« Excusez-moi, Votre Altesse, il y a quelque chose que je souhaiterais confirmer… Leticia !! »
Sentant l'atmosphère qui régnait dans la pièce, Bern se raidit un instant.
« … Est-ce que je dérange ?. Dois-je partir ? »
« Non, Bern, reste s'il te plaît. »
C'est Leticia qui l'en empêcha alors qu'il s'apprêtait à sortir.
« Mais… »
« Je veux que tu l'entendes, toi aussi. »
À sa voix sérieuse, Bern afficha une mine contrariée.
Il tentait de percer le sens de notre échange, plissant les yeux vers elle pour y déceler le moindre indice.
« … Dis-moi, frère, tu te souviens ? Je t'avais dit avoir déjà rencontré Bern avant que tu ne me le présentes. »
« Eh bien, lorsque je me suis rendu au Palais impérial pour remettre le rapport de mon père à l'ancien roi, je ne connaissais pas encore la Princesse et j'ai eu l'impolitesse d'engager la conversation avec elle sur un ton familier. »
« Tu aurais dû dire que tu étais un gentleman, à ce moment-là, non ? »
Letty sourit en s'adressant à Bern.
« … Hé, Bern, qu'en penses-tu, d'Iris maintenue durablement à la tête du duché d'Armélia ? »
Une fois cette question posée, Bern parut de plus en plus perplexe.
Pour information, Bern ignore que j'ai autrefois servi de bras droit à Iris au duché d'Armélia.
C'est par miracle que Bern n'était pas là lorsque j'y étais.
C'est pourquoi il ne peut pas saisir le sens de la question de prime abord.
« En tant que personne engagée dans les affaires de l'État… Je pense que la marier à un autre pays serait une perte pour le nôtre. »
« … Ho ? »
« Ma sœur aînée est ma famille, mais quiconque la connaît sait qu'elle est une dirigeante exceptionnelle, notamment par sa capacité à rallier les cœurs et à se faire suivre… Mon Prince, vous l'ignorez peut-être, mais c'est la vérité. »
Bern le dit avec un sourire amer.
« J'ai commencé à sentir que ma place était dans le gouvernement national sous Vos Ordres… Je suis plus compétent que ma sœur dans plusieurs domaines, comme les divers précédents liés à la loi nationale et à l'administration de l'État, j'en suis fier. »
« …… Ton enthousiasme se perçoit au travers des autres. Si je devais me remémorer les éloges formulés à ton sujet par la bibliothèque nationale et les experts extérieurs, et lors des réunions… tes performances en tant qu'officier sous mes ordres sont vraiment magnifiques. »
En fait, Bern a changé.
Il acquiert des connaissances avec une telle dynamique qu'il les met aussitôt en pratique.
Cette attitude suffisait à me rappeler l'allure d'Iris à la tête de son territoire.
Même ceux qui méprisaient Bern au début tremblent désormais en entendant son nom.
« … J'ai peur que ce soit vrai, mais je ne parviens toujours pas à la cheville de ma sœur. »
À mon acquiescement, Bern ne manifesta aucune joie et conserva son air grave, mais je sus qu'il était heureux.
« La pratique repose sur le savoir ; sans connaissances jusqu'à un certain point, la pratique est impossible, mais inversement, même si l'on possède le savoir, savoir s'en servir efficacement est une autre histoire. »
Le savoir est un outil.
Même s'il est nécessaire pour utiliser les outils, on n'a pas nécessairement à devenir l'outil lui-même.
« Ma sœur aînée maîtrise la technique pour exploiter ce qu'elle a vu ou entendu, et sa capacité à créer du nouveau à partir de son savoir est également extraordinaire. »
Aux mots de Bern, j'acquiesçai en silence.
Quoi qu'il en soit… Je suis restée à ses côtés longtemps, bien plus que lui.
J'ai donc vu cette aptitude de plus près que Bern.
« Surtout, les individus les plus talentueux se rassemblent autour de ma sœur, parce que… ma sœur dit toujours : "les ressources humaines sont un trésor" et leur apporte un soutien maximal. C'est parce qu'elle est ainsi que le territoire s'est tant développé. S'il lui manque quelque chose, ils le combleront. Ce qu'elle apprend, et combien elle pourrait apprendre si elle était seule… n'est pas un problème pour elle, car… toutes sortes de choses et n'importe quelle quantité de connaissances lui sont accessibles grâce aux gens qu'elle a rassemblés. Parce que le temps ne lui suffit pas pour tout apprendre, mais sous ses ordres, ceux qui savent ce qu'elle veut savoir se réunissent de plus en plus et continuent de travailler conjointement avec elle… Je pense que la chose la plus importante pour un dirigeant est la capacité à trouver la solution pratique aux problèmes plutôt que le savoir. Et le charme d'attirer les gens de talent. Ma sœur est un individu excellent à cet égard. C'est pourquoi je pense qu'elle est très importante pour ce pays. »
« Bien, alors Bern, t'opposes-tu à son mariage ? »
« C'est une décision qu'elle doit prendre et je la respecterai, mais… Je souhaiterais la garder dans ce pays, donc pour cela je renonce à mes droits d'héritage sur le duché d'Armélia à jamais. »
« .. Quoi ???!! »
« Grâce à son travail, le duché d'Armélia existe à présent. Ma sœur aînée est la personne la plus appropriée comme seigneur… Sûrement, non seulement moi mais aussi notre peuple pensent la même chose. »
« …… Bien que ce que tu dis soit quelque chose que j'avais envisagé auparavant, je voudrais te demander une chose : ça te va, Bern, tu ne le regretteras pas plus tard ? »
Dans ce pays, la primogéniture est la base.
De plus, il est de bon sens que l'aîné, s'il est un homme, succédera à la famille.
Un cas où une femme est la seule successeuse est par exemple lorsque des garçons ne sont pas nés dans cette famille et que seules des filles existent, ou lorsque le garçon meurt sans laisser de descendance, ou comme chef de famille temporaire jusqu'à ce que le garçon de la génération suivante grandisse suffisamment pour occuper le poste. C'est le seul moyen de le conserver.
S'il y a des garçons en bonne santé, les filles succèdent rarement.
Si les filles accédaient au poste, peu importe à quel point la fille est douée, les gens penseront qu'il n'y avait pas de parent mâle ou qu'il y avait un problème avec le successeur suivant.
Si Bern abandonnait son héritage de Duc pour le donner à Iris… Bern serait considéré comme « quelqu'un qui a des problèmes » aux yeux de la population.
Même si ce n'est pas vrai, les gens le croiront quand même, parce que c'est le bon sens.
La question précédente de Letty le montrait implicitement.
« Eh bien, cela m'est égal, qu'importent ces rumeurs autour de nous, si l'on pense à ce qui est le mieux pour le peuple, on n'a pas à hésiter, c'est mon avis. C'est pourquoi je veux encore confier ce poste à ma sœur. »
Cependant, Bern le dit avec un doux sourire.