« Votre Altesse ? »
'Qu'est-ce qui se passe ?'
« …… »
'Où les choses avaient-elles mal tourné ?'
« Je m'excuse de venir vous voir au confessionnal dans ces conditions. Je n'avais pas le choix, j'essayais d'éviter les regards. »
Quelque chose avait mal tourné. Quelque chose avait très mal tourné.
Les choses n'en seraient pas arrivées là sinon.
'Ai-je fait une erreur ? Quand ?'
« Je n'ai pas beaucoup de temps, je vais juste vous expliquer brièvement la situation de ma mère. »
Mon corps allait bien, mais j'avais l'impression que le monde tournait.
Mon cœur battait la chamade et mes paumes étaient moites à l'idée d'avoir enfin rencontré « elle ».
Non, ce n'était pas un coup de foudre.
« ……Êtes-vous la jeune lady Christelle de Sarnez ? »
« Pardon ? Oui, Votre Altesse. J'étais si pressée que j'ai même oublié de me présenter…… Veuillez m'excuser. Je m'appelle Christelle Olivier de Sarnez. »
Cette lueur d'espoir que ce ne soit pas elle s'effondra sous mes yeux.
Bien sûr, tout ce qui constituait Christelle en tant que personne rendait presque impossible qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre.
Le protagoniste était vraiment le protagoniste.
Je pouvais dire qu'elle était une belle femme, même dans ce confessionnal sombre, grâce à ses joues rougies et ses longs cils, et sa silhouette avait aussi ce don d'attirer les regards.
Dans l'ensemble, elle ressemblait assez à la fille sur la couverture de mais était aussi différente.
La première différence, c'étaient ses grands yeux posés sur moi.
Ce n'étaient pas les pupilles couleur ciel éclatant dont je me souvenais, mais des yeux bleu-gris qui lui donnaient un air plus intelligent et sérieux.
'Attendez une minute…… Attendez. Elle ne semble pas intelligente du tout.'
« Jeune lady Christelle, « Olivier » est-il votre second prénom par hasard ? »
« Ah, hull. »
Elle lâcha une phrase coréenne qui n'existait pas dans ce monde. Je serrai les dents pour garder mon poker face.
Elle ne devait pas encore bien maîtriser les « règles » de ce monde, vu qu'elle y avait transmigré récemment.
« Je ferai comme si je n'avais rien entendu, puisque votre second prénom ne se partage qu'avec les gens qui vous sont chers. »
« ……Merci beaucoup. »
Je marmonnai en serrant les dents, et elle rejeta ses cheveux en arrière d'un geste de la main en soupirant avant de répondre.
On avait l'air tous les deux de trouver la situation plutôt difficile.
'Pourquoi diable dois-je déjà connaître le second prénom du protagoniste ?! Ça ne va pas trop vite ?!'
Cette situation était trop douloureuse pour moi, vu que je n'avais aucun plan pour que quelque chose se passe entre nous.
« Partez si vous n'êtes pas là pour vous confesser. Je ferai comme si cette rencontre n'avait jamais eu lieu. »
Je me raidis et regardai droit devant moi. Je ne peux pas être gentil avec elle.
Dans le roman, Jesse Venetiaan, contrairement au prince impérial Cédric, était toujours gentil et chaleureux avec Christelle.
C'est pour ça qu'Eunse avait dit « merde au prince impérial » et soutenait Jesse, et aussi pourquoi le cœur de Christelle avait été ébranlé par le second rôle masculin à plusieurs reprises.
Cela signifiait que je devais faire l'inverse.
Je me demandais qui au monde voudrait se faire détester, mais apparemment j'étais ce quelqu'un.
Je devais me faire détester par elle pour ne pas être mêlé à ce triangle amoureux dingue.
Je devais le faire pour survivre.
« Votre Altesse, j'ai juste besoin d'un moment de votre temps. Voyez-vous, ma famille…… »
« Je ne souhaite pas l'entendre. »
« Ma mère souhaite se confesser. Mais elle veut le faire en privé, pas au temple. C'est parce que…… »
« Je n'ai pas le choix. J'appellerai les gardes. »
« Attendez un instant ! »
– Splash.
J'entendis un bruit d'eau. Je me tournai vers le panier de pique-nique à ma gauche par réflexe.
La bouteille en verre remplie de thé à la menthe ne montrait aucun signe de mouvement. J'eus un frisson.
– Splash, splash.
« …… »
Le bruit venait de la droite, de la zone au-delà de la fenêtre en bois à ma droite. Je tournai la tête très lentement.
Mon corps semblait craquer comme l'homme en fer-blanc quand il n'est pas bien huilé.
« C'est à cause de ça. »
Une sphère d'eau de la taille d'une pomme flottait au-dessus de la petite main de Christelle.
L'eau à l'intérieur de la sphère, qui me faisait penser à ses yeux, formait de petites vagues en bougeant.
