Après le dîner. Nous rentrâmes à l'auberge, le cœur léger.
Nous donnâmes l'ale achetée en souvenir aux slimes, et nous continuâmes la conversation de tout à l'heure, une boisson à la main.
« Pour la boîte à musique, mieux vaut confier la fabrication entièrement à un tiers. »
« C'est effectivement la solution la plus raisonnable. »
Je ne peux pas tout gérer seul, et je n'ai pas l'expertise technique. Mais cela pose la question de savoir à qui confier cela. Pour la vente, on peut compter sur Serge-san et la maison Morgan, mais pour l'artisan ?
« J'ai plusieurs pistes, mais pourquoi ne pas contacter Dinome-dono en premier ? Ses compétences sont certaines, il possède les connaissances et la compréhension nécessaires, depuis le développement des chars magiques jusqu'à ce genre d'outils magiques. C'est aussi quelqu'un qui aime simplement les choses nouvelles, et comme vous l'avez déjà rencontré, -sama, cela limitera les inquiétudes. »
« C'est vrai… mais ne risquons-nous pas de lui être une charge ? »
« Cela dépendra des contre-mesures, mais ça ira. Il a trois disciples sous ses ordres. Et puis, j'ai moi-même compris la structure de cette boîte à musique, donc si on la commercialise, des copies apparaîtront très vite.
Pour empêcher cela et protéger les droits de l'inventeur, il existe les "brevets"… mais nous en avions déjà parlé pour le tissu imperméable, non ? »
« Oui, c'est bon. »
J'avais reçu l'explication sur les brevets, et le système ne diffère pas de celui de la Terre.
On dépose une demande à la Guilde des Artisans, et une fois certifiée, toute utilisation non autorisée est réprimée. Toutefois, pour permettre cette répression, les détails de l'objet et de la technique sont communiqués à l'ensemble de la Guilde. Cette divulgation est inévitable si on dépose un brevet, car sans information, le contrôle est impossible. Et moyennant redevance et autorisation, un tiers peut utiliser légalement la technique.
Publier comme brevet ou garder secret pour conserver l'exclusivité : le choix revient au titulaire. Pour le tissu imperméable, comme un circuit de vente via Serge-san existait déjà, on a opté pour le secret, afin de sécuriser plus facilement la clientèle. Avec l'espoir, aussi, que si la méthode de fabrication fuitait, l'attention se porterait sur les slimes.
« Si la boîte à musique se vend, d'autres vont s'y mettre. Donc le risque que les commandes affluent chez Dinome-san et le mettent en difficulté est faible. »
« C'est bien ça. »
Serge-san propose cette fois de déposer un brevet, mais…
« Quelque chose vous tracasse ? »
« Ce n'est pas vraiment une inquiétude… Mais pour déposer, il faut d'abord s'inscrire à la Guilde des Artisans, non ? »
« Oui, c'est la procédure. »
« S'inscrire juste pour déposer une demande… Vous le savez sans doute, mais je suis aussi inscrit à la Guilde des Dresseurs. Pourtant, je n'ai pas de travail à y prendre. Ne pas travailler tout en étant membre me gêne un peu… »
La livraison de courrier par les Rimul Birds est déjà assurée par des spécialistes, et pour les slimes, c'est hors de question. , le chef de succursale, est très gentil avec moi, ce qui ne fait qu'augmenter ma gêne.
Alors je me dis que si je m'inscris quelque part, je veux faire un minimum de travail… Mais honnêtement, entre l'activité d'aventurier et la boutique, j'ai déjà les mains pleines. Je pourrais peut-être forcer un peu, mais les membres de la famille ducale m'ont prévenu de ne pas trop en faire. Je n'ai pas envie de passer outre.
… Jamais je n'aurais imaginé réfléchir comme ça… Dans ma vie d'avant, c'était : « Un petit effort en plus ? Allez, on finit vite et on passe à autre chose ! » Ce changement, c'est de la maturité, peut-être ?
« Tiens, justement, si on confie la fabrication, pourquoi ne pas laisser le fabricant déposer le brevet ? Ça nous enlèverait une démarche. »
« C'est… possible. Mais… hum… »
Il se met soudain à se tenir la tête. Y a-t-il un problème ?
« Qui dépose la demande ne pose pas de problème en soi. Mais s'il s'agit de Dinome-dono… Il y a une légère chance qu'il refuse en disant : "Je ne vole pas le fruit du travail d'autrui !" »
Une question de fierté, donc.
« Et puis, si on mandate quelqu'un, les droits ne sont plus les vôtres après le dépôt. Au pire, vous ne toucherez aucun bénéfice. Qu'en pensez-vous ? »
« Ça dépend de ce qu'on appelle "le pire"… »
Si on pousse le raisonnement sur les droits, je n'ai本来aucun droit à en tirer profit. S'il y en a un, c'est un lointain inconnu de ma vie précédente. Je l'ai juste reproduit ici, et ça a semblé vendable. Personne ne me le reproche. C'est encore plus "tomber du camion" que pour les Cleaner Slimes.
