Qui est donc l'équipe Divine Arrow ?
Ludmila : « Le bataillon d'infanterie du sergent Zakayev devait nous couvrir non loin d'ici. Notre équipe, y compris ce bataillon, est placée sous votre commandement, Colonel ! Mais vous avez tellement eu peur à cause de cet obus que vous vous êtes pissé dessus et vous vous êtes enfui en rampant dans le sous-sol pour vous cacher ! »
C'était donc pour ça que le sergent Zakayev ne voulait pas être sous mes ordres, se dit Wang Zhong : il comprenait parfaitement.
Wang Zhong regarda Ludmila : « Crédis-moi, je… je ne suis plus qui j'étais ! »
En réalité, il n'était plus le même homme.
Ce timoré a dû mourir de frayeur, et moi, j'ai probablement perdu connaissance suite à une crise d'alcool dans un autre monde, pour finir coincé dans le corps de ce poltron, je suppose.
Peu importe. L'essentiel, c'est ce qui suit.
Une fois les émotions de Ludmila calmées, Wang Zhong s'apprêtait à se retourner pour explorer les lieux lorsqu'il se rappela soudain quelque chose d'important et reprit la parole : « Nous… euh… »
Lui demander à quel pays il appartenait maintenant lui sembla inopportun. Cela risquait même de lui coûter la fragile confiance qu'il venait d'obtenir et de lui faire perdre son seul subordonné.
Au fait, la survie passait avant tout.
Attends, si tout repose sur la survie, la reddition ne serait-elle pas aussi une option valable ?
Après tout, il était Chinois. Il n'y avait aucune raison de combattre jusqu'à la mort pour un État dont il ignorait même le nom.
Peut-être que son expression trahit ses pensées, car au même instant, Ludmila déclara : « Si tu penses sérieusement te rendre aux Prussiens, je te fusillerais avant eux ! »
Bien, cette option était donc définitivement écartée.
Wang Zhong préféra se dire qu'il valait mieux y aller étape par étape.
Il rampa jusqu'au bord du grand trou, s'allongea et glissa son regard vers l'extérieur tout en activant sa vue plongeante.
Mince, toute la zone en éventail devant lui apparaissait désormais « mise en lumière ».
Évidemment, certains bâtiments dépassant le deuxième étage obstruaient encore la vue, laissant place à des zones d'ombre.
Dans le champ de vision de Wang Zhong, les ennemis étaient clairement identifiés. Il repéra même l'équipe du sergent Zakayev.
Ils progressaient dans une ruelle, avec des ennemis juste devant eux.
Ensuite, il les observa entrer en contact avec l'ennemi, sans même avoir le temps de réfléchir à la réaction à adopter.
Un véhicule blindé à chenillettes faisait partie des attaquants ; sa mitrailleuse ouvrit immédiatement le feu et réduisit le sergent de tête en lamelles dès la première rafale, sans qu'il n'ait eu le temps de tirer.
Les deux soldats de seconde classe qui suivaient le sergent tentèrent de fuir, mais furent stoppés net par les balles traçantes de la mitrailleuse et s'effondrèrent à leur tour. L'équipe fut anéantie en un rien de temps.
À ce moment-là, il entendit la voix inquiète de Ludmila : « Le tir est tout proche, que se passe-t-il ? »
Wang Zhong : « Le sergent Zakayev est mort, tous sont morts. Ils sont tombés par hasard sur le blindé à chenillettes ennemi. »
Ludmila resta silencieuse quelques secondes, puis demanda : « Alors, que faisons-nous ? »
Elle ne se posa même pas la question sur la manière dont il pouvait connaître ces détails.
Wang Zhong scruta la direction de l'est via sa vue plongeante ; puisque le sergent Zakayev fonçait vers l'est, il en déduisit que les alliés se trouvaient également de ce côté.
À environ trois pâtés de maisons, il repéra des hommes des siennes au beau milieu d'un accrochage.
Cependant, le champ de vision plongeant ne s'étendait pas très loin. De plus, le trajet était joncé d'une multitude d'ennemis, accompagnés d'au moins dix chars et véhicules blindés.
Après observation pendant quelques instants, Wang Zhong constata que, malgré le nombre d'assaillants, les bâtiments masquaient efficacement leurs champs de tir. Tant qu'il maintenait sa vue plongeante, il semblait possible de se faufiler.
Tout dépendait de deux facteurs : le premier étant la possibilité ou non de diriger ses déplacements depuis cette perspective aérienne.
Après tout, ce système ne disposait pas de souris ; il ne pouvait pas déplacer ses hommes à la simple clic comme dans un jeu de stratégie en temps réel.
Wang Zhong focalisa son attention sur lui-même et tenta d'imaginer le corps allongé par terre bougeant légèrement.
Par stupéfaction, dès que la pensée germa, son corps s'exécuta réellement. Il ressentit même la friction physique de ses vêtements contre le sol.
Recevoir ces perceptions tactiles depuis la vue plongeante était assez étrange. Une nausée vertigineuse saisit Wang Zhong, très probablement parce que son cerveau n'avait pas encore intégré cette anomalie, provoquant un déséquilibre entre les sensations corporelles et le traitement visuel.
Un phénomène similaire à la cinétose provoquée par certains jeux en trois dimensions.
Wang Zhong renouvela l'expérience mais dut vite arrêter tant les vertiges devenaient insupportables.
Il lui fallut abandonner l'idée de se mouler activement tout en conservant ce point de vue surplombant.
En revanche, lui était-il possible de déplacer Ludmila ?
Il essaya de « user de ses pouvoirs » sur Ludmila, cherchant à la commander par la pensée, mais sans succès.
Soudain, Wang Zhong comprit qu'il agissait en imbécile : merde, pourquoi passer par ses pensées ? Il suffirait de donner l'ordre à voix haute.
« Ludmila, » lança-t-il, « vois-tu la fenêtre à ta droite ? Va voir à l'extérieur, fais attention. »
Ludmila s'étonna : « Comment peux-tu voir derrière toi ? »
« Une simple intuition. Dépêche-toi ! »
Ludmila alla s'installer près de la fenêtre et Wang Zhong obtint ainsi une vue sur l'arrière de la pièce.
Ça fonctionnait !
Donc, à partir de maintenant, Ludmila assurerait l'éclairement en tête pendant que je la suivrais !
Attendez, laisser une fille mener la danse ainsi n'était-il pas malpoli ?
Après une brève hésitation, Wang Zhong choisit, avec aplomb, la solution qui maximisait ses chances de rester en vie.
Il déclara : « Ludmila, je connais le chemin. Tu as bon œil, tu mènes, on y va. »