Je ne pus que fixer ça bêtement un moment.
Je n'avais aucune idée de comment comprendre ce que je voyais ni la tournure actuelle des événements.
« Quoi…… »
« L'objet divin que ma famille protège, la « Bénédiction de la Mer Bleue », n'existe plus. »
Mes yeux s'écarquillèrent. Trop de choses s'entrechoquaient dans mon esprit à cet instant.
La Bénédiction de la Mer Bleue, le duché de Sarnez, les bêtes divines, et le petit garçon aux yeux orangés.
« Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? »
« C'est exactement ce que j'ai dit. La Bénédiction de la Mer Bleue n'existe plus parce qu'elle a été absorbée par mon corps. »
Mon esprit ne parvint pas à traiter l'info assez vite malgré l'explication.
J'ouvris et fermai la bouche sans pouvoir dire quoi que ce soit.
Ce n'était pas possible. La Bénédiction de la Mer Bleue était un objet qui apparaissait sur la couverture de 'QNW'.
C'était un joyau bleu qui rappelait un saphir.
Cet objet divin qui semblait devoir jouer un rôle important entre Christelle et le prince impérial… le fait qu'il ait disparu dès le début de cette histoire était difficile à accepter.
Cependant…
– Splash……
Cette sphère qui tournait sur la paume de Christelle, comme si elle se moquait de moi, était définitivement un pouvoir d'attribut eau.
Et, comme son nom l'indique, la Bénédiction de la Mer Bleue était un objet divin d'attribut eau.
'Christelle utilise de l'éther ?'
Je n'avais jamais entendu Eunse mentionner que Christelle utilisait des super-pouvoirs.
Cette histoire était le cliché typique d'une fille qui se retrouve avec un gars à cause d'un mariage politique et passe de la haine à l'amour.
Ce serait la description en une phrase de l'histoire de QNW. Du moins, c'était ce que l'histoire aurait dû être…
« ……Il vaudrait probablement mieux demander une audience à Son Éminence, le cardinal Boutier, plutôt qu'à moi. »
C'était la réponse la plus logique que je pouvais trouver pour l'instant.
Je ne trouvais aucune solution à ce problème.
« Aller voir Son Éminence serait vu comme un acte politique. En tout cas, c'est ce que pense ma mère. Elle souhaite se confesser à vous, Votre Altesse, en tant que personne venue du Royaume Saint, pour pouvoir se confesser sans rien retenir, même inconsciemment. »
« Jeune lady Christelle, je…… »
« Il y a une histoire sur l'objet divin qui a disparu du Temple de la Vigilance aussi. »
« Qu'avez-vous dit ? »
– Clunk !
J'entendis le sourd bruit de la porte principale qui s'ouvrait.
De « vrais » pénitents semblaient entrer.
Christelle tressaillit et rabattit sa capuche sur sa tête.
Elle serra la main en poing et la sphère d'eau disparut instantanément.
« Quand la cloche annoncera 21 heures au Bal du Printemps dans deux jours… Venez au balcon le plus à droite du palais Strauder. Je vous en supplie, prince Jesse. »
Elle quitta rapidement le confessionnal sans même attendre ma réponse.
Tout ce qu'elle disait me rendait anxieux.
Au moment où j'hésitais à arrêter Christelle ou non…
– Riiiiiiiip !
« Ah, merde. »
J'entendis le bruit de quelque chose qui se déchirait avant de l'entendre jurer tout bas.
Elle a dû marcher sur sa robe et la déchirer.
'Elle est mignonne et s'adapte facilement à toute situation, mais elle est un peu maladroite.'
Sa personnalité semblait exactement la même que celle qu'Eunse aimait.
« Ho…… »
J'entendis des pas rapides et la sentis disparaître vers le fond du temple tandis que je restais coi face à ce tsunami géant qui m'avait frappé de plein fouet.
J'entendis ensuite les pas prudents des pénitents venir de la direction de l'entrée principale.
J'essayai de calmer au mieux mon esprit qui s'emballait.
'Mais qu'est-ce qui se passe, là ?'
─────
J'annulai mes plans de confession de l'après-midi et regagnai le palais Juliette une fois Christelle partie.
J'utilisai enfin l'excuse « je suis malade » pour mettre de l'ordre dans mes pensées.
'Je ne la gardais pas pour l'utiliser comme ça… merde……'
« Lady Isabelle de Sarnez est la belle-mère de la jeune lady Christelle. Le duc Simon de Sarnez s'est remarié après le décès de sa femme. »
Benjamin expliqua, debout devant la table.
Je le savais déjà, mais je lui fis signe du regard de continuer.
Ce fut Ganael qui continua.
