Grâce au travail d'arrache-pied d'une multitude de slimes, de l'eau claire s'écoulait dans le lac.
Comme on avait temporairement fermé les vannes pour vider complètement l'eau, la profondeur était encore faible.
Mais à ce rythme, il retrouverait son niveau normal d'ici demain matin.
Il n'était pas nécessaire de le surveiller, mais je regardais machinalement le lac reprendre sa forme.
La nuit, qui plus est le vent au bord de l'eau, était passablement frais, mais après une dure besogne, c'était agréable.
Tandis que je pensais cela, les servantes qui avaient fini d'installer le lieu du mariage rentraient.
« Et puis il n'y eut plus personne… J'ai lu un roman comme ça, autrefois. »
C'était un polar, et l'ambiance n'avait rien de cette quiétude.
Pendant que je ruminais ces futilités, des pas à quatre personnes approchèrent depuis le manoir.
« Yo ! »
« . Ainsi que et . aussi. »
Les quatre gardes familiers tenaient des paniers embaumant bon et des caisses de bouteilles d'alcool.
« Qu'est-ce que c'est que ce chargement ? »
« C'est le dîner. Comme c'est la veille de la cérémonie, je me disais qu'on mangerait ensemble, toi et moi. »
La veille du mariage, les mariés partagent le repas avec leur famille autant que possible, mais il paraît que les parents d' sont déjà décédés.
« Ça fait remplaçant des parents, mais c'est aussi grâce à toi si je suis en vie. Et surtout, on n'a pas pu boire ensemble hier. Ça te dit ? Un verre sous les étoiles. »
Être choisi comme compagnon de beuverie pour un jour si important, c'est une aubaine.
« Je vous accompagnerai avec plaisir. »
« C'est entendu ! »
« Alors, préparons vite. , . »
« La cuisine, je l'ai confiée au chef, donc c'est délicieux ! »
« Tables et chaises sont par ici. »
« Moi, je vais dresser une barrière contre le froid. Et je vais sortir des slimes, alors s'il y a des déchets, confiez-leur. »
En quelques minutes, tout fut prêt grâce à la division du travail.
Devant moi, un ragoût chaud et du pain. Sur le réchaud magique, une marmite pleine de fondue au fromage.
Puis, tout un assortiment d'amuse-gueules qui allaient bien avec l'alcool.
« Alors, en avant-première, trinquons au mariage d' ! »
« « « « Santé ! » » » » »
En portant le verre à mes lèvres, un arôme riche me monta au nez.
« Hein ! C'est quoi ça, c'est un sacré bon alcool ! »
« C'est qui a fourni l'alcool, non ? Ça n'a pas dû être donné. »
« C'est une fête, on peut bien se permettre un peu de luxe. »
« C'est vrai, mais avec un alcool pareil, j'aurais voulu qu'on pense à des amuse-gueules à la hauteur. »
Les quatre discutaient ainsi. On les dirait plus proches que de simples collègues.
Tiens, je n'ai jamais entendu parler de leurs liens.
« Depuis quand travaillez-vous ensemble ? »
« Hein ? Environ dix ans. servait déjà la maison ducale. Moi, et , on est entrés dans la garde après avoir été aventuriers. C'est à ce moment-là… nous trois, on était de la même promotion, et était notre tuteur. »
« Hé… »
« et , passe encore, mais m'a donné du fil à retordre. Il avait une force brute impressionnante, mais il détestait la discipline et les formalités raides, et il ne connaissait même pas les règles de base de l'étiquette envers les nobles. »
« Ça a dû être dur pour le de l'époque. »
« Même simple garde, il arrive qu'on doive se montrer devant des invités. S'il faisait un scandale, ce serait la honte pour le maître et la maison. »
« Ah, à l'époque, j'en ai entendu… "Toi ! C'est avec ça que tu crois pouvoir servir dans un manoir noble !" C'était ça, non ? »
« Je ne pouvais pas comprendre, au fond. Ni ta façon de penser, ni celle de qui t'avait embauché. »
« Et en réalité, comment c'était ? »
Interrogé directement, il montra qu'il réfléchissait un peu avant de parler.
« À l'époque… »
me raconta qu'il était l'aîné d'une famille de paysans d'une région reculée. Haïssant l'idée de passer sa vie à labourer des champs dans la misère, et confiant dans sa force, il avait fugué jeune pour devenir aventurier.
