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Crest of Souls

Chapitre 15

Crest of SoulsCrest of Souls
Chapitre 17

Chapitre 15

Chapitre 17/4043%~10 min de lecture1 904 mots

Rien n'avait changé dans le Quartier des Marchands — du moins rien en bien, mais ce n'était pas comme s'il s'y était attendu.

Les nuages étaient toujours épais de fumée et les rues encombrées d'un fatras d'ouvriers surmenés. Et maintenant qu'il ne les regardait plus depuis la fenêtre d'une voiture à vapeur, ils paraissaient pires encore.

« Pourquoi tu t'arrêtes ? » La voix de Patsy vint soudain tirer Elmer de sa rêverie, l'incitant à se détourner de la longue file d'ouvriers qu'il regardait pour revenir vers elle, arrêtée à l'attendre devant une ruelle. « Alors ? » glissa-t-elle comme il ne lui répondait pas.

Elmer baissa alors le regard en rajustant la monture de ses lunettes, et s'éclaircit la gorge. « Rien. » Il ramena les yeux vers elle et entrevit le décor crasseux de la ruelle dans laquelle elle s'apprêtait à le guider. « Il est où exactement, ce prêteur sur gages ? »

Patsy remua la tête. « Encore des questions ? » Ses mains gagnèrent ses hanches tandis que ses lèvres se retroussaient théâtralement d'un côté. « Tu es obligé de faire ça à chaque fois ? »

Elmer ne dit rien mais haussa un sourcil dans l'attente de sa réponse.

Patsy se frotta le visage d'une main puis se tourna de côté en pointant le doigt dans la ruelle. « Le prêteur sur gages est de l'autre côté. On peut y aller, maintenant ? »

Les sourcils d'Elmer se froncèrent tandis qu'il étudiait les profondeurs du passage que Patsy désignait encore, son regard parcourant la mer de mendiants, jeunes et vieux, qui l'emplissait. Puis il émit un soupir grave en tapotant sa sacoche de taille.

Mais alors qu'il allait enfin faire un pas en avant, un garçon passa soudain à côté de lui en courant, éclaboussant son précieux pantalon de l'eau d'un petit nid-de-poule.

« Ça alors ! » Elmer aspira l'air entre ses dents et se retourna vivement vers le garçon, qui avait cessé de courir.

Le garçon avait des cheveux blond sale et des yeux brun foncé, sauf que ses traits n'étaient pas ce sur quoi Elmer concentrait le plus son attention. Il attendait des excuses mais, quand il remarqua que le petit garçon n'avait aucune expression de remords, Elmer retroussa le nez de dégoût.

« Regarde où tu vas, la prochaine fois », marmonna-t-il.

Elmer allait essuyer son pantalon quand il remarqua que les yeux du garçon allaient et venaient frénétiquement entre le sol devant lui et l'autre bout du trottoir.

Intrigué, Elmer porta d'abord les yeux vers le bout du trottoir et vit un policier approcher en hâte en agitant sa matraque de métal, puis il baissa le regard vers le sol devant lui et vit une casquette brune délicatement posée sur ses bottes. Ses sourcils se nouèrent et se dénouèrent en un éclair.

Il se souvenait, maintenant. C'était le même garçon que quelques jours plus tôt. Quel était son problème avec cette casquette ?

Elmer se pencha vivement et ramassa la casquette, puis la lança au garçon éberlué, en lui faisant un geste confus pour qu'il coure.

Le garçon obtempéra en silence et prit ses jambes à son cou, mais le policier était déjà tout près.

« Arrêtez ce petit rat ! C'est un voleur ! » cria le policier en arrivant à l'endroit où se tenait Elmer, mais Elmer savait qu'il valait mieux ne pas laisser sa bonne action se perdre. Il sauta dans le nid-de-poule et éclaboussa le policier de son eau, mettant un terme brutal à sa poursuite.

« Oh, mon Dieu ! » s'exclama Elmer en se courbant pour tapoter vivement le pantalon du policier. « Pardonnez-moi, cher monsieur. Je n'avais pas vu le nid-de-poule. Je ne l'ai pas fait exprès. Vraiment pas— »

« Poussez-vous », le coupa le policier d'une voix tendue.

