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Ce qu'il se passe quand le 2nd ML fait grève

Chapitre 65

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Chapitre 65

Chapitre 65

Chapitre 65/16140%~13 min de lecture2 592 mots

Un navire flottait au loin sur l’océan. Il était si éloigné que son pavillon n’était guère visible.

Pourtant, ils étaient certains d’avoir entendu le tonnerre d’un canon.

« Évacuez tous les civils du rivage ! Dites-leur de ne prendre que leurs affaires de valeur et de fuir vers le domaine du Comte ! »

« Oui, jeune Comtesse-nim ! »

Le chevalier semblait habitué à ce genre de scénario.

Ils furent presque aucunement surpris d’entendre le mot « pirates ». Au contraire, leur formation se raidit et leurs regards s’affermièrent.

Christelle observa les soldats du Marquis se déployer en ordre parfait avant de s’adresser à Élizabeth.

« Vice-capitaine Élizabeth, je vais aussi prêter main forte. »

« Ce serait extrêmement agréable, jeune Lady Sarnez. »

Les yeux gris de la jeune Comtesse plissèrent sur un sourire. Son ton resta celui d’habitude.

Elle ne laissait transparaître aucune urgence ni anxiété, sans doute parce qu’elle avait déjà fait face aux pirates maintes fois.

Toutefois, elle paraissait un peu plus tranquille en cet instant.

« Priez également Instructor Johann et le Prêtre-nim de venir. Nous pourrions avoir besoin d’eux. »

lansa Christelle. Élizabeth acquiesça rapidement.

« Transmets aussi le message de la jeune lady. Gabriel, c’est toi qui y vas ! »

« Oui, jeune Comtesse-nim ! »

Le chevalier désigné comme messager s’élança immédiatement vers le domaine du Comte à pleine vitesse.

Christelle suivit son départ des yeux et se mit à réfléchir.

Johann Geens était l’instructeur envoyé par le Vatican pour former Christelle et le Prince Impérial Cédric en tant que Chevaliers Saints.

L’homme semblait indifférent à tout. Il trouvait même manger fastidieux. Néanmoins, il n’était pas du genre à croiser les bras pendant que son élève combattait des pirates.

Le prêtre de rang ecclésiastique venu avec lui était indispensable pour recharger son éther.

L’éther de ce prêtre ressemblait à de la malbouffe comparé à l’éther extrêmement pur du prince Jesse, mais…

Valait mieux que rien.

« Prince Jesse. »

Christelle sourit tandis qu’une brise océane caressait son visage.

Le prince comptait parmi les deux personnes qui lui donnaient le sentiment le plus vif d’être vivante dans ce monde.

Elle ignorait pourquoi, cette sensation étant si subjective qu’elle n’aurait jamais su l’expliquer clairement, mais…

Tout devenait limpide et rafraîchissant lorsque le Prince Impérial et le prince l’accompagnaient.

La sensation d’être en vie dépassait toute attente.

Elle ressentait quelque chose de proche auprès de la vice-capitaine Élizabeth et de la cardinale Boutier, mais nul n’avait jamais suscitée en elle ces sentiments « spéciaux » que lui procuraient ces deux-là.

Bien sûr, les émotions qu'ils éveillaient en elle étaient radicalement différentes.

Avec le Prince Impérial, c'était une relation faite d'affrontements destinés à évacuer colère et tension.

Déployer toutes ses forces lors des entraînements contre lui lui procurait cette détente propre aux Chevaliers Saints, et lui faisait du bien.

Une répulsion instinctive naissait en elle envers lui, mais il restait un partenaire d'entraînement idéal.

S'affaler au sol après s'être battue avec lui rendait ce sentiment de vitalité parfaitement tangible.

Le prince Jesse était un peu particulier. Par exemple…

« Attention aux pirates. »

Elle avait souri, incrédule, quand il lui avait adressé cet avertissement. C'était un drôle de personnage.

Il était attentionné mais semblait pourtant garder ses distances. Une nature chaleureuse qui simulait froidure, sans aucun doute.

Il ne s'était jamais mesuré à elle physiquement comme le Prince Impérial, mais sa seule présence dégageait une vitalité ahurissante.

On aurait dit qu'il évoluait dans un univers en 4K alors que le reste du monde tournait encore en haute définition.

Venait-il de là son impressionnant réservoir d'éther ?

– BOUM !

– SHHHHIIIIIISSSSS !

