Le gingembre laissait une sensation de fraîcheur sur la peau, mais il ne semblait pas agir : il ne faisait qu'installer peu à peu une douleur dans ses jambes, ce qui arracha une grimace à Bai Qingqing.
Harvey reposa le gingembre et se frotta vivement les mains, avant de poser ses paumes sur la cheville de Bai Qingqing et de la masser en dosant correctement sa force. C'est alors seulement que Bai Qingqing sentit une chaleur piquante sur sa peau : cela agissait, en fin de compte.
À force de fixer les gestes de Harvey, Parker fronça durement les sourcils et finit par ne plus le supporter. Il écarta Harvey d'une bourrade et déclara : « Laisse-moi faire ! »
Légèrement vexé d'avoir été bousculé, Harvey dit d'un air maussade : « Tu ne sais pas t'y prendre. Et si tu blessais la femelle ? »
Parker hésita un instant, puis raidit la nuque et dit : « Alors apprends-moi ! »
Harvey avait beau être un homme raffiné, il se montra très ferme à cet instant. Il fixa Parker sans dire un mot.
Mal à l'aise, Bai Qingqing se tortilla pour s'extraire des bras de Parker. « Arrêtez de vous disputer ! Je vais le faire moi-même. »
« Ne bouge pas ! » la rabroua Parker. Voyant cela, Harvey n'osa plus insister. Il dit à Parker : « Regarde bien. »
Harvey souleva la jambe de Bai Qingqing et la massa au ralenti. Cette fois, Parker dut se retenir. Puis, une fois les gestes et les points clés mémorisés, il prit le relais.
Parker craignait de faire mal à Bai Qingqing, alors il redoubla de précautions et n'y mit pas autant de force que Harvey. Il observait attentivement l'expression de Bai Qingqing en lui massant la jambe, lui demandant de temps à autre si cela faisait mal. Bai Qingqing estimait qu'il n'y avait pas de quoi en faire toute une histoire. Du moment qu'il ne lui faisait pas mal, cela lui convenait. Aussi, chaque fois que Parker demandait, elle répondait que tout allait bien.
Après un moment de massage, Parker demanda : « Y a-t-il autre chose à faire ? »
« Cela dépendra de son état demain », dit Harvey d'un air froid. « Emporte ce morceau de racine jaune et frotte-lui la jambe avec, quand tu auras un moment. »
Parker répondit d'un « Hmm ».
Alors qu'ils s'apprêtaient à partir, Bai Qingqing s'avança soudain sur la pointe des pieds, malgré sa cheville blessée, pour aller jeter un œil aux mortiers et aux pilons.
Comme elle s'y attendait, il y avait d'autres condiments, mais elle en resta muette devant la quantité.
Il y avait de l'ail, du poivre du Sichuan, du gingembre, de l'anis étoilé, de la cannelle, du fenouil, et même du piment rouge. Il y en avait sans doute bien d'autres encore, mais elle ne savait pas les identifier.
Bai Qingqing eut un petit rire intérieur en se disant que c'était parfait : elle qui se désolait à l'idée de manger ici une nourriture sans goût. Avec ces condiments, la cuisine allait gagner énormément.
« Euh… Harvey, où peut-on trouver ces plantes médicinales ? » demanda Bai Qingqing avec un sourire enjôleur. La boue de son visage s'était en grande partie écaillée et, malgré la fine couche d'argile qui subsistait, on devinait désormais la finesse de ses traits.
Harvey parut submergé par l'honneur que lui faisait cette question, et rougit instantanément. Sans hésiter, il bredouilla : « Si tu veux… tu peux les prendre. »
Les yeux de Bai Qingqing s'illuminèrent et elle dit d'une voix ravie : « Vraiment ? Est-ce très compliqué à récolter ? Et si je t'accompagnais la prochaine fois que tu vas cueillir des plantes ? »
« Inutile, inutile. » Harvey agita les deux mains.
Debout entre eux deux, Parker foudroya Bai Qingqing du regard, puis aboya à l'adresse de Harvey : « Ma femelle ne veut rien te devoir. Je te paierai en nourriture. Et puis, elle a dit qu'elle ne voulait que moi pour compagnon ! »
Le visage de Harvey s'assombrit, et une pointe de jalousie perça dans sa voix aigre : « Ah bon… »
C'est seulement à cet instant que Bai Qingqing comprit que ce Harvey s'était entiché d'elle. Elle fut surprise par la façon simple et brutale dont les mâles abordent les sentiments dans ce monde !
Harvey lui faisait certes plutôt bonne impression, mais elle ne voulait pas accepter la déclaration d'un homme aussi légèrement. Aussi ne contredit-elle pas les paroles de Parker. Une fois choisis les condiments qu'elle voulait, elle dit à Harvey : « Je prendrai ceux-là. »
Harvey sortit aussitôt de sa mine sombre et apporta prestement une pile de feuilles d'arbre séchées pour y emballer les plantes médicinales. Ces feuilles avaient beau avoir séché au vent, un traitement particulier les avait rendues plus souples. Et même en les pliant, elles ne se rompaient pas.
« Les autres plantes ne sont pas dangereuses, mais tu dois faire très attention à la rouge, celle qu'on appelle le laurier-rose. Ne la touche jamais à mains nues, et encore moins ne t'en mets dans les yeux. Cela fait très mal », dit Harvey en tenant un piment céleste séché, le regard inquiet posé sur Bai Qingqing.
« Je sais », répondit Bai Qingqing en souriant, avant de prendre le paquet d'ingrédients que lui tendait Harvey. Elle le remercia sincèrement, puis fut emportée à l'horizontale par Parker, dont la jalousie s'était réveillée.