Submergé par l'énergie de Marie, je souffle un peu après avoir bu le thé qu'on m'a servi.
Hé, le thé qu'on sert ici est toujours aussi bon, tiens.
J'avale le thé gorgée par gorgée pour me remettre de ma fatigue, puis j'attaque le vif du sujet.
« Lambert-san, j'ai un cadeau pour toi. Et aussi une faveur à demander... »
En disant ça, je sors de ma Boîte à objets une peau d'un vert éclatant.
« Euh, si je me souviens bien, c'est une peau de Hunter Green Anaconda, non ? »
C'est un drop de ce donjon, là.
Même dans la boutique de Lambert-san, je n'avais jamais vu une peau d'un vert aussi vif, alors je me suis dit que ça ferait un bon cadeau.
Et puis, je veux aussi qu'on en fasse des petits accessoires pour mes esclaves, pour leur offrir en guise de souvenirs.
« Mu, mu, mu, Mukouda-saaaan ! »
Pour une raison incompréhensible, Lambert-san hurle mon nom avec une expression désespérée.
« Ma ma. »
Marie-san affiche un air embarrassé et sourit nerveusement.
« Mukouda-sama, je dois m'occuper des clients qui affluent à la boutique, alors je vais prendre congé ici. »
« Oui, oui, allez-y. »
Le rayon produits de beauté de Marie-san faisait un carton, cela dit.
En plus, les clientes sont sérieuses, elles posent plein de questions en choisissant leurs produits, donc les vendeuses de ce rayon — toutes des femmes, au passage — avaient l'air débordées.
Mais alors que j'acquiesçais, Lambert-san retient Marie-san qui se lève en l'appelant « Mari~ » d'une voix geignarde, à l'opposé de mon accord.
Lambert-san, si tu la colles comme ça sous prétexte que tu ne veux pas la quitter, tu vas te faire détester, tu sais.
Mon vrai fond de pensée, c'est « Crèvent les리아充 ». (Mon cri du cœur)
« Toi, occupe-toi bien de Mukouda-sama, entends-tu ? »
Sur ces mots, elle sourit gentiment, secoue Lambert qui s'accroche à elle, et sort de la pièce.
Je regarde le Lambert-san bedonnant et bonhomme qui est devant moi.
Haa, même s'il est un marchand de renom, c'est bizarre qu'un « oncle » aussi assumé ait une femme aussi jeune et belle.
C'est l'argent, forcément ? C'est l'argent ?
Mais moi aussi j'ai de l'argent, pourtant.
Pourquoi je n'ai pas de rencontres, moi ?
Déjà dans mon monde d'origine je n'en avais pas, alors ici, en avoir ne serait pas une punition, non ?
« …… Bon, qu'est-ce que tu veux que je fasse, moi. L'ignorance du monde de Mukouda-san atteint un tel point qu'on ne sait même plus comment lui l'expliquer (marmonne) »
« Hein ? Lambert-san, tu as dit quelque chose ? »
Comme je ruminais mes griefs contre Lambert-san, je n'ai pas bien entendu ce qu'il a marmonné.
« Non, rien du tout. Haa~ »
Hey hey, c'est quoi ce soupir final.
C'est moi qui ai envie de soupirer, moi.
« Mukouda-san. »
« Oui. »
« Franchement, je ne peux pas accepter cette peau. »
« Eh ? Pourquoi ? Je l'ai apportée exprès en cadeau. Et j'ai une faveur à demander, en plus... »
Quand je dis ça, Lambert-san me fixe d'un air grave.
« Mukouda-san, écoute bien. La peau de Hunter Green Anaconda, ce n'est pas quelque chose qu'on offre en cadeau en disant "tiens, voilà". C'est un objet d'une valeur extrêmement élevée. L'an dernier, à la vente aux enchères de la capitale, elle est partie pour près de mille pièces d'or. »
« Mille pièces d'or, dis-tu ? »
« Oui. Et pourtant, elle avait beaucoup de défauts. J'ai participé à cette vente, j'ai vu l'objet de mes propres yeux. »
« Beaucoup de défauts... »
J'examine attentivement la peau de Hunter Green Anaconda que je tiens.
…… Cette peau n'a pas le moindre défaut, non ?
« Vous le voyez bien. Cette peau est intacte, d'une propreté parfaite. Donc sa valeur est d'au moins mille pièces d'or, voire plus. »
« Non, enfin... »
Je comprends ce qu'il veut dire.
Mais pour moi, cette peau n'a pas grande utilité.
C'est bien pour ça que je pensais la lui faire racheter, mais Fel et les autres gagnent tellement qu'en ce moment je ne suis pas à court d'argent.
C'est une peau d'une belle couleur, je me suis dit qu'elle ferait le cadeau parfait pour Lambert-san...
« Écoutez, Mukouda-san. Je n'ai pas non plus assez de culot pour recevoir un truc pareil en cadeau et répondre "ah, d'accord, merci" en le prenant. »
« Mais j'ai une faveur à demander, moi... »
Je tente une faible résistance en lançant des regards en coin à Lambert-san qui me sermonne.
« Haa~... Cette faveur, elle vaut assez pour compenser cette peau, c'est ça ? »
« C'est... euh... »
« Mukouda-san. »
« Euh, ben, j'avais pensé faire faire des petits accessoires avec cette peau pour les offrir en souvenirs à tous les miens... »
« Haa~... »
Lambert-san, hein, hein.
