« Allez, ne restez pas là à broyer du noir, on y va ! On fait le tour des stands, non ? »
« De toute façon, y a plein de viandes bien meilleures que celle-là. »
« C'est vrai, oui. »
« Y a aussi des stands qui valent le coup. »
« On va manger de la bonne viande ~ »
Tout le monde avait l'air d'avoir tourné la page, et j'en ai soufflé un bon coup.
Ce matin encore, ils ont réclamé de la viande de « Supersaurus » au petit-déjeuner, mais je n'en avais pas prévu.
La viande de Supersaurus est dure, et pour l'attendrir, il faut la préparer au moins la veille.
Sans compter que…
« Vous croyez qu'on peut en manger quand on veut, mais au rythme où vous y allez, il n'y en aura plus très vite. Et là, c'est fini pour de bon, vu que c'est une espèce éteinte. »
Dès que j'ai dit ça, ils ont tous fait une tête de « Ah, c'est vrai ! »
C'est vous qui les avez fait disparaître, non ?
Mais comme le steak Chaliapin de Supersaurus d'hier était encore meilleur que prévu, tout le monde a déprimé.
Ils ont quand même englouti leur bol de riz au porc de donjon haché ce matin.
Du coup, ambiance un peu lourde dès le matin.
Mais dès que j'ai parlé du tour des stands, l'humeur s'est éclaircie.
Ils avaient hâte de faire les stands de la capitale, ceci dit, vous êtes faciles, les gars.
« Bon, aujourd'hui, on achète tout ce qui bouge ! »
Envie de shopping à fond.
Mon but principal, c'est les emplettes, après tout.
J'attendais ça depuis un moment.
La capitale a un grand marché, paraît-il, alors j'ai super hâte.
Pour la viande, Fel et les autres chassent, pour les légumes, Alban cultive ses légumes ultra-savoureux, donc mon objectif, c'est les fruits.
S'il y a des trucs qui ont l'air bons, je les prends direct.
Aussi, la farine a l'air d'être vendue selon les terroirs, donc j'aimerais bien en tester plusieurs.
Il y a plein de boutiques d'herbes mélangées à la capitale, ça aussi j'attends avec impatience.
Grâce à Fel et aux autres, on a de la marge niveau fric, donc l'envie d'acheter monte en flèche.
Peut-être aussi parce que la capitale a plein de magasins différents.
Bref, aujourd'hui, c'est razzia !
« Aujourd'hui, on bouffe, on bouffe, on bouffe à en crever ! »
« Oui. Ça s'annonce réjouissant. »
« Allons voir ce que valent les stands de la capitale. »
« Sui va manger plein, plein ~ »
Fel, Gon-jii, Dora-chan et Sui sont prêts à faire un festin chez les stands.
« Allez, cap sur le tourisme de la capitale, c'est parti ! »
Et c'est comme ça que notre groupe est parti en tourisme à la capitale, le cœur léger.
***
Notre groupe était arrivé sur la place Maria, le lieu de détente des habitants de la capitale.
D'ailleurs, le nom « Maria » vient de l'épouse du roi précédent, et cette place aurait été construite pour commémorer leur vingtième ou trentième anniversaire de mariage.
Elle offre une vue imprenable sur le château royal, et est plutôt bien entretenue.
C'est pour ça qu'il y a pas mal de monde.
« Ho ~ Il y a même une fontaine. »
Ça me fait penser que c'est la première fois que je vois une fontaine depuis que je suis arrivé dans ce monde.
Vraiment la capitale.
Pendant que je regardais la place avec admiration, une voix sans délicatesse a retenti.
« On s'en fiche de ça. Plus important, on va là-bas. »
En disant ça, Fel a indiqué du museau un coin de la grande place où les stands étaient regroupés.
Pas seulement Fel, Gon-jii, Dora-chan et Sui aussi avaient les yeux rivés sur ce coin, brillants de convoitise.
Vraiment, vous avez l'œil… ou plutôt le nez fin.
Enfin, les deux, sans doute.
« Allez, dépêche-toi d'y aller. »
« Allons vite, Maître. »
« Bougez-vous ! »
« Maître ~, vite, vite ~ »
« Vous, la bouffe, c'est vraiment votre priorité numéro un… »
Poussé par le quatuor de gloutons, je me suis dirigé vers le coin des stands.
Ils n'ont même pas jeté un œil aux stands qui ne vendaient pas de viande, et ont enchaîné les stands à viande sans pause.
Même là, ils ne choisissent que les stands qui ont l'air bons, c'est dire.
Au début, les tenanciers et les clients des stands ont flipé en nous voyant, mais grâce à l'histoire du Léviathan, Fel et Gon-jii sont connus dans toute la capitale, donc quand ils ont vu qu'on était normaux, ils se sont calmés.
Au contraire, maintenant, tout le monde nous regarde avec curiosité.
On est un peu les centres d'attention.
Les stands où le quatuor de gloutons (surtout Fel et Gon-jii) a mangé attirent la foule derrière.
Les tenanciers ont l'air occupés, mais ils ont le sourire aux lèvres.
Bah, leur flair — ou leur nez — ne trompe presque jamais.
