J’avais tellement concentré mon attention que j’en avais perdu la notion du temps. C’est grâce au bruit de que j’ai repris mes esprits ; il m’a ensuite téléporté auprès des jeunes filles. Ce n’est qu’une fois arrivés que je me suis rendu compte qu’avec cet entraînement au saut spatial, nous avions parcouru une sacrée distance.
« Bonne rentrée, . »
« Bonjour. Tu es long à revenir, au final où t’es-tu aventuré ? »
« As-tu réussi à apprendre ton nouveau sort ? »
Elles avaient à peine remarqué notre apparition qu’elles s’étaient déjà précipitées vers nous.
« Oui, c’est principalement grâce à et à . »
« Tant mieux. Si tu ne manques toujours pas de mana, veux-tu nous montrer ce que tu sais faire ? »
Sur ces mots, je déchaînai d’abord toutes les techniques que m’avait apprises. Puis vint l’épreuve du Domicile dimensionnel… Il faut presque dix secondes pour ouvrir l’entrée. Je dois encore m’entraîner.
« Domicile dimensionnel. »
La tentative fut un succès. En me retournant après avoir entrouvert la brèche, je constatai que tous sauf figeaient sur place. ………..À vrai dire, pour un garçon de mon âge, maîtriser un simple coffre de stockage serait déjà une prouesse. J’étais monté en pression et j’avais oublié cette règle… Bon, peu importe. connaît le pot aux roses et de toute façon, ils lui auront bientôt rapporté ma bêtise. Au fait, quatre d’entre eux harcelaient déjà le majordome.
Mais ils finirent bien par accourir vers moi pour me féliciter.
Je comprenais bien qu’on trouvait ça impressionnant, mais on avait beau insister pour me caresser les cheveux, j’en rougissais sérieusement…
Plus tard.
Comme le soleil commençait à décliner, il était question de rentrer à l’auberge. Or, on m’avait recommandé de répéter incessamment sous voix pour progresser en magie spatiale. Je décidai donc d’y retourner en sautant, histoire de m’exercer. viendrait avec moi, par mesure de sécurité.
Pendant le trajet, m’interpella comme si un souvenir lui revenait subitement.
« Monsieur , demain nous projettons d’emmener nos demoiselles découvrir le combat contre les bêtes sauvages à l’ancienne mine. Accepteriez-vous de nous rejoindre si cela vous convient ? »
« C’est une excellente idée. Me serait-il permis de vous accompagner ? »
« Bien sûr, elles seront ravies d’avoir vos conseils. Disposez-vous d’autres armes que l’arc ? Les tunnels souterrains sont trop exigus pour tirer avec un arc, et vous aurez besoin d’une armure. »
« Je pourrais utiliser une épée courte. Pour le reste, je maîtrise la magie et le corps-à-corps, mais je n’ai effectivement pas d’armure. »
« Une lame suffira amplement. Même classées parmi les bêtes sauvages, elles resteront faibles face à notre garde rapprochée. Notre but est seulement de leur offrir un premier aperçu tactique : il faut qu’elles apprennent à analyser et à engager le combat. »
« Très bien, j’emporterai donc une épée courte. Quant à l’armure… »
Je pouvais certes façonner des armes avec la magie de terre, mais une protection médiocre ne ferait que entraver mes mouvements.
……Au fait, le maître de la guilde m’avait remis une lettre de recommandation. Serait-ce le moment d’en profiter pour acquérir du matériel convenable ?
« En rentrant en ville, j’irai faire un tour chez un armurier. Le maître de la guilde des aventuriers m’a justement laissé une lettre d’introduction. »
« Ah, tant mieux. »
Une fois arrivés en ville, nous quittâmes devant la porte, tandis que je partais chercher l’établissement indiqué. À peine franchis-je le seuil que je fus accueilli par un grand type arborant un sourire inquiétant jusqu’aux oreilles.
« Bienvenue ! Que puis-je faire pour vous ? »
« Eh bien oui… Je recherche des armes adaptées aux espaces restreints comme les anciennes galeries. Par exemple une épée courte, ainsi que du blindage. »
« Si vous cherchez une épée courte, examinez l’étalage juste là-bas ! »
« ……Excusez-moi, mais ne forcez-vous pas un peu sur votre sourire ? »
« ………Tu te moques de moi ? »
« ……C’est extrêmement facile à lire. »
Son expression avenante se décomposa en quelques secondes pour laisser place à un minois étrange… Aussitôt que je prononçai ces mots, il adopta un air complètement désagréable.
