L'endroit que l'Impératrice avait désigné pour l'entretien était plus vaste que ma chambre au palais Juliette.
Je suivis l'attachée du palais de l'Impératrice qui me guida vers un canapé réservé à la personne de rang supérieur.
La façon dont mon corps s'enfonça et me détendit me fit penser qu'ils avaient vraiment le matériel de la plus haute qualité ici.
Lady Sarah Belliard était assise en face de moi.
« Vous devez être proche de la jeune lady Christelle de Sarnez, Votre Altesse. »
« Non, pas du tout. »
Elle venait de dire quelque chose qui pouvait me mettre dans de beaux draps. Je la niai immédiatement.
À l'instant…
Christelle, le Prince Impérial, Lady Belliard et moi nous étions salués maladroitement devant le bureau de l'Impératrice.
Christelle me remercia d'avoir joué avec elle et partit, pendant que le Prince Impérial nous ignora et entra dans le bureau de l'Impératrice comme chez lui.
J'avais été anxieux à l'idée de la façon dont ce punk pourrait s'impliquer cette fois, mais heureusement, cela semblait n'avoir été qu'une coïncidence.
Lady Belliard, trois attachées et moi entrâmes dans la salle d'entretien comme prévu à l'origine.
Cependant, Lady Belliard semblait avoir décidé de prendre ma réponse et de la tordre à sa guise.
« Ah, donc vous ne connaissez pas encore le second prénom de la jeune lady. »
« Je compte continuer à ne pas le connaître. »
Je l'arrêtai net. Je ne pouvais absolument pas dire que je le connaissais déjà et que je l'avais appris dès notre première rencontre.
Lady Belliard rit avec aisance avant de dire autre chose.
« Quoi qu'il en soit…… Je ne m'attendais pas à voir l'homme le plus beau du continent, l'homme le plus beau de l'Empire et l'homme le plus beau du Royaume Saint au même endroit. Je dois avoir beaucoup de chance. »
'Qu'est-ce que c'est que ça ? Elle parle si vite qu'on dirait qu'elle rappe.'
Bien qu'elle n'ait pas utilisé de mots difficiles, il m'était dur de comprendre ce qu'elle essayait de dire.
Elle dut remarquer ma confusion car elle expliqua rapidement.
« Son Altesse Royale, le Prince Alexandre Nicole Riester, était appelé l'homme le plus beau du continent de son vivant. Son Altesse Royale, le Prince Impérial Cédric, est, à tous égards, l'homme le plus beau de l'Empire. »
Elle parlait du fait qu'elle avait vu le Prince Impérial Cédric, le portrait du Prince Consort Alexandre, et moi dans le couloir.
'C'est pas comme si on était les F4……' (NT : Après discussion avec certains lecteurs, c'est très probablement une référence à Boys Over Flowers, F4 ou Flower 4 désignant les quatre beaux garçons) Ça me donnait la chair de poule mais je laissai courir.
Le Prince Impérial ressemble presque trait pour trait au défunt Prince Consort, donc ce n'était pas bizarre d'entendre dire que tous deux étaient beaux.
Même Eunse, qui chantait sans arrêt que ce punk était Crapdric, restait bouche bée chaque fois qu'elle voyait une photo du Prince Impérial.
« Je vois. »
« Votre Altesse, savez-vous pourquoi Sa Majesté a choisi le palais de l'Impératrice pour que nous fassions cet entretien ? »
Le ton de Lady Belliard devint un peu sec.
Je me redressai par réflexe.
L'entretien se déroulait dans un salon proche de l'endroit où travaille l'Impératrice.
'C'est la première question ?'
« C'était probablement pour briser votre moral, Lady Belliard. C'est un endroit où l'on sent en permanence que Sa Majesté est proche. »
Lady Belliard sourit à ma réponse.
Elle semblait apprécier ce que j'avais dit.
Je trouvai qu'elle ressemblait à la rédactrice en chef stricte de ce film que mon frère aimait.
Je crois que ça s'appelait ou quelque chose comme ça.
