La ville de Renâf se trouve à trois jours de voiture, en passant par quatre petits villages. On m'avait dit que c'était une ville assez grande, bien que pas autant que Gimul. D'ordinaire, le trajet prend au moins trois jours, mais grâce à la magie de l'espace et au qigong, je devrais pouvoir le réduire considérablement.
Pendant le voyage, je me déplacerai principalement par « Warp » à titre d'entraînement, mais je dois garder une réserve de mana, donc je courrai le reste du temps avec mon corps renforcé par le qigong, en récupérant mon mana en même temps. Un rythme de déplacement que personne d'ordinaire ne peut imiter.
J'avais pensé qu'aller doucement et combattre des bêtes magiques pouvait être bien, mais dans ce secteur, il n'y a que des bêtes qu'on peut vaincre sans utiliser ni qigong ni magie. Ces deux derniers mois, à force d'aller et venir entre la maison et la ville, et de faire des excursions d'une journée aussi loin que possible, j'avais déjà 확인é ce point.
Cependant, tout récemment, il paraît qu'un peu plus fortes bêtes magiques sont apparues autour de Renâf, et si je me dépêche, je pourrai peut-être les affronter. En plus, en passant, Grisiera m'a confié un colis pour Piolo. De toute façon, j'allais lui rendre visite, alors j'ai accepté, mais là aussi, mieux vaut aller vite.
C'est donc en faisant parler ma mana et ma condition physique que je me déplace. Je traverse la forêt, je coupe à travers la plaine, je dépasse le troisième des quatre villages, et c'est juste entre le troisième et le quatrième que le jour commence à décliner.
Pour aujourd'hui, je m'arrête là…
Je me range sur le bord du chemin et j'active Dimension Home. J'entre à l'intérieur et je commence à préparer le dîner.
Le menu du soir : plusieurs sortes de provisions de voyage achetées avant le départ. Je les ai achetées par curiosité dans une boutique de Gimul. Je me demande quel goût ont les provisions de voyage ordinaires de ce monde.
D'abord, j'essaie un truc comme un biscuit, une fine plaque carrée.
« … La texture est croustillante, c'est bien, mais c'est poudreux… »
Ni particulièrement bon ni mauvais. Je verse de l'eau avec la magie de l'eau dans un gobelet et je bois, puis j'attaque un cube brun.
« Celui-là… Dur… Je peux le mâcher, mais… C'est du pain bis, c'est parce qu'ils l'ont fait trop épais qu'il est si dur ? »
Ensuite, de la viande séchée.
« C'est salé… Juste salé… Plus je mâche, plus le goût du sel ressort… Aucune saveur, juste le sel. J'arrête là, ça a l'air mauvais pour la santé. »
Enfin, un pain vert.
« Celui-là aussi a l'air dur… Déjà rien qu'en le tenant, il est dur comme de la pierre. »
Ce pain caillou. La vendeuse m'avait dit qu'il ne fallait surtout pas le tremper dans du liquide.
Ça devient un goût immonde, c'est un gaspillage assuré, m'avait-elle répété avec insistance.
… Il n'y a qu'à y aller avec détermination et le croquer !
« Itai !? Dur… C'est quoi ce pain, trop dur ! »
Mes dents n'ont littéralement pas pu l'entamer, alors j'ai renforcé ma mâchoire par le qigong. Je recroque, et cette fois ça passe. Mais pas de goût… Enfin, je croyais, et en continuant à mâcher…
« Ka… *geho* ! … Mazu !!! »
Je bois de l'eau en catastrophe, pas assez, j'en refais et je bois encore.
« Oooo… C'est quoi ça !!! »
Quel est ce goût ? De l'herbe ? Une herbe médicinale ? Un mélange de je ne sais quoi, incompréhensible. Mais plus je mâche, plus ça se mélange à la salive, et une odeur verte de jus d'herbe, de l'amertume, de l'astringence et de l'âcreté envahissent ma bouche, c'est juste dégoûtant !!!
La viande séchée que m'avait donnée était encore mangeable… Ah, j'aurais pas dû acheter des provisions par curiosité. Plus jamais, les autres encore, mais le vert, c'est juré, je n'en achèterai plus.
Je le décide fermement, et je croque dans un fruit pour me rincer la bouche. Heureusement que je l'avais gardé dans ma Item Box.
