Le jeune homme hocha la tête, prit une pomme dans le plat à fruits et déclara : « Une pomme me suffira. »
Après avoir parlé, il descendit l’escalier en tenant sa pomme, suivi par la femme d’Helman.
L’enfant d’Helman demanda : « Allons-nous nous soulever ? »
Helman demanda : « En avez-vous espoir ? »
« Bien sûr. Les Prosiens sont arrivés quand j’avais neuf ans seulement, vous disiez que je n’étais pas haut comme un fusil. Maintenant j’ai quinze ans, je les dépasse, et je sais manier le pistolet-mitrailleur Sten ! »
Le Royaume-Uni apportait un soutien majeur à l'Organisation de résistance de Melania, notamment en larguant des quantités importantes de pistolets-mitrailleurs Sten.
Ces armes présentaient nombre de défauts et les combattants de la résistance préféraient généralement les pistolets-mitrailleurs MP40 prosiens, mais les MP40 étaient difficiles à se procurer, alors que les Stens ne manquaient pas.
Helman répondit : « Ne sortez pas votre Sten trop vite. Demain, partez en reconnaissance pour voir comment réagissent les Prosiens. Si les Antéens lancent bien une offensive majeure depuis le front Sud, les Prosiens vont forcément se mobiliser.
« N'oubliez pas qu'en voyant des véhicules blindés prosiens, il faut retenir non seulement le modèle mais aussi leurs insignes. Cela nous aidera à identifier les unités dont ils font partie et leurs commandants ! »
L’enfant : « C’est noté ! J’ai déjà fait plusieurs reconnaissances. Demain, je sillonnerai les rues pour dénicher tout ce que je peux sur les Prosiens ! »
Helman sourit, reprit son poste radio et rappela la station antéenne.
Henry fixait toujours l’avant du regard.
Podoliskov dit : « Tu vas te crever les yeux à fixer comme ça ! Ne t’inquiète pas, les trente kilomètres vont passer à toute allure ! »
Ce n’est qu’alors qu’Henry détourna les yeux.
Le soldat d’infanterie à ses côtés lâcha soudain : « Avec toutes ces années passées à parler antéen, j’oublie presque comment s’écrivent les panneaux de signalisation en Melania. »
Podoliskov rétorqua : « Ça va pas se faire ; c’est sur toi que nous compterons pour traduire ces panneaux et nous orienter ! »
« Ne vous en faites pas, je n’ai pas oublié ma langue maternelle », répondit Henry.
À cet instant précis, huit avions d’attaque d’une escadrille de P-47 rugirent au-dessus de leur tête, venant apparemment de terminer un raid de bombardement en provenance du côté ennemi.
Podoliskov saisit le micro : « Pilotes ! Je suis le char au Drapeau Rouge ! Que signale l’avant ? »
Henry n’entendit pas clairement la réponse des pilotes et se contenta d’observer Podoliskov qui se boucha une oreille de la main, le regard suivant les appareils.
« D’accord, on a reçu. Merci pour l’info. » Après avoir reposé le micro, Podoliskov se tourna vers Henry : « Les pilotes ont bombardé les positions de DCA ennemies à l’avant et un QG, probablement celui d’une division ou d’une armée ! Préparez vos hommes ! »
Henry hurla aussitôt : « Un QG ennemi et une position de DCA à l’avant ! En garde ! On suit les chars et on fonce dedans ! »
À peine ces mots avaient-ils été prononcés qu’un obus percuta le char Vengeance.
L’obus fit jaillir des étincelles sur la tourelle avant de s’écraser contre un hêtre derrière le blindé.
Ce n’est qu’alors que le fracas de l’explosion les atteignit et Podoliskov cria : « On vient de recevoir un canon de 88 mm, c’est de la DCA ennemie ! Placez les armes antichar en mode combat ! Henry, fais sortir tes soldats ! »
Henry répondit : « On vous aide à repérer l’ennemi ! Plus on est d’yeux, mieux on le voit ! »
En parlant, il capta un reflet métallique et aboya : « Devant, dans la ferme ! Le canon se cache sûrement là ! »
Tandis qu’il parlait, un second obus de 88 mm frappa à nouveau le char Vengeance, visant visiblement l’anneau de rotation de la tourelle mais n’atteignant que le châssis.
Podoliskov ordonna : « Pointez sur la grange ! Munissez-vous en obus explosifs ! Tir ! »
Le Vengeance mugit, le souffle du tir fouettant les cheveux d’Henry.
La seconde suivante, la grange explosa dans un déluge de flammes colossales, son toit en bois entier fut arraché et une boule de feu orangée s’éleva dans le ciel.