« Me pousser ? » Elmer leva le regard vers le visage barbu et les yeux perçants du policier efflanqué. « Mais votre pantalon, monsieur, il est encore dans un état. C'est ma faute, je vais vous le nettoyer. Un policier ne devrait pas exercer ses fonctions avec un pantalon souillé. » Elmer rabaissa les yeux et reprit ses tapotements.

« Fichez le camp ! Le voleur s'échappe ! »

« Un voleur ? » Elmer se redressa, tout en conservant une légère courbure pour manifester son faux remords à l'égard du pantalon du policier. « Quel voleur ? » demanda-t-il, le visage empli de confusion.

Le policier regarda autour de lui un moment, puis crispa le menton en tournant vers Elmer un regard appuyé. « Vous l'avez laissé s'échapper. »

Elmer se tortilla en reculant d'un pas. « Je ne vois pas de quoi vous parlez, cher monsieur. » Son visage se durcit tandis que son nez tressaillait deux fois et que son jeu d'acteur vacillait.

Il allait reculer d'un autre pas quand le policier lui attrapa vivement le poignet, le serrant fort. Elmer en trembla.

« Vous l'avez laissé s'échapper, n'est-ce pas ? »

Le visage d'Elmer se contracta. « Je ne vois absolument pas ce que vous voulez dire, cher monsieur. »

Le nez du policier se retroussa. « Vous me prenez pour un imbécile ?! Vous êtes voleur, vous aussi ? Vous savez quoi, ne vous fatiguez pas. Je vais vous faire prendre sa place. »

'Attendez ! Quoi… ?!'

Elmer agita sa main libre avec ferveur. « Il faut me croire, cher monsieur, je n'ai vu aucun voleur. Vraiment. »

Le policier ne tint cependant aucun compte des paroles d'Elmer ; il leva plutôt la matraque qu'il tenait. Mais alors qu'il allait l'abattre sur Elmer, une demoiselle rousse s'interposa soudain entre eux et écarta les bras, arrêtant net la main de l'homme efflanqué et la clouant sur place.

« Qui êtes-vous ? » Le visage du policier se pétrit d'un côté d'une façon disgracieuse en la voyant, tandis qu'Elmer se détendait quelque peu et que sa respiration agitée s'apaisait. Jamais il n'avait été aussi content de voir Patsy.

« Je suis désolée, monsieur, mais il n'y avait vraiment aucun voleur ici », dit-elle à l'homme, mais Elmer avait dit la même chose, et cela avait presque valu à sa tête un coup de matraque.

« Poussez-vous », lança l'homme, « ou vous accompagnez le gamin. »

Patsy tint bon sans que ses bras tendus ne fléchissent. Elmer avait à présent l'air d'un enfant protégé par sa mère. Pathétique, mais c'était mieux que de se faire frapper à coups de matraque. Imaginer la douleur de cette chose en métal s'abattant sur son crâne le fit légèrement frissonner.

« Regardez autour de vous, monsieur. » Patsy fit un geste de la tête sur le côté. « Les gens regardent. »

L'homme regarda autour de lui, et Elmer aussi. Les gens regardaient, mais ils n'étaient qu'une poignée. La plupart s'en moquaient et poursuivaient simplement leurs tâches — malgré tout, des yeux étaient posés sur lui.

Mais il semblait que cela dérangeait peu le policier.

« Et ? » ricana le policier. « Je devrais avoir peur ? Tenez, en fait, j'en ai assez. Vous allez l'accompagner. »

Les lèvres d'Elmer tressaillirent et il se demanda si Patsy avait un autre plan, parce que celui-ci venait d'être classé comme un échec.