Ils ne choisissent jamais les stands mauvais, et le simple fait que Fel et les autres les aient choisis garantit que c'est bon.
« Hé, le prochain, c'est celui-là. »
« Ce stand sent bon, ça a l'air bon. »
« Hé hé hé, moi aussi celui-là m'intriguait. »
« La viande a l'air bonne ~ »
Et le quatuor de gloutons a foncé en trombe.
Leur prochain cible : un stand de brochettes qui n'avait rien de spécial en apparence.
« Euh, excusez-moi, je prendrais… 71 brochettes, s'il vous plaît. »
La répartition : 20 pour Fel, 20 pour Gon-jii, 20 pour Sui, 10 pour Dora-chan, 1 pour moi.
Vu qu'on a déjà mangé plein de trucs, ça devrait suffire.
« Oui ! C'est un honneur que vous veniez chez moi. »
Le patron l'a dit, mais il avait l'air super sûr de son goût, comme s'il avait anticipé notre venue et avait déjà cuit les brochettes, parce que les 71 brochettes sont sorties illico.
On s'est déplacés dans un coin libre derrière le stand, et j'ai préparé les assiettes de tout le monde.
J'ai déposé la viande enlevant les piques.
« Voilà. »
À peine les brochettes dépiquées, les gloutons se sont jetés dessus à toute vitesse.
Pourtant, ils ont déjà fait six stands et mangé comme des fous, mais leur appétit est intact.
Devant le quatuor de gloutons en mode tout-manger, j'ai souri amarement et j'ai mangé ma brochette moi aussi.
« Oh, c'est bon ! »
Je sais pas quelle viande c'est, mais elle n'est pas trop molle, elle a une mâche juste comme il faut, ça donne ce sentiment de « je suis en train de bouffer de la viande » qui fait super plaisir.
La qualité de la viande elle-même est dingue pour un stand.
Et ce qui m'a le plus impressionné, c'est l'assaisonnement.
C'est juste du sel aux herbes, simple, mais c'est un sel aux herbes qui mélange ail et diverses herbes, et ça matche parfaitement avec cette viande.
D'habitude, l'ail prend le dessus, mais là, les herbes sont dosées pile pour que ce soit frais.
J'aimerais bien savoir quelles herbes et dans quelles proportions.
Et ce sel aux herbes…
« Y a une pointe d'agrume qui passe par le nez, tu vois. »
En marmonnant ça, le patron a réagi.
« Frère, t'as l'palais fin ~. Mais ça fait plaisir qu'quelqu'un le remarque. »
« C'est vous qui l'avez fait, ce mélange ? »
« Ouais. Pour arriver à ce goût, ça m'a pris plus d'un an. »
C'est pour ça qu'il a confiance, après avoir passé tout ce temps à le chercher.
« Il va super bien avec cette viande, quand même. »
« C'est sûr, c'est sûr. »
Le patron a hoché la tête, satisfait de mes mots.
« Au fait, c'est quelle viande, celle-là ? »
« Hé hé, frère, t'en penses quoi ? »
« J'en sais rien du tout. »
C'est pour ça que je demande.
Mais c'est pas de l'orc, c'est sûr que c'est pas un volatile, et ça ressemble pas non plus à du bœuf de monstre.
Peut-être du mouton ?
« C'est du lapin cornu. »
« Hein ?! »
Le lapin cornu, c'est un monstre qui se reproduit vite et qu'on trouve partout dans les prairies.
C'est aussi le gibier quotidien des aventuriers débutants.
Du coup, c'est une viande qui se trouve facilement, mais personnellement, j'aime pas trop.
Quand je suis arrivé dans ce monde, j'en ai mangé dans un resto en ville, mais ça avait un goût particulier et c'était un peu dur.
Ce n'est pas un monstre que Fel et les autres, avec leur palais affiné, daignent chasser, donc je n'en avais plus mangé depuis.
« Cette viande avec son goût particulier et sa dureté, c'est ça ? »
Incapable de le croire, j'ai écarquillé les yeux en demandant au patron, qui a souri en coin, l'air de dire « je l'ai eu ».
« Avec une préparation spéciale, le goût particulier disparaît et ça devient tendre comme ça. »
« Une préparation spéciale ? »
« Bien sûr, c'est un secret absolu. »
Bah, évidemment.
Si ça se sait, il peut mettre la clé sous la porte.
« Ah ~ c'est dingue, la viande de lapin cornu peut être aussi bonne, je suis bluffé. »
J'ai dit ça en croquant un morceau.
Oui, c'est vraiment bon.
« Hé hé, entendre ça, c'est ma plus grande joie. »
Le patron s'est gratté le nez, gêné.
Pendant que je discutais avec le patron du stand, le quatuor de gloutons avait déjà nettoyé les assiettes de brochettes.
« Hé, achète-nous de la viande en plus pour plus tard. »
« Moi aussi. »
« Moi aussi ! »
« Sui aussi ~ ! »
« Oui, oui. Patron, du coup, en plus… disons 100 brochettes, s'il vous plaît. »
« D'accord ! »
Au passage, le stand où on a fait l'achat supplémentaire a eu une file d'attente interminable après ça.