Un nouveau coup de canon retentit. Une gerbe d'eau jaillit depuis le rivage, non loin d'eux.

Personne d'autre n'était ravi ni souriant, mais Christelle affichait un éclat lumineux sur son visage.

Ruminer sur ce qu'elle ne comprenait pas n'était pas dans les habitudes de Ham Ga-in.

Elle chassa l'image des deux jeunes hommes de ses pensées et resserra sa prise sur son fouet bleu.

Elle projetait de faire tout ce qui lui chantait, pourvu que cela n'endommageât pas le propriétaire de ce corps.

Et son objectif du jour consistait en…

« J'ai juste besoin d'un petit souvenir. »

« Les souvenirs, c'est formidable. Je vous en rapporterai un, votre altesse. »

« Je me demande bien si un bateau de piiiireeeeats pourrait passer pour un souveeeeeniiiiir. »

Elle traîna les syllabes en fredonnant pour elle-même.

Les rayons vifs du début de l'été inondaient le paysage de falaises blanches et d'eaux bleutées.

Elle n'avait jamais testé ses capacités depuis une telle distance, mais la proximité de l'océan justifiait l'expérience.

Cela valait le coup d'essayer.

─────

‘Je suis curieuse comme l'antique. Qui se soucie de savoir qui sont le grand-duc Yvelines et le duc Yvelines ? Mon intérêt est nul et non avenu. Peu m'importe qu'on ne me dise rien.’

J'avais assez à faire avec mes propres problèmes. Je n'avais nul besoin de me prendre la tête avec les beaux-parents ou les cousins germains de quelqu'un d'autre.

Décidée à ne concentrer mes réflexions que sur l'essentiel, je descendis de calèche et partis d'un pas lourd.

Demy, perché sur mon épaule, ainsi que les deux autres pandas roux serrés contre moi, s'amusaient à piailler l'un contre l'autre.

Benjamin et Ganaël saisirent quelques sacs de voyages et me suivirent à bonne distance.

« Ça fait deux ans qu'on n'y est pas passé. Ça devrait être une belle escale. »

L'impératrice Frédérique, qui marchait devant moi, devait se régaler à mes dépens ; son sourire n'avait quitté son visage depuis le début de la route.

Heureusement, la cardinale Boutier marchait à mes côtés pour lancer des « Elle fait vraiment l'enfant » et « C'est terriblement gênant. »

Vraie dernière conscience de l'Empire.

« C'est un honneur pour notre famille d'être en votre présence, prince Jesse. »

« Enchanté moi aussi. »

Le chef de cabinet du domaine du grand-duc salua l'impératrice et la cardinale avant de s'incliner poliment en ma direction.

Dès notre arrivée au domaine du grand-duc Yvelines, au terme d'un trajet en calèche de deux heures, majordomes et serviteurs sortirent pour former une ligne impeccable.

Le domaine du grand-duc portait bien son surnom de Palais d'Été, mais le personnel n'était pas aussi nombreux que prévu.

La réduction du nombre de domestiques s'expliquait sans doute par le fait qu'il s'agissait d'une résidence secrète de l'impératrice, dont l'accès était strictement réglementé.

« On nous a raconté vos exploits lors de la Grande Éradication, votre altesse. Je suis convaincu que le Dieu Tout-Puissant vous comblera de grâces infinis. »

« Je n'ai pas vraiment fait grand-chose. »

Je souris légèrement et jetai un coup d'œil alentour.

Ce Palais d'Été marquerait les esprits grâce à ses murailles orangées et son toit d'un bleu nuit.

De somptueuses dorures ponctuaient l'architecture, tandis que les murs arboraient des sculptures raffinées et des lampes magiques argentées.

L'entrée principale disposait de deux larges escaliers de chaque côté, donnant l'impression que l'édifice étirait ses bras pour accueillir ses hôtes.

Une pente gazonnée escarpée conduisait à l'avant-bâtiment, dominé par une fontaine débordante ornée de joyaux de toutes sortes.

Le jet d'eau atteignait probablement deux cents mètres de hauteur, sur une largeur suffisante pour accueillir quelques embarcations.

« Quel endroit magnifique. »

« Merci beaucoup. »

Le chef de cabinet s'inclina quand mon souffle se mua en admiration.

Contrairement au Palais Impérial, où régnait le respect dû à la famille royale, ce domaine secondaire exhalait une atmosphère conçue pour la détente.

