Aller au contenu principal

By the Grace of the Gods

Chapitre 87

By the Grace of the GodsBy the Grace of the Gods
Chapitre 87

Chapitre 87

Chapitre 87/13564%~13 min de lecture2 587 mots

Le lendemain

Le matin, je reçus de Piolo du miso, de la sauce soja et d'autres condiments.

Puis, de bonne humeur, je déposai à la guilde les herbes médicinales et les défenses de Smash Boar que j'avais récoltées ; on m'annonça qu'on me préparerait la récompense sans délai. L'employé de la veille avait visiblement bien fait suivre l'instruction.

J'avais imaginé toute une série de prétextes pour faire croire à une coïncidence, mais ce n'avait pas été nécessaire… bon, c'est de l'histoire ancienne. À la base, il n'aurait pas été étonnant qu'on me pose quelques questions, et comme Ken et les autres s'en sont sortis et que je n'ai pas été soupçonné, tant mieux.

Tandis que je ruminais ces pensées, l'employé qui s'occupait de moi me remercia en même temps qu'il me tendait la récompense. Quand je demandai pourquoi, il me dit qu'il était ami avec ces trois types. J'en profitai pour m'informer sur les deux aventuriers qui les accompagnaient : ils étaient déjà arrêtés.

Apparemment, la veille au soir, un employé de la guilde qui passait au cabaret après son service avait repéré un duo qui accostait un groupe de rang E ; il avait signalé l'affaire et les deux hommes avaient été arrêtés sur-le-champ. L'enquête qui suivit leur fit avouer leur crime et révéla en prime une falsification de carte de guilde. Vu les charges supplémentaires, ils furent radiés de la guilde des aventuriers et, après un interrogatoire musclé, écopèrent d'au moins cinq ans de travaux forcés à la mine ou d'une mise en esclavage à durée indéterminée.

« La falsification de carte de guilde, c'est possible ? »

« La guilde inscrit et efface elle-même les mentions de récompenses et de sanctions, donc ce n'est pas impossible. Cela dit, il faut un outil magique dédié, ce qui met la chose hors de portée d'un simple aventurier. Dans le cas présent, c'était plus basique : ils utilisaient la carte "d'une tierce personne".

L'un s'en servait telle quelle après l'avoir ramassée. L'autre avait raccordé les parties essentielles d'une carte volontairement abîmée… Il y a des gens qui maltraitent leur carte jusqu'à la couvrir d'éraflures, donc la jointure passait inaperçue, habilement maquillée. Ils auraient été excommuniés pour trouble à l'ordre public, mais ils avaient fait leurs armes comme apprentis artisans dans un atelier. »

Une carte "deux en un" faite de deux vraies cartes, en somme. La personnalité est pourrie, mais la technique, elle, était là.

« Il faut faire gaffe à la gestion de sa carte, hein. »

« Hé hé. Je compte sur vous. »

« Merci beaucoup. »

Je remerciai l'employé pour l'info et quittai la guilde.

Bon… qu'est-ce que je fais maintenant ? Tout ce que j'avais à faire ici est réglé. … D'abord, je retourne à la boutique de Piolo.

« -sama, tout à l'heure le président vous cherchait. »

En rentrant, un employé m'apprit la nouvelle. Je dis que je pouvais le voir tout de suite, et comme on me guida droit dans le bureau de Piolo, c'était sans doute urgent.

Tout en buvant le thé qu'on m'offrait, j'écoutai ce qu'il avait à me dire.

« Dis donc, , avec de la viande de Smash Boar et de la sauce soja ou du miso, tu saurais pas nous faire un plat ? »

« Un plat ? »

La viande de Smash Boar, strictement speaking, c'est de la viande de sanglier, mais le goût et la texture sont quasi identiques au porc.

Côté cuisine japonaise, y'a du choix, mais ce qu'on peut faire vite… soupe de porc, shabu-shabu de porc, bol de porc, porc au gingembre, à peu près.

