Le dieu créateur Demiourgos, qui est aussi la divinité suprême de ce monde, profitait dans une pièce somptueuse de son plus grand plaisir récent : l'alcool et les en-cas d'un autre monde.
« Se sont-ils correctement repentis, je me le demande ? »
Tout en disant cela, il agita légèrement le bras, et une fenêtre semi-transparente apparut devant ses yeux.
Y était projetée la déesse du vent Ninlil, en pleine période de confinement.
***
Le palais de la déesse du vent Ninlil.
Une atmosphère pesante, comme celle d'une veillée funèbre, y régnait.
« Haa… Les douceurs de l'autre monde… »
Allongée sur son lit, Ninlil marmonna entre ses dents.
Son apparence avait changé : elle était amaigrie, le teint terne.
Sa connexion avec Mukouda avait fini par être découverte par le dieu créateur, qui lui avait infligé une sévère remontrance.
Tous les cadeaux de Mukouda furent confisqués, et elle écopa d'un mois de confinement — une sanction lourde pour Ninlil.
Bien sûr, tout contact avec Mukouda lui était interdit pendant cette période.
« Les gâteaux… les flans… les dorayakis… »
Toutes les douceurs de l'autre monde qu'elle avait dégustées jusqu'ici.
Leur saveur lui revint en mémoire, accompagnée de leurs goûts respectifs.
« Je veux manger des dorayakis… Gloups. »
À la simple évocation de son mets favori, Ninlil en eut presque la salive à la bouche.
« Un mois… Même pour le dieu créateur, cette punition est cruelle. »
Un mois entier sans les douceurs de l'autre monde.
Pour Ninlil, c'était une torture.
Puisqu'elle y avait goûté, le miel ou les fruits secs de ce monde ne pouvaient plus la satisfaire.
« Un mois, c'est trop long… »
Une semaine s'était écoulée depuis la sentence, et le cœur de Ninlil était déjà sur le point de céder.
« Haa… Pourquoi n'ai-je pas gardé quelques douceurs en réserve ? Si j'en avais ne serait-ce qu'un peu, les choses seraient différentes… »
Pourtant, Ninlil avait reçu une quantité considérable de friandises de Mukouda, et elle les avait toutes mangées sans en laisser une seule.
« Quelle idiote je fais… »
Alors qu'elle regrettais son passé, un démon lui chuchota à l'oreille.
« Il suffirait de lui envoyer secrètement un oracle pour qu'il t'offre des douceurs. »
« Non non non, impossible, hors de question ! Si le dieu créateur l'apprend, un mois de confinement ne suffira plus ! »
Le démon en Ninlil insista.
« Tant qu'on ne se fait pas prendre, ça va. »
« Il n'y a aucune chance que ça passe inaperçu ! L'adversaire, c'est le dieu créateur ! Houu… Calme-toi. Renonce à ces pensées perverses. Sinon, de graves ennuis t'attendent… Dans le pire des cas, non seulement tu auras plus d'un mois de confinement, mais tu ne pourras plus jamais goûter aux douceurs de l'autre monde. »
À cette pensée, Ninlil frémit de tout son corps et chassa le démon qui était en elle.
« C'est dur, mais je n'ai d'autre choix que de tenir le coup… »
C'est en prenant pour seul soutien la fin de son confinement que Ninlil serra les dents.
« Vraiment, Ninlil n'a aucune patience. Mais bon, puisqu'elle a tenu le coup, c'est bien. »
Tout en savourant l'alcool et les en-cas de l'autre monde, Demiourgos murmura : « Les produits de l'autre monde sont délicieux, après tout. Je ne peux pas dire que je ne comprends pas les sentiments de Ninlil. »
« Ceci dit, si elle n'avait pas respecté mes ordres, elle n'aurait plus jamais goûté à ces douceurs. Foh, foh, foh. Bon, regardons un peu ce que fait Kishar, maintenant. »
***
Le palais de la déesse de la terre Kishar.
Une tension palpable y régnait.
Dans sa chambre, Kishar allait et venait devant son lit, l'air agacée.
« Un mois, un mois… »
Elle se creusait la tête pour savoir comment survivre à ce mois de confinement.
Depuis qu'elle avait commencé à utiliser les merveilleux produits de beauté de l'autre monde, une vie sans eux était tout bonnement inimaginable.
« Le shampoing et l'après-shampoing, c'est bon. »
Sur les conseils de Mukouda, Kishar alternait entre deux shampoings et deux après-shampoings selon son humeur du jour.
Les deux flacons entamés étaient encore à moitié pleins.
« Il m'en reste encore la moitié pour les deux, et j'ai encore un flacon neuf de chaque en réserve, donc ça va. »
Elle disposait en stock d'un jeu complet de shampoing et après-shampoing encore scellés.
« Le gel douche aussi, c'est bon. Au pire, il me reste des savons. »
Elle alternait également deux gels douche sur les conseils de Mukouda.
L'un était entamé au tiers, l'autre à peine ouvert.