« C'est une analyse assez habile. Cependant, il y a une autre raison également, Votre Altesse. J'ai appris que le palais Juliette avait commencé des rénovations le mois dernier. »
« …… »
« Elle ne voulait probablement pas me montrer le chantier. »
Les yeux verts de la vieille femme brillaient d'intelligence tandis qu'elle parlait.
C'était prévisible, mais elle paraissait bien plus énergique que lorsque je l'avais épier à travers l'entrebâillement de la porte du Confessionnal.
Ses courts cheveux blancs qui flottaient doucement, sa robe en satin rouge, et jusqu'à chaque ride de son visage avaient une façon de lui donner un air charismatique pour écraser son interlocuteur.
« Les rénovations sont terminées. Vous semblez recevoir l'information plus lentement que je l'attendais, Lady Belliard. »
C'est ce que je lui dis. J'omis exprès le fait que cela ne datait que de deux jours.
Lady Belliard sourit en ayant l'air de ne pas s'y attendre.
La raison pour laquelle une partie du palais Juliette avait besoin de rénovations, c'est que j'avais détruit l'intérieur de ma chambre et la fenêtre en affrontant les deux assassins jumeaux le mois dernier.
L'Impératrice n'avait dû laisser aucun signe transparaître à Lady Belliard.
Elle se méfiait probablement aussi que certains donnent des témoignages oculaires à Lady Belliard sur ce qui s'était passé.
C'est pour ça que Lady Belliard avait été invitée au palais de l'Impératrice au lieu du palais Juliette où je réside.
« Je pensais que vous n'étiez qu'une personne chaleureuse mais vous savez aussi planter vos épines, Votre Altesse. »
Elle me donna ouvertement son avis.
Ça m'agaça, mais avoir vécu vingt-neuf ans dans une société confucéenne rendait difficile de répliquer à une aînée.
Je ne voulais pas non plus mordre à son hameçon, alors je me contentai de sourire et de changer de sujet.
« Je ne dis que la vérité. J'ai entendu dire que vous aviez une limite de temps, alors vous feriez mieux de lancer l'entretien, Lady Belliard. »
L'Impératrice n'avait accordé que trente minutes à Lady Belliard. C'était long ou court selon ce qu'on en faisait.
« Alors je vais commencer par quelque chose qui, je pense, intéresserait la plupart de nos lecteurs. »
La rédactrice en chef du sortit son carnet et mit une petite paire de lunettes.
Je réaffirmai ce que je m'étais dit plus tôt. 'Je ne sais rien qui pourrait compliquer les choses et je ne donne que des réponses courtes, même aux choses que je sais.'
« Que pensez-vous de votre surnom de Canaille du Royaume Saint ? »
« Lady Belliard, c'est irrespectueux envers notre éminente Altesse. »
Benjamin, qui se tenait derrière moi, la gronda doucement pour sa question impitoyable.
Je tournai la tête pour lui dire que ça allait.
Ce n'était pas comme si je ne m'y attendais pas de la part de quelqu'un qui gérait la publication la plus vendue de l'Empire.
« Je ne sais pas. Une canaille… »
J'étirai la fin de la phrase. C'était en fait quelque chose qui me turlupinait probablement plus qu'elle.
Ça me trottait dans la tête depuis le premier jour où j'avais atterri dans ce monde.
Quel genre de vie le vrai « Prince Jesse » avait-il menée pour être publiquement connu comme une canaille ?
J'avais lu qu'il avait répandu toutes sortes de ragots au Royaume Saint et volé le cœur de nombreuses nobles dames, mais je n'avais aucun moyen de savoir si c'était vrai.
Eunse n'avait jamais rien dit sur le passé du Prince Jesse et ne parlait généralement que de sa gentillesse envers Christelle et de son dévouement pour elle.
« Je n'ai pas grand-chose à en penser. »
C'est pour ça que ce fut mon choix de réponse. De toute façon, ça ne me concernait pas.
« Hohoho, c'est votre chance de donner des excuses ou des explications. »
Lady Belliard pouffa d'un ton bas en expliquant. 'Des excuses ? Il faudrait que je sache ce qui s'est passé pour m'excuser.'
