Une fois rentré à la maison, j'ai servi un bol de riz garni de viande de minotaure géant nappée de sauce yakiniku — un plat simple mais d'une délicatesse violente — au quatuor de gloutons qui la réclamaient comme une évidence, et nous avons expédié un déjeuner tardif. Conformément au programme, nous nous sommes ensuite dirigés vers la boutique de Lambert.
« Le plat de viande que vient de préparer Maître était délicieux. Il doit encore exister bien des recettes de viande que je ne connais pas. »
Gon-jii, de bonne humeur après s'être régalé.
« C'est naturel. »
« Ouais ouais. Pour changer, les abats grillés qu'on a eus dans le donjon étaient excellents. »
« C'était dans le donjon à viande ? Sui aussi elle aime ça. »
« Oh, c'est ça ? Je pensais que les abats étaient fatalement immangeables, mais c'était contre toute attente assez bon. »
« C'est ça. Les abats ont un goût prononcé, on peut les manger mais on n'a pas spécialement envie d'en manger sauf cas exceptionnel. Et pourtant, cette saveur… Quand tu mâches, l'umami se répand dans toute la bouche. »
« C'était bon, hein. »
Quand ils parlent d'abats grillés, c'est du hormon-yaki, basically.
La conversation sur le hormon-yaki met Fel, Dora-chan et Sui en émoi.
« Des abats ? Les abats ont un goût parasite et sont mauvais… Mais c'est si bon que ça ? »
Gon-jii interroge tout le monde avec un air dubitatif.
« Oui. C'était plutôt bon. »
« Ah ouais, c'était bon. »
« C'était délicieux. »
Fel, Dora-chan, Sui répondent à l'unisson que c'était bon.
En fait, on dirait qu'ils se rappellent le goût, ils bavent tous.
« Je vois, c'était bon. Moi aussi j'aimerais goûter, Maître. »
Il me fixe intensément tout en disant ça, Gon-jii.
Son insistance à quémander est intense.
« Ça me dit bien de remanger ça, ça fait un moment. »
« Je suis du même avis. »
« Sui aussi veut manger. »
Et avec ces mots, les regards se tournent vers moi.
Mais bien sûr, vous aussi…
« Oui, oui, j'ai compris. Ce soir ce sera hormon-yaki. Mais ça fait de la fumée, donc ce sera dehors. Comme c'est le dîner, ce sera après la tombée de la nuit, et je vous demanderai de bien mettre la Barrière pour que les insectes ne viennent pas. »
« Maître, pas de problème. Ce travail, je m'en charge sous ma responsabilité. »
Il est drôlement responsable et enjoué juste pour ce genre de truc.
Ainsi, le menu du dîner fut décidé sur les réclamations de tous, et nous arrivâmes à la boutique de Lambert.
La boutique de Lambert est florissante aujourd'hui encore.
En particulier, le coin où Marie vend savons et shampoings est envahi par des clientes de tous âges.
Submergé par le nombre de clientes enthousiastes, je n'arrivais pas à l'aborder, mais c'est Marie qui m'a remarquée la première et m'a interpellée.
« Monsieur Mukouda, bienvenue. Avez-vous quelque chose en tête ? »
« En fait, j'aimerais demander un renseignement à Marie. »
Je lui ai demandé s'il connaissait un bon magasin pour acheter de la vaisselle dans cette ville, où l'on puisse trouver de la belle vaisselle comme celle achetée à Neihof.
« Ah, pour ça, il y a une bonne boutique. Allez tout droit dans cette rue, tournez au deuxième coin, c'est juste là. »
D'après les infos de Marie, le patron a l'œil et se rend lui-même à Neihof plusieurs fois par an pour s'approvisionner.
Ce qu'on achète là-bas ne peut pas être raté, dit-elle, et elle utilise même un service à thé acheté là-bas pour ses propres réunions de thé.
Hmm, ça a l'air pas mal comme boutique.
Lambert aussi, mais Marie, en tant qu'épouse de commerçant, est bien informée.
Tiends, tant qu'à faire, je vais aussi lui demander où confier les travaux d'agrandissement de la salle de bain.
« Merci. J'irai voir tout à l'heure. Et j'ai une autre question, si vous voulez bien… »
Sur un air de « tant qu'à faire », je lui demande aussi quel artisan contacter si je décide de faire agrandir la salle de bain.
Marie me recommande alors l'artisan qui a fait les travaux de la salle de bain de Lambert et qui en assure la maintenance, et elle m'écrit même une lettre de recommandation.
« Ah, ça m'arrange bien. Merci beaucoup. »
« Mais non, pour ce genre de chose, n'hésitez pas à demander quand vous voulez. »
« Euh, du coup… »
Je sors le cadeau de remerciement prévu de la poche de mon sac en cuir.
« Ce n'est pas grand-chose, mais je me disais que ça pourrait faire plaisir à Marie. »
En disant ça, je montre un pot type confiture rempli de gel tout-en-un, transvasé depuis les flacons de masque capillaire qu'on fournit à la boutique.
Je me disais qu'un produit beauté ferait plaisir à Marie.
Mais préparer lotion, lait, crème et tout le tralala ferait trop cérémonieux.
D'où l'idée du gel tout-en-un qui règle tout seul.
Il a l'air à la mode parce qu'il permet un soin de la peau facile.
Je lui explique le gel tout-en-un en le lui montrant…
« Après s'être lavé le visage, en appliquant ça, la peau devient hydratée et douce, c'est ça ? »
« Euh, oui. »
Accroche au-delà de mes prévisions, ou plutôt, les yeux de Marie brillent d'une lueur intense.
