« Hé, tu ne trouves pas que tu y vas un peu fort sur la paresse, là ? »
« D'accord ~ »
« Juste ça ? »
Un petit-déjeuner qui fit l'unanimité contre lui.
Même s'il s'agissait d'un bol de riz au porc haché préparé à l'avance, se contenter de poser la viande sur le riz sans le moindre accompagnement, c'était vraiment pousser le bouchon un peu trop loin.
Hier, au final, j'ai lu le livre qu'avait laissé Kazuki et j'ai passé la nuit blanche.
Je suis fatigué par manque de sommeil.
« N-non, pour les accompagnements, ce qu'on met dessus, je pensais demander vos préférences d'abord. Tiens, œuf mollet, jaune d'œuf seul, sésame, ce genre de choses. »
Je parvins à brouiller les pistes tant bien que mal.
« Vraiment ? »
Fel me dévisagea d'un air dubitatif.
« V-vraiment, je te jure. Plus important : qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? »
« Hmph, bon, soit. Moi, je veux mon habituel œuf mollet bien baveux. »
« Œuf mollet, noté. Dora-chan et Sui, vous voulez quoi ? »
« Moi aussi, pareil que Fel. »
« Sui aussi ~. Et des petits grains grillés aussi ~ »
Fel et Dora-chan veulent un œuf mollet, et Sui un œuf mollet plus des petits grains grillés, donc du sésame.
J'achetai ça sur le Supermarché en ligne, ajoutai les garnitures en deux temps trois mouvements, et tout le monde se mit à manger avec l'air satisfait.
Quant à moi, j'avalais une bouillie de riz chinoise en sachet, réchauffée.
Faut dire qu'après une nuit blanche, il me fallait quelque chose de doux pour l'estomac.
Haa ~... Mais quel casse-tête.
Je n'aurais jamais cru qu'on me ferait lire un truc pareil...
Obligé de crier qu'on aime la femme d'un autre pour pouvoir l'utiliser, c'est quel genre de torture ?
Pourquoi mettre un paramètre aussi inutile ?
C'est n'importe quoi, Kazuki.
En plus, la destination du transfert, c'un endroit où Kazuki écrit : « Si celui qui possède ceci en est digne, le transfert devrait bien se passer. »
C'est sûr à cent pour cent que ce n'est pas un endroit convenable.
Sûrement une forêt infestée de monstres de haut rang, ou le dernier étage d'un donjon.
Bon, il était écrit en tout petit à la toute fin que si on touche l'outil magique de transfert sur place en disant « transfert » en japonais, on revient direct à l'endroit où se trouve l'outil magique de transfert que j'ai obtenu. Mais bon.
Même comme ça, je n'ai pas l'intention de m'en servir.
D'ailleurs, pourquoi irais-je sur un autre continent ?
Certes, j'ai pensé vouloir voyager dans l'autre monde, mais même sur ce continent, il y a plein d'endroits où je ne suis jamais allé.
Je n'ai même pas encore mis les pieds dans le royaume d'Erman, le voisin du royaume de Leonhart, alors aller exprès sur un autre continent, pas question.
Ça m'étonnerait, c'est évident.
Ahahaha.
D'ailleurs, cette tablette de pierre, comparée aux autres objets, elle était traitée n'importe comment.
D'autres outils magiques étaient empilés dessus, c'est dire.
Bon, elle était posée avec divers trésors, mais le Roi des voleurs n'avait probablement pas compris ce qu'était cette tablette.
Il a dû saisir que c'était un outil magique, mais vu le peu de gens qui comprenaient les cercles de transfert, impossible qu'il ait saisi ce qu'était ce cercle complexe gravé sur la tablette.
Bref, vu comme c'était traité n'importe comment, je trouve qu'on peut faire comme si ça n'avait jamais existé dès le départ.
Si Fel et les autres l'apprennent, ça ne fera que créer du remue-ménage, donc c'est la meilleure option.
Surtout que si Fel apprend l'existence du continent des démons, il pourrait bien dire « On y va tout de suite ».
Si c'est pour en arriver là, mieux vaut définitivement faire comme si de rien n'était.
Oui, c'est décidé.
L'outil magique de transfert, le livre de Kazuki, rien de tout ça n'existe.
Ces choses n'ont jamais existé.
« Hé, tu marmonnes tout seul depuis tout à l'heure, qu'est-ce que tu fabriques ? »
« Hein ? Ri-rien du tout. »
« Vraiment, tu es dans la lune. Je t'appelle pour un second service depuis un moment déjà. »
« C'est ça ! Franchement... »
« Je veux un second service ~ »
« Désolé, désolé. J'arrive avec le rab. »
Je servis illico un second bol de riz au porc haché à tout le monde.