Sous le choc de ce goût, j'ai perdu l'appétit, donc le dîner se résume à un seul fruit, et je vais me coucher directement dans Dimension Home. À la sortie, il faut faire attention aux alentours, mais pas besoin de tente, c'est une magie bien commode…
Le lendemain
J'ai passé la nuit en sécurité, et je recommence à me déplacer comme la veille. Vers le milieu de l'après-midi, j'aperçois au loin les remparts de Renâf. Une fois en ville, je devrai aller chez Piolo… D'abord, je vais profiter de Dimension Home pour enlever la sueur et la saleté du voyage.
« Fuu »
Une fois mon bain de Cleaner Slimes terminé, je sors de Dimension Home et je me dirige vers la porte de la ville. Ici aussi, comme à Gimul, on passe facilement en montrant sa carte de guilde d'aventuriers. En passant, je demande au gardien où se trouve la Compagnie Saionji, et il m'indique qu'en partant de cette porte Est, il faut aller tout droit jusqu'au bout, puis tourner à droite.
Je remercie le garde et j'emprunte la large avenue comme indiqué. Bientôt, je vois un bâtiment entouré de murs hauts et solides. Beaucoup de gens y entrent et sortent en portant des chargements. Je ne sais pas ce que c'est, mais c'est bien le bout de la rue.
Je tourne à droite et j'avance un moment, jusqu'à trouver une enseigne « Compagnie Saionji ».
« C'est grand… »
Alignées en rangée, une boucherie, un primeur, une poissonnerie, une épicerie fine, un marchand d'épices, et même un petit traiteur au fond, toutes portent l'enseigne de la Compagnie Saionji.
« Par où entrer… »
Pour l'instant, j'essaie d'entrer chez l'épicier et de demander. Pourquoi l'épicier ? Parce que je n'ai pas de rendez-vous, alors je me suis dit qu'aller dans la boutique la moins fréquentée dérangerait le moins. Les épices sont chères, donc peu de clients. En fait, il n'y a même pas un seul client, c'est parfait.
« Excusez… »
« Bienvenue ! »
En entrant, on m'accueille ainsi. Je ne vois pas qui parle… Je regarde dans la direction de la voix, et une jeune fille apparaît de derrière le comptoir. Elle a probablement mon âge ou celui d'. Cheveux blonds longs, peau claire, et des oreilles de renard ?
Elle devait être en train de faire quelque chose, elle remet légèrement ses cheveux en place en sortant de derrière le comptoir.
« Que puis-je pour vous aujourd'hui ? »
« Je suis désolé, mais je ne suis pas un client. Je porte un colis pour Piolo Saionji, confié par la Guilde Commerciale de Gimul. »
« Ah, c'est pour mon père ? Merci bien. »
Mon père… Cette gamine, c'est la fille de Piolo !?
« Excusez-moi, mais vous êtes la fille de Piolo ? »
« Vous connaissez mon père ? »
« Oui. J'ai eu l'occasion de le rencontrer récemment. »
« C'est ça… En retard, je me présente : Miyabi Saionji, fille de Piolo Saionji. Ravi de vous rencontrer. »
« . Enchanté également. »
« … J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce nom quelque part… Enfin, passez par ici. »
Guidé par Miyabi, je traverse le couloir au fond de l'épicerie et on me fait entrer dans un salon. Une minute plus tard, Miyabi et Piolo arrivent.
Vite ! Quand elle est partie, elle a dit « un instant », mais elle n'a pas fait attendre du tout.
« , ça fait deux mois et un peu ! Quoi, t'étais à Renâf ? »
« Ça fait longtemps, Piolo. Je viens juste d'arriver. Je suis venu pour ouvrir une succursale. »
« Tu ouvres une succursale ici ? Alors je te mènerai à la Guilde Commerciale de cette ville. »
« Avant ça, le colis. »
Je sors le paquet confié de ma Item Box et je le tends à Piolo.
« Ah oui, c'est quoi ? »
« On ne m'a pas dit le contenu. »
« C'est bon. »
Piolo l'ouvre. Il y a une lettre à l'intérieur. Il la lit, hoche une fois la tête, la range, puis me dit :
« , t'as eu l'air d'en baver pas mal dernièrement ? »
« C'est à mon sujet qu'il était question ? »
« Juste un peu à la fin. La vieille Gris a écrit qu'elle te filait un coup de main. Elle n'avait pas besoin de le dire, je l'aurais fait quand même. »
« Merci. »
« De rien, de rien. Au fait, je te la présente. C'est ma fille. Elle a un an de plus que toi, mais elle est bien élevée. »
Comme on parlait d'elle, Miyabi, qui s'était tue jusqu'ici, ouvre la bouche.
