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Can I Cry Now?

Chapitre 8

Can I Cry Now?Can I Cry Now?
Chapitre 8

Chapitre 8

Chapitre 8/1505%~9 min de lecture1 632 mots

Ibi tendit lentement la main vers la stèle.

Évidemment, c'était un nom qu'elle découvrait et une personne qui lui était étrangère. Impossible que quelqu'un qu'elle ait connu ait sa tombe au cœur de ce Palais Impérial.

Pourtant, en regardant cette stèle, Ibi sentit une vive douleur lui serrer la poitrine.

Ses petits doigts fins effleurèrent les feuilles mortes recouvrant la pierre.

Pour une raison inconnue, elle eut envie de nettoyer cet endroit avec soin.

D'ordinaire, on y gravait des indications sur l'identité du défunt ainsi que le récit de son existence.

Or celle-ci n'en portait aucune.

Seul un nom y était inscrit.

Cela attendrit Ibi à l'idée d'eux.

Qui pouvait bien être cette personne ? Pourquoi reposait-il ici ?

Puis son regard se porta sur une petite stèle posée à côté.

Un nom y avait également été gravé.

[Évévien]

Dès qu'Ibi lut ce nom, elle frissonna et se frotta les bras.

Une tristesse étrange et confuse envahit son cœur.

Elle fixa longuement cette petite stèle avant de secouer la tête.

« … Il me faut rentrer. »

On lui avait dit que la cloche du couvre-feu tintait après le dîner.

Il était donc sage de se dépêcher avant son retentissement. Mais…

'Et si j'attendais le signal de la cloche ?'

Elle s'y était rendue plus tôt précisément pour échapper à l'agitation de la salle à manger.

Il devait encore rester suffisamment de temps avant l'appel.

Que pouvait-elle bien faire ici, simplement parce qu'elle s'y trouvait par hasard ?

Son attention fut alors attirée par les fleurs blanches qui poussaient çà et là.

'Chacun dépose des fleurs sur leur sépulture.'

En passant devant les autres tombes, elle avait souvent vu des bouquets disposés devant les stèles.

Même si cela concernait la sépulture d'une inconnue, elle avait soudain du mal à repartir sans rien laisser.

Ibi déposa son sac et s'approcha des buissons aux alentours. Par chance, ces fleurs blanches étaient toutes épanouies.

Elle s'accroupit et se mit à cueillir les fleurs une à une.

Une brise douce effleurait toujours ses cheveux et parcourait son dos.

Tendre et bienveillante, elle semblait caresser délicatement sa peau.

Clois avançait à pas lents à travers la forêt.

Autrefois, ce bois reliant le Palais Intérieur à l'Académie des Élèves d'élite faisait partie du domaine impérial et s'ouvrait à tous.

Désormais, il était le seul à s'y aventurer.

Car il y avait fait édifier les tombes de sa femme et de sa fille.

Selon la tradition, les membres de la Maison Impériale reposaient dans le Sépulcre Impérial, situé quelque peu en dehors de la capitale.

Clois comptait initialement y inhumer Lilian et Évévien.

Mais les anciens conseillers s'y étaient opposés, arguant que leurs noms n'avaient jamais été officiellement inscrits dans l'Arbre Généalogique Impérial et qu'ils ne pouvaient dès lors accéder au Sépulcre.

Clois était resté bouche bée. Croire qu'on leur refuserait le statut de famille impériale au seul prétexte qu'ils n'avaient pas reçu la Bénédiction au palais.

Habituuellement, lorsqu'on épousait un membre de la dynastie, le conjoint recevait la Bénédiction conjointement. Ce qui n'avait pas été le cas pour Clois et Lilian.

Il s'agissait d'un mariage contracté librement, suite au refus d'une union imposée par son père avec une autre femme.

Or, loin de s'en offusquer, Lilian paraissait soulagée, presque enchantée.

Comme si elle ne souhaitait absolument pas la recevoir.

Puisque Lilian en était privée, il était logique qu'Évévien, née pendant la guerre, n'ait pu non plus l'obtenir.

Et pourtant, c'était son épouse et sa fille.

Et ils les excluaient du Sépulcre Impérial.

« Très bien. Il semble que vous ayez raison. »

Voyant Clois feindre la reculade, les anciens dignitaires en tirèrent fierté, persuadés que le nouvel empereur suivait leurs conseils.

Mais leur arrogance passa vite lorsque les suivantes furent prononcées.

« Elles sont ma femme et ma fille. Il est donc naturel qu'elles demeurent à mes côtés. »

C'est pourquoi Clois fit ériger leurs tombes dans le bois du Palais Impérial.

Et il chassa sans ménagement quiconque osait s'opposer à sa décision.

Ce n'est qu'à ce moment-là que les conseillers se rappelaient qu'il était celui qui avait massacré ses propres frères pour conquérir le trône.

Dès lors, cette forêt devint un sanctuaire interdit, dont l'entrée était réservée à un seul homme.

Au printemps arrivé, Clois écarta les buissons sauvages et pénétra dans la clairière.

Absent depuis plusieurs jours, il savait que des feuilles mortes y auraient certainement formé un épais tapis.

Aujourd'hui, il avait prévu d'entretenir les lieux et d'y rester jusqu'à tard dans la nuit.

Après avoir marché quelques instants, il aperçut les stèles et remarqua immédiatement une anomalie.

Leur sommet était anormalement propre. Comme si quelqu'un les avait déjà essuyées.

En tournant légèrement la tête, il distingua un petit sac oublié non loin de la pierre.

À cette vue, le regard de Clois se durcit.

'Qui ose mettre les pieds ici !'

Depuis sa construction, personne ne s'était approché des tombes durant toutes ces années.

