Aller au contenu principal

Can I Cry Now?

Chapitre 9

Can I Cry Now?Can I Cry Now?
Chapitre 9

Chapitre 9

Chapitre 9/1506%~8 min de lecture1 507 mots

Puis, dès qu'Ibi remarqua que les yeux de l'homme étaient rougelets, elle lâcha sans réfléchir :

« Tu as pleuré ? »

À ces mots, l'homme sursauta et se leva lentement.

'Il est grand.'

L'inconnu était vraiment grand.

Il n'était pas aussi massif que les marins qui venaient parfois aider à l'orphelinat, mais Ibi ressentait une impression d'intimidation encore plus forte.

Pourtant, elle n'avait pas peur.

Ibi fixa l'homme avec insistance, se remémorant ses yeux cernés de rouge.

Elle savait à quoi ressemblaient les yeux ainsi. Quand on était tellement triste qu'on voulait pleurer, mais qu'il fallait retenir ses larmes.

Bouquet à la main, Ibi fouilla dans sa poche.

'Je l'ai !'

Dans sa poche se trouvait le mouchoir qu'elle avait reçu avec ses vêtements plus tôt dans la journée.

Il était immaculé, avec le blason de l'Académie des Doués brodé dans un coin. Le simple fait de le regarder la réconfortait, alors elle l'avait soigneusement plié pour le glisser au fond de sa poche.

Neuf, jamais utilisé.

Malgré qu'elle l'y ait volontairement coincé par crainte de même le toucher, Ibi le tendit à l'homme sans la moindre hésitation.

« ...... »

« ...... »

Mais l'homme se contenta de fixer le mouchoir proposé par Ibi, muet.

Ibi dut donc prendre la parole la première.

« Sers-t'en. »

« ...... »

Bien qu'elle lui dise de s'en servir, l'homme ne bougea toujours pas et continua de la fixer.

Ibi parla à nouveau.

« Je viens de l'avoir aujourd'hui. Il est propre ! »

Depuis longtemps déjà, quand elle travaillait comme femme de ménage à l'école supérieure, quelqu'un était tombé.

À ce moment-là, Ibi possédait le mouchoir offert par le directeur et s'était empressée de l'en tirer pour essuyer le sang sur la plaie.

Mais l'autre avait repoussé le mouchoir tendu par Ibi, lui demandant pourquoi elle proposait quelque chose de sale provenant de l'orphelinat.

En s'en souvenant, Ibi ajouta précipitamment.

« Vraiment, je ne l'ai pas encore servi une seule fois... »

Une grande main saisit le mouchoir que présentait Ibi.

Sans doute parce que sa paume était si vaste, elle engloba à la fois le tissu et la main d'Ibi.

Ensuite, il se saisit délicatement du mouchoir dans la main d'Ibi.

Ibi sentit la chaleur du corps de l'homme persister sur sa paume et serra puis ouvrit machinalement sa main désormais vide.

« Merci. »

L'homme répondit brièvement d'une voix rauque.

On aurait presque dit qu'il était fâché, mais Ibi n'eut pas peur.

L'homme prit le mouchoir, mais ne s'en servit pas pour se nettoyer les yeux.

Au contraire, il regarda tour à tour le tissu et Ibi avant de demander.

« Mais qui êtes-vous ? »

Clois éprouvait un mélange de perplexité en observant le petit mouchoir dans sa main.

Il se demandait qui bien pouvait être cette personne assez téméraire pour s'être faufilée ici, et il s'avéra que ce n'était qu'une toute jeune enfant.

À première vue, Clois estima qu'elle devait avoir environ six ans, mais il réalisa ensuite que l'enfant portait l'uniforme de l'Académie des Doués.

Cela signifiait qu'elle avait au moins sept ans.

Dès qu'il en prit conscience, Clois fut sur le point de claquer de la langue.

Même âgée de sept ans, l'enfant restait trop petite.

Sauf maladie, cela voulait dire qu'elle ne mangeait pas à sa faim.

Il se demanda si elle était malade, mais les yeux qui le fixaient scintillaient et ses mouvements paraissaient parfaitement aisés.

'Qui peuvent bien être ses parents ?'

Clois maudit intérieurement les parents de cette fillette qu'il découvrait à peine tandis qu'il l'observait attentivement.

'Comment une enfant de l'Académie des Doués a-t-elle pu venir jusqu'ici ?'

On ne pouvait tout simplement pas accéder à cet endroit depuis l'Académie.

Pour traverser la forêt, il aurait fallu lutter contre un bosquet particulièrement touffu, mais les vêtements de l'enfant étaient trop soignés pour qu'elle ait pu emprunter ce chemin.

D'ailleurs, pourquoi cette fillette, qu'il ne connaissait absolument pas, déposait-elle des fleurs sur la tombe de Lilian ?

L'enfant cligna des yeux et répondit avec un grand sourire éclatant.

« Je suis Ibi Elden. »

Clois fixa Ibi avec incrédulité.

Regardant l'illusion toujours floue d'Evevien, il avait souvent imaginé à quoi elle ressemblerait si elle était encore en vie, comment elle sourirait, comment elle parlerait.