« Père, c'est quoi ça ? J'ai un nom, moi : Miyabi. Au moment de me présenter, tu pourrais m'appeler par mon nom. D'ailleurs, je te l'ai déjà dit depuis longtemps. »
« Ah, c'est vrai ? Alors ça, c'est comment ? Le nom Miyabi, c'est celui de la fille du fondateur de la Compagnie Saionji, je l'ai donné en hommage à l'ancêtre. »
« De quoi tu parles tout d'un coup ! Personne t'a demandé ! »
Hein ? Quoi ? Un sketch qui commence ? En tout cas, ne pas réagir, c'est mauvais.
« Cet ancêtre a-t-il accompli quelque grand exploit ? »
« Pas que je sache. Elle a juste été la fille d'enseigne, s'est mariée normalement, et a fini sa vie heureuse, entourée de sa famille. »
« Je vois, pour qu'elle ait une vie heureuse comme l'ancêtre… »
« Pas du tout ! La Miyabi ancêtre, son père c'est le fondateur, non ? Et le père de cette Miyabi, c'est moi. Donc c'est moi qui peux m'honorer du fondateur ! »
« C'est toi qui t'honores ! »
Ha ! J'ai fait le tsukkomi sans réfléchir !
« Excusez-moi. »
« De rien, de rien. Pas mal comme tsukkomi ? Mais encore tendre. Ma fille ne tsukkomi plus trop récemment, ça tombe bien. »
Ouf… D'ailleurs, il y a des tsukkomi dans ce monde. C'est sûrement la faute d'un transféré.
Mais, tsukkomi… Un de mes anciens supérieurs était un Kansai qui piquait une colère si on ne répondait pas à ses bôkés, c'était peut-être un réflexe conditionné ? Quand on est débordé par le travail et qu'on se fait faire une blague nulle, c'est pénible… Si on l'ignore, on perd du temps inutilement, alors parfois je faisais un tsukkomi malgré moi, mais en général, je l'ignorais inconsciemment, et je me faisais engueuler comme pas possible.
En y repensant un peu, je change de sujet, et je me rends à la Guilde Commerciale avec Piolo. L'endroit où on nous guide, c'est rien moins que le grand bâtiment aux hauts murs où j'avais buté en allant à la Compagnie Saionji.
C'est la deuxième fois que je le vois, mais c'est vraiment immense. Ce mur, on pourrait l'appeler rempart.
Tout en pensant ça, je suis Piolo, et l'intérieur de la guilde ressemble aussi à un château.
« Comment trouves-tu ? Cette Guilde Commerciale. Impressionnante, hein ? »
Dans le salon de la guilde où on nous a menés, Piolo me demande mon avis.
« Oui. Je trouvais que le mur extérieur ressemblait à un rempart… »
« Bien sûr. Ce bâtiment, à l'origine, c'était une forteresse. »
« Une forteresse ? »
« Ouais. Il y a longtemps, pendant une guerre, c'était une base de première ligne. La ville s'est construite sur les ruines de cette forteresse. Du coup, la guilde au centre de la ville a été bâtie en s'inspirant de la forteresse. »
« Je vois. »
« Et il y a une autre raison pour laquelle c'est comme ça. Regarde par cette fenêtre. »
Piolo m'indique une fenêtre. Comme c'est le salon de la Guilde Commerciale, il y a de beaux verres, et on voit bien dehors, mais…
« C'est incroyable… C'est la première fois que je vois autant de grosses bêtes magiques. »
Dehors, une foule de bêtes magiques. Des oiseaux de taille moyenne à grande, et ce qui ressemble à des wyvernes. À la base du cou et sur le dos, elles portent quelque chose comme des selles de cheval, et on voit des gens monter dessus. Un paysage typique de fantasy s'étend devant mes yeux.
« Toutes ces bêtes sont rassemblées juste pour transporter des gens et des marchandises. »
« Toutes !? »
« En utilisant des bêtes volantes, on peut transporter vite et en grande quantité, mais pour ça, il faut des lieux d'attente pour les bêtes, des zones de chargement et déchargement, des aires de décollage et atterrissage, plein d'installations nécessaires. C'est pour ça qu'on s'est inspirés de la forteresse. »
« Effectivement… »
Il faut bien un endroit pour que les bêtes attendent. Surtout les grosses.