Je ne tiens pas particulièrement aux droits ni aux bénéfices de la boîte à musique. Mais je n'ai ni le sens de la justice ni la fierté qui me pousseraient à refuser frontalement un profit. En résumé : si c'est utilisable, je l'utilise. Sinon, tant pis. Je suis désolé pour Serge-san, mais personnellement, c'est à ce niveau-là.
Dans cet état d'esprit, ma réponse à sa question serait…
« Quel que soit le partenaire final, je ne réclame pas une grosse part des bénéfices. S'il s'agit d'un artisan magicien… j'aurai sans doute besoin d'équipement pour mes futures activités d'aventurier. À ce moment-là, si vous pouviez me conseiller sur les outils magiques ou me faire un prix de faveur à l'achat, cela me suffirait.
Je n'ai pas l'intention de créer un conflit pour des broutilles… mais si l'autre partie adopte une attitude vraiment dépourvue de courtoisie… en fait, j'ai une autre idée d'objet similaire. »
« … Vous voulez dire un autre modèle, pas une simple variation de mélodie ? »
« Je n'ai pas encore fait de prototype, et je ne sais même pas si ça marchera. Mais si ça réussit… ça pourrait devenir un produit supérieur à la boîte à musique. Au point d'en faire baisser la valeur. »
Serge-san posa la main sur son menton, semblant ruminer mes paroles.
Au magasin, j'avais un peu réfléchi au phonographe et aux disques. Ces deux inventions, sur Terre, sont apparues après la boîte à musique et l'ont remplacée. Si je parviens à les reproduire parfaitement…
« … Vous dites que même si on vous dépouille des droits sur la boîte à musique, vous avez une arme pour tout raser. »
« Ce n'est qu'une possibilité. »
Le phonographe, il existe même des kits de fabrication simples pour enfants en supplément de magazine, et je connais assez bien sa structure. Avec la magie, ce n'est pas impossible. Le problème, c'est la fabrication des disques. Là, c'est flou, et je ne sais pas jusqu'où je pourrai reproduire. Aucune garantie de pouvoir sortir un produit de niveau commercial.
« Si je n'y arrive pas… ce sera la preuve de mon manque de discernement, de ma vision trop courte, de mes connaissances et de mon talent insuffisants. À ce moment-là, on verra. »
En fin de compte, on ne sait jamais tant qu'on n'a pas essayé.
En l'entendant, Serge-san poussa un gros soupir.
« Compris. Allons dans ce sens, alors. »
« Vous êtes sûr ? »
« Aucun souci. Cependant, je suis un peu surpris. »
… De quoi ?
Ma question dut paraître sur mon visage, car il sourit et répondit.
« Bien sûr, l'existence d'une idée de produit supérieur à la boîte à musique est surprenante… mais ce qui l'est encore plus, c'est d'entendre de votre bouche l'idée d'utiliser cette arme pour voler les clients de l'autre partie. Je vous croyais plutôt du genre à chercher un arrangement à l'amiable. »
« C'est ma préférence de base, mais j'emploie la manière forte si nécessaire. Quand on m'attaque, par exemple… Je ne nierai pas que je fais les choses tranquillement d'habitude. »
« C'est moi qui suis encore immature… J'ai un peu mal lu votre jeu. Mais c'est ça qui est intéressant, au fond. »
« De quoi parlez-vous maintenant ? »
« Fufu… Disons que mes attentes pour votre avenir viennent de monter d'un cran. »
Y avait-il un tel élément ? Ou est-ce l'alcool qui parle ?
La discussion étant close, et l'inquiétude montant, on en resta là pour aujourd'hui.
Je raccompagnai Serge-san jusqu'à sa chambre, confirmai le rendez-vous du lendemain, et regagnai la mienne.
Le lendemain matin
Après un petit-déjeuner tranquille, nous sortîmes en ville à deux. La rue principale était encore plus animée que la veille. Nous avançâmes sur le trottoir étroit où les chars passaient frôlant les passants, au milieu de la foule accrue, et parvînmes enfin à la place centrale.
« Voici le site du marché périodique. Haa… »
On y voyait de nombreuses tentes dressées en ordre. L'accès aux chars y était interdit. Les marchandises étaient transférées des chars vers des charrettes à bras, et les piétons circulaient librement entre les tentes.