« Lady Sarnez ne participe pas beaucoup au Beau Monde et quitte rarement le duché. C'est pour ça qu'il y a peu de rumeurs ou de ragots la concernant. Certains racontent qu'elle est la belle-mère typique, d'autres la louent pour sa grâce et son élégance, mais…… Il n'y a aucun noble assez proche d'elle pour connaître la vérité. »
J'acquiesçai et regardai en silence le numéro du 1er avril du journal que j'avais ouvert sur la table.
Le titre, « Le trésor des Sarnez s'est éveillé », était écrit en gros caractères.
C'était le numéro qui faisait un dossier spécial sur le réveil de Christelle après son sommeil de trois ans.
J'étais abonné et j'avais déjà lu cet article il y a environ neuf jours.
Mais chaque phrase avait l'air différente après cette rencontre avec Christelle qui m'avait failli faire faire une crise cardiaque.
Lady Sarnez affirmait : « Je récupérerai ma fille quoi qu'il m'en coûte. »
L'objet divin, la « Bénédiction de la Mer Bleue », a disparu.
Christelle s'est réveillée.
Elle a parlé de comment elle « a commis un grave péché. »
J'avais l'impression de forcer un peu les choses, mais ce genre d'image émergea tandis que j'assemblais les pièces du puzzle.
Ce n'est peut-être pas l'ordre exact des événements, mais cela me semblait le plus probable, vu ce que je savais pour l'instant.
En gros, Lady Sarnez a utilisé le trésor familial pour sauver sa fille qui semblait ne jamais devoir se réveiller.
Mis à part la question du « comment » elle l'a fait…… Elle a fait absorber l'objet divin par le corps de sa fille.
Christelle s'est alors réveillée de son sommeil inexplicable et a pu utiliser l'attribut de l'objet divin comme de l'éther.
Si j'avais raison sur tout ça, pourquoi Lady Sarnez voudrait-elle se confesser à moi ?
« Je suppose qu'utiliser un objet divin pour des raisons personnelles serait un grave péché ? »
Les yeux de Ganael s'écarquillèrent à ma question soudaine.
On aurait dit qu'ils allaient éclater si je les effleurais.
« Ce ne serait pas le cas ? Les objets divins sont des trésors que le Dieu Tout-Puissant a personnellement accordés au continent. »
« Y a-t-il des lois pour punir de tels gens ? »
« Je ne crois pas. Cependant…… »
La voix de Benjamin devint plus grave en prenant le relais.
« Les gens des familles gardant les objets divins… ils ont tous une fierté immense, qu'ils soient dans l'Empire ou dans le Royaume Saint. Ils croient être aux avant-postes de la volonté du Dieu Tout-Puissant. Ce sont tous des gens qui mettraient leur vie en jeu pour protéger l'objet divin de ceux qui le poursuivent par cupidité personnelle. »
« Donc ils feront probablement une émeute si quelqu'un utilise un objet divin pour des raisons personnelles. »
« Je le crois. Mais je crois que le Dieu Tout-Puissant enverrait sa volonté en premier, même si personne ne bouge. »
Je ne cessais de repenser à ce que Benjamin venait de dire.
Dans une telle situation, je comprenais pourquoi Lady Sarnez voudrait recevoir le pardon d'une figure religieuse.
Il y avait trop de pièces, donc je n'étais pas trop sûr, mais……
En tout cas, il semblait vrai que la Bénédiction de la Mer Bleue avait disparu, et j'en avais la preuve.
« Ces bêtes divines… Où seraient-elles allées si elles n'étaient pas allées au duché de Sarnez ? »
Les trois pandas rouges n'avaient pas pu détecter l'objet divin même après avoir franchi la frontière de la capitale impériale et être entrés dans le duché de Sarnez.
Il y avait aussi le petit garçon qui menait les trois petites bêtes.
Si la Bénédiction de la Mer Bleue avait déjà été détruite à ce moment-là, ça expliquait pourquoi Cédie et les bêtes divines s'étaient perdus.
Benjamin ne s'affola pas et me répondit, malgré mon brusque changement de sujet.
« Si ce n'est pas les Sarnez, alors…… Le deuxième objet divin le plus proche du palais impérial serait l'« Épée de Sagesse de l'Étoile Flamboyante » sur le territoire du marquis Duhem. »
« Combien de temps pour y aller sans utiliser de portails ? »
« Si quelqu'un courait sans s'arrêter, ça prendrait probablement deux jours, quatre au maximum. »
Je me mordis les lèvres. Quatre jours. C'était la même durée que l'absence de Cédie et des pandas rouges.
Ça semblait bizarrement trop parfait pour être une coïncidence.
'Alors supposons que Cédie a pris le trio de pandas rouges et s'est dirigé vers la Marche Duhem……'
« Benjamin, Ganael. »
J'appelai prudemment les deux.
Leurs expressions devinrent encore plus calmes, comme s'ils avaient senti le changement d'ambiance.
J'avais besoin de beaucoup plus d'aide maintenant. Le protagoniste m'était soudain tombé dessus du ciel.