« Et c'est le fondateur de la Compagnie Saionji qui a imaginé ce système de transport par bêtes magiques, dirigé la construction de la ville, réalisé le tout, et l'a nommé "aéroport". Comment trouves-tu ? Pas mal comme sens, non ? »
Non, ce nom, ce n'est pas lui qui l'a inventé ! … Mais je peux pas le dire ! Peut-être qu'un jour, un autre transféré viendra chez moi et pensera « Ce n'est pas lui qui a inventé ça ! »… D'ailleurs, la façon de parler de Piolo et ses échanges style manzai avec Miyabi, il y a des relents de transférés partout.
« Un aéroport, hein… Les villes portuaires attirent tout plein de choses, après tout. »
« C'est ça ! Tu piges ! »
Tandis que Piolo, de bonne humeur, me tape dans le dos *ban ban*, une employée de la guilde arrive et la négociation commence. Quand je dis que l'acheteur de la boutique, c'est moi et pas Piolo, la femme est un peu surprise, mais la procédure se passe sans accroc. Apparemment, Piolo avait déjà enquêté sur la boutique, donc la guilde avait préparé d'avance pour un transfert rapide. L'acheteur était différent, mais ce sont des gens qui travaillent vite.
Ensuite, on va voir la boutique achetée à la Guilde Commerciale, et on vérifie l'intérieur.
La boutique a deux étages. Le premier sert d'entrepôt et d'espace de vente, le second a un salon et un bureau. En plus, à l'arrière, il y a la maison où habitait l'ancien propriétaire, incluse dans le terrain acheté.
En dehors des pièces communes comme le salon, il y a cinq chambres libres, qu'on pourra utiliser comme dortoir. Tous les employés n'auront pas de chambre individuelle, mais il est normal que les domestiques partagent à deux ou trois, donc ça ira.
« Y a pas de problème ? »
« Non. Si on fait des meubles et des étagères, on pourra l'utiliser tout de suite. Je vais contacter Gimul, et au plus vite dans trois jours, au plus tard dans cinq, le personnel de la succursale sera là. »
En disant ça, je sors un Remmle Bird de Dimension Home pour la communication.
« Tu es prêt ? Dry. »
Celui que j'ai amené cette fois, c'est le Remmle Bird « Dry ». « Trois » en allemand, c'est le nom de ce Remmle Bird. L'autre jour, m'a écrit qu'elle avait nommé le sien, alors j'en ai profité pour en nommer un moi aussi, ça faisait longtemps.
Pour les slimes, j'avais donné des noms au début, mais leur nombre a explosé et je ne pouvais plus gérer. Grâce à l'effet du Contrat de Familier, je peux distinguer chaque individu, donc pas de souci, et l'acte de donner un nom, c'était la première fois depuis longtemps.
Au passage, mon Nightmare Remmle Bird, c'est 1, Eins, et les quatre autres sont Zwei, Vier, Fünf, Six. Ceux d', elle les a nommés d'après des termes musicaux.
« Haa… T'as vraiment conclu un contrat avec un Remmle Bird, hein. »
Pendant que j'écris le message avec le matériel sorti de la Item Box, Piolo observe Dry fixement.
Avant, quand j'ai partagé les sens d'un Remmle Bird en vol, le défilement du paysage ressemblait à celui d'un Shinkansen. En estimant pareil, probablement 200 à 300 km/h. Déjà rapide en vol normal, ils augmentent encore vitesse et distance en chevauchant un vent de queue créé par la magie du vent.
Avec eux, trois jours de voiture, c'est peanuts. Même s'ils doivent faire un détour, ils pourront contacter Gimul aujourd'hui. La vitesse de vol, c'est mon ressenti, mais en tout cas, c'est rapide, c'est certain.
« Yosh. »
Je glisse la lettre finie dans son tube dédié, je l'attache avec un tissu rouge à ferrures sur le Remmle Bird, et c'est prêt. Comme ça, il peut entrer seul en ville.
« Je compte sur toi ! »
« Pirolol ! »
Une fois dehors, Dry répond à mes mots d'un cri et s'envole haut dans le ciel. Il fait un grand tour tranquille près des nuages, puis accélère d'un coup et disparaît de ma vue.
« Ça y est. »
« Il ne reste plus qu'à attendre la réponse. »
« Oui. »
« Au fait, , t'as déjà pris une auberge ? »
Ah, mince. J'avais oublié de prendre une auberge !
« Non, j'avais oublié. »
« Alors c'est parfait. Tant que tes affaires ici ne sont pas finies, reste chez moi. »
« C'est vraiment bon ? »
« Bien sûr ! Reste sans te gêner. »
« Alors, je me permets d'accepter. »
Ainsi, je finis par loger chez Piolo.