« Hé, le monsieur ! Jetez un œil à notre boutique ! »
« Petit bonhomme, nous avons des jouets amusants ! »
« Les derniers outils magiques à la mode, venus de la capitale, sont ici ! Nos articles sont à la pointe de la tendance ! »
« … Beaucoup de rabatteurs, on ne sait où donner de la tête. On fait comment à partir d'ici ? »
« Moi, j'entre toujours au feeling dans ce qui m'intéresse… -sama, vous cherchez quelque chose en particulier ? »
« Rien de précis… Mais je vais bientôt construire un four chez moi, donc tout ce qui pourrait servir pour ça, ou pour l'aménagement de la mine abandonnée, ou encore pour les voyages, m'intéresse. »
« Alors cherchons ce genre d'outils magiques en flânant au hasard. »
Nous déambulâmes entre les tentes.
« Ici, ce ne sont que des outils agricoles ? »
« Des outils agricoles enchantés de renforcement physique. Si on y insère de la mana, le travail devient plus facile, donc la demande est constante. »
« Ho… ça pourrait servir pour l'aménagement. »
« Bienvenue. Vous cherchez quelque chose ? »
« Avez-vous des haches pour abattre les arbres et des faucilles pour couper l'herbe ? »
« Il y a plusieurs types de haches, mais pour les faucilles, je n'ai que ça. »
« Une grande faux, hein. »
« Les petites, on s'en sert facilement même sans enchantement, alors le stock est parti. »
… Avec ça, je pourrai faucher de larges zones, et je m'habituerai en m'en servant.
« Ça ira. Je prends la grande faux, la hache, et… cette fourche aussi. »
« Il y a deux types : pierre magique ou ta propre mana. Lequel préfères-tu ? »
« Ma propre mana. »
« Alors 29 000 suits. »
« Voici pour la monnaie. »
« Merci beaucoup. »
Je payai trois petites pièces d'or et reçus de la monnaie en pièces d'argent moyennes.
Je rangeai les achats dans ma Boîte d'Objets, et nous passâmes à la boutique suivante.
« Qu'est-ce que c'est, celle-là ? »
Impossible de deviner la nature des articles rien qu'en regardant…
« Hum… Cette boutique semble s'adresser aux professionnels. Par exemple, cet outil magique est utilisé par les gens du bâtiment. »
Une tige métallique portant sept bossages ronds à intervalles réguliers. Comment s'en sert-on ?
« Chaque partie ronde contient un "Brise-Roche" de puissance variable. En les dirigeant successivement vers de la pierre ou un mur, on mesure la résistance de la cible à la magie de terre. Même avec une peinture résistante à la magie de terre, l'effet diminue avec le temps par vieillissement. »
« Il existe un outil pour ça ? »
« Au passage, la pierre que vous m'avez vendue auparavant. Je l'ai testée avec le même appareil, et elle a montré une belle résistance. »
« Ça me fait un drôle d'effet, tout à coup. »
« Cela ne fait même pas un an… Hum ? »
« Qu'y a-t-il ? »
« J'ai repéré une boutique qui m'intrigue. »
Il se dirigeait vers un coin de la place, où un jeune homme était accroupi devant quelques marchandises posées sur une natte.
« Puis-je regarder ? »
« Y-yes ! »
Le jeune vendeur semblait tendu.
Il observait Serge-san examiner les articles d'un air sérieux.
« … C'est vous qui avez enchanté ce moulin à main avec "Rotation" ? »
« Oui ! Tout ce qui est ici vient de moi ! »
« Permettez-moi de demander : à quel atelier appartenez-vous ? »
« Moi… en ce moment, nulle part… »
À cette réponse, Serge-san sourit, acheta le petit moulin à main, et lui tendit un papier qu'il tira de sa poche. Le jeune homme le lut, s'inclina profondément, et nous regarda partir…
« Serge-san, c'est lourd, ça. Je peux le mettre dans ma Boîte d'Objets. »
« Cela m'arrange. »
« Ce n'est rien. Au fait, lui ? »
« Sa boutique n'avait pas de tente, vous avez remarqué ? Ces tentes sont prêtées par le comité d'organisation aux ateliers et commerces qui ont demandé un emplacement. Donc, ne pas en avoir signifie qu'il expose à titre personnel. Et c'est aussi un moyen de signaler : "Je cherche un employeur ou un maître d'apprentissage". »
« Il a probablement été renvoyé de son atelier pour incompétence. Le contrôle manque encore de finesse, mais la vitesse de rotation du moulin est honorable. Il a l'air sérieux, et s'il poursuit son apprentissage dans un bon endroit, il pourrait s'épanouir. »
Trouver un talent d'avenir… ce papier était donc une lettre de recommandation.
« Exact. La recommandation est pour l'atelier Dinome. »
« … Vous comptez le faire travailler sur la motorisation des chars magiques ? »
« C'est une espérance pour l'avenir, disons. »
L'embauche, si embauche il y a, c'est pour plus tard. Mais on peut dire qu'il ne laisse rien au hasard.
En discutant, nous continuâmes à arpenter le marché des outils magiques.