Plus exactement, ils n'y étaient tout bonnement pas autorisés, même en le désirant.

L'unique accès y menant était gardé et la forêt avoisinante, isolée de tout passage humain, demeurait infranchissable.

Quelques petits animaux, oiseaux et écureuils, seuls visitaient régulièrement ces parages.

Alors qu'il s'apprêtait à hurler de colère face à l'intrus, un détail attira son attention sur la stèle de Lilian.

Craignant qu'on ne l'ait profanée, il se précipita vers la tombe et s'accroupit pour examiner les objets déposés.

"… Des fleurs ?"

Un cercle végétal tressé de pétales blancs y reposait.

Le travail laissait à désirer, mais il comprenait aisément que l'auteur s'était appliqué à préserver chaque fleur autant que possible.

À la seule vue de la couronne, la gorge de Clois se serra.

Ceux plantés aux alentours de la sépulture étaient des fleurs sauvages que Lilian affectionnait particulièrement.

À l'époque où ils habitaient son fief, elle en cueillait fréquemment pour composer des diadèmes qu'elle lui posait sur la tête en riant.

Avouer qu'il s'accordait mal avec de pareilles parures aurait menti. Mais il prenait plaisir à voir le sourire de Lilian, si bien qu'il acceptait toujours ses cadeaux sans broncher.

Remonté par ces souvenirs, Clois reprit ses esprits.

Il était hors de question que Lilian soit venue ici. Il devait localiser sans attendre l'intrus.

Dès qu'il leva les yeux.

"… !"

Une gigantesque gerbe de fleurs blanches se dressait devant lui.

Et à ses côtés, une petite fille figée sur une mine ébahie.

Ibi fut prise de panique.

Au début, elle avait simplement eu l'intention de réaliser un modeste bouquet.

Mais en les disposant, ses mains avaient fini par tisser une couronne circulaire.

'Je n'en avais jamais réalisé auparavant.'

À l'orphelinat, elle avait bien tenté d'y parvenir avec des fleurs des champs.

Or les couronnes s'étaient révélées plus ardues qu'imaginé, entraînant systématiquement ses échecs.

Pourtant, ce jour-là, elle arrivait aisément à nouer les parties qui posaient toujours problème.

Comme si un invisible mentor guidait ses gestes.

Revenant à elle, Ibi réalisa qu'elle serrait une grande couronne entre ses mains.

Elle la déposa devant la stèle portant le nom de Lilian, puis repartit cueillir des fleurs.

Elle souhaitait en offrir une aussi près du sépulcre d'Évévien.

Bien que la quantité abondât, elle culpabilisait de faucher les boutons récents. Elle sélectionna donc prudemment celles pleinement ouvertes et sur le point de faner.

La conséquence fut qu'elle dut progressivement s'avancer plus profondément dans le bois.

Avant qu'elle s'en rende compte, ses mains débordaient déjà de végétaux.

'En ferais-je une autre couronne ?'

Ibi regagna le lieu sacré, les bras chargés.

Dès qu'elle aperçut la tombe, elle comprit qu'un individu était agenouillé auprès d'elle, inspectant attentivement la couronne.

'Qui est-ce ?'

Malgré la pénombre croissante, elle distinguait aisément de courts cheveux blonds étincelant comme des rayons de soleil.

Un adulte.

À cette prise de conscience, son corps entier se paralysa.

Les hommes adultes inspiraient une terreur absolue à Ibi.

Car le mari du couple de tenanciers qui l'avait maltraitée jusque ses cinq ans levait systématiquement la main sur elle.

Il l'insultait constamment et frappait sans prévenir, guidé uniquement par ses humeurs.

En outre, il la reléguait dehors, sous l'été torride ou l'hiver glacial, exigeant qu'elle gagne sa pitance.

Par conséquent, en été, elle peinait même à s'hydrater correctement et nettoyait les écuries. En hiver, elle devait briser la glace du ruisseau et laver son linge à l'eau glacée.

Un minimum de lenteur dans ses tâches valait aussitôt les grondements du maître d'auberge. Refuser de la nourrir devenait une punition toute naturelle.

Si bien que, parfois, une fois tout le monde endormi, elle rampait pour ramasser les miettes de pain tombées au sol de l'auberge et survivait ainsi.

Alors que resurgissaient ces souvenirs longtemps enfouis, une sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale.

'Devrais-je m'esquiver discrètement ?'

Son sac traînait pourtant tout près de l'homme.

Celui-ci renfermait le ruban pour son uniforme scolaire neuf ainsi que divers effets reçus dans la journée.

Impossible de l'abandonner ainsi. Comment pourrait-elle affirmer avoir perdu ce qu'elle venait de recevoir ?

'Mais j'ai encore peur…'

Tandis qu'elle envisageait de fuir immédiatement pour revenir demain, une brise chaleureuse effleura ses reins.

Comme pour l'encourager à avancer, lui signifiant qu'elle ne risquait rien.

La crainte se dissipa au gré des vents et Ibi éprouva soudain l'envie de savoir qui bien venait ici.

Elle rassembla donc ses dernières forces et s'avança vers l'homme.

Quand Ibi se tint devant lui, l'homme leva lentement la tête. Ses cheveux dorés captèrent la lumière tandis que ses yeux bleus se posèrent sur elle.

"……"

"……"

Pendant un instant, ils s'examinèrent mutuellement sans prononcer le moindre mot.

On lui avait appris que fixer autrui ainsi relevait de l'impolitesse, mais Ibi ne parvenait pas à détourner le regard.

Une joie pure l'envahit, comme si elle croisait enfin la personne qu'elle attendait depuis si longtemps.

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