Les plantes de la cour étaient devenues luxuriantes, et des volubilis couvraient tout le sol. Lorsqu'ils étaient partis, les fleurs n'avaient pas encore éclos, mais à présent, elles fleurissaient partout dans le jardin et sur les murs, ressemblant davantage à de la vigne vierge.
L'intérieur du château de pierre était resté tel qu'ils l'avaient laissé. Ce n'était pas comme à l'époque moderne où l'air est empli de poussière. Même si personne n'avait nettoyé pendant une quinzaine, l'endroit restait relativement propre. Seule une fine couche de poussière recouvrait le dessus des tables et des tabourets en pierre, mais il y avait plus de feuilles mortes.
Dès que Bai Qingqing entra, elle retira la peau de bête. Elle était sale, de toute façon. Elle s'en servit donc pour essuyer la table du salon, puis y déposa An'an.
« Vas chasser. Je vais nettoyer », dit Bai Qingqing.
Curtis pinça les lèvres et laissa échapper un rire doux depuis sa gorge. « On dirait que tu es vraiment affamée. D'accord, j'y vais tout de suite. Ne fais rien. Va juste te reposer dans la chambre. »
« C'est bon, vas-y, vas-y. » Bai Qingqing fit semblant d'être impatiente, agitant la main.
Curtis déposa un baiser sur sa joue avant de sortir.
An'an se redressa toute seule sur la table, provoquant des cris excités chez les lionceaux alentours.
Bai Qingqing, craignant qu'elle ne tombe, la posa par terre. C'était maintenant la saison la plus chaude de l'année, et s'asseoir sur le sol de pierre glacé était ce qu'il y avait de plus confortable. An'an avait sept mois, ça allait.
« Occupez-vous de votre petite sœur. Maman va à la cuisine chercher de quoi manger. »
Bai Qingqing dit aux petits en se frottant l'estomac, gémissant de détresse : « Je meurs de faim. »
Les lionceaux qui entouraient leur cadette se tournèrent vers leur mère, hurlant sans cesse. « Hou hou hou~ » [Maman, va manger vite.]
Bai Qingqing leur caressa la tête en disant « braves petits » avant de traîner son corps faible et mou vers la cuisine.
Quand les filles s'accroupissent puis se relèvent, elles ont généralement des vertiges. Bai Qingqing n'avait rien mangé depuis près de deux jours et devait encore nourrir An'an. Son taux de sucre était extrêmement bas à cet instant. Elle n'avait fait que deux pas quand l'arrière de sa tête lui parut lourd et elle s'effondra.
Heureusement, les lionceaux eurent des réflexes rapides et s'interposèrent sous le corps de leur maman juste à temps, si bien qu'elle ne se fit pas mal.
La vision de Bai Qingqing s'obscurcit un long moment, et elle ne parvint pas à bouger. Elle ne récupéra lentement qu'après un bon nombre de respirations.
Les lionceaux étaient terrifiés. Ils restèrent accroupis devant elle, grands yeux ouverts sur elle, sans émettre un son.
Ce ne fut qu'en voyant le regard de leur maman se recentrer qu'ils osèrent tenter d'appeler : « Hou hou ? »
« Maman va bien, j'ai juste trop faim. » Bai Qingqing voulut les rassurer, mais sa voix sonnait faible, ce qui ôtait toute force de conviction à ses mots.
L'aîné et le second lui léchèrent le visage, inquiets. Ils étaient jeunes et leur langue était douce, c'était plutôt agréable. Du coup, Bai Qingqing ne les arrêta pas.
Le troisième jeta un œil vers la cuisine, puis s'élança sans bruit. Peu après, il rapporta un morceau de viande séchée rôtie et le déposa devant Bai Qingqing.
« Hooowl~ » Les faibles cris du lionceau semblaient des pleurs. Bai Qingqing se releva prestement. Une fois le vertige passé, son corps allait bien.
Elle ramassa la viande séchée par terre, souffla dessus, puis se mit à manger.
« Maman va vraiment bien. N'ayez pas peur. » Bai Qingqing caressa reconnaissante la tête du troisième, puis celle de l'aîné et du second. Elle ne devait pas faire de favoritisme.
Sans personne pour s'occuper d'elle, An'an rampa un moment par terre, puis s'endormit.
Elle venait de se réveiller, mais s'était rendormie si vite. C'était sûrement parce qu'elle avait faim, elle aussi.
Bai Qingqing le savait bien, mais elle ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait qu'attendre que Curtis lui prépare un bon repas, puis nourrir An'an une fois qu'elle aurait assez de lait.
La viande séchée était trop dure, et Bai Qingqing ne parvint pas à en manger beaucoup malgré une longue mastication. Lassée, elle s'appuya aussi contre les pieds de la table et s'endormit.