Maintenant qu'Elmer avait reçu l'autorisation de lâcher toutes les questions qu'il gardait en lui depuis si longtemps, il lui fut difficile d'en formuler ne serait-ce qu'une seule.
Réticent à poser son corps mouillé sur l'un des sièges de Mademoiselle Edna, il avança en traînant les pieds vers l'endroit où elle semblait reprendre son souffle et resta debout devant elle.
Son esprit tourbillonna pendant un peu plus d'une seconde tandis qu'il contemplait son visage adouci par la fermeture de ses yeux, puis il choisit la question qu'il voulait lui poser en premier.
Ce n'était pas celle qui hantait son esprit depuis tout ce temps, mais après avoir appris la capacité de Mademoiselle Edna, il estima qu'elle primait sur toutes les autres. Une question sur quelque chose qu'on l'avait mis en garde de ne pas chercher à connaître.
« Eddie m'a dit qu'essayer d'en savoir plus sur la façon de gravir les Échelons ferait étiqueter quelqu'un comme un corrompu. Vous importunerait-il de m'expliquer pourquoi ? » Mademoiselle Edna ouvrit lentement les yeux et les porta sur lui, son expression toujours douce et neutre. Il s'attendait à une quelconque réaction, mais n'en ayant obtenu aucune, il continua : « Il a aussi dit que Chronos lui-même décide si un Ascendant monte en rang. Ses paroles étaient pour le moins cryptiques. Je ne m'en formaliserais pas si vous m'expliquiez mieux comment fonctionne l'ascension des Échelons. »
Elle soupira et se redressa.
« Pourquoi ne pas vous asseoir ? »
« Je suis mouillé », répondit Elmer.
« Moi aussi. » Mademoiselle Edna rassembla ses cheveux dans ses deux mains avant de les rejeter derrière ses oreilles et sur ses épaules. « Vous devriez vous asseoir, l'explication que vous réclamez sera quelque peu éprouvante à écouter debout. Et j'ai le pressentiment que vos questions subsidiaires surviendront à un moment ou un autre. »
Elmer se tut un instant avant de laisser échapper un long souffle bas. Si telle était la situation, il n'avait pas le choix.
Il prit le siège le plus proche de Mademoiselle Edna, se pencha en avant en fronçant les sourcils et entrelaça ses doigts, concentrant toute son attention sur ce qu'elle allait laisser échapper de ses lèvres.
« D'abord, il a raison », entama Mademoiselle Edna sur un ton d'avertissement. « Essayer de découvrir, ou finir par découvrir des informations sur le fonctionnement exact de l'ascension des Échelons vous fera étiqueter comme un corrompu par l'Église. » Elmer ne laissa aucune réaction paraître sur son visage, ces mots ne lui étant pas étrangers. « Mais cela ne signifie pas que nous ne savons rien. Voyez-vous, quand Eddie vous a dit que seul Chronos décide qui s'élève, il ne l'entendait pas littéralement. »
Elmer cligna des yeux, hagard — cette déclaration justifiait à elle seule que son visage change. « Que voulez-vous dire ? »
« La meilleure question est : qu'est-ce qu'Eddie voulait dire ? Eh bien, il sera plus simple de l'expliquer et je suis sûre que vous comprendrez alors. » Mademoiselle Edna baissa l'épaule gauche, reportant le poids de son corps sur l'accoudoir du canapé. « Nous, les Ascendants, avons été initiés aux bases de l'ascension d'un Échelon. La règle qui veut qu'on soit étiqueté corrompu pour une telle connaissance ne s'applique que lorsqu'on cherche d'autres moyens plus rapides et plus faciles de s'élever, ou qu'on tente d'approfondir et de bidouiller la méthode qu'on nous a révélée pour l'adapter à nos désirs.