Pourtant, face à des filles de son âge, il lui était étrangement difficile de visualiser le visage d'Evevien.

Mais au moment où il vit le sourire de cette enfant, Clois en fut certain.

Si Evevien vivait encore, ne sourirait-elle pas de la même manière ?

Puis, il rit de sa propre pensée.

Si cette enfant était là, elle aurait grandi en tant que unique princesse de cet Empire, baignée dans tout l'amour et l'affection possibles.

Et pourtant, de voir le visage d'Evevien projeté sur une telle fillette, menue et frêle.

Alors, Clois comprit que le nom prononcé par l'enfant correspondait à celui qu'il gardait en mémoire.

Ibi Elden.

La fillette de l'orphelinat qu'il avait prise dans un accès de colère.

Saisissant enfin pourquoi la petite était si menuë et frêle, et pourquoi elle s'était retrouvée déconcertée en voyant l'homme rejeter le mouchoir sous prétexte qu'il n'était pas sale, Clois resserra fortement le tissu donné par Ibi dans sa main.

Puis Ibi reprit :

« Mais vous êtes qui, monsieur ? »

Clois resta soudain muet face au titre qu'il entendait pour la première fois de sa vie.

Monsieur ?

Il se rappela alors qu'il avait laissé son manteau décoré au Palais Impérial avant de sortir.

Aux yeux de l'enfant, il devait passer pour un employé quelconque du Palais Impérial vêtu d'une chemise et d'un pantalon ordinaires.

Certes, à y regarder de près, on aurait pu constater que ses vêtements étaient nettement plus luxueux que ceux des autres, mais ce serait loin d'être évident d'en déduire qu'il s'agissait de l'Empereur.

'Vers sure, je n'ai aucune intention de me présenter comme Empereur.'

Qu'elle le croie ou non, il allait lui demander comment elle s'était rendue jusque-là depuis l'Académie, mais s'il révélait immédiatement sa qualité d'Empereur, elle sursauterait et il serait alors malaisé d'obtenir des réponses claires.

Ibi questionna à nouveau.

« Vous travaillez à l'Académie des Doués, monsieur ? »

Clois, qui cherchait quelle identité adopter, vit un nom traverser son esprit au moment où il entendit les paroles d'Ibi.

Sian Roshen.

Le professeur que le ministre des Affaires d'État avait annoncé être absent de l'établissement. Clois décida de lui emprunter son identité pour un temps.

« Je suis Sian Roshen. Professeur à l'Académie des Doués. »

Le visage d'Ibi s'illumina aux mots « professeur de l'Académie des Doués ». Le fait qu'il soit enseignant, même s'il ne provenait que de la même institution, lui procura visiblement un sentiment de soulagement.

Un tintement strident retentit bientôt dans le lointain.

Ibi se retourna, surprise par le bruit.

Le livret de l'Académie précisait qu'une cloche sonnerait pour signaler la fin des sorties.

Dès qu'on l'entendait, les élèves devaient regagner leurs dortoirs, peu importe leur localisation ou leurs activités en cours.

« Ah, je dois partir maintenant ! Je rentre ! »

Ibi tendit le bouquet qu'elle serrait à Clois et ramassa précipitamment son sac posé au sol.

Après y avoir fourré ses affaires à la hâte, Ibi inclina poliment la tête vers Clois conformément au livret d'accueil, puis s'esquiva en courant le long du sentier qu'elle avait emprunté parmi les ronces.

Clois, ayant reçu le bouquet des mains d'Ibi, la suivit des yeux jusqu'à ce que sa silhouette disparaisse.

Il existait donc un chemin par là ?

Tout juste sorti de sa rêverie et sur le point d'appeler Ibi à nouveau, l'enfant qui s'éloignait vite tourna la tête et agita joyeusement la main en signe d'adieu.

« On se reverra la prochaine fois ! »

Quand il vit Ibi tourner le dos pour s'éloigner, Clois ressentit une douleur poignante dans un coin de sa poitrine.

Il devait la retenir.

L'intuition de Clois hurlait : ne la laisse pas partir. Rappelle-la vite à lui.

Mais sa raison, forgée par des années passées en tant qu'Empereur, stoppa aussitôt ses élans.

Que ferait-il d'elle s'il la ramenait ?

C'était une enfant qui foulait le Palais Impérial pour la première fois de sa vie.

Elle était encore trop jeune et ne voyait en Clois qu'un simple professeur de l'Académie.

Serait-elle surprise et terrifiée s'il la ramenait maintenant ?

Le regard de Clois, tourné vers le sentier bordé de ronces emprunté par Ibi, se reporta sur le bouquet tenu dans sa main.

Comme la couronne sur la tombe de Lilian, il était composé de manière assez maladroite, mais chaque fleur y avait été placée avec attention.

Elle comptait vraisemblablement le déposer sur la tombe d'Evevien.

Mais au final, il l'avait accepté.

« Ha...... »

Clois poussa un long soupir et s'assit lourdement devant les deux tombes.

Normalement, on aurait retrouvé des feuilles mortes çà et là, mais les pierres tombales et les monticules étaient impeccables, débarrassés de toute trace végétale.

Ibi devait s'en être chargée.

'Sait-elle de quelles tombes il s'agit ?'

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.