« Si je mets de l'huile parce que ça tiraille, cette fois la peau devient grasse… Ma peau qui n'en finit pas de m'inquiéter, avec ça… »
Oh oh, Marie est partie dans son monde.
« Hum. Eh bien, voilà… »
« Oh, c'est embarrassant. Vous m'avez vu dans un moment honteux, ohohoho. »
Tout en disant ça avec gêne, Marie serre précieusement le flacon de gel tout-en-un qu'on lui a tendu.
« Essayez, et si ça vous plaît, dites-le-moi. J'en ai pas des tonnes, mais je peux en fournir un peu. »
« Je crois sur parole votre parole. Le moment venu, je compte bien sur vous. »
Hé hé hé, Marie, tes yeux sont sérieux.
Intimidé par le regard de Marie, je la remercie et quitte la boutique en vitesse.
Phew.
Donner le gel crème tout-en-un à Marie, c'était peut-être prématuré ?
Bon, bon, c'est donné, c'est donné.
Oui, passons à la suite.
Direction la boutique de vaisselle recommandée.
Pour l'artisan de la salle de bain, j'irai plus tard. Pour l'instant, comme prévu au départ, je vais acheter de la vaisselle pour Gon-jii.
***
J'ai laissé Fel et les autres m'attendre devant la boutique, et je suis entré dans le magasin de vaisselle recommandé par Marie.
« Bienvenue. »
Un patron d'allure moyenne, avec une moustache fine en guise de trait distinctif, m'accueille avec le sourire.
« Que cherchez-vous ? »
« Eh bien… »
Je sors les assiettes en céramique de Fel et compagnie de la Boîte à objets et je les montre au patron.
« C'est ce qu'on a eu à Neihof, mais je cherche le même genre d'assiettes dans d'autres coloris. »
« Puis-je en examiner une ? »
Je tends l'assiette bleu-vert au patron à moustache.
« Hmm hmm. C'est une pièce de l'atelier Filmino, non ? »
Je me souviens plus très bien de quel atelier ça vient, mais le nom sonnait comme ça.
« Un instant. Si je me souviens bien, les pièces de cette forme de l'atelier Filmino… »
En marmonnant, le patron à moustache disparaît au fond de la boutique.
Il revient peu après avec un bol profond ressemblant à ceux de Fel et les autres.
« Ceci est une pièce du même atelier Filmino, même forme, je pense. Qu'en pensez-vous ? »
Le bol profond apporté par le patron est couleur moutarde, une teinte sobre et du plus bel effet.
« Pas mal. La couleur aussi, sobre comme celles qu'on a déjà, c'est bien. »
En bol profond dédié à Gon-jii, celui-là est évidemment retenu.
J'espère qu'il lui plaira.
Je demande le prix pour l'acheter : 21 pièces d'or.
À Neihof, ça coûtait moins de 20 pièces d'or, mais on ne peut pas s'attendre aux prix du lieu de production.
Frais de transport et compagnie, c'est normal que ce soit plus cher.
C'est inévitable, je réserve ce bol profond.
Ensuite, je demande aussi à voir de grands plats pour Fel et les autres qui mangent en grosses quantités.
« Voici les pièces de l'atelier Lawrence, très en vogue récemment. »
Ce qu'il me montre, ce sont de grands plats plats en céramique type porcelaine, blanc cassé avec un liseré or.
La taille est nickel, c'est pas mal, mais l'épaisseur est fine, ça a l'air fragile, ce qui m'inquiète.
Surtout que les utilisateurs, c'est Fel et compagnie.
Surtout Fel, avec cette finesse, si ses dents touchent, ça cassera direct.
« Vous n'auriez pas des assiettes un peu plus épaisses ? »
« Hmm, dans ce cas… »
Le patron sort alors des assiettes de la même couleur blanche, mais d'un blanc transparent et avec une certaine épaisseur.
« Ce sont des pièces qu'on vient de recevoir de l'atelier Ludovic, une jeune pousse prometteuse. »
Ouais, ça c'est bien.
Aspect porcelaine blanche, les plats vont ressortir.
Celui-là aussi, je le prends.
C'est une pièce d'une jeune pousse, donc 7 pièces d'or l'unité.
Il y en avait 5 identiques, je les prends tous.
Ensuite, on me montre plein de trucs, et j'achète 5 grands bols profonds couleur beige et 5 gros bols type donburi marrons.
Total : 96 pièces d'or.
C'est plus cher qu'à Neihof, mais c'est inévitable, et j'ai pu acheter des trucs qui me plaisent, donc bon achat.
Je paie, range la vaisselle dans la Boîte à objets, et sors de la boutique.
Le patron à moustache me raccompagne avec un large sourire.
« Tout le monde, je vous ai fait attendre. »
« T'es lent ! »
« Ouais, t'es lent ! »
« J'ai attendu tellement longtemps que j'en ai eu marre. Sui s'est endormie sur ma tête. »
« Zzz… »
« Désolé, désolé. Les courses sont finies, rentrons. »
« Oui. Et comme promis, le plat d'abats. »
« Ouais ouais. Celui où l'umami se répand dans la bouche quand tu mâches ! »
« Maître, j'ai hâte. »
« Nn… riz ? Riiiz ! »
Sui se réveille dès qu'on parle du dîner.
« Sui, le riz c'est pas encore. Rentrons à la maison et on mangera. »
« Oui ! »
Sui tremble de joie.
Bon, une fois rentrés, faut préparer l'hormon-yaki.