« Y'en a plusieurs. »

« Tu peux m'les dire ? Le poisson grillé et la soupe miso c'est bon, mais à force ça lasse. Si y'a d'autres façons d'utiliser la sauce soja et le miso, ça se vendrait mieux, je me dis ça depuis un moment. »

Je vois. Moi aussi je serais content de pouvoir manger japonais facilement, alors je vais lui filer quelques recettes.

« Et si on essayait le… comment déjà… le porc au… ah, le Smash Boar au gingembre ? »

Y'a du porc. Y'a de la sauce soja et du mirin. Du gingembre, on en trouve à la pharmacie. Du coup, on peut faire un vrai porc au gingembre, pas juste une viande parfumée au gingembre !

« C'est pas très commerçant de dire ça à un client, mais si t'as pas d'problème, tu pourrais nous le faire ? Les ingrédients, sers-toi de ce qu'il y a chez nous. »

« C'est bon ? »

« Nous, on découvre une nouvelle recette, c'est tout bénef. »

Et me voilà parti pour préparer le déjeuner. Surprise : Cran et Miyabi cuisinent avec moi. Je pensais qu'on apprendrait à un domestique… mais quand je l'ai dit, elles ont ri et m'ont répondu :

« La cuisine, c't'un art féminin, m'a-t-on martelé gamine. Moi j'aime pas qu'la cuisine, et la fille d'un commerce d'aliments qui sait pas cuisiner, ça fait tache. »

« J'ai hâte de goûter c'qu'on connaît pas et d'voir l'talent d'. »

Sous leurs regards, je commençai à cuisiner avec les ingrédients et ustensiles qu'on m'avait préparés sur mon indication.

D'abord, je lavai le riz et le mis sur le feu. Cuire le riz au fourneau, c'est une expérience que je n'avais pas dans ma vie précédente.

Pour accompagner le porc au gingembre, je décidai de faire aussi une soupe de porc. Je tirai un bouillon avec une algue type kombu et de menus poissons ; pour les ingrédients : ciboule, bardane, champignons, viande de Smash Boar et divers légumes. Depuis que je suis en ville, j'ai découvert que les légumes vendus dans les boutiques portent souvent les mêmes noms qu sur Terre et leur ressemblent pas mal. C'est sûrement l'influence des transférés.

Pendant que la soupe mijotait, Miyabi surveillait principalement le riz. Une fois la soupe prête, j'en prélevai un peu plus que nécessaire, le mis dans une bouteille sortie de ma Item Box, et j'y ajoutai sauce soja, mirin et vinaigre pour ajuster la saveur. Cran, qui observait, m'interpella.

« -han, c'est quoi ça ? »

« Un assaisonnement combiné : sauce soja, mirin, bouillon et vinaigre. Évidemment, le goût change selon les proportions, et chacun ses goûts, mais personnellement j'aime bien y mettre un peu de jus de citron pour le côté rafraîchissant. Ça va sur la salade, mais aussi sur la viande ou le poisson. »

« Y'a des trucs comme ça, hein… »

Cran fixa la bouteille un instant, puis reprit son travail sur la soupe.

Peu après, la soupe de porc fut finie… j'allais pouvoir attaquer le porc au gingembre ?

Pendant que les fines tranches de viande grillaient dans la poêle, je râpai le gingembre et préparai la sauce en le mélangeant avec de la sauce soja et du mirin en quantités adéquates.

Je la versai quand la viande fut cuite et dorée : *juwa* ! Un bruit appetissant et un parfum grillé envahirent la pièce. Les deux femmes avaient les yeux rivés sur la viande, mais maintenant il n'y a plus qu'à bien l'enrober. Oui, le porc au gingembre est prêt ! Simple et bon, ça.

Il parait qu'il y a plein de façons de faire le porc au gingembre, certaines font mariner la viande dans la sauce, mais moi je le fais peu. Dans ma vie d'avant, je privilégiais ce qui se fait vite et bon… mais la prochaine fois, je tenterai peut-être une version plus élaborée.