« Vous », marmonna Patsy après un bref silence, redonnant à Elmer un espoir tout neuf en sa sauveuse. « Je vais déposer un rapport contre vous. Qu'est-ce qu'un policier fait ici, d'abord ? Vous n'avez pas mieux à faire ? »

'Quoi… ? Pourquoi elle le provoque… ?' Les espoirs d'Elmer s'effondrèrent. 'Et on est des gueux, espèce de cruche. À quoi ça sert de déposer un rapport si personne ne nous écoute… ?!'

Le policier rit un peu plus d'une seconde puis s'arrêta net. « Vous ? » Il la toisa et fit de même pour Elmer. « Déposer un rapport contre moi ? Allez-y, dans ce cas. J'ai été affecté ici pour empêcher les petits voleurs de votre engeance de circuler librement. Et c'est exactement ce que je vais faire. »

« Pff… » ricana Patsy. « Vous deviez être bien mauvais dans votre travail pour avoir été affecté ici à attraper de petits voleurs de notre engeance. »

Les yeux d'Elmer s'écarquillèrent et son souffle se bloqua tandis qu'il entrevoyait le policier resserrer sa prise autour du manche de sa matraque, dents découvertes.

'Pourquoi… ? Pourquoi elle a dit ça… ?'

Mais alors que le policier enragé allait l'abattre sur Patsy, elle lança soudain : « Jack Hudson ! » Et sa main, une fois de plus, resta figée en place.

« Quoi ? » L'homme abaissa les sourcils vers elle en lieu et place de sa matraque. « Comment vous… »

« Le commissaire en chef. Jack Hudson », le coupa-t-elle. « J'enverrai le rapport directement à lui, en indiquant que vous m'avez agressée, moi, une de ses connaissances, dans les rues du Quartier des Marchands, après m'avoir faussement accusée d'avoir aidé un voleur à s'échapper. Touchez-moi et vous perdrez votre place. »

Elmer regardait, bouche bée d'admiration, depuis l'arrière. Elle avait réellement arrêté son coup, et elle débitait à présent quantité de choses qui semblaient tenir debout. Les connaissances dont elle lui avait parlé se révélaient bien utiles.

Le policier ricana et la toisa de nouveau, mais cette fois avec un peu moins d'assurance. « Vous ? Une connaissance ? Ça doit être une— »

« Alors comment se fait-il que je connaisse son nom ? » Patsy souffla les mots du policier comme un vent puissant sur la flamme faible d'une bougie. « Comment se fait-il qu'une gueuse connaisse le nom du commissaire en chef de la police d'Ur ? »

Après un moment de regards et de silence, le policier lâcha à contrecœur le poignet d'Elmer, ce qui lui permit en retour de se redresser.

« Que je ne revoie jamais aucun de vos deux visages. » Le policier braqua sa matraque sur eux deux, avant de s'en frapper la main à deux reprises en tournant les talons pour s'en aller.

Patsy se tourna vers Elmer avec raideur, un sourire faible aux lèvres, puis elle lui saisit les épaules et expira lourdement, comme si elle venait de déposer un énorme fardeau.

Avait-elle menti ou quoi ? se demanda Elmer.

« Merci », dit Elmer. « Tu connais vraiment le commissaire, ou c'était un mensonge ? » demanda-t-il, le visage peint d'une curiosité sincère.

« Hé. » Elle lâcha ses épaules pour tripoter son nez. « Ce n'en était pas un. Je le connais vraiment. »

« Comment ? Je suis sûr que ce genre de gens ne sont pas de ceux qu'on croise comme ça. » C'était bien envoyé, venant de celui qui avait roulé dans la même voiture que le fils du magistrat de la cité.

Sa question mit brusquement fin aux tripotages de Patsy, puis elle fit claquer ses lèvres. « Ne demande pas », dit-elle. « Et ne nous attire plus d'ennuis. » Elle pointa vers lui un doigt d'avertissement. « Allons-y, tu en as fait assez. » Sans laisser à Elmer l'occasion de dire quoi que ce soit d'autre, elle se retourna vivement et s'engagea dans la ruelle.

Son dos était vraiment large, pensa Elmer en la suivant. Et il remarqua à présent qu'elle était sans le moindre doute plus grande que lui ; cela, en revanche, le fit claquer la langue.

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