« Lorsqu'un rang dans un Échelon se libère, que ce soit par la mort de l'Ascendant, sa dégradation ou sa chute dans la folie, l'Église publie ce qu'on appelle une "mission". En termes simples, c'est un travail confié par Seigneur Chronos lui-même, qui en temps normal aurait été aisé pour n'importe quel Ascendant ayant auparavant occupé ce rang libéré. Accomplir cette mission revient à une épreuve ouverte à tous : elle est accessible à chaque Ascendant en dessous de ce rang, mais seule la première personne à la mener à bien accédera à ce rang. »
Elmer baissa le regard un instant. « Donc même un mal-né peut devenir un Ascendant d'Échelon 6 d'un seul coup en réussissant une mission ? »
« Oui », acquiesça Mademoiselle Edna. « Un mal-né capable de remplir une mission requise pour ce rang possède évidemment la force ou l'esprit nécessaires pour qu'un Ascendant soit de ce rang. Mais... Réussir une mission n'est pas tout ce qu'il y a à l'ascension de cette manière. »
Elmer sentit sa gorge s'assécher à ces mots. Il avait une légère intuition de ce dont elle parlait.
« Oui. » Mademoiselle Edna remarqua son expression quelque peu nerveuse. « Comme nous le savons tous deux, tout ce qui touche au surnaturel a sa part de folie en réserve pour qui s'y aventure. Un Ascendant accomplissant une mission ne prouve que sa force, cela ne démontre en rien qu'il a la force de volonté pour résister aux effets de la folie qui accompagne ce rang. C'est pourquoi il est conseillé que seuls ceux qui sont au maximum à deux rangs du rang libre s'y essaient, car il y a peu ou pas de chances que quiconque de rang inférieur survive au processus d'ascension. »
Elmer laissa ses pouces rouler l'un sur l'autre. « Je vois. Quand Eddie a dit que Chronos était celui qui décide quel Ascendant monte en rang, il l'entendait dans le sens où survivre à la mission ou au processus d'ascension était déterminé par la volonté de Chronos ? »
Mademoiselle Edna resta silencieuse mais hocha la tête en réponse, et comme elle l'avait prévu, les questions subsidiaires d'Elmer suivirent.
« Vous et Eddie », commença-t-il, « est-ce ainsi que vous êtes tous deux entrés dans l'Échelon Inférieur, par des missions ? »
Mademoiselle Edna s'affala en arrière sur le canapé. « Oui », répondit-elle, d'une voix basse.
Donc les anciens Ascendants du rang que vous et Eddie occupez actuellement sont soit morts, soit dégradés... Il est aussi possible qu'Eddie était l'Échelon 10 avant de monter à l'Échelon 9... Et si ce n'était pas ça, a-t-il fait le saut de mal-né à l'Échelon 9... ? Ce serait un exploit...
Elmer était curieux de savoir lequel des deux s'était produit, mais il sentit que s'il posait la question, il manquerait l'occasion de demander la question subsidiaire à laquelle il tenait vraiment. Il repoussa donc la moins inquiétante.
« Quelles missions avez-vous accomplies, vous et Eddie, si cela ne vous dérange pas ? J'essaie d'avoir une idée vague de ce à quoi ça ressemble. »
C'était vrai. Toutefois, si ce n'avait été la seule raison, il aurait formulé la question différemment et n'aurait pas précisé qu'il voulait connaître les missions particulières de Mademoiselle Edna et d'Eddie. Mais hélas, c'était la vraie raison de sa question.
Il voulait savoir exactement ce qu'ils avaient fait.
« Mission, hein ? »
Ce fut à peine une seconde, mais Elmer fut certain de ne pas s'être trompé sur la cause du froncement soudain de ses sourcils.
Le visage de Mademoiselle Edna s'était assombri. Son expression toujours neutre et accueillante était devenue glaciale. Et même si son visage était revenu à l'ordinaire, Elmer ne parvint pas à chasser l'impression d'avoir touché un nerf.
Qu'avait-elle donc fait ?
Mademoiselle Edna exhalait. « Ma mission a été d'affronter un esprit maléfique hantant une maison. »
Quoi... ? Elmer ne put cacher sa stupeur. Ça ressemble exactement à l'exorcisme de la malédiction de Lev... Oui, c'est possible que l'esprit maléfique fût de niveau supérieur, en fait c'était évident... Mais puisque tout le monde peut accepter le travail en même temps, n'est-ce pas quelque chose qui attirerait d'innombrables Ascendants sur place pour combattre l'esprit... ? Ce ne serait pas chaotique... ? Sûrement, il n'aurait pas été difficile de trouver un esprit maléfique...
