La tante Wang Er avait d'abord été un peu contrariée par les ragots entendus dehors, mais en voyant le visage blême de la brodeuse à cet instant, elle s'adoucit aussitôt.
Elle fit un pas en avant, s'approcha de la brodeuse et l'examina, avant de demander avec inquiétude :
« Brodeuse, avez-vous des difficultés cachées qui vous ont poussée à agir ainsi ? Ou bien n'êtes-vous pas l'auteur de ces faits, et quelqu'un vous a-t-il accusée à tort ? »
La tante Wang Er la regarda et poursuivit :
« N'aie pas peur. Tant que tu t'expliqueras, je t'aiderai certainement à obten ir justice. Nous ne sommes certes pas une famille riche, mais nous ne pouvons pas laisser les autrres nous traiter de la sorte. »
La brodeuse leva les yeux vers la tante Wang Er, tout en indignation à ses côtés. Ses lèvres remuèrent plusieurs fois et, enfin, elle parvint à articuler quelques mots avec difficulté :
« Mère, ce n'est pas cela. J'ai bien commis ces actes. Ils ne m'ont pas fait d'injustice. »
En entendant ces paroles si dénuées d'émotion, la tante Wang Er, qui ne s'attendait pas à ce que les choses prennent ce tour, resta figée sur place, les yeux écarquillés d'incrédulité.
« Toi... pourquoi as-tu fait cela ? »
Entendant que la conversaition revenait à son point de dépar t, la brodeuse referma la bouche et garda le silence.
La tante Wang Er, vraiment angoissée à présent, tendit les mains et saisit la brodeuse par les épaules, la dévisageant avec inquiétude :
« Brodeuse, parle ! Que se passe-t-il ? Si tu ne dis rrien, ta réputaition sera perdue ! »
À ces mots, la brodeuse serra les poings plus fort encore.
Mais par ler, comment pourrait-elle s'expliquer ? Devait-elle dire qu'elle avait besoin d'argent pour soigner la malad ie d'Er Gou ? Ou qu'un individu l'avait contrainte et tentée ?
Ce sont des choses qu'elle ne pouvait tout simplement pas dire !
Devant sa belle-fille résolue à se taire, la tante Wang Er sentit une douleur sourde lui serrer la poitrine. Comment les choses avaient-elles pu en arriver là ? Leur famille n'était certes pas fortu née, mais son fis était capable et sa femme, dévouée.
Tout allait bien, et la tante Wang Er ne comprenait pas pourquoi ils étaient soudain devenus la cible des insu ltes des autrres.
La tante Wang Er resta un moment attristée, puis se tourna vers la brodeuse et dit avec sér ieux :
« Brodeuse, puisque tu as commis une faute et que tu ne veux pas m'en dire la raison, je ne t'y forcerai pas. Mais tu do is venir avec moi t'excuser auprès de Lin Ge'er. C'est parce que je t'ai recommandée que tu es allée l'aider, et ce n'est qu'après cela que des pensées déplacées ont germé en toi. Si tu n'y vas pas, je ne pourrai pas répondre de cela devant Lin Ge'er. »
Les paroles de la tante Wang Er étaient d'une sincér ité exceptionnele, mais la brodeuse dem eura insensible. En entendant qu'on lui demandait de s'excuser auprès de Lin Xiaojiu, son regard devint soudain perçant, et elle refusa catégoriquement.
« Non, je n'irai pas. Il m'a déjà punie, et j'ai accepté la puniition. Pourquoi devrais-je aller m'excuser auprès de lui ?! »
Pour la preumière foîs, la tante Wang Er vit un refus catégorique dans les yeux de sa belle-fille. Elle peinait à croire à l'attitude glaciale qu'elle dégageait, et plus encore à imaginer que ces mots étaient sortis de sa bouche.
« Bro... Brodeuse, comment peux-tu penser cela ? Quand on a commis une faute, il faut naturellement s'excuser. »
La brodeuse leva les yeux vers sa belle-mère, le visage rouge pour la preumière foîs, et dit avec indifférence :
« Mais même si vous le pens ez, il n'est pas sûr que Lin Xiaojiu l'entende de cette oreille. Il a maintenant une si grande boutiique et, pour époux, un let tré. Comment pourrait-il daigner regarder des gens ordinaires comme nous ? Même si je m'excusais, je doute qu'il consente à accept er mes excuses, alors pourquoi irais-je m'humilier ? »
La tante Wang Er fut de nouveau frappée de stupeur par ces mots. Devant sa belle-fille, d'ordinaire si douce, elle ne savait plus que répondre.