« Au début, j'ai pas mal galéré, mais peu à peu ma vie s'est stabilisée. J'ai atteint le rang B, et moi, j'aurais bien continué comme ça… mais au rang B, y'en a beaucoup qui quittent. "C'est devenu trop dur", "J'ai assez économisé, je vais vivre tranquille avec un travail normal", ce genre de raisons. »
« Je passais d'une équipe dissoute à l'autre, et c'est là que j'ai rencontré le maître et la maîtresse actuels. »
« D'ailleurs, il paraît que tous deux ont été aventuriers un temps. »
« Ouais, tous deux étaient rang B comme moi, et formaient une équipe. Ils cachaient leur statut, mais leur élégance, genre nobles ou riches ? Ils arrivaient pas du tout à la planquer. »
À la guilde, ils faisaient tache. racontait ça en riant bonnement.
« Au début, je me disais juste "y'a des types bizarres". Mais sur une grosse mission où pas mal de haut-ranks ont été réquisitionnés, moi aussi j'ai été forcé dans une équipe improvisée. La coordination a foiré, on a frôlé l'anéantissement. Tous hors de combat sauf moi, je me suis cru foutu… et c'est là qu'ils sont arrivés pour me sauver. En les remerciant, en essayant de rendre la pareille, on a sympathisé et on a fini par bosser ensemble. »
« D'ailleurs, moi aussi c'est cette mission qui m'a rapproché d'eux. »
« aussi. Donc aussi ? »
« Ah, non, moi… »
« , c'est un peu après nous. Il avait de bons talents pour la magie, mais le reste était moyen. Un temps, j'ai dû m'en occuper. »
« Hé ! , ne te trompe pas. Je suis pas "moyen", je suis "normal". Juste que j'ai pas atteint le rang B et le haut niveau comme et les autres. »
« Bon, on va dire que c'est ça. »
« En fait, pour la magie, il a assez de compétence pour faire face à pas mal de situations. Même si c'est le maître qui l'a amené, sans un minimum de capacité, on ne peut pas être garde. »
Quand dit ça, affiche un air soulagé. Et je comprends. Les quatre s'entendent bien, mais le côté un peu cadet de doit venir de l'époque aventurière.
« Enfin, je pense qu'on aurait pu viser le rang A… mais eux, leur temps était compté. C'est là qu'ils ont révélé leur identité pour la première fois. Ils allaient se marier et devoir hériter de la maison ducale. »
« Ça a été une surprise… Pour le mariage, comme ils étaient ensemble depuis toujours, c'était pas une surprise. Et j'étais convaincu qu'ils étaient nobles. »
« Mais on imaginait pas que c'était l'héritier de la maison ducale et sa fiancée ! »
« Absolument. Du coup, inévitablement, la question de ce qu'on faisait s'est posée. Ils nous ont fait une proposition. Comme ils connaissaient notre force et qu'on était de confiance. »
« J'ai honnêtement hésité, mais si on se séparait encore, j'avais l'impression qu'on ne retrouverait pas une équipe comme celle-là. Et vu qu'il était l'héritier d'un duc, un simple aventurier ne peut pas le rencontrer facilement. Pire, ça aurait pu s'arrêter là. Des camarades qui s'entendent si bien, finir sur un "salut, c'est fini"… non. »
« C'est pour ça qu' a accepté d'être embauché. On peut démissionner quand on veut, mais se faire embaucher par une maison ducale, c'est difficile. Alors, autant accepter l'invitation pour l'instant. »
« Bref, comme j'ai intégré comme ça, et moi on s'est engueulés à mort. »
« C'est normal ! Servir un noble, surtout comme garde rapproché du maître, exige une loyauté particulière. Quand j'ai obtenu la permission de travailler ici, j'ai juré de consacrer ma vie… »
L'alcool aidant, se mit à sermonner , et les deux autres le calmèrent, ce qui ne fit qu'animer davantage la discussion.
Le sujet principal : les inquiétudes et confidences qu', sur le point de se marier, n'avait jamais pu dire. Moi qui n'ai pas connu le mariage en deux vies, je ne comprends pas, mais je continuai d'encourager comme je pouvais… jusqu'à ce que…
« ZZZ… »
« …C'est pour ça, quoi… »
« …… »
« … »
« Allô… Bon, c'est foutu. »
Tout le monde s'était effondré.
« …Quelqu'un peut m'aider ? »
Quand j'ai lancé ça.
« M'avez-vous appelé ? »
Quelques secondes plus tard, une voix de femme qui n'aurait pas dû être audible depuis l'arrière désert.
Et puis, *crasse… crasse…* le bruit de pas sur l'herbe se fit entendre.