« Ah, j’abandonne ! Désolé, on m’a dit que tu trouvais mon service client trop sec, alors j’ai essayé d’être sympathique. Visiblement, ça ne me va pas. »
« Je vois. Pour en revenir à ce qui m’amène : ici, c’est bien la Boutique Digger ? »
« Exactement. Quelqu’un t’a envoyé ici ? »
« J’ai reçu une recommandation du maître de la guilde des aventuriers, accompagné de cette missive qu’il m’a ordonné de présenter. »
Je tendis la lettre vers lui.
« ? Ça doit être un bon signe… T’es tout juste sorti de la guilde des apprentis, non ? Nos articles sont chers, certes, mais la qualité est garantie. Tu as le budget derrière toi ? »
« Oui. Je ne connais pas exactement les tarifs, mais je peux dégainer trente pièces mineures. »
« Avec ça, tu seras servi. Qu’utilisais-tu jusque-là ? »
« J’ai l’habitude de manier l’arc, mais il devient compliqué à manipuler en souterrain… »
« Je comprends… Alors comme je disais plus tôt, une épée courte conviendra parfaitement, sinon une demi-lance ou une main gauche feront aussi l’affaire. »
« Dans ce cas, je prendrai deux épées courtes. Auriez-vous aussi des couteaux de lancer ? »
Possédant déjà la compétence Lancer, je ne m’étais pourtant jamais servi que de galets depuis le début. Pourquoi ne pas en profiter pour acheter de vrais projectiles ?
« Dix pièces pour une pièce mineure. C’est un peu élevé, mais la facture est impeccable. Si tu les récupères bien et les entretiens après usage, elles traverseront les générations. »
« Très bien, je souhaite donc acheter dix couteaux de lancer et deux épées courtes. »
« Deux mines par courte épée. Le lot complet tombe donc à cinq pièces mineures. Et puis il y avait cette armure que tu souhaitais voir. »
« Certainement. Je privilégie avant tout la mobilité ; auriez-vous quelque chose qui corresponde à ce critère ? »
« Pour la légèreté, le cuir s’impose. Les peaux de bête sauvage forgées en plaques rivalisent souvent en solidité avec certains métaux ordinaires. Des protections enchantées permettent parfois de bouger aussi librement dans une cotte de mailles lourde… Mais ça circule rarement, et surtout, je n’en ai pas en stock. »
« Je me fierai donc à vos recommandations pour une cuirasse en cuir de bête sauvage. »
« Entendu. Mais sur ta morphologie, deux modèles peuvent aller directement. Pour les autres, il faudrait me donner une journée de travail minimum pour les ajuster. Veux-tu que j’examine l’inventaire complet ? »
Puisque je devais partir demain, autant rester sur du disponible immédiatement.
« Nous filons à l’ancienne carrière dès demain matin. Contentez-vous de ce que vous pouvez me vendre ce jour. »
« D’accord, compris. »
L’homme disparut un instant au fond de la boutique et revint avec deux protections distinctes.
« Voici les deux options en peau de monstre. Celle-ci provient d’une Grelle-grenouille : très souple, idéale pour les mouvements, et correctement résistante. Elle passe pour quatre pièces d’argent moyennes. »
Texture assez élastique, presque comme du caoutchouc. Frog… De la peau de grenouille, alors ?
« L’autre modèle utilise du cuir de Lézard-coriace. C’est nettement plus onéreux : cinq pièces mineures. »
« Il y a vraiment un énorme écart de prix… »
« Tout vient de la matière première. Ces reptiles errent dans les terres sauvages et échappent fréquemment aux traqueurs. Sans compter qu’ils maîtrisent une capacité analogue à la métamorphose cutanée élémentaire neutre, ce qui les rend coriaces à abattre. On ne peut transpercer leur carapace qu’à l’arme blanche, et les incantations magiques finissent bien souvent par brûler ou déchirer leur peau prématurément. Regarde-toi déjà un rabais considérable sur cet article. »
La métamorphose cutanée consistait à envelopper l’épiderme de mana pour endurcir le tissu corporel et rehausser l’absorption des chocs. Logiquement, traquer une créature capable de tels tours relevait du casse-tête.
« Il faut combiner chance et technique pour venir à bout de ces spécimens, mais la tannerie reste ultra légère. Quand on y insuffle du mana, la fibre se rigidifie instantanément. La souplesse initiale est conservée tandis que seule la résistance mécanique grimpe, offrant un confort exceptionnel pour fuir ou combattre. Les usagers réguliers bénéficient déjà d’une tenue robuste qui devient carrément indestructible sous afflux magique. D’où son succès auprès des canards fragiles comme les conjurateurs qui manquent cruellement d’endurance physique.