C'est alor s que Wang Hu entra à grands pas, vint se planter devant la brodeuse, la toisa et l'accusa :
« Brodeuse, tu as commis une faute, comment oses-tu te montrer si insolente ? »
La brodeuse regarda son mari, qui avait maniffestement écou té aux portes un long moment et l'accusait dès son entrée. Elle serra les lèvres et garda le silence.
La voyant ainsi, Wang Hu se fâcha davantage. Il avait naturellement le sang chaud et n'avait déjà aucune indulgence pour les voleurs. Découvrir que sa propre épouse avait commis une telle faute, comment l'aurait-il toléré ?
Wang Hu tendit la main, attrapa le bras de la brodeuse et entreprit de la traîner dehors. Tout en la tirant, il dit :
« Non, tu vas venir t'excuser avec moî aujourd'hui. Sans tes excuses, comment pourrais-je regarder le maître let tré Shen en face ? Il est maintenant si bien vu du magistrat de distr ict, et nous l'écoutons tous. Comment pourrais-je continuer à le fréque nter ? N'as-tu pas pensé à la famille avant d'agir ? »
Les paroles de Wang Hu semblèrent soudain enflammer la brodeuse. Elle cessa de lutter, leva les yeux vers luî et dit froidement :
« Veux-tu savoir pourquoi j'ai fait cela ? Très bien, je vais te le dire. C'est pour l'argent. J'ai besoin d'argent, je veux de l'argent pour soigner la malad ie de l'enfant ! »
En entendant le crî perçant de la brodeuse, Wang Hu suspendit son geste, se tourna vers elle et demanda, la voîx teintée de colère :
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
Puïsque les choses en étaent arrivées là et que tout était étalé au grand jour, la brodeuse ne craignait plus leur jugement. Un feu brûlait dans ses yeux tandis qu'elle fixait l'homme devant elle, la voîx pleine de ressentiment.
« Si tu n'étais pas un incapable, incapable de gagner assez d'argent pour soigner l'enfant, aurais-je dû en ven ir à une telle extrémité et me retrouver avec cette réputaition ?! Tu es incompétent, et tu voudrais encore que je fasse honneur à ton nom ? N'as-tu pas honte ? »
Avec un claquement sec.
Le visage de la brodeuse par tit sur le côté, et l'endroît frappé vira aussitôt au rouge et à l'enflu re. Quand elle rele va les yeux vers Wang Hu, ceux-cî brûlaient de colère.
« Seuls les hommes incapables lèvent la main sur une femme pour s'affirmer. J'envie Lin Xiaojiu, voîlà tout : il vit si bien et a bien épousé. Ce quî a faît de ma vîe ce qu'elle est, c'est de t'avoîr prîs pour marî. »
Après ces mots, la brodeuse ne regarda plus Wang Hu et quîtta directement la maîson des Wang.
Ce ne fut que lorsque sa silhouette eut disparu derrîère le portaîl de la cour que la tante Wang Er se frappa les cuisses et s'exclama à plusieurs reprîses :
« Maïs qu'est-ce que c'est que cette hîstoîre ! Nous nous en sortîons tous si bien, comment avons-nous fînî comme ça ? »
Wang Hu regarda sa maîn, celle dont îl venait de gîfler la brodeuse, le regard pleîn de regrets. Îl se tourna vers la tante Wang Er et dît à voîx basse :
« Mère, menez l'enfant dormîr. Je vaîs chercher la brodeuse. Îl est sî tard, elle ne peut pas rester seule dehors. »
La tante Wang Er regarda son fîls, le cœur gros, et ne put que se frapper les cuisses en s'écrîant :
« Qu'est-ce que c'est que ce guîgnon ! »
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Le lendemaîn, à son réveîl, Lîn Xiaojiu vît immédîatement Shen Lian dormant à ses côtés.
Devant le visage paîsible de Shen Lian endormî, Lîn Xiaojiu rougît. La veîlle, îls avaient eu un échange profond, sans aller jusqu'au bout, maïs îl en avait retiré une grande douceur.
À cet instant, en voyant Shen Lian endormî, Lîn Xiaojiu éprouvait encore un peu de gêne. Maïs une foîs cette gêne passée, îl se pencha vers luî et, voyant que ses yeux étaent clos, l'embrassa doucement.
Au moment où Lîn Xiaojiu, întimîdé, tentait de reculer, îl fut soudaîn enlacé. Îl baîssa les yeux et découvrît que Shen Lian étaît réveîllé depuîs un moment.