Elmer n'avait rien dit, mais comme d'habitude, il semblait que Mademoiselle Edna pût lire ses pensées. Sa réponse fut ce qui le lui fit croire.
« Je sais », avait-elle dit. « Il est normal qu'une mission comme celle-là paraisse simple, mais les esprits maléfiques sont les choses les plus difficiles à trouver, et on ne nous avait pas donné la localisation de cet esprit. De plus, je n'avais pas encore ma capacité spéciale car j'étais encore une mal-née, alors je n'ai fait que compter sur mon esprit pour découvrir sa localisation. C'était assez redoutable, mais je l'ai trouvée et exorcisé l'esprit en moins d'une journée, me mettant en tête des autres. »
D'une manière ou d'une autre, Elmer ne parvint pas à être surpris. Il avait fait la même chose avec la malédiction de Lev, il n'attendait rien de moins de Mademoiselle Edna.
« Et Eddie ? » demanda Elmer.
« Je ne sais pas quelle mission Eddie a entreprise puisque je n'étais pas intéressée par le passage à l'Échelon 9, mais pour son calibre à l'époque, ce devait être quelque chose de plus difficile pour lui. »
Elmer comprit immédiatement. « Eddie est passé de mal-né à l'Échelon 9 ? »
Mademoiselle Edna hocha la tête. « Il était mon cadet au collège de l'Église, et très ambitieux. Si un créneau plus haut que le 9 s'était libéré, il aurait pris la mission pour celui-là plutôt. »
Elmer, d'une certaine façon, ne fut pas surpris non plus. Depuis le premier instant où il avait posé les yeux sur cet homme, il avait su qu'il était de cette trempe. Ambitieux et prêt à prendre des risques. Maintenant qu'il y pensait clairement, il en ferait de même si on lui en donnait l'occasion. Il l'avait nié le jour de leur rencontre, mais lui et Eddie se ressemblaient vraiment.
« Ces mèches blanches qu'il a dans les cheveux », Mademoiselle Edna rappela Elmer à elle par ces mots, « elles sont venues en conséquence de cela. » Elmer bailla un sourcil vers le bas en décroisant ses paumes. « Il a accompli sa mission, mais il a failli se perdre pendant le processus d'ascension. C'est un homme chanceux, c'est tout ce que je peux dire. Rare sont ceux qui ne ressortent qu'avec des mèches blanches sur la tête comme une médaille de victoire sur la folie du surnaturel. »
Elmer baissa les yeux.
Eddie est un sacre bonhomme... Comment vais-je convaincre tous les deux de me laisser seul avec l'homme au visage d'asticots à ce stade... ?
Il ferma les yeux et secoua la tête. Peu importait la difficulté, il n'avait pas le choix, il devait trouver un moyen de duper Mademoiselle Edna et Eddie pour qu'ils le laissent tranquille.
« Est-ce toutes les questions que vous avez pour moi ? »
Elmer releva les yeux du sol couvert de tapis pour voir Mademoiselle Edna fixer le plafond d'un air vide, comme perdue.
Il répondit : « Non. J'en ai une autre. »
« Bien », dit Mademoiselle Edna, « allez-y. »
« Vos charmes », Elmer n'hésita pas. « Comment sont-ils faits ? »
Il avait un artefact, c'était bien beau, mais il n'était pas question qu'il se fasse prendre à rater une chance d'obtenir le pouvoir de geler les choses.
C'était une capacité fascinante.
Qui sait, peut-être qu'avec le charme il pourrait geler l'océan et marcher dessus. Imaginez ça ! Toute capacité qu'il pourrait mettre la main dessus devrait être dans son arsenal, chacune d'entre elles.
« Mes charmes ? » Mademoiselle Edna se redressa sur le canapé. « Vous voulez apprendre à en fabriquer un ? »
« Oui », lui dit Elmer, et elle soupira.