Juste… Cette plaque a été confectionnée avec des chutes de cuir ramenées il y a bien longtemps. La réserve est insuffisante pour créer autre chose que des tailles juvéniles comme la tienne. Du coup, elle ne sied aux aventuriers adultes, et les jeunes explorateurs ne disposent généralement pas des fonds nécessaires. Sans surplus, il m’est impossible de l’allonger ou de l’élargir. Elle tourne en rayon depuis deux ans sans trouver preneur. Si ton sac pèse le poids, opte-y plutôt : la finition est objectivement supérieure. »
Écouté tel quel, le second choix présentait clairement davantage d’avantages. Un commerce conseillé par le responsable de la guilde ne devait pas escroquer sa clientèle ni proposer une pacotille douteuse…
« D’accord, je m’en remets à votre conseil et je prends le cuir de Lézard-coriace. »
« Tu viens de me sauver la mise. Entre les lames et l’armure, ça fait pile dix pièces mineures. »
Je tirai un sac de petites pièces dorées de mon coffre de stockage, réglai l’acheteur, vérifiai le compte, puis rangeai dans le même espace les deux épées courtes, les dix couteaux et la cuirasse tendus par l’homme.
« Merci beaucoup. Pour les présents tardifs, je m’appelle . Je reviendrai sûrement ici en cas de besoin, je compte sur vous. »
« Salut. Moi c’est Darson Digger, patron des lieux. Si tu laisses pas crever ta cuirasse et que tu la nettoies régulièrement, elle tiendra des années. Continue de la porter jusqu’à ce que ton torse la fasse éclater, et quand tu voudras en changer, fonce chez moi : je te ferai une remise sympa. »
Après l’avoir remercié poliment, je sortis de la boutique et regagnai l’auberge.
Le lendemain.
Dès l’aube, nous étions ballottés dans une calèche en direction de l’ancien site minier. La piste devenait petit à petit très rude, mais le ciel resta dégagé tout du long. Sa situation à environ trois heures de marche du centre urbain laissait supposer une arrivée imminente, pourtant…
« …… »
Il y avait quelque chose qui clochait chez la jeune fille installée à mes côtés. Depuis le petit déjeuner, elle parlait peu et semblait plongée dans de profondes réflexions.
« Mademoiselle ? Vous allez bien ? »
« Oui, je vais très bien. »
Visiblement, sa santé ne faiblissait pas, mais était-ce simplement dû à une nervosité montante ?
« Au passage, lorsque tu as affronté des bêtes sauvages… Est-ce que ça constituerait ton premier engagement direct ? »
« Non point. Mon vécu est loin d’être exhaustif, néanmoins… »
« Dans ce cas, il faudra lâcher prise et te relaxer un peu, . »
« Grand-père… »
« C’est exact, il faut reprendre tes émotions si tu veux paraître crédible. »
« Jusqu’à maman désormais… »
« Haha, c’est vrai que l’écart depuis notre dernière session s’est allongé. Nous approchons du but, alors pourquoi ne pas faire le point sur le programme du jour ? »
Pensant que bavarder soulagerait ses angoisses bien mieux que le silence, prit la parole.
« Avant tout, rappelons-nous que notre destination porte le nom de Mine nord de Gimul. Située exactement au nord de la cité comme son vocable l’indique, elle est abandonnée depuis des lustres. Maintenant, quel est précisément l’objectif de cette excursion ? »
« Analyser les galeries. Afin de confier ensuite à la guilde des aventuriers le nettoyage des créatures indésirables établies sur place, je dois rassembler des données préliminaires, tout en profitant de l’occasion pour mes propres exercices sur le terrain. »
« Exact. Normalement, on puise dans les registres officiels et les rapports de patrouille régulière pour établir un planning fiable… Mais suite aux récents scandales administratifs, il apparaît fort probable que les fonds réservés à l’entretien de la Mine Nord aient été détournés. Les chiffres officiels manquent cruellement de fiabilité.
C’est pourquoi aujourd’hui, nous infiltrerons plusieurs conduits souterrains pour relever l’environnement exact et recenser les bêtes rencontrées. Une fois ces éléments consolidés, nous rédigerons ensemble la demande officielle que soumettrons à l’équipe des héros mercenaires. »
Personne ne savait combien de monstres infestaient l’ensemble du réseau minier, mais les purger complète reviendrait immanquablement à une opération de longue haleine. C’était pour cette raison que la mission du jour se limitait à une simple reconnaissance, adossée à un entraînement discret.
Même si les documents municipaux manquaient de crédibilité, aucune alerte ne signalait la présence de prédateurs majeurs ou de leurs cicatrices visibles. Il était donc plus que probable que le niveau de dangerosité convienne parfaitement à des jeunes recrues.
Tandis que la jeune fille à côté de moi gardait les épaules raides et que mon regard se perdait dans les nuages bleus à travers la vitre de la diligence, je me laissai bercer paisiblement par le roulis du véhicule.
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