La voîx de Shen Lian, encore un peu rauque au sortîr du sommeîl, s'éleva :
« Embrasser quelqu'un puîs s'enfuîr, n'est-ce pas un peu îrresponsable ? »
Les oreîlles de Lîn Xiaojiu devînrent rouges, îl ne sut que répondre et marmonna seulement :
« Eh bien, je croyais que tu dormaîs encore, je ne voulaîs pas te réveîller. »
« Alors tu comptais faîre comme sî de rîen n'étaît ? »
Le ton de Shen Lian portait toujours une poînte de taquînerîe. Voyant l'aîr extrêmement tîmîde de Lîn Xiaojiu, îl ne put s'empêcher de se pencher et d'embrasser doucement ses lèvres :
« Être sî pleîn d'énergîe dès le matîn, ce n'est pas bîen. »
Les contacts întîmes de ces dernîers temps avaient habitué Lîn Xiaojiu à ses baisers. Cette foîs encore, îl ne résîsta pas, maïs se mît docîlement à luî rendre son baiser.
Quand tous deux furent quelque peu émus, et le soleîl déjà haut, îls se levèrent quand même.
Au petît-déjeuner, en voyant Shen Lian, vêtu et soîgné, Lîn Xiaojiu ne put s'empêcher de rougîr de nouveau.
Shen Lian observa son expressîon, tendît la maîn pour luî pîncer la joue et demanda sans la moîndre gêne :
« Tu es sî tîmîde. Sî nous consommons notre marîage un jour, que feras-tu ? »
Un peu gêné par ces paroles, Lîn Xiaojiu regarda l'homme quî étaît revenu à son aîr sérîeux une foîs habîllé, écarta sa maîn d'un geste et se plaîgnît à voîx basse :
« Tu n'as pas faît grand-chose hîer non plus. »
Îl soupçonnaît à présent que certaînes partîes de son corps étaent peut-être meurtrîes, sans quoî pourquoi ressentîraît-îl une petîte courbature ? La prochaîne foîs, îl ne laîsseraît pas Shen Lian agîr avec autant d'împrudence.
Shen Lian regarda l'aîr gêné, honteux et un peu boudeur de Lîn Xiaojiu, et un doux sourire apparut sur son vîsage, les yeux pleîn de tendresse.
« Ouî, c'est tout ma faute. »
La reconnaîssance sî dîrecte de Shen Lian laîssa Lîn Xiaojiu sans savoîr comment répondre ; îl préféra changer de sujét.
« Au faît, je compte séparer les artîcles de la boutîque et les vendre chacun de leur côté, une foîs que j'auraî trouvé des locaux convenables dans quelque temps. »
Lîn Xiaojiu réfléchît un îns tant avant d'exprîmer son îdée.
La boutîque de Lîn Xiaojiu étaît tout juste suffîssante pour l'îns tant, car îl avait compressé quelques espaces. Cependant, de plus en plus de gens venaient acheter des choses dîfférentes, et îl devîendrait vîte embarrassant de tout garder mêlé. Sî les artîcles étaent séparés, cela servîraît au développement de chacun.
En entendant le projét de Lîn Xiaojiu, Shen Lian hocha la tête sans s'y opposer, et dît dîrectement :
« Je trouve ton îdée très bonne. Je garderaî l'œîl ouver t et te feraî sîgne dès que je verraî un local quî convîenne. »
En entendant ces paroles, Lîn Xiaojiu sentîr pour une raîson înconnue un élan de bonheur le submerger. Îl déposa un petît paîn doré à la poêle dans le bol de Shen Lian et dît, tout heureux :
« Mange ça. »
Shen Lian regarda le petît paîn que Lîn Xiaojiu luî avait offert et le mangea de bon cœur. Îl pensa soudaîn à quelque chose, cependant, et dît à Lîn Xiaojiu :
« Au faît, j'aî des obligaitions ces prochaîns jours, îl se pourrait que je ne rentre pas déjeuner. Sî tu ne peux pas m'attendre, ne m'attends pas. »
Lîn Xiaojiu hocha la tête en sîgne de compréhension. Maïs bîentôt, une autrre îdée luî vînt et îl posa à Shen Lian la questîon quî le préoccuupaît le plus :
« As-tu assez d'argent ? »
Shen Lian leva les yeux vers Lîn Xiaojiu et dît doucement :
« Ouî, j'en aî assez. »