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Crest of Souls

Chapitre 122 : Une silhouette dans le jardin

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Chapitre 122

Chapitre 122 : Une silhouette dans le jardin

Chapitre 122/13590%~7 min de lecture1 341 mots

Les marches craquèrent doucement sous les pas de Sally Hall, qui descendait vers la cuisine, au rez-de-chaussée de son manoir rongé par le silence.

Elle portait un jupon rose en guise de tenue de nuit, et les cheveux bruns sur sa tête étaient si complètement ébouriffés que les boucles qui les ornaient d'ordinaire avaient disparu.

Il est vrai qu'elle venait tout juste de se réveiller : une telle mine défaite se justifiait. N'empêche, une main tenant le bas de sa robe de chambre, sa silhouette haute et fine lui donnait une allure des plus ensorcelantes.

Comme le vantaient les innombrables hommes qui avaient tenté de se frayer un chemin jusqu'à son lit, elle était une beauté digne des Cieux eux-mêmes.

Aucun de ces hommes n'avait pourtant rien obtenu d'elle, hormis son habituelle eau de Cologne Herman à la fraise pendant qu'elle les recevait lors de réceptions et autres mondanités. Celui qui y était parvenu, celui qu'elle avait épousé, portait le nom de Dustin. Dustin Hall. Un gentleman propriétaire d'un commerce de joaillerie en diamants.

Sauf que ses manières de gentleman n'avaient tenu qu'un an.

Il s'était visiblement senti menacé par la façon dont les hommes lorgnaient sur sa femme, et avait décidé d'écarter tout risque d'infidélité en abîmant sa beauté.

Sally avait toujours réussi à protéger son visage, sacrifiant son corps à la place. Mais on ne supporte les coups que jusqu'à un certain point, et sa colère avait fini par prendre le dessus.

Elle l'avait tué une nuit, six coups de couteau dans les entrailles, en faisant croire qu'il avait été attaqué par des voleurs sur le chemin du retour depuis son lieu de travail.

La famille de Dustin l'avait accusée et montrée du doigt, mais ceux qu'elle avait payés pour s'occuper du cadavre de son mari avaient fait un travail si propre qu'il n'existait pas le moindre indice remontant jusqu'à elle.

Conformément aux dernières volontés de Dustin, un testament rédigé du temps où il avait encore toute sa raison, elle avait hérité du manoir et du commerce de joaillerie parmi les biens qu'il possédait, sa famille récupérant tout le reste.

Le reste de sa vie était assuré, mais elle savait qu'il ne fallait pas trop compter sur une stabilité éternelle.

Il lui fallait élargir son emprise.

Et c'était pour cela qu'elle avait cherché à investir dans le Chocolat Noir et au Lait Cleavenger. Mais les événements survenus avec un invité qu'elle n'avait pas convié, un dénommé Willy Nimblewick, lui avaient fait changer d'avis, et de goût.

Sally frissonna soudain sur le canapé où elle était assise, dans le salon de thé du manoir, et pas à cause du froid de la nuit : les fenêtres étaient hermétiquement closes.

'Trop sucré…!' s'exclama-t-elle intérieurement en écartant de sa bouche la tasse de thé qu'elle venait de se préparer, comme si elle la répugnait. 'Ai-je mis trop de sucre…?'

Depuis qu'elle avait goûté au chocolat de cet homme, elle avait développé une telle envie de sucre qu'elle n'arrivait plus à rester au lit passé minuit. Aussi fâcheux que ce fût, c'était bien à cause de cela qu'elle avait décidé d'investir dans son chocolat à lui plutôt que dans l'autre.

Seulement…

Sous la lumière douce des lampes à gaz, elle scruta les journaux qu'elle avait achetés dans la journée, un exemplaire du Crieur du Matin, un de la Tribune d'Ur et un du Grand Clairon d'Ur, et pourtant… elle n'avait rien trouvé.

Trois jours s'étaient déjà écoulés et elle n'avait toujours rien vu qui la mènerait à cet homme étrange, comme il le lui avait promis sur le rebord de la fenêtre.

'A-t-il changé d'avis…?' songea Sally Hall en portant, hésitante, une nouvelle gorgée de son thé sucré à ses lèvres. 'J'en doute… Quelqu'un capable de faire un chocolat aussi magnifique n'a pas la volonté si faible… Je devrais sans doute lui laisser un peu de temps ; peut-être règle-t-il encore certaines affaires…'

Soudain, alors qu'elle se laissait aller en arrière pour se détendre sur le canapé, la lumière des lampes à gaz du salon de thé se mit à vaciller de façon inquiétante.