Plus modeste que le Palais Impérial, il se distinguait toutefois par l'éclat de ses couleurs.

Je savais que les hivers y étaient glacials, mais la brise fraîche d'à présent était réellement agréable.

Je ressentais un léger malaise à envahir la retraite de l'impératrice et de la cardinale, mais ma présence ici dissipait facilement cette gêne.

« Le duc, euh... Son Altesse Royale le duc Yvelines aime généralement lire sur l'herbe, de ce côté-là. »

« Le duc ? »

« Exactement, votre altesse. Sachant que vous aimez les livres, j'ai estimé qu'il fallait vous proposer l'endroit idéal. »

Le chef de cabinet mordilla ses lèvres.

En le voyant retenir un rire moqueur en parlant du duc Yvelines, je compris que le « décret impérial » était déjà tombé.

Je ne pus m'empêcher de soupirer.

‘Elle a donné cet ordre enfantin juste pour se moquer d'un pauvre prince…’

« Je vous remercie infiniment. Pourriez-vous d'abord me montrer ma chambre ? »

« Bien sûr, votre altesse. »

Le chef de cabinet signala discrètement les domestiques du domaine d'un clin d'œil.

L'impératrice et la cardinale devaient déjà s'être retirées dans leurs appartements, car elles avaient disparu de mon champ de vision.

Prenant les devants, je montai les marches de granit lisses accompagné des autres.

‘Mais pourquoi traiter le duc de Son Altesse Royale ? Je suppose que c'est parce qu'il est l'enfant du grand-duc et membre de la famille impériale. Enfin bon, je suis vraiment curieuse comme l'antique.’

─────

« Wouah, c'est génial. Vivre ici, ce serait rêvé. »

« Je suis entièrement d'accord, votre altesse. C'est ma première visite à Yvelines et c'est absolument magnifique. »

– GRIIINC !

Ganaël, les trois pandas roux et moi roulions pêle-mêle sur une natte.

Benjamin versait un thé froid de buisson miel avec un sourire, tandis que nous profitions de l'air frais.

La lumière crue, l'herbe fraîche, l'ombre apaisante de l'arbre… Mes proches et ces adorables bêtes divines…

Arrivés au Palais d'Été, tout semblait parfait.

Si seulement je pouvais continuer comme ça avant de regagner mon monde.

L'impératrice était partie chasser des provisions pour le dîner, et la cardinale l'avait naturellement accompagnée.

On disait que le duc Yvelines rentrerait sous peu après avoir mis fin aux pirates.

Je me retrouvais seul dans ce merveilleux domaine secondaire.

« Mais pourquoi les étrangers ne peuvent-ils pas entrer à Yvelines ? Y a-t-il une raison précise ? »

Les yeux dorés de Ganaël s'assombrirent d'une expression complexe.

« Ceci, votre altesse. Euh… »

« Yvelines fut historiquement un fief privé appartenant à la famille impériale. On l'a nommé ainsi et séparé du domaine royal il n'y a pas si longtemps. C'était une zone spécialement attribuée au grand-duc, d'où la restriction d'accès réservée à la famille proche et aux invités. »

« Je comprends. »

Benjamin assouvissait une partie de ma curiosité sans pour autant révéler l'identité réelle du grand-duc Yvelines ni celle du duc.

Je fus admirative devant sa prudence. Hochant la tête, je relevai la tête.

Je tenais une pêche dans une main et ouvris mon carnet avec une plume tenue dans l'autre.

« Bon, le grand-duc ou le duc, ça ne m'intéresse pas. »

« C'est complètement sorti de nulle part, votre altesse. »

Ganaël avait l'air perdu face à ma remarque.

Je tendis doucement ma pêche et Demy accourut aussitôt, agrippa ma manche et se mit à la picorer.

Les deux autres semblaient peu sensibles à cet appât.

Je gardai cette posture avant d'y consigner quelques éléments « vraiment importants ».

• Sadie et la lettre suspecte

C'était le point le plus préoccupant du moment.

J'avais trouvé un ddakji mystérieux hier soir parmi les cartes d'anniversaire remises au prince Jesse.

Il s'agissait d'un message signé Usil pour Losna, mais on sentait bien qu'il provenait de quelqu'un du Royaume Saint venant des nouvelles de ma santé.

Ce morveux de Sadie l'avait arraché, mais le message était assez bref pour que je l'ai mémorisé intégralement.