« De quel incident parlez-vous spécifiquement ? »
« Oh, c'est vous qui me le demandez, Votre Altesse ? Hmm, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est la rumeur selon laquelle vous auriez fait le double jeu avec deux femmes mariées. J'ai entendu dire que l'une était dans son dernier mois de grossesse tandis que l'autre était une prêtresse nouvellement mariée. On m'a dit que tout le Royaume Saint est au courant. »
Ma mâchoire tomba. J'entendis Ganael haleter derrière moi.
'De quoi dois-je être le plus choqué en ce moment ? Du fait que le Prince Jesse soit responsable d'une adultère dingue ?
Du fait que c'était avec pas une, mais deux femmes mariées ? Ou peut-être du fait que Jung Eunse aimait un bâtard comme ça ?
Attendez, est-ce que c'est le même background qui aurait été expliqué dans le roman ? »
« Votre Altesse. »
Benjamin appela mon nom calmement et posa une main sur mon épaule avant de la retirer.
Je secouai vigoureusement la tête en interne.
Je n'avais aucun moyen de confirmer si c'était vrai ou faux.
'Calme-toi, Jung Jesse. Procède selon les règles que t'es fixées.'
« ……Je ne sais pas de quoi vous parlez. »
« Vous ne savez pas ? »
'Fais semblant d'ignorer toutes les questions gênantes ou difficiles.' Ce n'était pas comme si je mentais en disant que je ne sais pas.
Elle écrivit alors quelque chose dans son carnet avec une plume d'oie.
« Dites-vous que c'est de la calomnie ? »
Lady Belliard baissa un peu la tête et me regarda par-dessus ses lunettes.
J'avais encore la chair de poule après avoir reçu cette attaque extrêmement efficace du « triangle adultère avec femmes mariées. »
« L'histoire de la façon dont le Prince Consort Werner du Royaume Saint a tout fait pour salir votre nom est assez connue, même dans l'Empire, Votre Altesse. Voyez-vous peut-être ces scandales comme faisant partie du plan du Prince Consort ? »
Mes yeux s'écarquillèrent sur l'instant. Mon esprit devint d'un calme glacial, comme si j'y avais versé du chocolat à la menthe.
Il y avait de la logique dans ses mots.
Werner Venetiaan. Le Prince Consort du Royaume Saint Venetiaan et mari de la Reine Christanne.
Non seulement ce type, pour protéger la position de la Princesse Héritière Elise, l'enfant de la Reine et de lui, avait envoyé le fils bâtard Jesse Venetiaan à l'Empire comme otage diplomatique, mais il avait même essayé de m'assassiner.
Elise avait les droits légitimes en tant qu'aînée et fille légitime, mais il se méfiait parce que le Prince Jesse était si populaire.
Çait avait du sens que ce type répande toutes sortes de rumeurs salaces pour ternir le nom du Prince.
Ça avait aussi du sens qu'Eunse ressente autant de pitié pour le Prince Jesse.
Il avait dû subir tant de mépris et de rumeurs salaces sans rien avoir fait de mal, et avait fini par tomber amoureux de Christelle sans pouvoir obtenir son cœur. À la fin, il était mort pour elle.
« ……Son Altesse se soucie véritablement de l'avenir du Royaume Saint. Comment connaîtrais-je les pensées au fond de son cœur ? »
J'ouvris la bouche après un long moment.
Ma voix baissa naturellement face à la situation dérangeante, mais Lady Belliard crut apparemment que c'était parce que je disais la vérité.
« L'avenir du Royaume Saint…… On dirait que vous dites que le Prince Consort vous a tiré vers le bas pour la Princesse Héritière Elise, Votre Altesse. »
« Son Altesse a déjà répondu. Passez à la question suivante. »
Ganael répondit à ma place. Je souris doucement et levai les yeux vers le jeune garçon.
Ganael avait l'air un peu en colère mais fit de son mieux pour maîtriser son expression en sentant mon regard.
'C'est vraiment un bon gamin.'
« Puis-je poser une question un peu sensible ? »
Lady Belliard posa ses lunettes sur la table en demandant.
J'arrivai à jeter un coup d'œil dans son carnet qui était maintenant plein d'écriture.
« Les questions jusqu'ici étaient déjà assez sensibles. »
Elle éclata de rire à mon commentaire. Je souris sans reculer.