Ses sourcils s'abaissèrent aussitôt et une attitude agitée s'empara de ses traits. Sally Hall se redressa d'un coup, mal à l'aise, sa touche d'élégance vacillant de façon très visible.

'Que se passe-t-il…?' pensa-t-elle en s'efforçant de ne pas repenser aux histoires entendues au cercle de thé féminin dont elle faisait partie, ces récits de veuves hantées par l'esprit de leur défunt mari.

Mais elle n'avait jamais échoué plus complètement qu'à l'instant où la lumière des lampes à gaz s'évanouit d'un coup dans un « pfff ». Son corps fut aussitôt parcouru de tant de tremblements que la tasse qu'elle tenait tomba au sol et se brisa, répandant le thé sur tout le tapis.

'Oh, Chronos, écoute mon appel, je T'en prie…' Aussitôt, le souffle rauque, Sally joignit les mains, ferma les yeux et se mit à prier.

Ce pouvait n'être qu'une avarie mineure sur les conduites de gaz, ou quelque chose de cet ordre, mais Sally avait toujours eu bien trop peur du noir, et sa capacité à réfléchir clairement s'était évanouie avec la lumière.

Cela dit, c'était justement à cause de sa nyctophobie qu'elle était en partie certaine que cette explication était fausse.

Sally Hall ne dormait jamais sans lumière. Et pour qu'une telle chose n'arrive jamais, elle faisait vérifier ses lampes à gaz chaque jour, ainsi que tous les raccords qui s'y rattachaient.

Elle s'y était astreinte sans faillir, y compris du temps de son mariage avec Dustin Hall, et elle se rappelait l'avoir fait pendant la journée qui venait de s'achever. Voilà pourquoi l'obscurité la troublait à un degré qui dépassait le simple plan physique.

Quelque chose n'allait pas. Était-elle réellement hantée ? Par son mari ? Était-ce parce qu'elle l'avait tué ? Était-ce là… son esprit venu se venger ?

Ces pensées firent s'emballer le pouls de Sally, et avant qu'elle ne s'en rende compte, ses prières frénétiques s'étaient tues et ses yeux s'étaient ouverts jusqu'à lui sortir des orbites.

Le silence se glissa alors sur sa peau, et son jupon ne parvint soudain plus à retenir le froid frissonnant de cette nuit d'hiver. On aurait dit que chacune de ses fenêtres avait été ouverte.

Pour quelqu'un qui craignait le noir, ses lectures de prédilection étaient les romans à suspense, les intrigues policières et l'horreur. À force d'en écouter et d'en lire, sa situation présente lui semblait étrangement proche de ce qui arrivait toujours dans ces histoires.

Et ce n'était pas plaisant le moins du monde.

Un tapotement rythmé se manifesta soudain sur la fenêtre en face d'elle, la forçant à un sursaut.

Il était absolument terrifiant de n'avoir personne à appeler, absolument personne. Ses servantes ne logeaient pas sur place, si bien que le manoir devenait son espace privé dès la tombée de la nuit.

À cet instant, elle regretta qu'il en fût ainsi.

Secouant la tête, Sally joignit de nouveau les mains pour prier, figée sur son canapé. Mais alors que ses lèvres s'écartaient pour murmurer ses prières, une silhouette apparut derrière la fenêtre en encorbellement du salon de thé, dans le jardin, dehors.

Son souffle se bloqua sur-le-champ, et le bruit de ses battements de cœur se mit à cogner dans ses oreilles. Elle ne put former aucune pensée cohérente, ni aucun son, ni trouver la force de se lever et de fuir.

Il y avait vraiment quelqu'un devant chez elle.

Cette personne allait-elle entrer ? L'attaquer ? Était-ce un fantôme ou un être de chair, ou bien était-ce vraiment… son mari ?

À travers son affolement, la silhouette dressée à l'extérieur de sa maison, noyée dans les ténèbres de la nuit, leva lentement à hauteur de vue un objet dans lequel Sally reconnut, sans le moindre doute, un couteau de cuisine.

Son menton se crispa d'un coup, son souffle monta, monta encore, et sa vue se brouilla de seconde en seconde. Puis, brusquement, ses yeux basculèrent au fond de ses orbites et elle s'effondra en arrière, sans force, sur le canapé.

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