante, qui nous suivait un pas en arrière, qui prend le relais pour nous guider.

***

Dans la salle d'audience se trouvaient le baron, la famille de Hayuna, et une femme d'une trentaine d'années allongée sur un lit de camp. La trentenaire, c'est Nina Rottel, vicomtesse honoraire. Elle a les joues creuses, mais dans ses yeux brille une volonté farouche. À en croire ce qu'on m'a dit, elle est restée plus d'un an au cachot : il faut avoir la trempe solide.

J'ignore pourquoi le démoniaque ne l'a pas tuée, mais il devait avoir une raison peu recommandable.

« Excusez-moi de vous recevoir dans cet état. Je suis Nina, la nouvelle intendante. »

Une voix rauque et vigoureuse.

Le capitaine des chevaliers du duc et moi lui rendons son salut.

« Il paraît que c'est vous qui avez percé à jour la vraie nature du démoniaque. »

« Oui, des confrères marchands m'avaient donné diverses informations, alors je me suis permis de vérifier avec un cristal de perçage. »

Aujourd'hui encore, la compétence « Imposture » fait des merveilles.

Raka, qui aurait pu me démasquer, est pris dans les embrassades des retrouvailles entre mademoiselle Karina et le baron : il n'est pas en état de s'intéresser à nous.

« Et en plus, vous avez anéanti ce démoniaque et nettoyé la ville de ses monstres, à ce qu'on dit. »

« Cela, ce sont mes compagnes qui l'ont fait. Et d'après mademoiselle Karina, le corps véritable du démoniaque aurait été abattu par un mystérieux masque d'argent. »

« Vos compagnes ? Ah, les mérites de vos esclaves sont vos mérites. »

C'est quoi, ce raisonnement ?

Et voilà que le capitaine se met lui aussi à faire l'éloge de Liza et des autres.

« Dame Nina, ses compagnes ont d'autres mérites encore. Elles ont protégé sans une égratignure les habitants qui avaient fui hors de la ville, face à une horde de monstres. Nous leur avons prêté main-forte, mais sans elles pour ouvrir la voie, il y aurait eu des morts avant notre arrivée. »

C'est la première fois que j'entends cette histoire, alors je tends l'oreille moi aussi.

Toutes les trois ont fait des merveilles.

Le baron, qui écoutait avec nous depuis un moment, s'exclamait de surprise avec de grands gestes. Le capitaine a un vrai talent de conteur ; il ferait un meilleur barde que soldat.

Quand le capitaine a eu fini son récit des exploits de Liza et des autres, Nina glisse quelques mots à l'oreille du baron. Celui-ci hoche vigoureusement la tête. C'est plutôt elle qui a l'air d'être aux commandes.

« Messire Satou, mage, avez-vous quelqu'un à qui vous êtes attaché ? »

« Non, personne. »

J'ai répondu franchement sans réfléchir, mais cette tournure ne me dit rien qui vaille.

« Alors, n'aimeriez-vous pas servir cette baronnie ? Au début, je ne peux vous offrir que le rang de chevalier honoraire, mais le seigneur Muno n'a aucun vassal héréditaire. Il n'est baron qu'aujourd'hui : c'est un seigneur en titre, et il est acquis qu'il sera élevé au rang de comte d'ici à la génération de ses petits-enfants. Selon vos services, votre élévation n'aura pas de limites. »

« Je suis désolé, mais… »

Bien entendu, j'ai décliné l'offre de Nina. Mon but, c'est le tourisme, pas de devenir noble et de faire carrière. Ensuite, j'ai passé une bonne demi-heure à esquiver ses assauts de recrutement.

Pendant que j'esquivais, on est venu annoncer que l'armée du baron avait été anéantie et que les géants avaient nettoyé les démoniaques hors de la ville.

« Il semble bien que vous ayez sauvé la baronnie au bord de l'abîme. Tant qu'à faire, le mieux serait peut-être d'épouser une des filles de monsieur le baron et d'entrer dans la famille. »

« Vous me surestimez. »

C'est là que la cadette a lâché sa bombe.

« Dans ce cas, il n'a qu'à devenir mon promis. Comme ça, ses mérites deviendraient ceux de la maison du baron, non ? »

Cette fille ! Elle dit ça uniquement pour m'embêter, c'est certain.

« Alors ? Une fiancée superbe ou le rang de chevalier honoraire ? Les deux, si vous voulez. »

« Hum, à messire Satou, je pourrais bien confier Karina. »

Voilà le baron qui hoche la tête en croisant les bras. J'ai l'impression qu'il se dit que si je devenais le promis de mademoiselle Karina, Pochi et Tama viendraient avec.

Physiquement, elle est tout à fait mon genre, mais à en juger par tout ce qu'elle a fait et dit, ça ne se terminerait pas bien.

« N-non, il n'en est pas question, un promis ! »

« Non. »

En entendant la sortie de mademoiselle Karina, Arisa et Mia, qui jusque-là observaient la scène avec un sourire en coin, ont fait irruption.

Liza, elle, se tient depuis un moment derrière moi et diffuse une pression sur toute la pièce.

Pochi et Tama, sans qu'on sache quand, se faisaient nourrir de gâteaux secs par les servantes dans un coin de la salle.

Au bout du compte, j'ai cédé devant leur insistance et je vais devenir chevalier honoraire pour la forme. Aucune obligation d'aucune sorte, mais aucun droit non plus : ni solde ni pension.

Arisa, apparemment favorable à ce que je devienne noble même au dernier échelon, ne m'a fourni aucun tir de soutien. Sa position, c'était que du moment que je ne devenais pas le promis de mademoiselle Karina, il n'y avait pas de problème.

En échange de l'annonce publique attribuant les mérites de Liza et des autres à des vassaux du baron, nous avons obtenu que Totona et les siens, à la colonie, passent de serfs en fuite à roturiers, et l'autorisation de développer la colonie comme leur village. C'est Arisa qui a négocié, évidemment.

Finalement, on nous a fait participer à toutes sortes de règlements d'affaires, et nous n'avons pu quitter la baronnie que deux semaines plus tard.

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