« Bienvenue, bienvenue, c'est pas cher ! »
Une voix énergique résonna dans tout le marché.
Nous étions arrivés au marché du matin, près du port.
« Hé, y a pas mal de variétés, dis donc. »
Je me demandais ce que ça donnerait dans un autre monde, mais il y avait bien plus de sortes de poissons et de fruits de mer que je ne l'imaginais.
Des poissons de toutes tailles étaient alignés, certains avec une tête de « c'est vraiment comestible, ça ? ».
Des coquillages aussi, grands et petits, dont certains ressemblaient trait pour trait à des palourdes ou des coquilles Saint-Jacques.
Faut absolument que j'en profite pour faire des provisions.
Je me mis à arpenter le marché du matin.
Au début, les gens étaient sidérés en voyant Fel et les autres, mais dès qu'ils comprenaient que c'étaient mes familiers, ils s'en fichaient royalement.
Les vendeurs de poisson ici sontmostly d'anciens pêcheurs, ils ont du cran.
Les marchandes, elles… bon, les mères de famille sont les plus fortes, peu importe le monde.
Elles ne se prennent pas la tête pour des détails.
J'entrainais Fel et les autres en déambulant dans le marché, achetant en grosses quantités un peu de tout.
D'abord, j'ai pris un poisson appelé saban, sosie parfait du maquereau, très populaire par ici et souvent mangé.
Le patron du stand avait dit que grillé, c'était un régal.
Comme ça se prête bien au maquereau au miso, j'ai raflé tout le stock du stand.
Je lui ai quand même demandé si c'était pas trop… et il m'a répondu :
« Regarde autour de toi, c'est que du poisson. Si un stand est en rupture, le voisin a le même poisson. Faut pas t'en faire, achète tout ce que tu veux. »
Effectivement, le marché aligne les poissonneries à la queue leu leu.
Bien sûr, un stand ne vend pas qu'une seule espèce, et plusieurs stands proposent le même poisson.
Comme dit le patron, même si un stand est en rupture, les autres en ont, donc pas de souci.
Ensuite, un poisson chamado saken, sosie du saumon.
Un peu plus gros que le saumon, mais la chair est rose et l'apparence identique.
Là aussi, très consommé dans le coin.
La marchande a dit que grillé, c'était délicieux.
Le saumon s'utilise dans plein de plats, alors j'ai tout pris.
Puis j'ai repéré un poisson sosie du chinchard.
Appelé ajirou, traité de poisson de rebut, bon qu'à faire du séché, disait-on.
Pourtant, il a exactement la tête d'un chinchard.
Mon instinct me hurle qu'en friture, ce sera un délice.
Un seau pour trois pièces de cuivre, prix cassé, alors j'ai encore tout raflé.
Tandis que je faisais mes courses en flânant… :
« Bienvenue, bienvenue ! Spécialité de Belléan, le tyran fish ! Pêché ce matin, fraîcheur garantie ! Allez, achetez, achetez ! »
Le tyran fish.
Ce poisson que les Guerriers de l'Ombre avaient encensé.
Faut absolument que je le mette la main dessus.
Je me dirige vers le stand. Un tyran fish imposant trônait là.
Près de deux mètres, sosie du pirarucu, le plus grand poisson d'eau douce de l'Amazone.
Différences : une gueule armée de dents acérées et le fait qu'il vive en mer.
« Excusez-moi, je voudrais un tyran fish. »
« Ouï, merci bien ! Le tyran fish, c'est bon grillé ou en soupe ! »
Grilled ou en soupe.
Donc pas cru, visiblement.
Mais je demande quand même… :
« Heu… on ne peut pas le manger cru ? »
« Cru ? ! Faut pas dire de bêtises, voyons ! Y a pas moyen de le manger cru ! Si tu le manges cru, tu crèves ! »
Le patron me l'a dit avec une vigueur incroyable.
« Dis donc, frère, t'es pas d'ici, par hasard ? »
Ce pays a beaucoup de visages de type anglo-saxon, les cheveux noirs ne sont pas absents mais rares, alors le patron a dû penser ça.
Je surfe sur l'idée.
« Oui, enfin… »
« Je vois. Y a des pays sans mer, alors c'est possible qu'on ne connaisse pas. Bon, pour que tu ne crèves pas, je t'explique… »
En l'écoutant, y'a bien des parasites.
Le ver volbaras, un parasite qui s'installe dans n'importe quelle créature marine.
Il pond ses œufs entre la chair et la peau du poisson.
Pas un parasite rare, sans incidence sur les bestioles marines, et les poissons parasités finissent souvent sur les marchés.
Mais chez l'humain, ce ver est hyper dangereux.