Il ne restait qu'à émincer du chou en julienne et à couper en quatre des tomates de taille intermédiaire — plus grosses que des cerises, plus petites que des normales — pour la garniture. C'est bon. Ah, le riz doit être cuit aussi…

Je me dirigeai vers le riz, quand une silhouette aux cheveux noirs apparut dans le coin de mon champ de vision.

« Piolo-san ? Depuis quand vous êtes là ? »

L'intéressé sortit de l'ombre de l'entrée de la cuisine, l'air vaguement gêné.

« Ahaha, ça sentait si bon que j'suis passé par hasard. »

Ah, l'odeur du riz frais et du porc au gingembre, ça ouvre l'appétit, c'est sûr.

« Papa, c'est pas poli. Si t'as envie d'voir, rentre franchement. »

Tandis que le père se faisait gronder par sa fille, nous dressâmes les assiettes pour nous quatre.

« C'est prêt. »

« Oh, pour de vrai ? Alors on mange tout d'suite. »

On fit porter les plats à la salle à manger par les domestiques, et nous prîmes place.

« Servez-vous. C'est le set porc au gingembre de Smash Boar. »

« Ça a l'air drôlement bon, j'me sers. »

Miyabi entama le repas. Elle attrapa habilement un morceau de porc au gingembre avec ses baguettes et le porta à sa bouche. L'instant d'après, ses oreilles se dressèrent net et elle lâcha :

« C'est bon ! Vachement bon, ça ! »

« Oh, c'est vrai. Déjà quand tu cuisinais, ça avait l'air bon, mais en le mangeant c'est encore mieux. »

« Le porc au gingembre c'est un truc, mais cette soupe, c'est la soupe de porc, tu disais ? Elle est bonne aussi. Y'a plein de légumes, ça a l'air nutritif. Si ça se répand, la sauce soja et le miso, ça va se vendre comme des petits pains ! »

Visiblement, ça leur plaît. Ça me fait plaisir qu'elles apprécient. Piolo y met un peu son grain de sel commercial, mais c'est certain qu'il a aimé.

Moi aussi, tout en expliquant les plats, je savourai ma propre cuisine et me réjouis en silence.

D'ailleurs, après le repas, Piolo, qui avait beaucoup aimé le porc au gingembre, annonça qu'il le mettrait en vente dès ce soir chez le traiteur. Comme annoncé, le soir même, le plat trônait chez le traiteur avec un panneau « Recommandé : porc au gingembre ».

C'est rapide…

Le lendemain

Après le petit-déjeuner, je sortis pour me rendre à ma boutique.

Un chariot de charge s'arrêta devant le comptoir Saionji.

Hein ? Sur la plateforme…

« Carla-san ! »

« Eh ? Le gérant ! »

C'était bien Carla. Comme elle donnait des instructions aux autres en me tournant le dos, elle ne m'avait pas vu et sursauta.

« Vous êtes arrivées. Bon voyage, vous devez être fatiguées. »

« On vous a fait attendre, gérant. La boutique… »

« En face, en biais, là-bas. »

Je lui indiquai du doigt, et Carla donna d'abord des ordres aux gens que je ne connaissais pas pour qu'ils aillent vers la boutique. Ce doivent être les nouveaux embauchés.

Ensuite, je conduisis Carla et Kokin chez Piolo pour les salutations, puis nous nous mîmes en route pour l'ouverture.

Quatre jours plus tard

En deux jours, on peaufina les détails de la boutique et vérifia le travail ; le troisième jour, on ouvrit.

Cinq personnes furent embauchées comme employés de cette succursale. Elles avaient suivi une formation sommaire à l'avance, et le travail tournait plutôt rond. L'une est cuisinière attitrée de la succursale, les quatre autres font office de vendeuses et de gardes du corps.

Ces dernières étaient d'anciens aventuriers de rang C. Pour ce qui est de leur venue chez nous : ils s'en sortaient pas mal comme aventuriers, mais ils commençaient à sentir leurs limites quand ils tombèrent par malchance sur une bête magique qui leur coûta deux compagnons.