Pas la peine de secouer la tête en soupirant comme ça.
« "Tous", ce sont vos esclaves, n'est-ce pas ? »
« Oui. Ce sont tous des employés précieux pour moi. »
Sans eux, notre vie actuelle, libre, à voyager çà et là, ne tiendrait pas.
C'est parce qu'ils sont là qu'on peut sortir l'esprit tranquille un peu partout.
Ce sont vraiment des effectifs indispensables.
« Offrir des accessoires en peau de Hunter Green Anaconda à des esclaves... Seuls Mukouda-san peut avoir une idée pareille... Ahaha. »
Lambert-san, arrête de dire ça avec ton rire sec, s'il te plaît.
« C'est pour ça que je tiens vraiment à ce qu'on me les fabrique. »
« …… Haa~. C'est bon, j'ai compris. J'accepte. Et puis, on rachètera le reste de la peau. Une peau de Hunter Green Anaconda, on n'a pas souvent l'occasion d'en mettre la main. Profitons-en. Ahahahahaha ! »
…… Lambert-san, tu ne lâches pas l'affaire, là ?
Après ça, entre Lambert-san qui propose mille deux cents pièces d'or pour la peau et moi qui dis que comme je garde la part pour les accessoires et la main-d'œuvre, le prix doit être plus bas, on a négocié, et on a fini par s'entendre — ou plutôt j'ai imposé — six cents pièces d'or, déduction faite de la peau pour les accessoires et de la main-d'œuvre.
Pourtant, Lambert-san a toujours l'air pas convaincu.
« Vous êtes sûr que ce prix convient... »
« Le vendeur, c'est moi, et je dis que ça me va, donc ça va ! »
Là-dessus, je ne cède pas.
D'abord, j'étais venu pour offrir un cadeau, et me voilà reparti avec des pièces d'or, mettez-vous à ma place.
C'est pas classe, quoi.
Bon, passons à la commande des accessoires !
« Donc, pour les accessoires à faire avec cette peau, je voudrais des porte-monnaie. Et puis... »
J'explique à Lambert-san ce que j'ai en tête.
Dans ce monde, les portefeuilles en cuir comme ceux qu'on vend dans cette boutique, seuls les petits nantis en possèdent.
Les aventuriers et les gens du peuple trimballent leur monnaie dans des sacs en jute.
Et encore, quand ils ont une corde de serrage comme une bourse, c'est déjà le haut du panier ; la plupart du temps, ils jettent juste leurs pièces dans un sac en jute sans fond et replient l'ouverture pour l'utiliser.
Mes gens, pareil, utilisaient ce genre de porte-monnaie.
Moi aussi, je trouvais « bof, quand même », donc je me suis dit que cette fois, ce serait des portefeuilles. Mais si on en fait, autant qu'ils soient pratiques.
Parce que les portefeuilles d'ici, l'ouverture se ferme par un bouton ou une lanière, et sortir ou ranger les pièces est discrètement chiant.
Une fois habitué, ça va peut-être, mais bon.
La preuve, le portefeuille que j'avais acheté ici avant, je m'en sers à peine à cause de ça.
Du coup, j'ai réfléchi.
Un porte-monnaie à gorge, ça serait vachement pratique, non ?
Paf, tu l'ouvres, paf, tu le fermes.
Je ne pense pas qu'il y ait de porte-monnaie plus adapté pour ranger des pièces qu'un porte-monnaie à gorge.
C'est pour ça que j'explique le concept à Lambert-san à l'oral, mais ça ne passe pas bien.
« Euh, bon, je vais faire un dessin pour expliquer. »
Je sors de ma Boîte à objets du papier, un encrier et une plume que j'avais acquis par curiosité il y a un moment.
Je griffonne tant bien que mal un dessin maladroit sur le papier rêche et bosselé de mauvaise qualité.
« Et là, cette partie métallique s'ouvre et se ferme. »
« Hou hou. La partie supérieure, en forme de bille, devient le cœur du mécanisme d'ouverture. Je vois, grâce à votre dessin, c'est bien clair. À ce niveau, nos artisans pourront le faire sans problème. »
Oh~, le porte-monnaie à gorge a l'air jouable.
D'après Lambert-san, vu que c'est de la petite maroquinerie, y compris la fermoir à gorge, trois jours suffiront pour tout boucler.
C'est bien Lambert-san et sa boutique.
Vraiment, leur confier le travail, c'était le bon choix.
« Au fait, une demande : ce "porte-monnaie à gorge", je voudrais qu'on le commercialise aussi dans notre boutique, si possible. »
« Ça ne me dérange pas. »
« Merci beaucoup ! Si mon intuition ne me trompe pas, ça va se vendre ! »
« Ha, haa. »
« On vous reversera une partie des bénéfices, Mukouda-san ! »
« Hein ? »
« Alors, Mukouda-san, je retourne au travail ! Allez, ça va être la course ! »
« Ah, Lambert-san... »
Il est parti.
« Enfin, c'est juste un porte-monnaie à gorge, quoi. Bon, tant pis, moi aussi je vais rentrer. »
Fel et les autres doivent m'attendre le cou tendu, de toute façon.