Il bouffe les organes et tue l'hôte en une à deux semaines. Flippant.
Par contre, le ver volbaras a une faiblesse fatale : il est ultra sensible à la chaleur.
« Le ver volbaras loge entre la chair et la peau. Même peu de temps, l'essentiel c'est de chauffer. »
D'après le patron, le ver crève à la chaleur, donc même court, griller, bouillir ou saisir suffit.
Heureusement que je n'ai pas tenté le cru.
D'ailleurs, quand j'ai mangé du tataki de giant tarépou avant, j'ai flippé après coup en me disant « merde, niveau hygiène japon, j'ai fait une boulette ».
C'était bon, mais je me suis fait du souci pour les parasites, sans le dire.
Comme rien ne s'est passé, j'ai soulagé, mais…
Y'a sûrement des parasites dans les bestioles et animaux terrestres aussi.
Je ne mangerai plus de viande quasi crue, mais au fil de la discussion, je demande en passant : pareil, y'en a sur terre.
Un parasite similaire, lui aussi sensible à la chaleur.
Le giant tarépou, comme je l'avais saisi en surface, c'était safe.
Bonne, bonne nouvelle.
« Bref, l'important c'est de faire passer la chaleur. »
Le patron hoche la tête en le disant.
Je grave ça dans le marbre.
Pas de cru total, mais tataki-style, bref coup de chaleur = safe.
Cela dit, après l'histoire du ver volbaras…
J'ai pas le courage de retenter le tataki tout de suite.
De toute façon, y'a mille façons de se régaler sans manger cru. Je vais exploiter à fond mijoté, grillé, frit, vapeur pour profiter des fruits de mer.
« Alors, frère, tu en prends combien de tyran fish ? »
« Ah, tous les filets là, et celui-là aussi vous pouvez me le découper ? Si oui, je prends tout. »
« Frère, t'as les sous, au moins ? »
L'acheteur en gros semble le troubler, il demande ça.
Forcément.
Avec les filets, ça fait l'équivalent de trois tyran fish.
Et le tyran fish, étant classé monstre, coûte plus cher que le poisson normal.
« C'est bon. J'ai l'air comme ça, mais je suis aventurier de haut rang. »
« Oh, c'est vrai ? Bon, attends un peu. »
Le patron se met à découper le tyran fish.
Forcément, une bête de cette taille, je peux pas la dépecer moi-même.
Faut laisser faire les pros.
En un rien de temps, c'est fait. Je récupère les filets déjà là et le reste.
Total : deux pièces d'or.
Pour du tyran fish, plus cher que le reste, c'est donné.
Vraiment une ville de port.
Puisque la boîte à objets conserve tout, j'achète à tout va.
Ensuite, crevettes et crabes.
La crevette vermillon, sosie de la crevette impériale.
Plus grosse, couleur vermillon superbe.
Le crabe roi bronze, sosie du crabe des neiges.
Plus gros, couleur cuivre rouge.
Crevettes et crabes, impossible que ce soit mauvais.
Les locaux en achetaient pas mal, confirmation, je rafle tout le stock.
Aussi des coquillages sosie palourdes.
Même tête, même taille, des miniclaques.
Vendus par seaux pleins, prix quasi nul prétexte qu'ils sont petits.
Bien sûr, tout pris.
Miso, vapeur de saké, clam chowder, tout va bien.
Puis le big hard clam dont les Guerriers de l'Ombre m'avaient parlé.
Comme dit, une palourde géante de la taille de ma paume.
Tout pris. Y'avait aussi des small hard clams, taille poing, un peu plus gros que palourdes normales, parfaits pour le BBQ, tout pris aussi.
Et les yellow scallops, sosie coquilles Saint-Jacques.
Double taille, coquille jaune, chair identique.
Populaires en grillé sur les étals, tout pris.
J'aurais bien continué, mais Fel et les autres avaient faim et s'impatientaient, alors j'en suis resté là pour aujourd'hui.
Mais c'est donné.
Variété riche, vraiment une ville de mer.
Tout ça pour même pas cinq pièces d'or.
Cela dit, pour Fel et les autres, c'à peine quelques repas.
Je jure de faire des provisions massives de fruits de mer tant que je suis dans cette ville.
« Bon, on mange aux étals ? »
« J'ai attendu, moi ! »
« Vrai, ça ! »
« Sui, j'ai faim ! »
« Désolé, désolé. Y'a plein d'étals, mangez ce que vous voulez, calmez-vous. »
« Nn ? N'importe quoi ? »
« Ouais. »
« Bien. Alors on goûte à tout. Dora, Sui, on y va ! »
« Ouai ! »
« Sui, je vais manger plein ! »
Je suis la troupe qui fonce vers les étals.