« Je suis désolée, Monsieur Elmer, mais je ne pourrai pas vous aider sur celui-là. »
Elmer recula d'un coup, ses épaules se raidissant soudain. « Attendez, pourquoi ? »
« La fabrication de charmes est un cursus de quatre ans au collège de l'Église, c'est ce que j'ai étudié. Je doute de pouvoir vous enseigner tout ce que j'ai appris en ce laps de temps, là, maintenant. »
Elmer ne put rien dire. Il le voyait maintenant, fréquenter le collège de l'Église avait ses avantages.
« Mais », continua Mademoiselle Edna, « je pourrais vous en expliquer les bases, il y a quelques choses que vous pouvez tirer de les entendre. »
Elmer ferma les yeux, ses traits s'affaissèrent un instant tandis que sa posture s'affaissait.
« D'accord », fit-il d'un ton bas, dépourvu de la moindre once d'enthousiasme. Il avait vraiment voulu la capacité de geler les choses.
« Les charmes sont faits en infusant de l'essence de spiritualité dans des réceptacles. » Elmer écouta attentivement, toujours abattu de ne pas pouvoir geler les choses. « Ces réceptacles sont taillés dans du bois de cèdre, mais uniquement ceux de Burkney, la cité de la Déesse de la Terre. »
« Pourquoi cela ? » demanda Elmer sur-le-champ.
On trouvait des cèdres à Ur également, alors il se demandait pourquoi l'Église en restreignait l'obtention. Bien qu'il sût que c'était encore une de ces « raisons surnaturelles ».
« Parce que le sol de Burkney est le plus riche en spiritualité de tout l'empire. » Et avec cela l'intuition d'Elmer se trouva confirmée. « Le réceptacle doit être assez fort pour contenir l'essence qu'on y met, sinon il se flétrirait instantanément. Peu importe les matériaux dont ils sont faits, roche, métal, même diamant, ils se flétriraient. Seuls les bois des cèdres de Burkney sont assez résistants. »
Elmer comprit parfaitement, mais une chose le tracassait encore.
« Alors comment vous procurez-vous ces bois pour vos charmes ? Je vois bien que l'Église pouvait importer ce genre de choses de Burkney pour les travaux pratiques quand vous étiez au collège, mais comment les obtenez-vous maintenant que vous n'y êtes plus ? »
Il avait le pressentiment que ce genre de choses se trouvait au Marché Noir, mais il ne pouvait pas se figurer Mademoiselle Edna s'aventurant dans un tel endroit. Donc soit elle le faisait vraiment, soit il y avait un autre moyen qu'elle connaissait pour se procurer ces objets auprès de l'Église. Il voulait savoir lequel.
« Juste à l'extérieur de l'enceinte de l'Église, il y a un grand centre commercial où ce genre de choses se vend. Si vous étiez allé à l'Église dimanche dernier, vous ne l'auriez pas manqué. »
Les lèvres d'Elmer tressaillirent aux derniers mots de Mademoiselle Edna.
Attendez qu'elle découvre qu'il n'avait toujours pas prévu d'assister au culte. Eh bien, maintenant il avait deux raisons de s'y rendre.
Première, pour surveiller les lieux, et deuxième, pour vérifier si ce qu'il pensait de l'achat d'artefacts dans ce centre était vrai. Il avait le pressentiment que c'était le cas. Mais il ne pouvait pas demander à Mademoiselle Edna à ce sujet, car cela trahirait son ignorance sur ces choses et soulèverait la question de comment il avait obtenu le sien. Évoquer le Marché Noir à ce moment-là serait fatal si le centre de l'Église vendait réellement des artefacts.
Tout à coup, Elmer fut arraché à ses pensées par un air hébété qui envahit son visage lorsqu'il vit ce que fit Mademoiselle Edna.
Elle claqua des doigts, et une flamme jaillit au-dessus de son pouce comme une bougie.
« Les charmes servent juste à rendre des choses comme celle-ci plus fortes et plus durables », dit Mademoiselle Edna à Elmer en ignorant totalement à quel point il était stupéfait, fixant la flamme vacillante au bout de son pouce. « Je suis sûre que vous les avez vus. » Elle se tourna vers lui. « Ces couleurs. »
Elmer baissa les sourcils et réfléchit un moment avant de haleter en prenant conscience.