C'était un combat que je gagnerais à la fin.
Cette conversation semblait difficile pour quiconque écoutait, mais j'avais obtenu de nouvelles informations grâce aux questions et réponses d'à l'instant.
J'étais trop anxieux au début pour me souvenir qu'elle était connue comme « l'experte du Royaume Saint. »
Je pourrais tirer beaucoup d'informations de Sarah Belliard si j'utilisais cet entretien correctement.
Je n'avais rien à perdre puisque j'ignorais le fonctionnement de ce monde.
« C'est une question politique cette fois. »
« Ça a l'air intéressant. »
« Votre Altesse, la raison pour laquelle vous êtes venue ici comme otage diplomatique, c'est que le Royaume Saint a violé l'Armistice et envahi notre frontière Nord.
« Oui, Madame. »
« Il y a une rumeur selon laquelle le conflit venait de la Princesse Héritière Elise agissant de sa propre initiative. »
'……Hmm ?'
*
Cédric sortit du bureau de l'Impératrice et s'arrêta.
Il tourna la tête et regarda le long du couloir.
Il pouvait sentir distinctement le flux d'éther, aussi vaste que les champs du Sud et aussi doux que la brise printanière.
Il avait expérimenté l'éther de la Cardinale Aurélie Boutier et de nombreux autres prêtres, mais il n'y avait qu'une seule personne qui dégageait ce genre de sensation.
« ……On dirait que l'emploi du temps du Prince n'est pas fini. »
« C'est exact, Votre Altesse Royale. »
Son attaché David répondit.
Le Prince Impérial regarda tranquillement sa main gauche et serra et desserra le poing plusieurs fois.
Son état physique n'était pas mauvais aujourd'hui.
Non, son état avait toujours été correct depuis que le Prince Jesse était entré au palais.
Il ne redevenait enfant que quand il utilisait trop de puissance.
Cependant, il était sage de remplir sa gourde à ras bord s'il y avait un puits à proximité.
C'était sage de le faire même s'il y avait une petite fissure dans cette gourde.
« Reposons-nous un peu avant de partir. »
« La pièce à côté du salon est vide. C'est la pièce que le Prince Jesse a utilisée pour se préparer ce matin. »
Le vif David lui proposa la meilleure suggestion.
Le Prince Impérial acquiesça et se mit en marche.
Bien que ce ne fût pas aussi bon que de recevoir directement l'éther du Prince, le simple fait d'être près de lui calmait les feux à l'intérieur de son corps.
L'éther pourri du Confessionnal du Temple ne pouvait pas s'y comparer du tout.
Le Prince Impérial et son attaché arrivèrent rapidement dans la pièce à côté du salon.
David pensait à faire du café pour le Prince Impérial tout en ouvrant doucement la porte.
Cependant, quelqu'un était déjà là.
« …… »
« ……Jeune Lady Sarnez. »
« Votre loyale sujette salue à nouveau Notre Altesse Royale. »
Christelle de Sarnez, qui avait ses désirables cheveux roses attachés en chignon haut, se leva et salua élégamment le Prince Impérial.
Le Prince Impérial sentit instantanément la frustration monter en lui.
Il savait qu'elle avait visité le palais de l'Impératrice en invitée aujourd'hui, mais ne s'attendait pas à la trouver encore là.
Il eut la pensée mesquine de vouloir quitter la pièce.
« David, du café. »
« Oui, Votre Altesse Royale. Qu'est-ce que vous désirez, Jeune Lady Sarnez ? »
« Ah, pourriez-vous me faire un café glacé pas trop fort ? Merci beaucoup. »
Son attribut eau lui tapait toujours sur les nerfs.
Ses sens étaient en alerte et un déplaisir instinctif l'envahissait chaque fois qu'ils étaient au même endroit, surtout en intérieur.
Bien qu'il ne sache pas avec certitude, elle devait ressentir un déplaisir similaire face à son éther d'attribut feu.
« La vue depuis cette pièce est superbe. »
Christelle tenta hardiment d'engager la conversation en regardant David partir.
Tous deux croisaient leurs regards.
Ses yeux étaient froids comme la glace.
Ils étaient vraiment incompatibles, comme il l'avait pensé.