À ce moment-là, ils ne savaient même pas ce qu'était cette bête, et ils ne purent rien faire d'autre que fuir. Ils ne durent leur survie qu'à la chance et au fait que la bête s'acharnait sur les camarades tombés… l'un d'eux, blessé et ne pouvant plus fuir, comprit qu'il ne tiendrait pas jusqu'en ville et retint la bête de toutes ses forces pour leur laisser une chance.

Survivants, ils coururent à la guilde signaler la bête. Celle-ci fut heureusement abattue sans mal par un groupe de rang A qui se trouvait en ville. Mais ce groupe ramena la bête à la guilde, et nos gens, voulant voir de leurs yeux la mort de l'ennemie de leurs amis pour faire leur deuil, apprirent que c'était une bête de rang B.

Un adversaire contre qui ils n'avaient pas pu faire le poids, qui leur avait coûté deux amis, et qui n'était qu'un rang au-dessus. Et des aventuriers qui l'avaient expédiée comme rien. Après ça, ils ont renoncé à viser le rang B ou plus.

Les quêtes de rang C rapportent assez pour vivre, alors ils mirent de l'argent de côté tout en cherchant un poste où se poser ; c'est comme ça qu'ils ont accepté la proposition de ma boutique.

Ils sont d'anciens rang C. Même s'ils sont justes pour du rang B, face à des voyous, ils sont plus que suffisants. Le maître de guilde a donné son aval : pour la sécurité de la boutique, c'est large.

En plus, ils ont su que je suis moi-même aventurier ; du coup, ils me racontent leur expérience, me rappellent la prudence… ce sont des gens sympas et accessibles. Ils s'entendront bien avec les autres.

Au fait, l'autre jour. Ken et sa bande sont venus à la boutique fraîchement ouverte ; comme il n'y avait presque pas encore de clients, j'en ai profité pour leur faire visiter et présenter le personnel, dans l'espoir qu'ils deviennent réguliers… et on a parlé du Smash Boar. Leur comportement a dû toucher une corde sensible chez les nouveaux, parce qu'ils se sont mis à leur donner conseils et avis. L'histoire de leur démission d'aventuriers tout à l'heure, je l'ai apprise en même temps qu'on les présentait à Ken.

Bref, je ne suis plus indispensable ici, je laisse la succursale de Renâf à Carla et je rentre à Gimul.

Piolo, Carla et les autres sont venus me raccompagner jusqu'à la porte.

« , fais ton possible. La vraie bataille commence, faut multiplier les boutiques ! »

« Prenez soin de vous. »

« Gérant, ne vous inquiétez pas pour ici, on gère. »

« Nous allons apprendre la gestion au plus vite et sans faille ! »

« Laissez faire. Fini le gaspillage d'avant, je ferai prospérer cette boutique, c'est juré !! »

« Gérant, ménagez-vous. »

« Vous aussi, prenez soin de vous. »

« -han, fais pas trop d'bêtises. On sait pas quand on se reverra, mais meurs pas, d'accord ? »

« Bien sûr. J'ai encore pas mal de temps devant moi. »

L'héritage de mes grands-parents, la recherche, les slimes, la promesse avec .

Ah, tiens. Miyabi entre à l'école de la capitale cette année, non ? Alors elle pourrait croiser . disait n'avoir pas d'amis, et Miyabi y va pour nouer des contacts nobles…

« Miyabi-san. »

« Quoi ? »

« Vous entrez à l'école de la capitale cette année, c'est ça ? »

« Ouais, et alors ? »

« Dans ce cas, une faveur. Une certaine fera sa rentrée cette année à la même école. Si vous pouviez sympathiser avec elle… C'est une bonne fille, et comme elle est noble, ça peut servir vos relations. Et s'il vous plaît, dites-lui de tenir bon de ma part. »

« Mouais, tant qu'elle traîne pas avec des gens bizarres, c'est bon. »

« Merci. Bon courage à vous aussi, Miyabi-san. »

« Évidemment. Toi aussi, donne-toi du mal. »

Je baissai la tête vers tous ceux qui étaient venus me voir partir, et je pris la route du retour vers Gimul.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.