Comme elle le disait, même si le gel douche venait à manquer, les savons — vendus par trois — lui laissaient une marge confortable.
« Le problème, c'est le soin du visage. Et c'est le plus important… »
Les produits de soin de l'autre monde avaient opéré une transformation spectaculaire sur sa peau.
Une peau lisse, rebondie, au grain fin et ferme, comme un œuf.
Grâce à eux, Kishar avait obtenu la peau de rêve que toute femme envie.
« La lotion, le sérum et la crème un peu chers que j'utilise maintenant. Ils sont efficaces et me conviennent parfaitement, je ne veux pas les voir s'épuiser… »
Pourtant, si le sérum était encore à plus de la moitié, la lotion et la crème étaient largement entamées.
« Il me reste à peine une semaine de lotion et de crème ! »
Elle avait pensé que la prochaine livraison arriverait à temps, aussi avait-elle prévu de les recommander lors de la commande suivante.
« Et cette crème que je visais depuis longtemps… Elle est forcément extraordinaire. Si je l'avais eue, ma peau serait devenue encore plus belle… »
Kishar pensait à la crème de nuit haut de gamme que le dieu créateur avait confisquée.
« Bref, une fois fini, je n'aurai d'autre choix que de me rabattre sur la lotion et la crème que j'avais reçues avant. La sensation est inférieure à celles d'aujourd'hui, mais c'est inévitable. Je n'ai qu'à tenir avec ça. »
Il lui restait en effet des flacons neufs de lotion et de crème d'un prix plus abordable, reçus précédemment.
« Si, par malheur, même ça venait à manquer… Noooon, je n'ose même pas y penser ! Revenir à l'huile d'olive badigeonnée à l'aveuglette, ce soin primitif ? Impossible ! Lotion, sérum, crème ! C'est avec ce rituel parfait que j'ai conquis cette peau que tout le monde envie ! Ma fierté, ma magnifique peau… »
Kishar semblait sérieusement dépendante des produits de beauté de l'autre monde.
« Haa, haa, haa… Ne pense pas à ce qui arrivera quand ce sera fini, moi. Quoi qu'il arrive, je tiendrai ce mois-ci. Comme ça, ma belle peau sera sauvée. Allez, Kishar, courage ! »
Elle se donna un coup de fouet.
« … Même divine, une femme reste une femme. L'obstination des femmes pour la beauté est terrifiante. »
Demiourgos soupira, impressionné.
« Mais avec une telle obsession, cette punition est parfaitement adaptée pour Kishar. Foh, foh, foh. Passons à Agni, voyons. »
***
Le palais de la déesse du feu Agni.
Une atmosphère électrique y régnait.
Agni arpentait sa demeure à grands pas lourds, contenait tant bien que mal son irritation.
« Je veux boire de la bière… »
Agni trépignait, privée de sa bière adorée.
Elle buvait de l'alcool, certes.
Mais ce qu'elle buvait, c'était de l'ale, ce qu'elle consommait avant de connaître la bière.
« L'ale tiède, ça ne va pas. Il me faut cette bière glacée, avec son goût et sa descente en gorge… »
Elle se remémora la saveur et la fraîcheur de la bière bien frappée, et avala sa salive.
« Chikusho, un mois, putain… »
Les épaules affaissées, Agni réalisa l'ampleur du supplice : un mois sans cette bière merveilleuse.
« Le dieu créateur est cruel, quand même. Goûter à ça et exiger un mois d'abstinence… »
La bière après l'entraînement, la sueur séchée.
La bière après le bain.
La bière qui accompagne le dîner.
Tout était délicieux.
« Nuooooooo ! Je veux de la bièèèère !!! »
Agni buvait quotidiennement, à satiété, la bière fournie par Mukouda.
Maintenant, pas une goutte.
Son désir de bière ne faiblissait pas.
« C'est rageant, mais je n'y peux rien. Je ne peux pas désobéir au dieu créateur. »
De nouveau, les épaules lui retombèrent.
« Pourquoi n'en ai-je pas gardé… Il y en avait pas mal, pourtant. »
Y compris les caisses, la quantité de bière offerte à Agni était considérable.
Pourtant, elle avait tout bu sans en laisser une seule bouteille.
« C'était trop bon, c'est vrai, mais j'aurais pu en garder un peu… »
Tout se résumait à cette phrase.
« Ce qui est fait est fait. Je n'ai plus qu'à subir l'ale tiède pendant un mois. »
Elle se le disait, pourtant son envie de bière ne s'arrêtait pas.
« L'alcool de l'autre monde est bon, après tout. »
En disant cela, Demiourgos vida d'un trait le saké japonais dans son verre.
« Hum, délicieux. »
Il attrapa ensuite son can-tsuma préféré et le fourra dans sa bouche.
« Foh, foh, foh. Pour Agni, ensorcelée par la bière de l'autre monde, c'est une punition d'une efficacité redoutable. Bon, regardons maintenant ce que devient Rusalka. »