Ce qui retenait surtout mon attention, par contre…

• Sadie et la lettre suspecte

– Qui est Usil ?

– Losna serait-il mon deuxième prénom ?

– Qu'a donc fait ce morveux de Sadie avec la missive ?

Tels étaient mes seuls interrogatoires.

« Usil, Usil. »

Je murmurai machinalement.

Rien qu'au contenu du message, il apparaissait que quelqu'un au Royaume Saint se souciât du prince Jesse, contrairement à ce que j'avais cru comprendre au départ.

Le ton n'évoquait pas une romance, suggérant plutôt un proche ou un ami.

Impossible d'identifier l'ami, mais si c'était un membre de la famille, j'avais déjà des noms en tête.

– Qui est Usil : un ami inconnu, la reine Christanne, la princesse héritière Élise.

Je mordillai la pointe de ma plume un instant avant de la relâcher.

‘La reine aurait-elle eu un motif pour envoyer un message aussi discret ?’

Elle pouvait envoyer une missive officielle à son fils à tout moment et n'avait aucune raison de la masquer.

Mais la princesse héritière…

‘On raconte que la princesse héritière n'approuve pas les initiatives du prince consort.’

‘Tu prononces des paroles fort dangereuses.’

Je me remémorai l'entretien mené le mois dernier avec lady Sarah Belliard, rédactrice en chef du journal.

J'étais certaine que c'était bien ce que madame Belliard affirmait.

L'escarmouche entre l'Empire et le Royaume Saint à la frontière était l'œuvre de la princesse héritière Élise. Le prince héritier et le prince consort Werner entretenaient des avis diamétralement opposés.

Je fronçai les sourcils à cette seule联想.

‘Et si c'était le prince héritier qui m'envoyait discretement un message, contournant les yeux du prince consort ? Et si la fratrie n'était pas si disharmonieuse ?’

« Hmm… »

C'était une hypothèse recevable, mais risquée à confirmer.

Les propos de madame Belliard n'étaient que rumeurs et l'auteur du message pouvait être une figure dont j'ignorais jusque-là l'existence.

Pas de quoi affirmer que la princesse héritière prenait mon parti ou que j'avais des alliés au Royaume Saint.

Je veillai à ce que Demy n'avale pas le noyau de pêche avant de reporter mon regard sur la phrase suivante.

J'aperçus Ganaël plongé dans un profond sommeil.

– Losna serait-il mon deuxième prénom ?

Une voix masculine familière résonna alors à mes oreilles.

« Losna doit être ton deuxième prénom. »

« Je suppose bien. »

Je ronchonnai mentalement.

Sans l'intervention de la famille du prince Jesse ou de son meilleur ami, impossible de vérifier ou d'infirmer cette théorie.

Eunseo n'avait jamais évoqué les prénoms du milieu des personnages de QNW. Même si elle l'avait fait, je n'aurais sûrement pas retenu les détails.

En revanche, ce dont je me souvenais nettement, c'était de cette discussion…

« Le grand-duc du Nord. Dans un roman romantique où pullulent les prétendants masculins, tu dois toujours choisir le grand-duc du Nord. »

« Pas l'Ouest ? »

« Il n'y a pas d'équivalent à l'Ouest, grand-frère. Il y a le prince héritier, le roi, le grand-duc du Nord et le maître de la Tour de Magie. Ne pose pas de questions, ne discute pas, vise directement le grand-duc du Nord. »

« Pourquoi ? Le Nord n'est-il pas dangereux en raison des incessantes invasions ? Et si je mourais le jour de mes noces ? »

« Arrête de regarder Game of Thrones. »

……Tel était cet échange. Nous étions dans un monde de « Romfan », sous la bannière d'un « grand-duc » du « Nord » !

Je m'assis brusquement droit.

Benjamin, qui me fourrait une meringue dans la bouche, sursauta.

Je n'étais pas si curieuse que ça, mais ma main droite se mit à bouger d'elle-même, comme possédée par la plume de Jung Eunseo.

• Caractéristiques du grand-duc du Nord

– Homme de peu de paroles

– Sérieux

– Beau gosse

– Porte généralement de la fourrure (peut-être pas en été)

– Froid

– Chaude envers sa dulcinée ?

« … Je n'en ai aucune idée. »

Murmurai-je à voix basse.

Tant de candidats potentiels. À voir la liste, le Prince Impérial lui-même pourrait incarner ce titre.

─────

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