« Hé, ça va vraiment ? Hier aussi, tu as veillé tard, non ? »
Fel demanda ça en engloutissant son bol.
« Ah, oui, ça va. Hier, j'ai juste un peu pas pu dormir. »
Tout ça, c'est la faute de Kazuki et de son truc bizarre.
Rendez-moi mon précieux temps de sommeil, bon sang.
Bon, laissons tomber ces histoires.
« Une fois qu'on a fini de manger, on part pour Carina comme prévu au départ. »
J'ai hâte de rentrer à la maison et de dormir comme un loir dans mon lit moelleux.
***
« Oh, on la voit ! »
La nostalgique Carina apparut à l'horizon.
Grâce à l'oracle de Demiourgos qui nous avait menés au trésor du Roi des voleurs, le voyage de retour s'était déroulé à merveille.
Fel nous avait fait voler, si bien qu'on avait même mis moins de temps qu'à l'aller.
En montrant nos cartes de la Guilde des aventuriers, nous franchîmes lentement la porte de Carina.
Les soldats de garde ne sourcillèrent même plus en voyant Fel et Dora-chan, visiblement habitués.
Une fois dans la ville, nous pressâmes le pas vers notre chez-nous.
« Hé, les amis ! »
Les gardiens de service aujourd'hui semblaient être Balter et Peter à eux deux.
« Je suis de retour. Tout s'est bien passé pendant mon absence ? »
« Ouais, bienvenue. Ici, c'était la paix même. Bon, pour être honnête, je m'attendais pas à ce que l'apprentissage soit aussi dur. »
« Oh, ils étudient sérieusement, du coup. »
Apparemment, ils appliquaient correctement ce que j'avais proposé avant de partir.
C'est une bonne chose.
« Mouais. Costy et Tabasa sont pleins d'entrain... Par contre, ces deux idiots de jumeaux ont mémorisé pas mal de caractères de travers, j'en ai chié pour les corriger. »
« Ouais. Ces deux-là, ils savent lire, alors ils résistaient jusqu'au bout en disant que l'écriture approximative, c'est pas grave... Puisqu'on leur apprend, ils n'ont qu'à écouter docilement. »
« Hahaha, ces jumeaux... On voit direct qu'ils n'aiment pas étudier. »
« Gahahaha, c'est pas faux. Mais Peter, lui, il bosse dur. L'arithmétique, c'est encore loin, mais contrairement aux deux autres, il fait des efforts. La lecture, il s'en sort déjà pas mal, et l'écriture, il arrive à écrire sans problème des choses simples. »
« Hé, il assure pas mal. »
« C'est une chance qu'on m'a donnée. »
Le grand gaillard de Peter dit ça en baissant la tête, l'air embarrassé.
« Tiens, d'ailleurs. J'ai ramené des souvenirs, et ce soir, on fait un banquet tous ensemble. Vous deux, venez. »
« Mmm, et le travail de garde, on en fait quoi ? »
« Ah, Fel et les autres sont là, ça ira. En plus, vu qu'ils ont vu Fel et qu'ils savent qu'on est rentrés, j'doute qu'il y ait des bandits assez fous pour attaquer. »
Sur ce, Balter et Peter hochèrent la tête en disant « Certes ».
« Allez, venez. J'ai de la viande délicieuse ramenée du donjon à viande, des trucs achetés aux étals de rue, plein de bonnes choses. »
« Mmm, des brochettes de rue et tout. Moi aussi, je mange. »
« Moi aussi je veux manger ! »
« Sui aussi ~ ! »
« Oui oui, je prépare la part de tout le monde, pas de panique. »
Après avoir suivi un moment le chemin pavé, notre maison apparut enfin.
Je n'y vis pas depuis si longtemps, mais c'est bien mon chez-moi.
L'idée d'être de retour me remplit d'une émotion profonde.
« Ah, c'est le grand frère Mukouda ! Bienvenue ! »
Lotte-chan, qui jouait dans le jardin devant la maison, me repéra et accourut.
« Je suis de retour, Lotte-chan. J'ai ramené plein de viande en souvenir, celle que tu attendais ! Ce soir, on fait un banquet avec tout ça ! »
« Youpi ! »
À la mention de la viande, Lotte-chan sauta de joie en piaillant.
« Ah, tiens ! Je vais prévenir tout le monde que le grand frère Mukouda est rentré ! »
Comme si elle venait de s'en souvenir, Lotte-chan prit la direction de la maison des domestiques derrière le bâtiment principal.
Peu après, les visages familiers se rassemblèrent.
Tout le monde avait l'air en forme, et je soufflai un peu.
« Je suis de retour. »