Quand j'étais gamin, on jouait aux héros.
Juste dans la capitale, nous quatre : moi, Fiancei, Rival et Fu. Comme on utilise des boules de boue au lieu de riz dans la dînette, on s'équipait de feuilles mortes pour faire office d'herbes médicinales, et l'eau de nos gourdes devenait des potions.
Du coup, j'ai la connaissance de ces objets comme accessoires de jeux d'enfants ou de supports de cours à l'académie, mais c'est la première fois que j'en achète pour de vrai en vue d'une aventure.
Je suis un peu excité à l'idée de préparer l'expédition.
« Enfin, nous y voilà, le repaire des aventuriers et des chasseurs… la boutique d'équipement ! »
Genkân prospère grâce à son port de pêche, mais elle accueille 당연히 beaucoup d'étrangers et d'aventuriers. La ville possède donc une guilde pour l'enregistrement des chasseurs et de vrais magasins d'équipement.
D'ailleurs, vu sa taille et sa population, les boutiques ont l'air de proposer tout un tas de bric-à-brac, et elles sont sacrément grandes.
« Chef. J'ai déjà acheté vingt potions, cinq flacons d'eau de mana pour la récupération magique, et de la nourriture. »
« Yosh, il ne reste plus que les armes. Grâce à la prime de l'autre fois, je voudrais m'offrir une épée d'un cran au-dessus. »
« Hé, chef. Moi aussi je veux un nouveau bâton~ »
Des gamins qui sentent le débutant aux types qui ont clairement la gueule de vétérans, il y en a pour tous les goûts.
Jusqu'ici, je n'avais croisé que des pêcheurs, des aubergistes et des restaurateurs. C'est la première fois que je vois autre chose.
Et les conversations qui traînent sont typiquement celles d'aventuriers. Ça me met encore plus en jambe.
En plus, l'argent que je vais dépenser aujourd'hui, je l'ai gagné moi-même en bossant.
C'est pas des masses, mais ce n'est ni mon argent de poche d'avant ma fugue, ni mes gains aux jeux de stratégie de Trainà.
« Oh… y a autant d'armes… hum… »
Une fois à l'intérieur, le premier rayon qui saute aux yeux, c'est celui des armes.
Épées en tout genre, lances, haches, arcs… mais…
« … Bof… y a pas l'air d'y avoir de trucs extraordinaires. »
Les armes, ça fait rêver rien qu'à les mater. J'ai filé vers le rayon tout excité, mais en y regardant de plus près, je pige moi aussi que le fer n'a pas l'air terrible et qu'il n'a pas été forgé comme il faut.
Si c'est ce niveau…
« L'arsenal de chez moi a des trucs bien meilleurs, en quantité. »
Les armes que mon père et ma mère ont collectionnées au manoir sont bien plus variées, et rien qu'à les voir, on sent qu'elles sont puissantes.
Comparé à ça, à première vue, y a rien de bien…
« C'est normal. »
« Trainà ? »
« Ton père et ta mère sont les Sept Héros. Ils possèdent forcément des lames légendaires et des armes de renom dont le nom résonne du monde d'en bas jusqu'aux temps anciens… n'attends pas ce niveau dans une boutique où se rassemblent des chasseurs lambda. »
« Ah… c'est vrai… »
Effectivement, maintenant qu'elle le dit…
« C'est sûr… Je me disais, tiens, Excalibur, Gungnir, Balmung, y en a pas par hasard… »
« Il n'y en a pas ! »
« Haha, c'était une blague, une blague. Même moi qui suis ignorant, je sais bien que des armes légendaires qu'on n'entend que dans les contes ne traînent pas ici. »
« C'est évident. D'ailleurs, Excalibur, je l'ai brisée lors d'une guerre il y a des siècles. Gungnir, c'est le père de la princesse impériale, ce Soldat des Sept Héros, qui l'a. Ah, par contre, Balmung, c'était dans ma collection… si ma chambre privée, celle où je me retirais quand je voulais être seul, n'a pas été découverte, elle doit encore y être ! »
… Hein ? Elle vient de dire un truc dingue, j'ai fait un double tour vers Trainà.
Euh ? Ces armes existent vraiment ?! Ah, tiens, elle avait mentionné en passant avoir brisé le Kotetsu, le sabre légendaire de Kantidan…
« Bref, les armes, peu importe. Ton style de combat n'en a pas besoin. La bataille contre les fêtards l'autre fois, c'était un cas à part. »
« Mouais, mais… comment dire… le côté romantique, quoi… »
« Au contraire, il te faut plutôt… hum… oh, celui-là ! »
Trainà a balayé le rayon d'un coup d'œil et s'est mise à briller sur un point précis.
« Y a de la bonne came ! Ça me rappelle des souvenirs… Gamin, prends ce "couteau multifonction" là. »
Ce qu'elle me recommande tout excitée, c'est un couteau.