« Celles que je vois chaque fois que je récite les prières pour voir les entités spirituelles ? »
« Oui », dit Mademoiselle Edna en éteignant la flamme. « Ces couleurs sont ce qui compose l'essence de la vie et de la mort. Chaque trait signifie quelque chose. Prenez le rouge par exemple, il signifie la chaleur. Pour créer le feu que je viens d'éteindre, j'ai simplement plongé mes doigts dans la couleur rouge et claqué des doigts. Je suis sûre que vous comprenez pourquoi j'ai fait cela. »
Elmer hocha la tête. Il comprenait. C'était comme créer une étincelle en frottant deux silex l'un contre l'autre.
« Les charmes sont créés en forçant l'une de ces couleurs dans un réceptacle, une seule pour chacun, tout en créant une prière unique pour son usage. Mais en faisant cela, il faut veiller à ne pas en mettre trop ou le réceptacle s'effondrera. Oh, et une dernière chose au cas où vous décideriez d'utiliser un charme. Ne récitez jamais une prière différente de celle qui a servi à imprégner le charme de l'essence qui lui a été conférée. Le résultat d'une telle erreur est la cécité ou la folie instantanée. Rien ne l'empêchera. »
Elmer pinça les lèvres avec une inspiration vive avant de hocher la tête.
Bien sûr, il s'attendait déjà à quelque chose comme ça de la part de Mademoiselle Edna. Après tout, tout avait ses avantages et ses inconvénients.
Toutefois, il aurait voulu savoir fabriquer les réceptacles, il se serait lancé pour faire des charmes pour lui-même.
Eh bien, c'était l'un des inconvénients de passer par la voie illégale, il n'avait d'autre choix que de subir.
Entendant un soupir très audible, Elmer porta ses yeux vagabonds vers Mademoiselle Edna qui s'affaissait dans le canapé, son corps visiblement en quête d'un moment de repos.
Elmer avait déjà posé les questions principales auxquelles il voulait des réponses, et même s'il y avait évidemment encore bien des choses sous le tapis de son esprit, il décida d'accorder à la femme une pause.
C'était même le moment idéal pour commencer à élaborer un plan pour se séparer d'elle et d'Eddie — en tenant compte du silence du salon à présent. Mais c'était alors que les tapotements distincts et réguliers représentant les jointures d'une personne frappant à la porte d'entrée de Mademoiselle Edna résonnèrent dans la pièce.
Quelqu'un frappait, très probablement Eddie.
« Il est là, on dirait », dit Mademoiselle Edna en se redressant. « Je veux parler à ma fille avant qu'on parte. Pourriez-vous le faire entrer pendant ce temps ? » Elmer hocha la tête. « Merci. » Mademoiselle Edna se leva et s'esquiva derrière la cloison rideau par où Kate était passée un moment plus tôt.
Elmer se leva à son tour et alla à la porte, l'ouvrant pour laisser le crépitement des gouttes de pluie, qui avait été étouffé par l'espace confiné où il se trouvait, se transformer en une rudesse intense suivie d'un vent fort, froid et agaçant, qui s'engouffra sur sa peau.
Devant lui, sur le porche, se tenait un homme vêtu d'un gilet et d'un manteau noir avec des mèches blanches tachant ses cheveux noirs mi-longs. Il tenait un parapluie pointe en bas dans sa main droite, et s'y appuyait comme sur une canne.
« Mmmh... » Eddie frotta son menton qui portait de fines barbiches. « Tu réponds à la porte d'Edna maintenant, Elmer ? » Il avait son ton badin, rien d'étonnant.
« Bonsoir. Mademoiselle Edna m'a dit de vous laisser entrer pendant qu'on l'attend. Elle est avec Kate », lui dit Elmer, et Eddie sourit soudain.
Pourquoi ?
« C'est parfait. J'espérais avoir une conversation avec toi. » Le sourire d'Eddie disparut, causant à Elmer une sorte de malaise quant à ce que leur discussion à venir impliquerait. « Sors un peu, veux-tu ? »