Je suis son regard pour voir de quoi il retourne… juste là, y a pas grand monde, une caisse posée avec plein de petits manches dedans.
Personne n'en veut ? Un truc invendable ?
« Hein ? Un couteau… celui-là ? Y a que le manche, non ? »
« C'est un modèle pliant. Tire sur la rainure. »
« Ooh, c'est sorti… p'tit… »
Censé être pliant, je déplie la lame, mais c'est minuscule. Bien plus petit que les couteaux que les chasseurs utilisent en combat. Même le kunai de Shinobu est plus grand.
Avec ça, contre un monstre, tu lui fais à peine une égratignure.
Si tu le plantes dans les abdos de Macho-san, je vois déjà le couteau se tordre.
Pourtant, le sourire de Trainà ne bouge pas.
« Fufun. Tu piges pas. C'est pas pour le combat. C'est bourré de fonctions pour la vie en extérieur. »
« Quoi ? »
« Essaie de tirer sur les autres parties. »
« Les autres… ah ? Une lime, une cuillère, une fourchette… même des ciseaux !? Putain, c'est ultra pratique ! »
Je croyais que c'était juste un couteau, mais les fonctions pliées dedans vont bien au-delà.
Devant ma surprise face à ce truc que je vois pour la première fois, Trainà fait sa tête de triomphe…
« Fuffuffu, c'est moi qui l'ai inventé. Je l'imposais comme équipement obligatoire à tous les soldats de l'armée du Roi Démon. Couteau multifonction… aussi appelé "couteau de survie magique". »
« Hé~… attends, c'est TOI qui l'as inventé ?! »
« La guerre finie, la culture du monde d'en bas doit s'importer ici… cependant… »
Inventrice, elle ?! Bon, elle a le droit de faire sa maline, c'est vrai que c'est hyper pratique.
Zéro poids, rentre dans la poche, et ça fait tout.
C'est clairement un indispensable, ça.
Et Trainà semble se poser la même question…
« Mais pourquoi y en a autant en stock ? Ça devrait partir comme des petits pains… et en plus c'est marqué "prix cassé" ! »
Exact, je me disais la même chose.
Un truc aussi pratique, peu importe ta classe — épéiste, lancier, mage — t'as zéro raison de pas en avoir un en aventure.
Pourquoi donc…
« Oh~ on a un jeune aventurier par ici~ »
« Ara, mignon. Uhuhu, tu es apprenti ? »
« Hé ? Ce couteau… ah~… »
Derrière moi, ce qui ressemble à une équipe d'aventuriers m'aborde.
Même s'il y a des jeunes, un gamin de mes quinze ans, c'est peut-être rare.
Ils mater le couteau dans ma main et pouffent…
« T'es jeune, tu sais pas, mais trimballer ce couteau… c'est pas terrible pour l'image. Enfin, y en a qui l'utilisent quand même. »
« … Hein ? »
« C'est… ça servait dans l'armée du Roi Démon. Du coup… pour ceux qui ont connu l'avant… l'image est… disons que la nouvelle génération qui a pas connu la guerre va peut-être commencer à l'utiliser sans le savoir, mais pour l'instant… »
À leurs mines et à leurs mots, moi et Trainà, on a tout capté direct.
En résumé : porter la même chose que l'armée du Roi Démon, ça met mal à l'aise.
Moi qui suis né après, passe encore, mais eux sont nés à l'époque, et les vétérans ont peut-être combattu pendant la guerre.
Pour ce genre de gens, même guerre finie, les trucs de l'armée du Roi Démon… ah, c'est ça…
« Keuh, les aventuriers et chasseurs qui ont la "liberté" pour devise, se laisser enfermer par un truc pareil… pitié. »
J'ai dit tout haut ce que je pensais.
« Hé, toi ? »
« Moi ça me dérange pas, je l'achète. »
« Ah, eh, hé ! »
« L'image de l'humanité peut être au fond du trou, la mienne est au top, alors♪ »
Un outil universel, pratique et pas cher… le laisser tomber à cause du regard des autres, c'est dommage.
Bon, je pige leur point de vue, hein.
Y en a qui ont perdu leur famille à cause de l'armée du Roi Démon qui portait ce couteau, ou qui ont morflé grave.
Du coup, le "j'ai pas envie de l'utiliser" ou "je risque de passer pour un con", je le comprends.
Mais pour moi, c'est peanuts.
Et puis c'est du passé, maintenant.
« Bon… Trainà, quoi d'autre ? »
« …………… fuffu… »
« Trainà ? »
« Mmh… mmh, bon, passons aux rations de survie et aux herbes médicinales ! »
Trainà m'a regardé avec un air content… bon, je touche pas à ça.
Je décide de passer au rayon suivant.